Chroniques de

Marcel de Corte

 

La hantise de la politique

Le bonheur collectif

Le collectif n'est rien d'autre que le vide et Socialisme maladie de l'esprit maladie

Christianisme et communisme

Socialisme et christianisme

De l'Europe réelle à l'Europe mythique

Le débat sur l'incivisme

Où va l'islam

L'orthographe et l'éducation

Politique et philosophie

Politique et mystique

L'Islam et le nouvel Islam

Marxisme et nationalisme arabe

L'esclavage collectivist

 

A la notion plate d'égalité, il importe de substituer la notion profonde d'harmonie.

L'instint égalitaire a les mêmes fonctions que l'instinct hédoniste, il est la marque de la même décadence.

Ce n'est pas d'ailleurs l'effet du hasard si les époques où le primat social est dévolu à l'argent sont aussi celles où sévit la pire fièvre égalitariste.

les hommes
qui se détournent de l'amour commun sont voués à la haine réciproque.

L'égalitarisme athée est malsain parce qu'il n'a pas d'autre ressource que de rogner jusqu'au néant les différences humaines. ( Gustave Thibon )

 

Sur le totalitarisme de l'égalité

SUPPLÉMENT AU DISCOURS DE ROUSSEAU

Par Marcel De Corte.

1. — L'application du concept d'égalité à l'homme — et nous entendons ici par homme cet être concret, esprit vivant animant une chair vivante, qui constitue l'objet de toute saine réflexion anthropologique — est un des plus beaux exemples de mystification philosophique que nous livre l'histoire des idées. Si nous considérons avec quelle obstination la pensée manie ce concept, et les prodiges de virtuosité qu'elle accomplit pour l'insérer dans toutes les formes de l'activité humaine, des plus humbles aux plus élevées, il faut bien conclure que certaines métaphores, d'une qualité pourtant assez basse, exercent sur elle une puissance d'attraction et d'illusion souveraine : il est curieux de constater comment la raison, en se détournant des problèmes insolubles que lui pose l'excès d'intelligibilité de l'être, a été en quelque sorte contrainte, sous la pression incoercible de sa nature, à se poser des pseudo-problèmes, insolubles par surabondance d'inintelligibilité et par introduction de données perturbatrices. Si paradoxal qu'il soit de l'affirmer, le mythe de l'égalité tend à satisfaire le besoin d'infini qui meut perpétuellement la pensée. Des exemples très clairs nous sont fournis dans le domaine de la spéculation. En prétendant réduire la hiérarchie de l'univers à une seule commune mesure, la raison se heurte à ces substituts mensongers de l'infini que sont le temps et l'espace : la théorie de l'évolution reporte au-delà de toute durée imaginable l'apparition de la monère primitive d'où serait issue la diversité apparente d'êtres vivants génétiquement égaux ; la théorie atomique éparpille en d'innombrables fragments de matière différemment associés un monde dont les formes, diverses en apparence, s'étalent toutefois à un même niveau. L'activité pratique nous offre des exemples analogues : depuis Condorcet et, avant lui, depuis les sophistes grecs, l'égalité juridique, morale ou sociale de tous les hommes est coextensive au progrès indéfini des virtualités humaines et l'humanité, délestée des impédiments concrets qui entravent sa montée, tend, de toute sa légèreté, vers la divinisation.

2. — Une des caractéristiques les plus frappantes, encore que souvent méconnue, de tout égalitarisme cohérent est ce qu'on pourrait appeler sa fluidité, sa liquidité homogène. La pensée égalitaire nie l'obstacle, non seulement parce qu'elle se développe sur un plan logique désobstrué au préalable des résistances concrètes qui contrarieraient son élan, non seulement parce qu'elle s'oppose aux hiérarchies objectives de l'univers, mais surtout parce qu'elle est intimement gouvernée par une nécessité d'un type spécial sur laquelle l'attention n'a pas encore été attirée et qui est à la fois le parasite du déterminisme et celui de la liberté. Les doctrines pures de l'égalitarisme spéculatif prolifèrent sur l'axe d'un déterminisme incroyablement rigoureux, mais sont en même temps contraintes de faire intervenir subrepticement la liberté : le cas le plus connu est celui de l'atomisme épicurien et du clinamen des atomes qui, choyant parallèlement dans le vide, s'agrègent sous l'effet d'une libre déviation originelle et imperceptible d'un seul d'entre eux. On pourrait rapprocher de cet exemple la chiquenaude que le Dieu cartésien imprime à son univers constitutivement mécanisé. À l'origine de cette étrange collusion se situe une nécessité irrationnelle : le vide d'Épicure ; la volonté illimitée, transcendant toute raison, du Dieu de Descartes. De même, Rousseau n'attribue aux hommes hypothétiquement égaux et libres qui peuplent son Discours que des instincts « antérieurs à la raison », sources du droit naturel : « J'ose presque assurer que l'être de réflexion est un état contre nature, et que l'homme qui médite est un animal dépravé ». Coleridge et Southey, fondateurs de ce système d'un pouvoir égal de tous qu'ils appellent aristocratiquernent pantisocratie, font à leur tour appel à une nécessité première, indéfinissable, inspirée de « l'esprit de l'Évangile », mais d'un Évangile mystérieux qui ne se trouve « ni à Jérusalem, ni sur la Montagne ». « L'idée directrice de la pantisocratie, écrit Coleridge, est de rendre les hommes nécessairement vertueux en écartant tous les motifs de faire le mal, toute tentation possible ». On aperçoit nettement ici, superposée au vouloir naturellement nécessaire du bien et à la liberté qui en découle pour des êtres finis, un déterminisme nouveau, dont la charge explosive est destinée à la transmutation des valeurs humaines de nécessité et de liberté. Le mécanicisme moral rejoint, en ce point précis, le mécanicisme scientifique.

3. — Si nous essayons de fixer le contenu de cette nécessité secrète qui parcourt l'égalitarisme, nous retrouvons immédiatement cette notion d'infini qui nous est apparue connexe au concept d'égalité Ci gît l'équivoque profonde, abyssale, sur laquelle s'établit la pensée égalitaire, et l'éblouissant paradoxe capable d'aveugler à jamais la raison ou même, comme le montrent tant d'exemples, l'esprit chrétien. On a souvent, et à juste titre, qualifié de malsaine cette idée romantique et désarticulée de l'infini dont le génie grec se détournait avec effroi. Mais ce n'est pas assez de distinguer, afin de maintenir les exigences de l'esprit à la transcendance, entre un infini immatériel et un infini matériel, entre un infini positif et un infini négatif, ou entre un infini supraintelligible et un infini infraintelligible. Il faut aller plus loin et affirmer la présence effective en l'homme d'un infini de néant, base de tout égalitarisme. Il est curieux de constater que les doctrines que nous venons de citer procèdent du non-être et se dirigent, par une incoercible impulsion, vers le non-être. L'évolutionnisme absolu est incompréhensible sans l'idée de fécondité du néant. L'atomisme pur proclame que le vide est le lieu de jaillissement des êtres. Rousseau et ses émules non seulement divinisent l'absence de contraintes, mais encore fondent délibérément leur théorie sur l'analyse de ce qui n'est pas : « Commençons par écarter tous les faits... l'homme de nature n'a peut-être pas existé ». Et ce terrible aveu du Discours, qui met à nu sa stérile platitude et sa dialectique de l'apathie : « désirer que quelqu'un ne souffre point, qu'est-ce autre chose que désirer qu'il soit heureux ? » Le nivellement des essences qu'opère l'égalitarisme spéculatif aboutit à des irréductibles, à des infiniment petits proches du néant et qui, interchangeables, participent à un néant à la seconde puissance. L'égalitarisme pratique de la démocratie et du suffrage universel ne laisse plus subsister, en face d'individus privés des cadres naturels qui les enrichissaient et voués à l'instinct de mort, qu'un État abstrait, impersonnel, dont la spontanéité destructive engendre la dictature humiliante.

4. — En poussant un peu plus loin la recherche, nous voyons que l'égalitarisme postule la totalité de l'existence en l'adossant à une négation absolue de la spécificité des natures, ou essences dont la hiérarchie constitue l'univers. Les concepts de nature humaine et d'égalité de cette nature en tous les hommes sur lesquels s'appuient le rousseauisme classique et la Déclaration des Droits de l'Homme ne doivent pas faire ici illusion. On n'a pas assez remarqué que ces concepts ne jouent, dans le déroulement sur place de la dialectique égalitaire, qu'un rôle de figurants : ils ne sont pas des principes, mais des moyens nécessaires à l'incarnation des principes dans le réel ; ils ne sont pas des sources, mais des canalisations, factices et passagères, d'un vaste flux antérieur. Dans l'ordre spéculatif, il est trop évident que l'égalitarisme postule une continuité antécédente de tous les existants qui s'interpénètrent, si l'on peut dire, et se fusionnent en un tout : sans une suppression préalable des signes distinctifs des êtres et de leur nature essentielle, sans une liquéfaction des divers actes d'exister en une coulée unique, il est clair que l'évolutionnisme absolu perd toute intelligibilité. De même, l'atomisme pur s'élève sur les débris indéfiniment morcelés de l'étendue. N'oublions pas, d'autre part, en ce qui concerne la nature humaine que les philosophes du XVIIIe siècle proposaient à la méditation des révolutionnaires, que le savoir pratique chemine en sens inverse du savoir spéculatif et que la réflexion sur l'égalité de la nature en tous les hommes n'est donc que la conséquence de la tendance primitive de l'action elle-même. En morale et en politique, sciences de l'action, c'est la fin qui est principe. Or, la fin réalisée est le communisme intégral, l'anéantissement de la volonté individuelle dans la volonté collective conçue comme un tout concret sans solution de continuité. Les critiques qui inculpent Rousseau de logicisme intransigeant et l'accusent de verser dans le vide de l'abstraction, n'ont sans doute pas tort. Mais ils omettent un élément essentiel de la morale et de la politique égalitaires : ces disciplines sont nativement branchées sur Faction et l'abstrait est ici polarisé par le concret. Le concept de nature n'est alors qu'un terme introduit postérieurement afin de justifier l'intuition originelle qui aimante, excite, aiguille l'acte vers sa position dans l'existence et fait corps avec lui. Cette intuition qui imprègne l'acte d'égalisation depuis sa fermentation première et se réalise progressivement avec lui est bien celle de la totalité de l'existence, corrélative à la dépréciation des valeurs naturelles, des ordres, des degrés et des hiérarchies complexes immanentes à toute vie morale et politique saine. Augustin Cochin a montré admirablement comment l'histoire révolutionnaire, du mysticisme égalitaire des disciples de Rousseau au communisme de Babœuf, dérivait de la socialisation de la pensée. L'histoire justifie ici l'analyse méthodique des concepts. Seul, un tout conçu comme entité existentielle unique, absorbant en son universalité englobante la multiplicité des êtres qu'il associe, peut répondre au vœu intime de l'égalitarisme. En une telle société, l'individu ne subsiste qu'à titre de fonction du tout, et son existence concrète, avec sa nature même, s'engloutit dans le monisme de l'existence collective.

5. — Ce goût de mort, cette perversion du désir de l'infini qui anime tous les êtres et les dilate selon leur nature spécifique, de la matière brute à l'animal et à l'homme, comment l'expliquer sans la présence, au cœur même de l'existence, d'un appétit du néant ? Il est symptomatique que les. systèmes ou les actions inspirées par l'égalitarisme confluent tous vers l'ataraxie, l'immobilité parfaite, le geste stéréotypé, machinal, dépourvu d'inspiration créatrice, irresponsable. Le dynamisme extraordinaire déployé pour niveler la diversité concrète des conditions humaines les plus disparates, qu'il s'agisse de la vie, de la vertu, du travail ou des fonctions sociales et politiques, débouche sur une mer de glace, d'une rigidité statique absolue. L'exemple de certaines communautés animales ou celui du stoïcisme s'impose ici comme illustration d'une étrange odyssée. L'évolution elle-même, comme l'a montré Bergson, ne s'épuise-t-elle pas d'un seul coup en sa position initiale, dans cette formule fameuse de Du Bois-Reymond condensant tous les états futurs de l'univers ? Le rousseauisme n'est-il pas entièrement contenu, avec toutes ses conséquences, dans cette imaginaire perfection de nature que le solitaire des Charmettes nous invite à reconquérir, et qui s'avère tellement immuable qu'elle ne peut changer que par voie d'altération et sous l'effet de causes étrangères ? Il semble que la poursuite forcenée de l'égalité coïncide avec l'immobilité infinie du néant. L'existence totale est synonyme de sclérose et de mort.

La raison profonde en est que le concept d'égalité n'est applicable aux hommes ou n'est vécu par eux que par une dissociation préalable de l'essence humaine et de l'existence humaine. L'homme en proie à l'égalitarisme est un être qui se disloque : il est blessé et corrodé jusqu'à la racine par le néant qui l'habite et dont il a libéré les puissances de destruction. Toute la vie humaine, nature concrète engagée dans des actes de toute espèce, fuit alors soit vers la nature abstraite, possibilité pure indéfiniment extensible, universel platonicien communément participé, mais dont l'existence est nulle si elle n'est incarnée, soit vers l'existence brute qui n'est plus soulevée de l'intérieur par une nature individualisée, et qui s'hypostasie à son tour. Les deux mouvements sont ainsi foncièrement identiques. La perte du sens de la nature humaine, de la raison d'être de l'homme, dans les classes pauvres, affaiblies par des conditions économiques ingrates ou enivrées au contraire par l'unique désir de vivre, est parallèle au développement du mythe égalitaire et de l'existence collective. Quand l'homme ne fait qu'exister, il est contraint en quelque sorte à égaliser toute existence et à inhiber toute différenciation dans une unité radicale. L'existence pure, isolée, est en effet un acte unique qui ne souffre aucune diversité, aucune hiérarchie qualitative. C'est pourquoi un être humain qui ne vise qu'à l'existence, indépendamment des injonctions les plus impérieuses de sa nature, est sans cesse déporté en dehors de lui-même, comme la plante ou l'animal qui sont, eux, mais en vertu de leur essence, pour autre chose que leur être propre : pour l'espèce. De là vient qu'un tel être est toujours poussé à se comparer à autrui, à prendre sans discontinuer la place d'autrui. À la limite, l'homme qui ne fait qu'exister s'abolit dans l'existence du groupe englobant tous les membres vers lesquels son désir s'est tendu ; il se résorbe dans l'entité la plus haute qu'imagine son rêve : dans l'État divinisé. De même, la perte du sens de l'existence et des fonctions afférentes à l'existence conduit directement au nirvana égalitaire : la noblesse française au XVIIIe siècle, ou les « penseurs abstraits » de cette époque, sous l'effet mortel de l'affaissement de leur existence, sont hantés par la notion, logistifiée à l'extrême, de nature. Lorsque l'homme, replié sur sa propre essence, n'est plus que « l'homme », il est manifeste que seul comptera pour lui le totalitarisme de l'égalité. La hiérarchie du réel s'effondrera sous le coup de boutoir d'une logique dictatoriale.

6. — La dialectique de l'égalité ne s'achève toutefois point en cette dissociation. Elle remonte à sa source : la prise de conscience du néant intérieur. L'homme qui tente de vivre sous un régime d'égalité — et nous donnons ici au terme régime une signification générale circonscrivant tous les cas possibles — habite pour ainsi dire en dehors de sa nature concrète, dans un mystérieux no man's land intime qu'il est malaisé de définir métaphysiquement et qui est comme l'hiatus béant creusé entre sa nature spécifique et son acte personnel d'exister. Sa psychologie est ici révélatrice : il ne vise à être l'égal des autres que parce qu'il est impuissant à être soi. Inapte à réaliser sa propre valeur, fruit de son acte d'exister soulevé par sa nature d'homme et attiré par les buts objectifs subordonnés les uns aux autres que lui impose cette nature, il se dépouille progressivement de sa personnalité et, dans cette mesure, il abdique sa nature humaine, le soi n'étant qu'une appropriation de l'essence à la personnalité, Il se réalise alors en autrui, ou se réfugie dans la mort par le suicide mental ou le suicide vital. Il n'est plus ni soi ni homme. Ce processus est beaucoup moins visible dans l'ordre pratique qui, axé sur l'action, exige toujours une certaine réalisation de l'homme, que dans l'ordre spéculatif où l'être égalisé exprime au grand jour sa désubstantialisation. Pour reprendre nos exemples antérieurs, l'être inclus dans le devenir absolu ou dans un système mécanique d'atomes, non seulement n'a plus de nature, mais ne jouit plus que d'une existence personnelle illusoire. L'analogie persiste, en dépit de cette différence d'optique, et il suffit, pour la mettre en relief, de remarquer que la réalisation de l'égalité dans un domaine quelconque détermine strictement les termes qui en font partie comme interchangeables, c'est-à-dire comme impersonnels. Sans doute, ces termes ont-ils encore une nature, mais qui tend à être dépréciée et, en dernière analyse, annihilée . L'expression classique : « un homme vaut un homme », à moins de lui donner une portée spéculative dépourvue de toute acception, signifie pratiquement que Jean vaut Pierre et peut tenir la place de Pierre. Ce qui compte précisément ici, c'est beaucoup moins la nature de Pierre ou de Jean que la nature de la relation d'égalité préétablie. La pièce de rechange a, elle aussi, une nature, mais cette nature s'efface devant son essentielle possibilité de remplacement, au point qu'elle pourra être à tout instant modifiée par elle. À la limite, le jugement : « un homme vaut un homme » signifie qu'un terme quelconque vaut un terme quelconque. La valeur du terme disparaît dans la valeur du rapport. En fait, l'homme qui veut réaliser son égalité avec autrui doit fatalement prendre conscience, au moins d'une manière obscure et implicite, de son dénuement total. Mais il y a plus : la valeur déficitaire du soi entraîne le discrédit des valeurs objectives : richesses, honneur, gloire, situation sociale, profession, art, famille, patrie, etc.. qui suivent la même courbe rentrante et s'effondrent en tant que réalités : une semence racornie ne donnera jamais qu'un fruit informe. Néanmoins, l'homme, emporté par le courant de l'action, et sous la pression persistante de sa nature, sera contraint de les poursuivre, mais en tant que relations. Les valeurs ne valent plus par elles-mêmes, mais en fonction de leur rapport à autre chose, et ainsi de suite à l'infini : elles deviennent de purs moyens de substitution. Tout se passe comme si le signe de l'égalité avait dévoré les termes signifiés mis en balance. Aussi n'est-ce sans doute pas par hasard que les sociétés de style égalitaire ont développé la technique de l'échange : toute la civilisation américaine est basée sur ce procédé. Billets de banque, chèques, jeux d'écriture, titres, décorations, records, papiers administratifs, fonctionnariat, métaphores, birth-control, république, etc.. témoignent, à des degrés divers, du triomphe de la substitution et du masque. L'homme réel et les valeurs réelles sont vampirisés par le relativisme à un point tel qu'il est d'usage courant, en régime démocratique, d'estimer la valeur d'un homme ou son aptitude à conquérir une valeur, à l'ampleur de ses relations. On démontrerait aisément de la même manière que les systèmes égalitaires doivent être envahis par le juridisme et submergés sous les conventions : quand la nature est répudiée, la loi s'exalte jusqu'à la victoire de la relation anonyme et de l'État totalitaire.

7. — L'irruption de l'égalité dans la vie humaine s'accompagne volontiers d'un débordement d'amour intense : le cœur s'ouvre à tous les vents et accueille même la tempête. Il est certain que le mythe égalitaire et le mythe d'Éros ont d'étroites affinités apparentes : tous deux engendrent l'extase, la sortie hors de soi. D'autre part, l'amour s'avère capable d'établir d'intimes communications entre les sujets les plus hiérarchiquement distants. Ce serait toutefois se méprendre jusqu'à la sottise que de les confondre. Ce subterfuge s'accomplit en deux phases où se révèle, d'une manière à la fois positive et négative, le génie de la substitution qui anime la pensée égalitaire.

D'abord, on insistera sur la nécessité morale d'admettre l'égalité entre les hommes : une humanité parfaitement égalisée assurera plus fermement la moralité ; l'éthique requiert à son tour l'égalité des humains devant ses normes ; l'amour du prochain exige enfin qu'on l'exhausse jusqu'à soi ou qu'on s'abaisse jusqu'à lui. Il est sans doute inutile d'insister sur la subrogation qui s'opère ici entre la morale d'une part, et, de l'autre, l'utilitarisme et le juridisme le plus creux. Il est plus intéressant de constater à nouveau la présence de la relation dont nous venons de parler, avec l'amputation caractéristique de ses termes. Sans doute l'amour postule-t-il l'égalité, mais une égalité d'amour qui n'altère en rien les valeurs distinctes des termes du rapport. Plus exactement, l'amour exige de soi un partage qui, loin d'égaliser, inégalise : il est meilleur de donner que de recevoir, et lorsque saint Martin divise son manteau par amour du pauvre, son geste établit et accroît sa supériorité objective. Il est absurde d'imaginer que la réciprocité dans l'amour abolisse toute inégalité, et qu'un système social inspiré par l'amour puisse rendre les hommes égaux : l'effet propre de l'amour n'est pas d'égaliser, mais d'unifier. Or l'unification est un phénomène spirituel qui n'exclut nullement une série, illimitée en théorie, d'inégalités matérielles : les dénivellations qui relèvent de la physique sociale ne tombent pas sous le rayonnement de l'amour. D'autre part, la relation d'amour s'effectue vitalement de terme concret à terme concret, de tel à tel, de sujet à sujet, selon des déterminations individuelles qui peuvent admettre d'insurmontables inégalités : je puis aimer un malade incurable et être aimé de lui. Pour que l'amour établisse l'égalité entre les hommes, il faut le vider de toute concrétude, et c'est l'humanitarisme, la philanthropie ; ou le rendre social en le dispersant vers des individus anonymes, et c'est le rousseauisme, la démocratie ; ou logistifier l'homme en le désincarnant et en tarissant en lui l'esprit humain, forme d'un corps, et c'est l'idéalisme, la « métaphysique » politique. La relation d'amour se libère alors de ses termes objectifs : elle devient un moule abstrait, un tonneau des Danaïdes où se déverse l'égalité. L'égalitarisme apparaît ainsi comme la suprême corruption de l'amour : suppuration inépuisable qui ne correspond plus à rien. C'est l'amour-simulacre, l'amour pharisaïque : un sépulcre vide...

En second lieu, l'alliance de la pensée égalitaire et de l'amour s'accompagne toujours d'une haine précoce de l'intelligence et de la culture. L'insistance passionnée de Rousseau anathématisant la civilisation constitue ici un témoignage capital. Le rôle de l'intellect-pratique — car il s'agit d'action — est en effet essentiellement constructeur : son œuvre enveloppe une exigence de concrétion totale. Il inscrit organiquement dans l'existence les inégalités de l'action individuelle et contingente. Mais il fait plus encore : il supplée par la durée inhérente à ses attestations aux défaillances et aux nouveautés imprévisibles du vouloir. Le rapport fondamental de l'intelligence pratique à la position de l'acte dans l'existence fait donc infailliblement saillir les inégalités naturelles. Or la culture n'est pas seulement liée à l'ascension de l'intelligence spéculative : elle est par nature le résultat du labeur humain ; elle poursuit des fins ; elle se définit existentiellement. C'est à notre sens une grave erreur de limiter le domaine de la culture aux sciences abstraites ou aux beaux-arts, objets de contemplation. Il y a dans toute culture digne de ce nom un influx moral qui la caractérise, en bien ou en mal, d'une manière profonde : c'est pourquoi, à son degré infime, elle est exprimée par les mœurs. De toute façon, elle traduit l'épanouissement de l'homme vers sa fin, et de ce fait, malgré son amplitude et les résonances sociales qui l'étendent à tel groupe ou à telle aire géographique, elle est liée à l'effort singulier de l'être qui la concrétise dans ses actes. Aussi, constatons-nous que le mépris de la culture est conjoint à l'effervescence de l'amour abstrait qui accompagne la poursuite de l'égalité. Sans doute en est-il même la cause, car l'amour qui se sépare de l'intelligence est fatalement enclin à prendre une forme éthérée et, par là, incontrôlable. Mais la profanation des valeurs culturelles peut se présenter sous un déguisement. Il est singulier, par exemple, que la mythologie égalitaire soit historiquement parallèle à cette autre mythologie eschatologique qui prétend que l'homme sera sauvé par le progrès des sciences, ou à l'apparition d'une civilisation de type industriel. Il est plus remarquable encore qu'elle suive l'emprise grandissante qu'exercent sur la spéculation les mathématiques où, selon le mot profond d'Aristote, il n'y a pas de bien. Nous retrouvons ici cette idée capitale qui se situe au cœur même de l'égalité : la fuite dans l'abstraction et dans la schématisation, le primat du rapport logique sur ses termes concrets, le prestige de la quantité, aspects divers de l'infini de néant. L'anonymat qui caractérise la Raison scientifique est ainsi la réplique de Von égalitaire. Peut-être faut-il rechercher l'origine de la connexion de plus en plus étroite qui s'établit de nos jours entre la science et la technique qui par nature produit des objets impersonnels, dans le nivellement des âmes. Lorsque l'égalité étend son empire sur les hommes, surgit un humanisme de la désincarnation, un humanisme angélique qui, distrayant l'homme de la condition charnelle où il exhausse ou avilit sa personnalité, le place au même étiage que ses frères sur les eaux basses de l'esprit où il doit rêver de naviguer sans effort. Une science qui porte en ses flancs la volonté radicale de nier le mystère des choses et de parvenir par un simple jeu d'idées abstraites à une clarté absolue, une science pour qui l'univers est un problème mathématique dont la solution est uniforme et qui ne comporte que des exceptions fatalement destinées à se réintégrer tôt au tard dans la généralité du système, une telle science s'accorde admirablement par son vœu d'ajuster l'être au niveau de la raison, avec l'horizon visuel de l'égalitarisme : sa dialectique d'aplatissement n'admet aucune aspérité. De même, la technique est appelée à réduire à des proportions mathématiques et à une seule commune mesure les résistances de la matière. De part et d'autre se manifeste un même dessein de neutralisation, un même délire de sécurité universelle. De part et d'autre resplendit un même zèle onéraire aboutissant à une capitulation de l'effort personnel, à un impérialisme du confort, à une conviction de la transparence du monde et de l'omnipotence de l'homme. Inversement, l'égalité verse dans l'esprit humain la facile ivresse de la domination : à l'être dévitalisé non seulement en lui-même, mais dans ses rapports avec l'univers qu'il prive de ce fait de toute hiérarchie, conviennent adéquatement une science et une technique dévitalisantes qui, rompant les amarres qui relient l'esprit à la vie, lui inoculent l'illusion de l'autocratie et avec elle le germe de la servitude.

8. — Que conclure au terme de cette exploration qui s'enfonce de plus en plus dans l'inextricable, sinon que la simplification égalitaire est de soi génératrice de fatras et de confusion ? L'aventure se solderait uniquement en un chapitre de l'histoire des idées fausses, si l'homme n'avait en lui, enracinée en son néant, une concupiscence morbide de l'égalité qui procède plus de sa raison que de sa sensibilité outragée. L'esprit humain possède en effet l'étrange pouvoir de se distraire du réel et de vivre dans le songe : il est hanté par le génie du désordre. Mais parce qu'il est esprit, tourné par nature vers le réel, et, comme disait le vieil Anaxagore, ordonnateur, ce rêve d'anarchie et de destruction s'exonère par le canal de l'ordre lui-même. L'égalité apparaît ainsi comme une contamination subtile de l'ordre et du désordre, comme une organisation de la désorganisation qui laisse fuir peu à peu, comme d'un abcès, les éléments qu'elle a disposés et qui prolifèrent alors en d'innombrables conséquences réelles dont la masse vient peser sur l'esprit déréalisé. Faculté de l'être, l'esprit est aussi faculté du non-être. Or c'est par une fidélité constante à son être et à sa vocation d'esprit, avec toute la diversité hiérarchisée qu'une telle réalisation comporte, que se mesure l'authenticité de sa victoire sur le néant.

Marcel De Corte,


Post-scriptum. — Quelques remarques sont ici nécessaires afin de préciser l'éclairage sous lequel cette étude doit être placée et d'écarter certaines interprétations abusives :

I° Je me suis placé ici à un point de vue strictement philosophique, envisageant, selon une règle que je crois aristotélicienne, le contenu objectif de l'idée d'égalité telle qu'elle anime la conscience des hommes. J'ai laissé délibérément de côté — sauf quelques rares allusions peu marquées — ce qu'on pourrait appeler la notion chrétienne d'égalité, dont la fonction exige d'être analysée avec un soin, une minutie et une délicatesse incomparables, et qui, à mon sens, diffère totalement de l'égalité rousseauiste et de ses succédanés. On pourrait même dire, sans la moindre exagération, que ces deux types exemplaires d'égalité se situent aux antipodes : l'une s'enracinant dans la plénitude de l'Être et de l'Amour, l'autre dans la vacuité du néant. Il est trop malheureusement vrai de constater que des confusions verbales, alimentées d'ailleurs par la logique passionnelle la plus inconsciente, restent toujours possibles entre les catégories du plein et du vide, en raison même de leur analogie extérieure de forme : on imagine couramment qu'elles s'appellent l'une l'autre alors qu'elles s'excluent, exactement comme la présence exclut l'absence et réciproquement. L'égalité chrétienne descend du ciel sur la terre et rayonne dans toute la vie humaine ; l'égalité rousseauiste sort du néant dont l'homme garde le stigmate, et peut, tout en mimant l'égalité chrétienne, la vider de son efficace et ne lui laisser qu'une pellicule trompeuse. L'une accepte l'inégalité et la transforme en haussant l'homme ; l'autre la nie et transforme l'homme en l'avilissant. Nous avons volontairement insisté sur les sources de l'égalité de style rousseauiste qui demeurent souvent cachées, et dont l'analyse ne peut être que philosophique. Maintenant, que « l'égalité » chrétienne doive imprégner la vie sociale et politique, la chose est trop évidente pour que j'y insiste.

2° Il existe assurément entre les hommes une égalité de proportion dont se revendique l'égalité chrétienne, mais cette expression me paraît terriblement équivoque dès qu'on la manie sans nuances. En vertu même de l'égalité totalitaire dont nous portons en nous le ferment destructeur, nous sommes perpétuellement enclins à porter l'accent sur l'égalité au détriment de la proportion. En fait, ainsi que le bon sens — la chose aujourd'hui la moins partagée — nous l'indique, l'égalité de proportion suppose une inégalité antécédente, à la fois du côté du sujet et du côté de l'objet : les valeurs objectives poursuivies par les différents sujets sont diversement réalisées en fonction même d'une différenciation préalable inscrite dans la structure concrète des sujets. L'erreur la plus souvent commise en ce domaine est d'envisager uniquement la valeur objective en laissant dans l'ombre les singularités subjectives qui s'orientent vers elles dans un élan commun analogiquement différencié : les hétérogénéités qualitatives s'abolissent alors sur un même plan égalitaire. Nous posons donc en principe que l'égalité de proportion est inséparable de la polarité du couple sujet-objet. Seul un esprit qui introduit indûment la méthode spéculative (où le sujet s'efface devant l'objet) dans la sphère essentiellement pratique (et même practico-pratiqué) que nous parcourons ici, pourra nier ce principe.

3° Soulignons en outre que l'égalité incriminée en notre étude est une égalité globale. Nous n'excluons nullement certaines égalités matérielles ou spirituelles justifiées. Nous affirmons simplement que ces égalités sont toujours partielles. En d'autres termes, nous estimons qu'il existe normalement une inégalité entre les hommes, mais qu'il peut y avoir normalement une certaine égalité dans les fonctions. D'où il suit qu'un système qui confond l'homme et la fonction sera poussé à recouvrir l'inégalité humaine du masque de l'égalité fonctionnelle . À la limite, quand le masque se fait chair, quand la fonction reflue vers la substance concrète et prend sa place, nous nous trouvons en présence de l'égalité pure et simple c'est-à-dire du mythe réalisé. C'est le cas par exemple de la démocratie et du suffrage universel où le citoyen absorbe l'homme.

4° Ajoutons enfin que la notion d'inégalité (que nous n'avons guère examinée ici) nous paraît, elle aussi, mais dans un autre sens sujette à caution. Son emploi est toutefois moins nocif que l'utilisation du concept d'égalité, car l'inégalité inclut de soi la différenciation et n'exclut pas l'universalité ou la communauté des élans vers une même fin objective quelconque. L'égalité, au contraire, est affligée d'une tare congénitale : le monisme, qui ne peut être évitée qu'à deux conditions : a) que l'égalité soit partielle ; b) qu'elle soit le fondement de l'inégalité. Cette double condition est réalisée selon nous dans la vie religieuse, et sans doute uniquement dans la vie religieuse. C'est peut-être pour cette raison que l'idéal démocratique, qu'il soit distendu comme dans les pays dits démocratiques, ou qu'il soit condensé comme dans les pays dits totalitaires, doit s'imbiber de religiosité afin d'éviter le monisme et la mort. Nous tenons là une des racines de la « mystique » de l'homo-cives.

5° Il aurait fallu montrer, dans le § 8, comment la raison, prise en tant que faculté du non-être, pousse ses racines dans le terreau platonicien de l'homo duplex, et, plus loin encore, si l'on descend jusqu'à la structure de l'esprit, dans l'activité transcendantale du faire ou de la poésie qui, désorbitée et privée de son objet propre, s'engage sur les voies des autres activités transcendantales de type rationnel et volontaire qu'elle perturbe complètement. De même, la raison, faculté de l'être, s'enracine dans l'homme considéré en tant que nature composée et intégralement unifiée. Sous l'effet d'un pseudo-ascétisme stoïco kantien et d'un christianisme protestantisé, nous avons tellement perdu le sens de l'unité absolue de l'homme, qu'il faudrait tout un livre pour la mettre en relief. Nous espérons pouvoir le faire prochainement.

 

 

L'INÉGALITÉ FACTEUR D'HARMONIE

Par Gustave Thibon - Diagnostcs - Librairie De Médicis 1942. ( épuisé)

La fièvre égalitaire est un des maux les plus profonds et les plus graves de notre époque. Avouée ou déguisée, elle perturbe, dans tous les domaines, l'équilibre de l'humanité. Elle fait se heurter entre eut, dans une compétition sans issue, les individus, les classes sociales et les nations. A la limite, chacun en arrive à trouver insupportable de n'être pas l'égal de n'importe qui, en n'importe quoi. Un aventurier aspire au pouvoir suprême, le « prolétariat » veut balayer les classes dominantes. Évidemment, on a inventé, pour justifier cette maladie honteuse, des vocables pleins de grandeur : le pauvre attaque le riche au nom du «droit à l'existence », le taré physiologique qui veut se marier au mépris de tout devoir social excipe de son « droit à l'amour ». Mais tous ces grands mots ne servent qu'à rendre plus répugnante l'égoïste réalité qu'ils recouvrent.


Comme toutes les aberrations humaines, ces aspirations insensées ont pourtant un fondement dans le réel. L'égalitarisme - je considère cette définition comme capitale - représente la caricature et la corruption du sens de l'harmonie et de l'unité sociales. Toute critique sérieuse de l'égalitarisme implique donc une étude précise des conditions de cette harmonie et de cette unité. On ne peut définir une maladie qu'en fonction de la santé,

Les inégalités naturelles

et les inégalités sociales.

Si les hommes sont tous égaux en tant qu'hommes, ils incarnent, si je puis dire, à des degrés très divers l'essence humaine. IL n'est que de comparer entre eux, les individus, les peuples et les races pour constater une multitude presque infinie d'inégalités naturelles. Les hommes naissent inégaux en santé, en force physique, en intelligence, en volonté, en amour, etc. Une telle inégalité présente un caractère de nécessité absolue : nul moyen d'y échapper ni d'y porter remède, et, si c'est un mal, ce mal est incurable. Aussi est-elle admise par tous les esprits sains, non seulement en fait, mais en droit.
A côté de ces inégalités naturelles entre les hommes, on observe l'inégalité dans les fonctions et les privilèges inhérents à la hiérarchie sociale. Tous les hommes n'ont pas le même rang dans la cité, ils sont inégalement puissants, inégalement
. riches, etc. Et ici une remarque centrale s'impose ces inégalités sociales ne sont pas calquées sur les inégalités naturelles ; il est même rare que les êtres les mieux doués par la nature soient aussi ceux qui exercent le pouvoir ou détiennent la fortune. Cet écart entre les dons naturels et la mission sociale est fort bien exprimé par l'Écriture : « J'ai encore vu sous le soleil que la course n'est point aux agiles, ni la guerre aux vaillants, ni le pain aux sages, ni la richesse aux intelligents, ni la faveur aux savants, car tout dépend pour eux du temps et des circonstances. »
On conçoit qu'une telle marge de contingence entre les capacités naturelles des hommes et leur rang social ait inspiré des doutes sérieux sur la légitimité de certaines inégalités. Que, de deux hommes, l'un soit fort et l'autre faible, l'un intelligent et l'autre sot, personne ne peut rien contre cela. Mais que l'un soit prince et l'autre roturier, l'un riche et l'autre misérable, on sent instinctivement qu'une telle différence n'a rien de fatal et que, dans bien des cas, le rapport pourrait être renversé sans dommage. Et ceci soulève une nouvelle question.


Problème de l'inégalité artificielle.


Les esprits simplistes ont tendance à considérer les inégalités sociales comme artificielles. Il s'agit de s'entendre sur le sens de ce dernier mot. Si l'on veut dire par là que les différences sociales ne s'imposent pas avec ce poids de nécessité primaire et
directe qui caractérise les différences naturelles et qu'elles sont en partie l'oeuvre de l'homme comme une maison, un poème, un champ cultivé, etc., nous sommes d'accord. Mais si artificiel prétend signifier factice, irréel, et, par conséquent, illégitime et digne d'être détruit,nous faisons toutes nos réserves. Car la nature humaine implique la vie en société et la vie en société la hiérarchie et ses différences. L'artificiel des inégalités sociales est du naturel au second degré : c'est le produit spontané de la nature d'un être fait pour créer et organiser.


J'entends bien, pourra rétorquer l'égalitariste. Aussi n'est-ce pas le principe des inégalités sociales que je dénonce comme artificiel, c'est le fait que ces inégalités reposent si peu sur les différences naturelles. Ce qui est injuste, ce qu'il faut détruire, c'est un état social où l'on observe un tel divorce entre les capacités des hommes d'une part, leur mission et leurs privilèges de l'autre.


L'argument n'est pas suffisant. Une différence de rang social ou de fortune entre deux hommes ne mérite pas d'être condamnée par le seul fait qu'elle ne s'appuie pas sur une inégalité naturelle. Un citoyen bien doué peut toujours se dire avec justice, en présence des fautes de tel monarque ou de tel grand financier : Pourquoi pas moi ? J'userais mieux du pouvoir ou de la fortune, que cet homme. Mais la réponse est facile : Quel moyen avez-vous pour vous emparer de ce pouvoir ou de cette fortune ? Possédez-vous une recette infaillible pour amener automatiquement « les plus dignes » au sommet de l'échelle sociale ? Si oui, vos revendications sont légitimes... Rousseau signalant non sans raison, dans le Contrat social, les carences de l'hérédité, ajoutait que la démocratie élective confierait presque nécessairement le pouvoir à l'élite de la nation. Hélas ! il suffit de regarder les nouveaux maîtres que nous a octroyés, depuis plus d'un siècle, ce système électoral dont on attendait l'âge d'or pour savoir que le fossé entre les inégalités humaines et les inégalités sociales ne tend pas à se rétrécir. Les hasards du struggle for Life se sont révélés plus désastreux encore que ceux de l'hérédité...


Il serait, certes, souhaitable que la hiérarchie sociale fût basée sur la hiérarchie naturelle. Mais une telle harmonie représente un idéal vers lequel une société saine doit tendre incessamment, sans espérer jamais le réaliser pleinement. S'il suffisait, pour rejeter un système social, de constater qu'il n'amène pas forcément les meilleurs aux premières places, toutes les formes de société devraient être éliminées en bloc...


Il reste cependant que les divers systèmes sociaux sont inégalement imparfaits, et, justice faite des exagérations égalitaires, il reste aussi qu'il y a beaucoup d'artificiel, au mauvais sens du mot, dans les inégalités sociales. Et le problème rebondit : qu'est-ce qu'une inégalité artificielle ?


L'inégalité organique

et l'inégalité anarchique.

Je ne sais pas si le dernier souverain de Byzance, Constantin Dragasès, qui se fit tuer sur les remparts de sa ville après une défense héroïque, était, parmi les innombrables habitants de son empire, le plus digne du pouvoir suprême ; je ne sais pas non plus si le plus riche propriétaire de mon village, qui travaille lui-même et fait travailler de nombreux ouvriers, «mérite » spécialement sa fortune. Mais je sais bien que ni l'un ni l'autre ne jouissent de privilèges artificiels : je les sens à leur place, ils Servent à quelque chose, le premier faisait son métier de roi, le second fait son métier de riche. Si je songe par contre à tel monarque moderne qui abandonne son peuple après l'avoir exhorté à lutter jusqu'à la dernière goutte de sang ou à tel « heureux » gagnant de la loterie nationale vautré dans un luxe ou des plaisirs imbéciles, j'ai l'impression très nette que ces deux hommes ont été l'objet d'une faveur absurde de la destinée : ils ne sont pas à leur place, ils ne servent à rien, ils ne font pas leur métier...


On le voit : l'inégalité des rangs et des privilèges devient factice et injuste dans la mesure où elle ne correspond plus à l'inégalité des « missions », des charges et des responsabilités. Un roi qui « laisse tomber son peuple en songeant qu'il reste à l'étranger des palaces et des casinos où la vie est douce est un mauvais roi ; un riche qui ne rachète pas sa fortune, soit par ses entreprises et ses bienfaits, soit par cette distinction et ce luxe des sentiments que favorise parfois l'oisiveté matérielle, est un mauvais riche. Quand je ne sais quel seigneur médiéval disait, pour expliquer la différence entre un noble et un rustre que, placés l'un et l'autre entre la mort et la honte, le rustre optait pour la vie et le noble pour la mort, il définissait sommairement le principe d'une inégalité saine : le risque à côté du privilège, le risque, contre-partie du privilège... C'est malheureusement la pente naturelle de l'égoïsme humain que de rechercher les privilèges sans les risques ni les charges. On veut s'élever, non pas, comme il serait légitime, pour mieux se donner, s'engager, mais pour mieux se dégager, pour tirer son épingle du jeu ! On combine paradoxalement la soif de monter et le désir d'être à l'abri : on veut être d'autant plus en sécurité qu'on est plus haut, ce qui est proprement absurde. Et les inégalités créées par cet état d'esprit sont anarchiques par essence ; comme le plaisir sexuel séparé de la fonction procréatrice, elles n'ont aucune espèce de finalité collective ; elles ressemblent à des corps étrangers dans l'organisme social.


Ce culte de la fausse inégalité, de l'ascension sans mérite ni sacrifice, va de pair nécessairement avec le culte de l'argent. Dans une société saine, le sort personnel des chefs et des puissants est lié à celui des hommes qu'ils gouvernent ou des biens
qu'ils possèdent : le prince fait corps avec son peuple, le seigneur avec sa terre, etc. ; le bonheur et la sécurité de ces hommes dépendent en grande partie de l'accomplissement de leur devoir social. Le riche au contraire (en tant que détenteur de monnaie anonyme) n'est rivé à aucune fonction précise dans la cité : quelle que soit son abdication, sa démission à l'égard de ses devoirs sociaux, il jouira partout des mêmes privilèges et de la même sécurité. Qu'on songe aux rois en exil, aux financiers cosmopolites, voire aux petits rentiers égoïstes...


L'inégalité artificielle consiste donc avant tout dans l'inégalité financière, sans base ni correctif fonctionnels. Une société s'avère malsaine dans la mesure où elle tend à fonder sa hiérarchie sur la différence morte des fortunes(1), au détriment de la différence vivante des fonctions. Cette tendance fut, comme on sait, le stigmate indélébile de la société capitaliste..

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Résumons-nous : pour qu'une inégalité sociale soit légitime, il n'est pas nécessaire qu'elle soit calquée sur une différence de valeur personnelle (l'idéal du right man in the right place se présente comme une asymptote...), il suffit que chacun exerce une fonction organique et serve de son mieux, dans son ordre, le bien collectif.


Source du faux égalitarisme.


Qu'on nous permette maintenant un bref excursus psychologique sur les racines de ce terrible instinct d'égalité qui bouleverse les sociétés.


Le premier réflexe de l'égalitarisme est ce cri Pourquoi pas moi ? De quel état d'âme jaillit-il ? Prenons un homme quelconque qui envie le sort d'un grand personnage et qui se dit : je voudrais bien être à sa place ! Qu'envie-t-il dans cette destinée supérieure ? Est-ce les charges, les risques et même l'austère joie de servir (la plupart du temps, il n'y songe pas seulement), ou bien le prestige, la fortune et toutes les possibilités de plaisir et de repos, qui font corps dans sa pensée avec la situation du personnage envié ? La réponse est trop facile... L'instinct égalitaires a les mêmes sources que l'instinct hédoniste, il est la manque de la même décadence.


L'hédonisme en effet naît d'un processus de désagrégation affective par lequel la soif du bonheur, naturelle à tous les hommes, se sépare de la soif d'agir, de se donner, de lutter, de l'élan vers la vertu, au sens étymologique et très large du mot. Chez l'homme sain, ces deux instincts sont étroitement liés l'un à l'autre : le bonheur est le couronnement de l'effort et du don, il grandit en fonction de la perfection acquise. Le décadent au contraire n'associe pas l'idée de bonheur à celle de perfection et d'ascension il ne connaît pas d'autre perfection que la jouissance et la sécurité: Dieu pour lui n'est pas pureté, il est bonheur et repos. Aussi, pour peu que sa situation sociale soit inférieure, est-il spontanément égalitariste : dans cet ordre du bonheur matériel et du refus de servir, qui seul existe pour lui, en face des privilèges sans la mission, des privilèges qui permettent la démission, le dernier des hommes peut légitimement ambitionner les plus hautes places. En face de l'argent surtout tout le monde se sent digne d'être l'élu de cette divinité anonyme, tout le monde se sent capable, à la limite, de jouir et de, ne rien faire ! Ce n'est pas d'ailleurs l'effet du hasard si les époques où le primat social est dévolu à l'argent sont aussi celles où sévit la pire fièvre égalitariste.


Mais ces ouvriers qui jalousent la vie facile d'un morne client de palace, ce vieux paysan que la
nécessité force encore, pour son bonheur, à s'incliner sur la terre et que la creuse oisiveté du petit retraité voisin soulève de convoitise, tous les coeurs crispés par un « pourquoi pas moi ? » corrosif, qu'envient-ils en réalité à leurs frères « privilégiés » ? Si étrange que cela paraisse, ils leur envient leur propre néant ! Pointée vers le privilège sans devoirs, vers le péché (car le refus de servir est la définition même du péché), la volonté d'égalité

devient une volonté de néant, un vertige d'autodégradation et de mort. Et là résident le secret et la logique du « communisme ». Il n'est que deux choses absolument communes à tous les hommes leur néant originel et le Dieu qui les a créés. S'ils sont trop faibles ou trop pécheurs pour s'unir dans le culte de ce Dieu, ils tendent invinciblement à communier dans ce néant.


Mais ce n'est pas au néant pur et simple qu'aboutit l'égalitarisme : l'homme et la société ont la vie dure! Péché capital contre l'harmonie - laquelle n'est pas autre chose qu'un jeu d'inégalités fondées sur les fonctions et les devoirs -, l'égalitarisme enfante le chaos, autrement dit, il substitue au jeu des inégalités organiques un fouillis d'inégalités absurdes et dévorantes, fruits de l'intrigue et du. hasard - de tout ce qu'il y a de moins humain dans l'homme. Il est clair par exemple, au dire des témoins les plus autorisés, que le « communisme » soviétique, fondé en droit sur l'égalitarisme le plus rigide, a donné naissance en fait aux inégalités les plus révoltantes que l'histoire ait jamais connues.


Inégalité et harmonie.


Écoutons une mélodie. Chaque note y occupe une place différente dans l'échelle des sons, tous les éléments musicaux (et les silences mêmes) sont inégaux entre eux, et, sans cette inégalité, la mélodie n'existerait plus. Mais elle n'existerait pas davantage si l'on supprimait, entre ses divers éléments, cette espèce d'égalité profonde qui résulte de la communion, de la fusion dans l'unité du même tout : nous n'aurions plus alors qu'un chaos de sons.


Cette double exigence d'inégalité et d'égalité se retrouve à l'échelle de la société humaine. A la notion plate d'égalité, il importe de substituer la notion profonde d'harmonie. La seule égalité réelle et souhaitable entre les hommes ne peut résider ni dans les natures ni dans les fonctions, elle ne peut être qu'une égalité de convergence. Elle repose sur la communion, et la communion ne va pas sans la différence : les grains de sable du désert sont tous identiques et étrangers les uns aux autres...


Dans toute harmonie, l'interdépendance corrige et couronne l'inégalité : les notes d'une mélodie sont si bien liées les unes aux autres dans l'unité de l'ensemble que, prises séparément, elles n'ont plus d'âme ni de fonction. Ainsi devrait-il en être
pour la vie sociale. A défaut de l'impossible et catastrophique communauté de devoirs et de privilèges, il faut qu'il existe entre les hommes, et surtout entre les dirigeants et les dirigés, une espèce de communauté de destin. Les vrais chefs sont pour le peuple une tête, ils sont à la fois distincts de lui et liés à lui : la tête et le corps vivent, souffrent et meurent ensemble... Mais les mauvais maîtres - encore qu'ils soient presque tous d'ardents égalitaristes et qu'ils prétendent, avec une fausse et flatteuse humilité, s'identifier au peuple - sont étrangers à ceux qu'ils dirigent, ils ne servent de tête à personne, et toute leur habileté consiste à jouer du dehors et pour leur profit personnel avec - les réflexes d'un corps décapité...


Et ceci nous amène à formuler la loi suivante: une institution est saine dans la mesure où elle favorise cette salutaire interdépendance entre les membres de la hiérarchie sociale. Des organisations comme le système féodal et le système corporatif sous l'ancien régime servaient un tel but : aussi n'est-ce pas à un vice formel qu'elles ont succombé, mais à la carence des personnes. Il est clair au contraire que les mythes sociaux qui ont dominé le XIXème siècle (capitalisme, suffrage universel, fonctionnarisation des citoyens, etc.) sont malsains dans leur principe, car ils atomisent les hommes. Ce n'est pas de quelques retouches, c'est d'une refonte générale que les institutions modernes ont besoin.


Mission de la France chrétienne.


On frémit en songeant aux abîmes de misère et de corruption qui engloutiraient les peuples si, après la fièvre et l'hémorragie guerrières, nous nous retrouvions placés dans un climat moral et politique semblable à celui qui a suivi là dernière guerre.


Épuisées comme elles sont, il n'est pas possible que les structures sociales actuelles résistent longtemps à la crise qui les ébranle, et qui est leur oeuvre ! Tout le monde est d'accord pour prévoir et désirer, à brève échéance, l'éclosion d'un nouveau monde. Si cette attente doit être comblée, nous sommes certains que le génie et le coeur français y contribueront puissamment.


Le peuple français possède en effet, à un degré unique, le double sens de l'égalité et de l'inégalité. Aucun autre n'est aussi individualiste, aussi rebelle à l'esprit grégaire : c'est en France qu'on observe, dans l'ordre des fonctions et des préséances sociales, les inégalités les plus nombreuses et les plus subtiles : nous sommes le peuple qui présente le maximum de « distinction » (au double sens du mot) et, par conséquent, le minimum d'égalité. Mais nous sommes aussi le peuple où la conscience de l'égalité profonde entre les hommes s'est affirmée, saine, avec le plus de justice et a causé, corrompue, les plus grands ravages. Après le « qui t'a fait roi ? » jeté par un sujet à la face du premier capétien et cette « fange commune » que Bossuet rappelait aux grands, nous avons eu, hélas ! la terrible mystique égalitaire de la révolution française..

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Nous tenons les deux bouts de la chaîne : c'est à nous qu'il appartient d'unir, dans une synthèse harmonieuse, l'esprit d'inégalité et l'esprit d'égalité. Il serait vain de se livrer maintenant à des antiçipations fantaisistes et de vouloir tracer l'épure

exacte de la cité future. Mais on peut prévoir avec certitude que la société n'échappera à la montée dévorante du matérialisme que si nous voyons renaître des institutions apparentées au corporatisme dans l'ordre économique et à l'esprit de la chevalerie et du sacerdoce dans l'ordre politique. Seules, de telles institutions seront à même de freiner efficacement l'égalitarisme, en substituant à l'inégalité matérielle et quantitative une inégalité pointée vers la qualité et l'esprit, ou, du moins, en faisant de la première, non plus une valeur absolue, mais simplement le support ou l'instrument de la seconde. Et, du même coup, elles travailleront à rétablir l'égalité saine, car la matière divise et l'esprit unit.


Notre idéal repousse à la fois l'égalitarisme qui veut effacer les différences sociales et cette fausse mentalité aristocratique qui tendrait à les durcir en différences d'essence (il serait ridicule que le chef rendît l'amour qu'on lui porte, disait déjà
Aristote...) ; il consiste à Purifier et à organiser les inégalités en vue d'une égalité plus profonde, plus Précisément, à mettre l'inégalité au service de l'unité.


Mais cette unité, qu'est-elle, sinon l'amour, et qu'est-ce que l'amour, sinon Dieu ? A travers leurs inégalités naturelles et sociales, tous les hommes sentent obscurément qu'ils procèdent de la même source et concourent à la même fin. Le mauvais égalitarisme naît du raidissement égoïste de cette intuition qui n'est vraie que dans la ligne de
l'amour : comme toutes les grandes aberrations de l'homme, il découle du refus de la condition de créature et de l'ambition d'être comme Dieu. La vraie égalité est le fruit d'un amour commun ; elle présuppose donc l'oubli et le don de soi. Mais si chacun ne pense qu'à soi, si l'inférieur se fige dans son envie et le supérieur dans ses privilèges, de quel nom appeler la fièvre d'égalité qui surgit dans un tel monde ? -Elle n'est plus alors qu'un prétexte ou un étendard dans cette lutte, aussi vieille que le péché, entre des petits dieux affamés qui considèrent comme une injustice absolue, mais réparable, Mute limite à leur volonté de plaisir ou de puissance, et dont chacun veut tout avoir, et pour lui seul. C'est en effet une loi fatale : les hommes
qui se détournent de l'amour commun sont voués à la haine réciproque.
Et l'esprit d'égalité procède nécessairement de l'une ou de l'autre de ces deux sources. Aussi n'est-il pas de structure sociale solide sans climat religieux. Un seul amour commun est capable de rapprocher efficacement les hommes : c'est l'amour suprême. Et tous les mythes au nom desquels on a prétendu unir les hommes en dehors de' Dieu ont multiplié la séparation et l'anarchie. Qui n'amasse pas avec moi disperse..

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La France ne retrouvera sa mission qu'en retrouvant son Dieu. Ignorante de ce Dieu, la révolution de 1789 fit dévier vers le néant la grande idée chrétienne d'égalité. Le monde attend maintenant une révolution française chrétienne,

L'égalitarisme athée est malsain parce qu'il n'a pas d'autre ressource que de rogner jusqu'au néant les différences humaines. Mais l'égalitarisme chrétien est sain parce qu'il est fondé sur le dépassement et non sur l'extinction de ces différences : il les prolonge jusqu'à leur origine et leur fin communes, qui est l'amour éternel. Et c'est ainsi que s'accomplit, dans l'unité de cet amour, la synthèse de l'égalité et de l'inégalité.

 


(1.) Ces remarques sont valables, non seulement pour la société capitaliste, mais aussi pour la société étatique: un fonctionnaire grassement payé et sans vraies responsabilités jouit de privilèges tout aussi artificiels qu'un propriétaire de capitaux anonymes. Ajoutons encore que les bénéficiaires d'une fausse inégalité ne sont pas nécessairement ceux qui occupent les degrés élevés de la hiérarchie sociale : il advient que les profiteurs de la désharmonie collective soient les « prolétaires.

Gustave Thibon - Diagnostics, éssai de physiologie sociale - Librairie De Médicis 1942 ( épuisé )

 

Marcel de Corte

Biographie..

De la dissociété..

Fin d'une civilisation..

Philosophie des moeurs contemporaines..

Mutation de l'homme..

Sauver notre civilisation..

Sur le totalitarisme
de l'égalité..

L'homme contre
lui-même..

L'esprit de droite
et l'esprit de gauche..

Gustave Thibon


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