Chroniques de

Marcel de Corte

 

La hantise de la politique

Le bonheur collectif

Le collectif n'est rien d'autre que le vide et Socialisme maladie de l'esprit maladie

Christianisme et communisme

Socialisme et christianisme

De l'Europe réelle à l'Europe mythique

Le débat sur l'incivisme

Où va l'islam

L'orthographe et l'éducation

Politique et philosophie

Politique et mystique

L'Islam et le nouvel Islam

Marxisme et nationalisme arabe

L'esclavage collectivist

 

 

" Quand on représente une cause (presque) perdue, il faut sonner de la trompette, sauter sur son cheval et tenter une dernière sortie, faute de quoi l'on meurt de vieillesse triste au fond de la forteresse oubliée que personne n'assiège plus parce que la vie s'en est allée . "- Jean Raspail -

 

POLITIQUE ET " MYSTIQUE

La prière, lisions-nous dans notre vieux catéchisme, est une conversation de l'âme avec Dieu. L'expérience mystique porte cet échange intime à un haut degré de fusion : ce n'est plus moi qui vis, écrit saint Paul, c'est le Christ qui vit en moi. Tous les mystiques nous enseignent que le mystère d'union exige l'abolition du je : le moi se vide de tout contenu propre qu'envahit la seule présence divine. Qu'il y ait actuellement d'innombrables ersatz de la mystique, la preuve n'est plus à faire. Le diable est à Dieu ce que le singe est à l'homme. Son oeuvre est tout entière de simagrées et de simulacres, Etant prince de ce monde, il substitue ses fantasmagories à la réalité. Nous sommes faits pour le réel et, en fin de compte, pour la Réalité suprême.. C'est ainsi que Satan nous attache à son sort: brochets à face d'homme, nous mordons aux plus stupides apparences. Là où se trouve une pierre, le diable nous fait voir du pain. Nous y cassons nos dents.
Mais cette expérience n'a aucune valeur d'enseignement pour nous. Alors que l'aliment véritable qu'est la réalité matérielle ou spirituelle se transforme en chair et en esprit, les nourritures illusoires nous changent nous-mêmes en illusions. Chaque fois que nous mangeons un simulacre de réalité, nous devenons simulacres. L'homme qui ne poursuit que le sexe devient sexe.
Les fausses grandeurs dont nous sommes avides nous rendent faussement grands à nos propres yeux. Qu'importe alors que nous y perdions nos dents, notre puissance de manger le réel ?

Une illusion ne souffre pas. Aucune amputation, aucun désastre, aucune mort même ne nous sera, sur ce plan, chose amère. Aucun sacrifice ne nous pèsera. Rien n'est plus cher à l'homme que le sacrifice. L'homme sacrifie sans cesse ou, au réel, ou à l'apparence, l'égoiste sacrifie tout à soi. Il n'est pas étonnant que le Maître en prodiges ait ses martyrs. Satan, prince de l'illusion, a ses témoins, mais illusionnés, anesthésiés, drogués, morphinisés : vidés de leur propre réalité, ils n'en souffrent pas. C'est ailleurs qu'ils souffriront, lorsqu'ils auront quitté ce monde d'apparences qui est leur.

Nous sommes loin de la politique ? Pas du tout. La politique moderne ressemble étonnamment à la mystique. Elle est une a mystique invertie, une mystique, " par en bas ", une mystique de l'illusion: L'homme politique moderne fait oraison tous les jours, il prie. Il est en conversation perpétuelle avec la foule, avec l'opinion. A des époques rituellement fixées, il supplie. Au lieu d'être l'élu du Dieu vivant, il demande d'être l'élu du peuple.. Mais il y a peuple et peuple, comme fagot et fagot. Est-ce le bon peuple réel et charnel, les êtres en chair et en os que l'homme politique interroge ? Jamais. Il s'adresse à nous en nous réduisant à des catégories, en nous forçant en quelque manière à nous saisir comme catégorie, comme élément d'une classe ou comme support de quelque vague idée générale.
En fait, nous ne votons jamais réellement. C'est un être amputé, claudicant, ayant perdu une bonne partie de sa substance, réduit. quintessencifié, devenu spectre, qui dépose son bulletin dans l'urne. Les électeurs votent, en leur immense majorité, selon la catégorie où ils se placent, où un mouvement insidieux les situe et où se dilue tout leur être. Voter est aujourd'hui se séparer de sa réalité véritable et devenir une abstraction. Si la séparation est totale, on est en présence du fanatique ou du névrosé étant bien entendu selon le mot d'Adler, clinicien averti, que toute névrose est une névrose rentable.

A ce stade, la politique ne peut pas ne pas devenir une " mystique ". Elle le devient le plus aisément du monde, La catégorie est collective par définition. Par définition encore, le collectif dépasse l'individu ; il est un dieu en simili.

Enfin, la catégorie est une pure abstraction qui n'a pas la moindre existence concrète. L'humanité n'existe pas, disait joseph de Maistre : il n'est que des hommes. On peut en dire autant de toute catégorie sociale et politique. Dans la réalité, il n'y a que des êtres en chair et en os. Les réduire à ceci ou à cela, c'est opérer en eux une mutilation, les penser, les diriger, les gouverner comme s'ils étaient séparés d'eux-mêmes, englués dans un concept abstrait. Or, l' abstraction n'existe nulle part ailleurs que dans le cerveau de l'homme qui la pense. (...)

L'homme politique vis un antagonisme insolubles : entre son parti et le bien commun de la nation, entre les communautés de sa vie quotidienne et les idéologies de libération qui le séduisent, entre son intérêt particulier et l'intérêt général, entre son désir de bien-étire et les fallacieuses promesses électorales dont il est abreuvé, entre sa situation réelle toujours limitée et la volonté nationale dont il est censément revêtu, entre son intelligence restreinte à certains secteurs et l'omnicompétence que lui attribue le droit de suffrage sur toutes les questions, entre ce qu'il sait et les affirmations de la propagande, entre ce qu'il est et ce qu'il se figure être, etc...

Il est inutile d'ajouter que le principe marxiste de la lutte des classes gonfle la névrose politique jusqu'à son éclatement dans la démence révolutionnaire. Le socialisme marxiste politise l'existence humaine jusqu'en ses moindres recoins. Il la déracine de la réalité où elle se situe et la projette dans le mythe d'une société imaginaire, sommet de la névrose collective. Reprochant aux choses d'être ce qu'elles sont, il construit comme la névrose individuelle, un monde nouveau dans la perspective duquel se réfugie le fanatisme de ses adeptes. Il contraint ses partisans à se replier sur eux-mêmes dans une sorte de narcissisme de classe et dans une revendication constante contre les " injustices " de l'existence. .

Ce spectacle est plein d'enseignement. Lorsqu'on sait les origines de la névrose politique et son mode de propagation, on est bien près de connaître les moyens d'en guérir le patient. Refaire patiemment, énergiquement, des cadres sociaux à taille d'homme, réellement adaptés à ses tendances, il n'est point d'autre thérapeutique. Le reste est charlatanisme.

Marcel DE CORTE
Professeur
à L'Université de Liège. - La Libre Belgique 19 mars 1951

On peut dire que la vérité cachée de la politique n'est pas la lutte desclasse, mais la lutte des adultes contre l'infantilisme. - A. Finkielkraut -

 

Marcel de Corte

Biographie..

De la dissociété..

Fin d'une civilisation..

Philosophie des moeurs contemporaines..

Mutation de l'homme..

Sauver notre civilisation..

Sur le totalitarisme
de l'égalité..

L'homme contre
lui-même..

L'esprit de droite
et l'esprit de gauche..

Gustave Thibon


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