Chroniques de

Marcel de Corte

 

La hantise de la politique

Le bonheur collectif

Le collectif n'est rien d'autre que le vide et Socialisme maladie de l'esprit maladie

Christianisme et communisme

Socialisme et christianisme

De l'Europe réelle à l'Europe mythique

Le débat sur l'incivisme

Où va l'islam

L'orthographe et l'éducation

Politique et philosophie

Politique et mystique

L'Islam et le nouvel Islam

Marxisme et nationalisme arabe

L'esclavage collectivist

 

"Penser consiste à dialoguer sans trève avec des interlocuteurs qu'on dit morts". Nicolas Gomez Davila

 

POLITIQUE ET PHILOSOPHIE

Une maladie de l'intelligence

A la base de toute politique, il y a une philosophie et même une théologie, disait volontiers Péguy. Cette philosophie, ou conception du monde, et cette théologie, ou conception de Dieu, peuvent être conscientes ou inconscientes, vraies ou fausses, droites ou tortueuses, il n'importe. Elles sont là, sous-jacentes, actives, virulentes même, orientant la politique dans un sens déterminé, lui imposant, à travers les circuits, manoeuvres, méandres et volte-face de l'action, une direction bien nette, visible à un regard attentif.
Le libéralisme a eu sa philosophie et il a eu sa théologie qui enferme hermétiquement Dieu au sein de la conscience. Il a connu ses triomphes au XIXe siècle. Il ne subsiste plus guère de sa doctrine, aujourd'hui, chez la plupart de ses adeptes, que les relents d'une vieille ivresse sous forme d'anticléricalisme vulgaire, toussotant, sifflant et fétide. Le socialisme a une conception du monde dirigiste et autoritaire qui perce à chaque instant le camouflage démocratique et libéral dont il s'entoure volontiers et qui fait partie de la rhétorique courante à l'usage des électeurs.Il baigne dans un athéisme populacier et canaille dont ses meilleurs adeptes ont parfois honte, mais qu'il est impossible de dissocier du système. Le communisme est le socialisme logique et rigoureux. Il a une philosophie préfabriquée qui le place au point d'aboutissement dialectique de toute l'histoire humaine. Il est une " Eglise "sans divinité, mais pourvue de dogmes rigides, d'une structure fortement hiérarchisée, d'une mystique tournée vers la possession du monde, d'un appareil inquisitorial implacable.

Tout cela est bien connu,.mais ce qui l'est moins, ce qui passe pour ainsi dire inaperçu, c'est l'exception à cette règle générale qui assure aux grands mouvements politiques de l'époque moderne un point de départ philosophique et théologique. Or, il y a une exception, et elle est de taille. Elle saute aux yeux il s'agit des différents partis démocrates-chrétiens ou sociaux-chrétiens qui ont surgi un peu partout en Europe occidentale depuis la Libération. Ils ont tous un commun dénominateur qui distingue leur politique de celle que pratiquaient des - formations délibérément organisées pour protéger les droits de l'Église dans la Cité, telles que l'ancien parti catholique belge ou le Zentrum allemand : ils se disent des partis non confessionnels et déclarent mettre; en oeuvre une politique non-confessionnelle.
Ce sont donc là des partis strictement politiques Ils ne recoivent plus directement en tant que partis, les lumières et les orientations de la philosophie chrétienne et de la théologie catholique, comme les groupements qu'ils ont remplacés. J'insiste fortement sur ce point, car il est capital si leurs adeptes adhèrent à titre individuel à la doctrine philosophique et théologique de l'Eglise, leur politique, prise comme élément moteur de leur action collective dans la Cité, ne tire pas toute sa substance des sources traditionnelles où puisaient leurs prédécesseurs. Il faut distinguer ici nettement entre les multiples points de vue individuels qui restent fixés, pour la plupart, sur l'enseignement philosophique et théologique de l'Eglise, et le comportement collectif des partis à dénomination démocrate-chrétienne ou sociale-chrétienne: leur action n'y est plus inféodée et n'en subit plus que l'influence extérieure.
Nous sommes donc en présence d'une politique à la recherche d'une philosophie et d'une théologie. C'est exactement la position inverse des autres mouvements politiques parallèles. Sans doute, cette différence s'aperçoit moins chez nous qu'ailleurs: les Belges ne sont pas insensibles aux problèmes doctrinaux, mais ils en saisissent avant tout les applications pratiques; au surplus, le parti social-chrétien belge est encore assez fortement influencé par l'héritage que lui a transmis le vieux parti catholique décédé. Il n'en est pas de même en France par exemple où la politique démocrate-chrétienne est monopolisée par le Mouvement Républicain Populaire, qui n'a pas d'antécédent historique analogue. Encore qu'une bonne partie de ses électeurs se situent dans la ligne des électeurs du P. S.. C. belge, le M. R..P. est en quête d'une philosophie et d'une théologie qui lui soient propres et qui puissent le placer au même niveau que les autres partis politiques concurants. Il n'est pas inutile de noter, en passant, que son influence a pénétré au sein même du P: S. C. belge dont les principaux dirigeants sont fermés à ces questions essentielles et que de petits, groupes actifs, assez anodins en apparence, mais animés d'un esprit « missionnaire » et dont les membres sont placés à des leviers.: de commande, y effectuent un travail similaire.
Qu'une telle élaboration soit hérissée de difficultés de toute espèce, on le devine sans peine. S'il est assez facile d'élaborer un programme politique à usage électoral en mariant dans la même phrase la chèvre et le chou, s'il n'est pas malaisé de construire une doctrine politique qui reste sur le plan des généralités ambiguës et qui ne touche pas à ce qu'il y a d'essentiel dans l'homme et dans le chrétien, les obstacles s'accumulent lorsqu'il s'agit d'atteindre et dégager les fondements philosophiques et théologiques de la conduite de l'homme dans la société L'imprécision nuageuse et le verbalisme sont bannis. Les mots employés renvoient à des réalités profondes et à des vérités qui ne changent pas. On entre ici dans :un domaine où le oui ne peut en aucune manière signifier le non, où les réticences sont interdites, où la pensée se soumet à des objets immuables. L'élément relatif, mobile, et flottant que comporte toute action politique concrète s'adosse ici à des constantes, à des invariants, à des principes fixes : la nature des êtres et des choses, a fortiori celle de leur Créateur, ne sont pas assujetties au mouvement !

Or, s'il est une proposition que la nouvelle philosophie politique chrétienne en cours de parturition dans certains cercles tend de toutes ses forces à nier, c'est bien celle-là. Hypnotisée par les incontestables transformations que les sociétés humaines subissent sans cesse au cours de leur histoire et singulièrement à notre époque, elle proclame que « rien n'est immuable »l que les formes politiques et sociales en lesquelles, pour un temps, s'est incarné l'esprit, ne sont pas" absolues "et qu' « un dynamisme anime l'esprit lui-même >. Je cite textuellement l'élucubration d'un des nouveaux prophètes. « Tout marche » selon lui. Il n'est plus rien de stable, de permanent, d'éternel dans l'homme. L'humanité tout entière est emportée dans un devenir dont chaque moment est dépassé par un autre qui le suit et où il n'est point d'arrêt, point de certi tude politique et morale qu' vaille pour tous les temps et pour tous les lieux, point de vérité absolue qui nous permette de juger, les hommes et les événements.
Cette philosophie politique du chien crevé au fil de l'eau s'accrédite de plus en plus. Il est urgent ,
de la dénoncer, non pas tant parce qu'elle justifie à l'avance, tous les chambardements, toutes; les révolutions' tous les mythes déstructeurs, au nom de prétendues nécessités vitales de l'évolution, mais parce qu'elle est bête. La bêtise estl ruineuse. L'intelligence seule construit.

Elle est bête pour deux raisons. La première est éclatante : Cette "philosophie "est à la remorque du marxisme qui a toujours érigé en dogme intangible le mobilisme universel et le progressisme inéluctable. Il est navrant de voir des chrétiens se muer en imitateurs, serviles d'adversaires qui leur préparent, en vertu du « nécessaire » dépassement d'une forme sociale par une autre, ce qu'il faut bien appeler le coup de pied au c...
La seconde l'est davantage: la canonisation du « progrès » et de l'adaptation au changement est une véritable maladie de l'intelligence, comme le disait récemment Jean Grenier. Si "tout marche ", si tout est en branle, si les formes politiques et sociales ainsi que l'esprit qui les anime doivent épouser l'irrésistible poussée - ou soi-disant telle - du « mouvement de l'histoire », l'homme ne peut plus dominer, régler, orienter et, au besoin, condamner, au nom de l'intelligence et du coeur, les événements qui se produisent dans le monde. La vertu patriotique, la vertu d'épargne, toutes les vertus sont relatives: elles étaient « vraies » hier, elles ne le seront plus demain!. On ne peut rêver une démission plus radicale de la pensée et de l'âme.
Au moment où le P. S. C. prépare un congrès consacré à la philosophie qu'il compte défendre et! incarner dans la vie politique, il est bon de rappeler les dangers que quelques « intellectuels » - à la noix ! - peuvent lui faire courir, s'il n'ouvre pas l'oeil.


Marcel DE CORTE,
Professeur,à l'Université de Liège.- La libre Belgique- Samedi 7 novembre 1953

 

Marcel de Corte

Biographie..

De la dissociété..

Fin d'une civilisation..

Philosophie des moeurs contemporaines..

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Sur le totalitarisme
de l'égalité..

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lui-même..

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Gustave Thibon


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