Chroniques de Marcel de Corte
Le collectif n'est rien d'autre que le vide et Socialisme maladie de l'esprit maladie De l'Europe réelle à l'Europe mythique Marxisme et nationalisme arabe
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L'Islam a toujours été politique. La seule forme d'organisation politique que connurent les musulmans fut l'Etat islamique. Un musulman ne peut trouver en terre non musulmane sans l'appréhender comme un territoire où les lois islamiques doivent prévaloir. C'est tout le problème de la France. ( Maurice G. Dantec, - American black box - aux éditions Albin Michel, extrait de la page 490.
OU VA L'ISLAM ? Où va l'Islam ? Il est vraisemblable que l'Islam lui-même l'ignore à peu près totalement. Ce grand corps informe s'éveille d'une longue léthargie, paupières closes, cerveau engourdi, membres épars et secoués çà et là d'aveugles sursauts. Toute l'histoire de l'Islam manifeste d'un bout à l'autre ces étranges alternances de torpeur et de frénésie. Cette union fut de courte durée; l'Islam retomba rapidement dans ce mouvement oscillatoire qui le projette d'un extrême à l'autre et qui se retrouve, avec son contraste majeur, en presque tous ses adeptes, sous la forme d'une brutalité explosive relayée par une exquise délicatesse inattendue, ou réciproquement. Tout se passe comme si l'Islam balançait toujours entre les qualités et les défauts de la Barbarie, et les qualités et les défauts de la Décadence. Sans Dieu, je serais vil plus que la bête immonde,
Tantôt l'homme d'en haut, tantôt l 'homme d'en bas, Et le mal en ma bouche avec le bien alterne Comme dans le désert le sable et la citerne.! La religion islamique est dépourvue de centre de gravité. Elle ne possède ici-bas aucun point fixe. Elle ne dispose d'aucun critère immuable, faute de ce Moyen-Terme qu'est le Christ entre l'homme et Dieu, faute d'une Eglise conçue comme corps mystique et comme Jésus-Christ répandu et communiqué. Aussi oscille-t-elle entre le fanatisme sans nuances, massif, coagulé en quelque sorte, et une poussière de croyances disparates qui vont de la mystique à la plus basse superstition. La foi en Allah, dominatrice et exclusive, se mêle à une multitude indéfinie de sectes dont l'Encyclopédie Britannique énumère la série en trois colonnes de petit texte bien tassé. L'Islam présente ainsi l'aspect d'une société sans classes, internationale ou plus exactement " anationale " dont les membres sont rassemblés dans une même conception des rapports entre Dieu et l'homme, à la manière de la société dont rêvait Marx et que ses successeurs ont tenté d'instaurer en Russie. Il suffirait d'une chute du niveau religieux dans les élites dirigeantes - et elle est en train de s'accomplir depuis le XIXe siècle - pour que l'Islam, braquant son regard sur la possession de la terre et sur les rapports entre l'homme et la seule matière, se trouve dans la même position que la Russie. Ce n'est point par hasard qu'un des plus sagaces observateurs du communisme, M. Jules Monnerot, a nommé celui-ci " un nouvel Islam ". C'est par un sens très sur des analogies entre les deux conceptions du monde. L'Islam a du reste montré dans le passé, où il puise son exaltation présente, le même esprit totalitaire que le marxisme. Pour lui, comme pour le marxisme, l'humanité se divise en deux parts radicalement hétérogènes: les fidèles et les infidèles, les musulmans et les Occidentaux. La philosophie matérialiste du marxisme est sans doute encore inconcevable à l'Islam. Les communistes musulmans sont peu nombreux. Mais cette prétendue imperméabilité de l'esprit islamique au marxisme ne vaut guère plus que l'imaginaire discordance que certains découvrent entre l'esprit anglais ou scandinave et la même doctrine. L'histoire récente prouve que la Grande-Bretagne et les pays nordiques, tout en gardant leur vernis idéalistes et en n'élisant que quelques rares députés communistes, ont absorbé à larges doses un marxisme édulcoré. L'alliance entre la Russie et l'Islam qui s'accomplit sous nos yeux n'a donc rien de contre-nature. Elle procède de mentalités qui se correspondent et qui peuvent parfaitement s'identifier dans la confusion actuelle de l'histoire. Les Américains n'extirperont jamais, par leur anticolonialisme puéril, cette affinité hors de l'esprit musulman. La Russie les surclassera aisément en jouant sur la ressemblance qui existe entre l'attitude antieuropéenne du musulman et l'attitude anticapitaliste: il lui sera facile de faire virer au moment opportun la première, qui existe et s'exaspère, vers la seconde, qui est encore informe, et d'englober de la sorte les EtatsUnis dans la réprobation qui frappe l'Occident. La diplomatie américaine, toujours plus sensible aux éléments économiques d'un problème qu'à ses facteurs psychologiques, ferait bien de s'apercevoir de ce détournement astucieux. La politique étrangère soviètique n'a du reste jamais varié en la matière depuis les fameux entretiens - trop oubliés par les démocraties, sans mémoire ! -,que Zinoviev eut, au Congrès de Bakou, le 1er septembre 1920, avec Enver Pacha. Elle remporte aujourd'hui les fruits d'un effort poursuivi sans la moindre défaillance et qui contraste avec les piteuses pirouettes que les événements imposent à la diplomatie des peuples dits libres. Les deux « guerres saintes » que mènent la Russie contre le Capital et l'Islam contre l'Occident finiront par s'amalgamer si l'Amérique n'ouvre pas les yeux. La perspective est d'autant plus probable que la morale islamique ouvre un champ plus vaste que la morale chrétienne aux passions de l'esprit et au ressentiment. C'est là sans doute la raison pour laquelle l'Islam s'insinue peu à peu dans les populations primitives de l'Afrique : son éthique, moins exigeante, y est plus aisément adoptée Personne ne niera, d'autre part, que le marxisme fleurit partout où la morale se relâche. Le mot de Rivarol reste vrai « en déliant les hommes, on les déchaîne » Il est vraisemblable que les historiens de l'avenir verront dans la dissolution de l'empire ottoman consacrée par les traités de 1918 une des hypothèques qui auront pesé sur le XXe siècle aussi lourdement que la stupide destruction de l'empire austro-hongrois. Assagie par ses conquêtes, par ailleurs très écornées, l'ancienne Turquie stabilisait l'Islam au même titre que l'Autriche-Hongrie calmait l'effervescence balkanique. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que les nationalismes arabes sont sans racines dans les traditions de l'Islam et qu'ils évolueront fatalement vers un seul « internationalisme et vers le panislamisme. La Russie, toujours vigilante, y mettra d'autant plus de soins que les errements de la diplomatie dite atlantique l'y aideront. L'Occident n'a d'autre atout en main que la terrible faiblesse du sens de l'Etat en terre islamique. Mais on fabrique aujourd'hui par la contrainte des Etats artificiels. Et d'autre part, l'Etat en Occident est dégénéré en Etat-Providence qui vampirise son énergie et ses réactions vitales de défense. Marcel DE CORTE, - La libre Belgique - 28 décembre 1956 Les européens sont plus paresseux que lâches, mais plus complexes que paresseux. Ils sont certainement moins paresseux que les musulmans, qui peuvent se venter de la culture de la paresse à l'état pur - Peter Sloterdijk dans - Les battements du monde - Pauvert. |
Marcel de Corte
Philosophie des moeurs contemporaines.. Sur le totalitarisme |
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