Chroniques de

Marcel de Corte

 

La hantise de la politique

Le bonheur collectif

Le collectif n'est rien d'autre que le vide et Socialisme maladie de l'esprit maladie

Christianisme et communisme

Socialisme et christianisme

De l'Europe réelle à l'Europe mythique

Le débat sur l'incivisme

Où va l'islam

L'orthographe et l'éducation

Politique et philosophie

Politique et mystique

L'Islam et le nouvel Islam

Marxisme et nationalisme arabe

L'esclavage collectivist

 

La mentalité de la gauche contemporaine me semble marquée par une inclinaison pour laquelle je propose le terme d'auto-amnistie. La gauche contemporaine est la partie de la socièté ayant la privilège de se pardonner ses propres erreurs...

Orwel avait raison de dire: la gauche est antit-fasciste, elle n'est pas antitotaliraire...

Il ne faut pas oublier que le radicalisme de gauche est une mythologie du perdant. Plus on perd, plus on a raison...

Ma conviction intime me dit: à force de perdre, je suis moralement supérieur à celui qui gagne...

Cela nous renvoie bien sûr , à l'analyse nietzschéenne du ressentiment, non seulement en terme psychologique, mais aussi en terme politique.

- Alain Finkielkraut dans - Les battement du monde - Pauvert.

 

Oui. On est de gauche, en somme, comme on est blond ou brun, on est né comme ça, c'est héréditaire. On vote comme papa, comme maman, comme les frères et les soeurs. On vote là où on a souillé ses couches, comme les poules chient où elles ont pondu leurs oeufs. Ça ne sort pas du cercle vertueux. On se marie entre soi, on pratique l'endogamie, voire l'inceste d'isoloir, on n'a même pas l'idée d'aller voir ailleurs comment ça se passe. On vote à gauche, c'est évident, c'est de famille. Pourquoi pas de race, tant qu'on y est ? On est de gauche parce qu'on est de gauche. L'Histoire elle-même s'est évaporée de cette disposition heureuse, innocente, naturelle et raciste. Le « vote Jospin », le « vote de gauche » ne sont plus les résultats d'un combat nécessairement salissant avec soi-même et avec les conditions concrètes d'existence, c'est quelque chose d'immaculé, de préexistant et qui va de soi. De toute éternité.

Philippe Muray - Festivus Festivus P.118 - Fayard.

 

L'ESPRIT DE GAUCHE

ET L'ESPRIT DE DROITE

Il est facile de définir l'homme de gauche comme un envieux ou un utopiste et l'homme de droite comme un satisfait ou un « réaliste ». Ces formules nous renseignent assez peu sur la vraie différence intérieure entre ces deux types d'humanité.


Essayons d'y voir plus clair. Si nous évoquons, dans chaque camp, quelques personnalités supérieures (elles seules sont peut-être capables de nous fournir le grossissement nécessaire à la découverte des essences), la constatation suivante s'impose: le grand homme de droite ( Bossuet, de Maistre, Maurras, etc.) est profond et étroit, le grand homme de gauche (Fénelon, Rousseau, Hugo, Gide, etc.) est profond et trouble. Ils possèdent l'un et l'autre toute l'envergure humaine : ils portent dans leurs entrailles le mal et le bien, le réel et l'idéal, la terre et le ciel. Ce qui les distingue, c'est ceci : l'homme de droite, déchiré entre une vision claire de la misère et du désordre humains et l'appel d'une pureté impossible à confondre avec quoi que ce soit d'inférieur à elle, tend à séparer avec force le réel et l'idéal ; l'homme de gauche, dont le coeur est plus chaud et l'esprit moins lucide, incline plutôt tôt à les brouiller. Le premier, soucieux de garder à l'idéal son altitude et sa difficulté d'accès, flairera
volontiers des relents de désordre dans les « idéals »
qui courent le monde ; le second, pressé de réaliser ses nobles rêves et peut-être un peu dégoûté des
ascensions sévères, sera porté à idéaliser le désordre. Ici on mêle, là on tranche...
Musèle et châtie les démons qui sont en toi et dans le monde, dit l'esprit de droite. Fais-en des anges, nous souffle l'esprit de gauche. Le malheur, dans ce dernier cas, c'est qu'il est infiniment plu: facile de travestir que de transformer.
L'ascétisme est à droite, le quiétisme à gauche Le duel entre Fénelon et Bossuet revêt, de ce point de vue, une immense signification humaine. Bossuet avait flairé dans le quiétisme le premier indice, encore timide et voilé, de cette catastrophique confusion de Dieu et de l'homme, qui devait stigmatiser l'âge moderne. La corruption quiétiste équivaut sur le plan religieux à la corruption démocratique sur le plan politique : l'une et l'autre sont le fruit de cette hâte fébrile de l'être impuissant qui, n'ayant plus de forces pour lutter ni de réserves pour attendre, s'empresse, - afin de réaliser sans retard ni peine son rêve de plénitude et de bonheur, de le confondre avec n'importe quoi. Le quiétisme et la mystique dérnocratique consistent à brûler les étapes - en rêve ! La fièvre est à gauche...


**


Les grands pessimistes chrétiens comme Pascal ou de Maistre n'ont certes pas moins de noblesse ou de générosité que n'importe quel esprit de gauche, ils ont simplement une conscience tragiquement vivace de l'abîme qui s'étend entre ce qu'est l'homme et ce à quoi il est appelé : ils sont sceptiques par respect de la vérité suprême, réalistes par amour de la réalité de leur idéal.
La vision et la reconnaissance sincères de la misère de l'homme seraient donc des sentiments de droite, me répondra-t-on ? Et cependant, voyez à gauche ce souci de vérité, cette tendance à tout démasquer, à mettre à nu tant de bassesses indûment idéalisées (le freudisme et le marxisme par exemple sont à gauche), tandis qu'à droite on observe plutôt le pharisaïsme, l'obscurantisme, la pia faus... Je répliquerai qu'il existe aussi à droite de grands démasqueurs (un Pascal, un Nietzsche, etc.). Toutefois, il faut avouer que, dans l'ensemble, le besoin d'explorer les dessous vulgaires ou impurs de l'homme et de la société est un sentiment de gauche. L'homme de droite sent trop la réalité de la bassesse humaine pour éprouver le besoin de

la crier sur les toits, il sent aussi instinctivement les dangers que comporte une pareille exhibition, il éprouve enfin, en face des misères de l'humanité, une espèce de pudeur attristée qui le porte à détourner son regard (cette pudeur, de nature essentiellement aristocratique, dégénère, chez le type « bourgeois », en pharisaïsme hypocrite). Et nous assistons ici à ce curieux paradoxe. Les politiciens, moralistes, éducateurs, etc., de droite, théoriquement, négligent la bassesse des hommes et semblent même idéaliser hypocritement la nature humaine (voir par exemple leurs conceptions un peu simplistes de l' «âme», de la « vertu », de la " patrie ", etc.), mais, pratiquement, ils traitent l'homme avec la prudence et la rigueur qu'appelle sa misère (les climats spiritualistes furent toujours rigoureux) ;
ceux de gauche au contraire hurlent à tout vent la matérialité, l'impureté foncières des tendances humaines (théories marxistes et freudiennes par exemple) seulement, après cette descende purement spéculative aux enfers, ils traitent l'homme en ange et leur optimisme pratique est illimité.


Alors ? Quel est le moteur secret de cette rage de démasquer ? Le désir de dépasser ou de combattre ce que l'homme a d'inférieur ou de vil ? L'anti-ascétisme foncier de tous ces démasqueurs prouve assez le contraire. L'âme de leur sincérité, c'est encore - la soif d'idéaliser la bassesse humaine! Quand on a prouvé que les « idéals » de l'homme ne sont que des déguisements de l'instinct sexuel (freudisme) ou des mobiles économiques (marxisme), c'est-à-dire que la chair et la matière sont l'unique réalité, quel nimbe apparaît du même coup autour de la matière et de la chair! L'homme de gauche stigmatise à grands cris le mal du monde, mais ce mal, au fond, il ne le prend pas au sérieux : ce n'est pour lui qu'un accident superficiel et éphémère ; encore un peu de temps et il va s'évanouir au souffle du « progrès », de la «révolution », etc. Il y a encore, certes, de douloureuses situations psychologiques dues aux conflits sexuels, il y a aussi de cruelles injustices sociales, mais tous ces maux disparaîtront dès que l'homme aura vraiment pris conscience de la réalité sexuelle et de la réalité économique. L'optimisme freudien et l'optimisme marxiste débordent d'enseignement précieux : pour l'homme de gauche, le mal éclairé et dénoncé est déjà presque guéri, le mal n'est au fond qu'un malentendu, une espèce de fausse position prise en dormant par l'humanité... Est-il façon plus subtile et plus dangereuse d'idéaliser le mal que de le présenter aussi extérieur et aussi curable, évoluant avec tant de sûreté vers un bien et un équilibre universels ?


Mais est-ce vraiment la bassesse humaine que dénoncent les prophètes de la révolution ? Non, puisqu'ils font de cette bassesse l'essence de l'homme. Ce qu'ils dénoncent, ce n'est pas la matière ou le péché (ils s'en accommodent fort bien, ils ne voient rien au delà), c'est la gêne et la douleur inhérentes à la matière et au péché. De la matière, du péché enfin organisés, épanouis, parvenus à la pleine conscience et à la pleine possession d'eux-mêmes, ils espèrent voir jaillir un paradis. Comprend-on maintenant ce que signifie cette hâte à dénoncer et à supprimer toutes les misères humaines ? Le malheur pourrait faire songer au péché: on est pressé d'en finir avec le cortège de douleurs que la bassesse de l'homme traîne après elle pour qu'il n'y ait plus - enfin ! - d'objections contre cette bassesse. On poursuit la douleur pour mieux canoniser le péché...


Il s'agit en effet avant tout (et combien d'idéals moraux et politiques sont fondés sur ce désir 1) de rendre la bassesse indolore, d'apprivoiser et de châtrer le péché. Ces idéalistes acceptent tout de la chute - sauf l'aiguillon du châtiment. Ils cherchent, ils implorent une sorte de repos divin, dans la vanité - dans la pauvre joie et le pauvre orgueil de l'homme tombé. Ils ne doutent pas de la divinité foncière de cet homme. Aussi le spectacle du mal leur est insupportable. Tant que le mal subsistera, il sera impossible d'adorer l'homme sans réserve: un Dieu ne peut pas, ne doit pas souffrir ! Conclusion: volonté d'effacer le mal-péché comme un mythe et le mal-douleur comme un accident. Après quoi, tout dans l'homme sera bien mêlé, brouillé, divinisé ! Tout est Dieu quand il n'y a plus ni sommet ni hiérarchie. L'anarchie réalise le ciel à peu de frais.


Étroitesse à droite, mixture à gauche. Dans tous les domaines, l'homme livré à lui-même ne peut qu'osciller entre ces deux écueils. Et seul, dans tous les domaines, un climat moral et social vitalement chrétien peut lui épargner ce choix amer. Ces abîmes de la révolte et de la détresse humaine, la dureté ascétique de droite les séquestre, la courte folie de gauche les travestit, mais le christianisme les transfigure. - A gauche, l'ampleur impure et fiévreuse du marécage où se mêlent l'eau et la terre, les miasmes et la rosée, - à droite la pureté étroite et glacée des monts rigides, - en haut, l'ampleur suprême du ciel pur; tendre et sans fond - du ciel plus large que la plaine, plus haut et plus vierge que les monts !

Gustave Thibon - Diagnostics - Librairie de Médicis.

 

Marcel de Corte

Biographie..

De la dissociété..

Fin d'une civilisation..

Philosophie des moeurs contemporaines..

Mutation de l'homme..

Sauver notre civilisation..

Sur le totalitarisme
de l'égalité..

L'homme contre
lui-même..

L'esprit de droite
et l'esprit de gauche..

Gustave Thibon


L'antidote-design by coutellerie-arthurius