Chroniques de

Marcel de Corte

 

La hantise de la politique

Le bonheur collectif

Le collectif n'est rien d'autre que le vide et Socialisme maladie de l'esprit maladie

Christianisme et communisme

Socialisme et christianisme

De l'Europe réelle à l'Europe mythique

Le débat sur l'incivisme

Où va l'islam

L'orthographe et l'éducation

Politique et philosophie

Politique et mystique

L'Islam et le nouvel Islam

Marxisme et nationalisme arabe

L'esclavage collectivist

 

" S'écarter de Saint Thomas, surtout dans les questions méthaphysiques, ne va pas sans détriment grave."

" J'appartiens à cette race perdue des être humains qui pensent encore et qui osent dire leur pensée...Il parrait que je suis assez gravement infecté de ce mal, puisque tant de gens ont eu la bonté de m'en avertir, en déployant autour de moi le cordon sanitaire des calomnies prophylactiques."
- Léon Bloy -

 

La transformation du peuple en plèbe requiert l'intervention diligente et obstinée du démocrate ( Nicolas Gomez Davila ).

 

LE COLLECTIF N'EST RIEN D'AUTRE QUE LE VIDE

Toute doctrine collectiviste est une exploitation du néant. A la limite, lorsque l'homme n'est plus qu'individu, sans famille, sans amour de son métier, sans culte de sa petite et de sa grande patrie, désencadré, déraciné, livré à sa seule loi personnelle, sujet de « droits imprescriptibles », il sombre dans ce vide social que les astucieux amants du Pouvoir utilisent afin d'établir leur empire sur l'humanité. Le personnalisme conduit droit au socialisme et au communisme. Lorsqu'un homme politique me parle de la « personne humaine », je dresse l'oreille et j'entends s'esquisser le chant menteur de la sirène séductrice qui endort l'intelligence et l'instinct de l'être humain, les détourne de ces relations sociales essentielles qu'il faudrait revigorer, et leur propose l'idole d'une collectivité artificielle qui n'est qu'une forme de l'adoration de soi.
Les sociaux-chrétiens n'ont que trop souvent orchestré cette berceuse de la misère humaine actuelle. Il serait urgent qu'ils abandonnent cette stupide opposition du personnel et du collectif. Il serait urgent qu'ils songent aux réalités sociales nourricières., Mais il faut du courage pour penser et pour gouverner contre l'esprit d'une époque.

Le socialisme, maladie de l'esprit

Le socialisme est mort, ai-je écrit ici-même un jour. Le socialisme est vidé comme doctrine. Il n'est plus personne qui puisse croire que la pensée de Marx soit la clef des phénomènes économiques, politiques et sociaux. Le marxisme ne se maintient en Russie et dans les pays satellites que par le prestige de l'élément le plus extrinsèque qui soit à la pensée: la puissance de la police et des armes.

Le socialisme est vidé comme mouvement historique qui répondait aux privations subies par le prolétariat ouvrier du XIXème siècle. On ne niera pas la part que le socialisme a prise dans le redressement de cette injustice. On remarquera simplement qu'elle ne fut pas décisive : sans le dynamisme de l'économie dite capitalisme, il est certain que l'amélioration de la condition ouvrière eût été impossible. Ainsi que le fait voir l'exemple des Etats-Unis, l'influence du socialisme est à peine nulle en un domaine où il prétend régner de plein droit, dès que le potentiel de l'économie ambiante peut satisfaire les besoins des hommes.

Il est même permis de se demander si le socialisme, en mêlant l'économie à la politique et aux réformes sociales, n'a pas freiné en bien des cas la rapidité du processus grâce auquel le progrès technique s'ouvrit aux exigences matérielles manifestées par les membres les plus déshérités de la communauté.

Si le socialisme est liquidé en tant que doctrine et dans sa fonction historique, comme la plupart des systèmes qui ont séduit pour un temps l'imagination des hommes, une question se pose, immédiatement: pourquoi subsiste-il encore?

Dans le monumental ouvrage qu'il vient de consacrer au marxisme, le R.P. Calvez répond justement: la mesure économique objective de l'oppression ne compte pas pour le socialisme; ce qu'il lui importe, c'est avant tout la conscience que les prolétaires, ou soi-disant tels, ont de cette oppression. Comme le remarque avec pertinence M. Jean Madiran à ce propos, " La mesure objective de l'oppression économique peut tendre vers un zéro sans empêcher que simultanément la mesure prise ou imaginée par les consciences tendent vers l'infini, sous l'influence des mythes, des idéologies, des propagandes ".

Chacun sait par expérience que l'homme peut transformer par imagination la piqûre d'épingle qu'il reçoit en une blessure mortelle. Le socialisme actuel perdure en accentuant cette propension. Il n'est plus un phénomène économique ou social, mais un phénomène de conscience désaxée qui cultive intérieurement son " malheur " et qui le grossit sans mesure dans la serre chaude de la propagande.

Le même commentateur ajoute ceci qui va loin: le socialisme est " un phénomène publicitaire qui n'en est pas moins redoutable: la publicité est probablement la plus grande force matérielle de notre temps; elle a le pouvoir de faire croire n'importe quoi, fût-ce contre l'évidence quotidienne".

En d'autres termes, le socialisme est aujourd'hui une maladie de l'esprit dont le virus est maintenu à un haut degré d'efficacité dans des officines adéquates: partis, syndicats, presse, radio, etc... et injecté dans la mentalité des citoyens où il trouve un terrain propice au mythe sous la forme d'une conscience qui se ferme au réel et se replie sur elle-même.

La peuve en est donnée, irréfutablement, par l'analyse sociologique du socialisme lui-même, tel qu'il se réfracte dans les esprits qu'il atteint et mystifie.

... Sans doute, de nombreux ouvriers continuent-ils à "voter socialiste". Mais nul n'ignore que le suffrage universel pur et simple est prodigieusement conservateur: il est une force d'inertie, il suit la ligne du moindre effort, il a horreur du changement. La faculté de réagir contre la sclérose des habitudes n'est départie qu'à un petit nombre d'êtres choisis. Du reste, l'ouvrier ne vote pas socialiste parce qu'il est socialiste, mais parce qu'il ne sait pas ce qu'est le socialisme. Cette contradiction entre le comportement individuel et le comportement politique n'est pas son apanage: elle est d'une fréquence inouïe. Combien de gens ne votent-ils pas contre leurs intérêtes profonds? Ils les méconnaissent parce que le vote réfléchi est extrêmement rare. Oui dit l'intérêt. Non dit la passion. Et l'intérêt cède.

... C'est l'enfance de l'art que de détourner un vote. J'ai vu de mes yeux vu, lors de la première élection française qui suivit la libération d'immenses affiches dans un village provençal. Elles représentaient un paysan aux moustaches gauloises qui contemplait une paire de boeufs de labour. Le slogan était tout simplement celui-ci: " Pour la défense de la petite propriété paysanne, fruit du travail et de l'épargne, votez parti communiste ".Je vous assure que cela prenait. Les résultats de l'élection le firent bien voir.

Les mouvements proprement ouvriéristes sont partout en recul en Europe. Le socialisme Belge s'en est du reste aperçu. Il a changé son ancienne dénomination de Parti ouvrier Belge en Parti socialiste Belge. Il sait que les anciennes bases sont en train de changer et que ses électeurs traditionnels s'embourgeoisent rapidement. Comment alors faire triompher le socialisme? Comment le réaliser dans un contexte social qui devient inattentif, sinon rebelle aux fins qu'il poursuit, malgré une certaine fidélité électorale? Le socialisme n'est-il pas voué en dépit de ses victoires politiques, à ne jamais être socialiste, faute de matière sociale à manier?

C'est ici que se révèle l'astuce socialiste et son habilité à inoculer aux esprits la maladie qui les déformes.On peut très bien laisser courir le processus d'embourgeoisement. Il convient même de l'accélérer d'une certaine manière, à la condition de l'étatiser. Tout une élite ouvrière, de plus en plus nombreuse à mesure du développement économique, aspire au droit de bourgeoisie et risque d'échapper au socialisme? On l'aura par ruse en lui présentant un modèle bourgeois en voie de socialisation active ou passive: Quiconque gravit les degrés de la hiérarchie sociale, calque ses attitudes sur le type supérieur auquel il prétend accéder. Le socialisme lui présentera le type du bourgeois socialiste, sinon du bourgeois complice du socialisme.

Il est remarquable en effet que le socialisme lève désormais ses recrues dans la bourgeoisie , chez les intellectuels, dans des groupes instables du bourgeois dévitalisés, dans une foule de gens qui répugneraient d'appartenir à ce qu'ils appelent dédaigneusement " la classe ouvrière " , et qui souffrant d'un manque d'énergie, demandent à l'Etat, exigent même de l'Etat qu'il leur fasse une place dans la société. C'est là que joue la mystification socialiste. C'est là que se découvrent les esprits perméables au virus de la propagande publicitaire. Quel rêve que les alouettes tombent rôties dans la bouche! Un bonheur tout cuit, c'est le paradis sur la terre sans la bonne souffrance de l'effort.personnel!

Ajoutons à cela qu'une partie de la bourgeoisie possédante trouve bon de prendre une assurance contre le socialisme en pratiquant la tactique de la main tendue. Ce médiocre machiavelisme est certes pire que toute maladie de l'esprit.

Telles sont les données sociologiques que l'observateur décèle dans le socialisme contemporain. Elles montrent à nu la gravité du mal. Car les maux de l'esprit sont difficilement guérissables.

Marcel De Corte - La libre Belgique - 1957.

 

 

 

 

Marcel de Corte

Biographie..

De la dissociété..

Fin d'une civilisation..

Philosophie des moeurs contemporaines..

Mutation de l'homme..

Sauver notre civilisation..

Sur le totalitarisme
de l'égalité..

L'homme contre
lui-même..

L'esprit de droite
et l'esprit de gauche..

Gustave Thibon


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