Chroniques de

Marcel de Corte

 

La hantise de la politique

Le bonheur collectif

Le collectif n'est rien d'autre que le vide et Socialisme maladie de l'esprit maladie

Christianisme et communisme

Socialisme et christianisme

De l'Europe réelle à l'Europe mythique

Le débat sur l'incivisme

Où va l'islam

L'orthographe et l'éducation

Politique et philosophie

Politique et mystique

L'Islam et le nouvel Islam

Marxisme et nationalisme arabe

L'esclavage collectivist

 

Le catholicisme progressiste n'est pas un pélerin des lieux saints, mais un usagé des lieux communs.

Le chrétien progressiste se trouve si disposé à pactiser avec son adversaire que son adversaire ne trouve plus avec qui pactiser. (- Nicolas Gomez Davila -)

CHRISTIANISME ET COMMUNISME.

La croissante collusion de certains catholiques français avec les communistes, sinon avec le communisme , dont j'ai parlé la semaine dernière (6-12-52), est un sujet: inépuisable.
Je voudrais l'examiner à nouveau aujourd'hui sous son aspect le plus central et, pour ainsi dire, dans l'officine secrète où se distillent ses poisons. J'ai dit que de nombreux clercs et laïcs chrétiens étaient implacablement poussés dans les bras puissants du communisme par leurs convictions maladivement hyperdémocratiques. Il faut creuser cette idée.

Tout est chrétien, même l'erreur. Ce n'est pas un paradoxe. Le génie du christianisme est si universel, si pénétrant, si radical qu'il imprègne toutes choses. Depuis la naissance du Christ, il n'est rien dans l'homme qui ne soit affecté d'un coefficient religieux. Toute vérité a désormais un aspect religieux. Toute déviation de la vérité, tout sophisme,toute aberration ont une tonalité religieuse. Il n'y a plus d'autre possibilité pour l'erreur de se manifester que sous forme d'hérésie.

C'est là un mystère, un très grand mystère. Mais sans lui l'histoire de l'humanité après le Christ est rigoureusement inintelligible. Sans lui, elle n'est plus, selon le mot terrible de Shakespeare, qu'une histoire de fou, pleine de bruit et de fureur, racontée par un idiot. Si l'histoire a un sens, même dans ses désordres et dans ses chutes, ce sens ne peut être que chrétien. Chaque fois que nous tentons d'aller au fond des choses en matière historique, nous touchons du doigt la présence irréductible et ubiquitaire du christianisme sous sa forme orthodoxe ou sous sa forme hérétique. L'histoire universelle n'a qu'un seul axe le Christ.

Sur le plan social en particulier, tout désordre, tout détraquement s'est toujours traduit depuis le Christ sous forme d'hérésie. Au moyen àge, il n'est point d'attaque contre l'ordre social qui ne soit en même temps une hérésie chrétienne. Le cas des Albigeois est typique à cet égard. Celui du protestantisme à l'aube des temps modernes ne l'est pas moins. Quant à la Révolution française, nul n'a mieux aperçu que Michelet son caractère hérétique. Il l'a exprimé dans une phrase lapidaire « La Révolution continue le christianisme, elle le contredit. Elle en est à la fois l'héritière et l'adversaire »

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C'est la définition même de l'hérésie qui sort du sein du christianisme pour le combattre. Comme l'écrivait, voici longtemps, Maritain, « les idées révolutionnaires sont des corruptions d'idées chrétiennes » et « un ferment divin corrompu ne peut être qu'un agent de subversion d'une puissance incalculable.

Nos pères sentaient très fortement cela, dans la mesure même où ils vivaient encore en chrétienté: ils voyaient toute atteinte à l'ordre social se développer automatiquement en hérésie tant le christianisme imbibait la société et ses institutions. Ce n'est pas seulement comme contraire à la nature des choses qu'ils condamnaient le désordre, mais comme opposé à l'orthodoxie chrétienne et à la volonté divine.

Il n'en est plus de même aujourd'hui : si le christianisme se survit, il n'y a guère que des débris, de plus en plus disjoints, de plus en plus ténus, de chrétienté. Les erreurs politiques et sociales ne sont plus ressenties par de nombreux chrétiens comme des hérésies chrétiennes hostiles à leur foi. Placés dans une société déchristianisée, ils sont incapables de percevoir que les violences exercées contre cette société sont le fait d'hérésies ennemies de leurs croyances. Dépourvus de tout critère d'appréciation indivisiblement social et chrétien, ils sont livrés à leur jugement propre et à leur sensibilité particulière. Lorsqu'on en est là, on peut soutenir, sans le moindre souci de cohérence intérieure, qu'il est permis d'être chrétien et communiste.

Les catholiques dont j'ai parlé, prêtres et laïcs, en sont précisément là. Ils sont à la fois orthodoxes et hérétiques. En dépit de leurs criailleries indignées, c'est ce qu'il faut dire et redire.
Ils sont d'autant plus hermaphrodites que leurs convictions démocratiques les y contraignent. Comme tout système politique, la démocratie est soumise à la loi de dégénérescence. La monarchie décadente vire à la tyrannie. L'aristocratie sur son déclin se transforme en oligarchie. La démocratie où chaque citoyen se prononce selon sa compétence réelle, se mue en un régime qui n'a de nom dans aucune langue et où tout se règle dans la plus noire ignorance du bien commun. Au fur et à mesure où la démocratie s'étend, les problèmes politiques et sociaux deviennent plus complexes, plus ardus, plus difficiles à résoudre. A la limite, la démocratie universelle exigerait une intelligence universelle. Jadis bornée à l'expérience effective que chacun pouvait avoir des petites républiques communales ou régionales où il était enraciné, la démocratie s'éloigne de plus en plus des faits concrets et supplée à leur méconnaissance par le mythe et la foi. Des constructions arbitraires, imaginaires et abstraites remplacent l'exacte et sure appréciation de la réalité. Tout indique que la démocratie évolue actuellement dans cette direction. Les esprits qui adhèrent sans réticence à ce système dégénéré, s'évadent dans l'irréel et deviennent insensibles aux obstacles que la nature des choses offensées dresse sous leurs pas. Semblables à des aveugles que guiderait leur seule exaltation intérieure, ils vont de l'avant sans se douter le moins du monde que la réalité les contredit.

Loin que le communisme ou le marxisme en général leur apparaissent sous leur vrai jour et comme des hérésies chrétiennes qu'aucune chrétienté, si flambant neuf qu'elle soit, ne pourrait dissimuler, ils les attirent au contraire comme réalisation du grand rêve intégralement démocratique qui les hante. Voilà enfin le songe incarné! Qu'il soit mensonge ne les préoccupe point. Ils sont rigoureusement incapables de le voir. Leur irréalisme leur interdit même de juger l'arbre à ses fruits: ce ne sont que ses fleurs postiches, artificiellement parfumées de démocratie, que saisissent leur myopie et leur absence de flair.
En bref, l'illusion démocratique leur a fait perdre le sens du chrétien et de l'hérétique, du bien et du mal, du juste et de l'injuste, du convenable et de l'inconvenant, du beau et du laid, que procure seulement le contact assidu avec la réalité qui les discrimine.

Ce manque de discernement, résultat d'une intelligence amputée des bienfaits de l'expérience, est grave. Il sévit aujourd'hui partout. Nous pouvons contempler souvent hélas! le spectacle ridicule de prê tres ou de religieux sans mandat qui s'occupent de ce qu'ils ne connaissent pas et dont ils n'ont pas la moindre expérience. Un tel vous parle de la vie intime dans le mariage. Un autre disserte de la cogestion comme un capitaine d'industrie. Un autre encore exalte un art sulpicien ou moderne du haut d'une sensibilité esthétique émoussée ou déformée. D'autres enfin tranchent les questions politiques ou économiques avec du pathos ou de la rhétorique.

Méchants cuisiniers, dirait Platon, qui taillent à tort et à travers dans la volaille ! Les" chrétiens progressistes "portent ce dérèglement de l'esprit à son point culminant. Lorsque je vois un prêtre monter sur une estrade à côté du camarade Duclos ou brailler dans une manifestation communiste, je dis que c'est une sottise et que le peuple lui-même perçoit obscurément ce geste comme une sottise. L'Eglise et ce qui reste de la chrétienté ne peuvent qu'en pâtir.

En définitive, le mot de Chesterton sur le monde actuel en proie à des vérités chrétiennes devenues folles pourrait parfaitement s'appliquer à certains chrétiens.

Marcel DE CORTE,
. Samedi 13 décembre 1952 - LA LIBRE BELGIQUE _

 

Marcel de Corte

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Gustave Thibon


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