LAMES

 

L'Histoire du Couteau

 

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LES ORIGINES DU COUTEAU

Les origines du couteau sont difficiles à cerner avec exactitude tant elles sont lointaines, tant il est vrai qu'elles se perdent dans la nuit des temps et remontent à une époque où nous n'étions sans doute pas encore tout à fait des hommes.

Néanmoins, il existe des jalons importants dans cette longue période obscure et ceux-ci nous permettent d'éviter les erreurs grossières, de dégager quelques grands principes et de fixer les bornes du vaste territoire encore inconnu où la science commence, petit à petit, à pénétrer. Voici le point actuel de nos connaissances.

On admet que l'Afrique orientale est le lieu d'émergence du genre humain et que le processus d'hominisation se réalisa à partir des Australopithèques. Des estimations de l'ordre de cinq millions d'années ont été avancées tout récemment pour dater la naissance de ces pré-hominiens dans leur environnement de savane ouverte et il n'est pas exclu que la découverte d'ossements encore plus anciens vienne, une fois de plus, faire reculer cette date. L'hominisation se définit par deux critères principaux: la fabrication d'outils et l'utilisation du feu.

Avant la fabrication des premiers outils, prend donc place une vaste période où les hominiens utilisent leurs mains nues et... ce qui leur tombe sous la main, c'est-à-dire des bâtons et des cailloux. Souvenons-nous que le feu leur est inconnu et ne sera maîtrisé que vers 600.000 ans avant notre ère. Ces très lointains ancêtres ne peuvent donc pourchasser que de petits animaux et mènent une vie peu enviable et très peu sûre.

Au commencement : la pierre taillée

Puis, il y a plus de deux millions d'années, donc au tout début du Paléolithique, des hominiens qui ont dépassé le stade de l'Australopithèque commencent à savoir tailler la pierre. C'est le début d'une considérable mutation technologique, sociale et psychologique. Le Paléolithique, textuellement "la pierre ancienne", est la période où l'espèce humaine se transforme physiquement, passant de l'Australopithèque à l'Homo-Sapiens.

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Peintures rupestres au Mont Bego (Alpes-Maritimes - France)

 

Ce site, situé entre 2100 et 2700 mètres d'altitude, comprend environ 100.000 gravures rupestres dont un nombre impressionnant de représentations de poignards, attestant l'importance que cette arme a pris parmi ces populations d'éleveurs et de guerriers.
 

Comment en est-on venu à tailler la pierre ? Notre ignorance est épaisse. Nous pouvons tout au plus échafauder quelques hypothèses dont les deux plus fréquemment admises sont les suivantes:

1.- L'homme a d'abord utilisé une pierre qu'il a trouvée toute cassée et dont la cassure, produisant une arête vive et tranchante pouvait servir à de multiples usages: assommer le gibier, aider à le dépouiller, racler les peaux, lever grossièrement les gros quartiers en coupant les ligaments et les muscles des articulations, casser les os pour en extraire la moëlle.
2.- En lançant un jour un galet, celui-ci s'est cassé et l'homme a eu l'idée de l'utiliser. Quoi qu'il en soit, telle qu'elle est, grossière, fruste, et malgré son peu de ressemblance avec ce que nous appelons maintenant un couteau, cette arme défensive et offensive, cet objet à tout faire assure, il y a plus de deux millions d'années, la supériorité définitive de l'homme sur l'animal.
Pendant longtemps, l'homme a dû rechercher le galet cassé dont les proportions s'adaptaient à sa main et le conserver précieusement. Puis, la cassure cessant sans doute rapidement de couper, il a eu l'idée de le retailler et de pratiquer une seconde cassure sur l'autre face du galet.

Ainsi naquit le premier outil qui permit à l'homme de se situer en face du monde naturel pour l'utiliser en vue de subsister et de survivre. Ces premiers outils sont façonnés par percussion à la pierre: ainsi est réalisé un tranchant d'un seul côté "chopper", ou des deux côtés "chopping-tool". Cet outil primitif ne sera jamais abandonné durant le Paléolithique et les aborigènes australiens l'utilisent encore de nos jours.

Plus tard, mais toujours au Paléolithique, l'homme utilisera des galets longs, en forme d'amande, et cela produira les superbes "bifaces": chacun des bords joue le rôle d'un couteau et les légères inégalités du tranchant renforcent son efficacité et permettent même de l'utiliser comme une scie. Il y aura également de véritables lames à dos, à un seul tranchant, comme la célèbre pointe de Chatelperron au Paléolithique supérieur vers -4O.OOO.

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Pointe de flèche en Silex Pointe de flèche en Obsidienne
France. (collect. auteur) Mexique. (collect. auteur)
 

 

La qualité, déjà !

Contrairement à ce que la plupart de nos contemporains imaginent sans doute, le tranchant de ces armes est absolument extraordinaire, bien meilleur que celui de certains couteaux en acier actuels: en effet, le silex, le quartz, l'obsidienne ont une structure moléculaire beaucoup plus dense que l'acier et, par suite, donnent un tranchant beaucoup plus aigu. Comparant le tranchant des pointes de flèches modernes pour la chasse, taillées dans les meilleurs aciers, et celui des pointes de flèches en silex, les spécialistes américains reconnaissent la supériorité du silex ! Bien évidemment, l'inconvénient de la pierre est sa fâcheuse propension à se briser...

Au fil des temps, la percussion à la pierre, qui consiste à frapper le rognon de pierre dure (nucléus) avec un galet, pour obtenir des éclats, fait place à des méthodes plus sophistiquées. Au début de l'Acheuléen, vers -35O.OOO, on invente la percussion au percuteur doux : os, corne, bois de cervidé, bois dur. Cette façon de procéder permet d'obtenir des objets plus minces, et surtout, les enlèvements sont plus réguliers. Bien plus tard encore, au Paléolithique supérieur, la retouche par pression est inventée: au lieu de frapper l'objet, on presse sur le bord avec un compresseur d'os, d'ivoire ou de bois, ce qui permet d'obtenir des enlèvements vraiment très réguliers.

On peut également pratiquer la percussion indirecte en plaçant un intermédiaire (punch) entre le percuteur et le nucléus. L'homme obtient alors n'importe quel outil dans n'importe quel matériau: silex, quartz, obsidienne. Les fragments détachés, éclats, lames et lamelles sont eux aussi utilisables. Les lames proprement dites, présentes dès l'Acheuléen supérieur, ne se développeront vraiment qu'au Paléolithique Supérieur. La possession d'un outil tranchant, ancêtre du couteau et compagnon inséparable de l'homme bien avant le feu et le chien, lui permet également de tailler des bâtons, de façonner des massues, de travailler l'os, la corne, les bois des cervidés, l'ivoire.

Dès que l'homme obtient la maîtrise du feu, la combinaison de celui-ci et l'emploi du silex taillé lui permettent d'obtenir des épieux redoutables par leur pointe dure et aigüe, celle-ci pouvant être refaite dès qu'elle s'émousse ou vient à se briser. Les massues peuvent également être durcies au feu, la partie brûlée étant éliminée grâce au silex tranchant. On a d'ailleurs la quasi-certitude que l'homme a également eu recours aux couteaux en bois dur mais on ne peut évidemment pas le prouver.

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Superbe nucléus datant de 18.000 ans avant notre ère, ayant servi à prélever par percussion différents éclats pour la fabrication d'outils divers. (collect. auteur)

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Autre face du nucléus. On voit nettement qu'un long éclat a été enlevé, probablement en vue de la fabrication d'une lame, ainsi que d'autres fragments plus petits. (collect. auteur)
 

 

La fin du Paléolithique

Le Paléolithique s'achève vers -9.OOO. Il est suivi du Mésolithique ou Epipaléolithique qui dure jusqu'à -4.5OO à peu près. Les pièces trouvées à Sauveterre-la-Lémance en Lot-et-Garonne et à Cuzoul de Gramat dans le Lot, attestent la richesse de l'outillage en pierre taillée, l'abondance des lames, racloirs et pointes de flèches ainsi que le maintien, à côté des lames de pierre, des instruments en corne, en bois de cervidé, en os et en ivoire. C'est l'époque où, à partir de -8.5OO, la terre se réchauffe et les glaciers reculent, ce qui entraîne le retrait du renne vers le Nord et la multiplication de l'élan, du cerf, du chevreuil et du sanglier. La façon de tailler la pierre et de la retoucher reste la même, la pierre préférée reste le silex et on continue à utiliser les peaux et les tendons. Le Néolithique, ou nouvel âge de la pierre, âge de la pierre polie, débute vers -4.5OO et se termine vers -19OO et -18OO pour l'Occident, avec la généralisation de l'outillage en bronze, alliage de cuivre et d'étain.

On a souvent retrouvé des haches polies, instruments les plus communs dans la paix comme dans la guerre, mais aussi de très beaux poignards en silex avec leur manche de bois et leur fourreau de cuir entouré de lanières. Les formes des lames sont les mêmes que celles des couteaux de chasse actuels. Toutefois, à côté des couteaux en pierre polie, continue à subsister la lame en os, en corne et en ivoire. Mais le couteau de pierre possède un tranchant supérieur. Il est parfois taillé d'une seule pièce, le manche étant laissé tel quel et la lame taillée dans la masse: c'est le cas du splendide couteau de Djebel-el-Arak, fait vers 3OOO avant Jésus-Christ et que l'on peut voir au Louvre à Paris.

L'âge du métal

Pour les couteaux, le cuivre pur ne connaît pas un grand succès, en raison de sa friabilité, mais est très employé pour d'autres usages. L'âge de bronze débute vers -18OO. Le bronze est un alliage de cuivre et d'étain dont la teneur en étain est inférieure à 3O %. II était appelé autrefois airain. Les premiers couteaux de métal coulé, puis martelé pour en durcir le tranchant, apparaissent vers -15OO. Pour la première fois dans l'histoire humaine et dans celle du couteau, les deux étant étroitement liées, le couteau de pierre est dépassé.

Le bronze est plus solide, il ne casse pas. Certes, il n'est pas plus tranchant, mais bien affûté il peut couper aussi bien, assez pour se faire la barbe, ce qui est quand même un critère. Grâce au métal, les lames sont plus minces. Les couteaux de cette époque ont des manches en bois, en corne, en ivoire, en andouiller et en os. Enfin, vers l'an mille avant Jésus-Christ apparaît le fer. Le métal se trouve parfois à l'état natif, tel le fer météorique, mais il est plus souvent tiré de ses minerais, surtout les carbonates et les oxydes de fer, abondants en Gaule et en Europe centrale ou occidentale.

L'exploitation des gisements à ciel ouvert est sans difficultés, mais celle des mines en profondeur pose de sérieux problèmes: percement des galeries et des puits, étayage, évacuation des eaux, aération... Le travail y est fort pénible et constitue un véritable châtiment. Le fer est obtenu par réduction du minerai en présence de charbon de bois. Les fourneaux sont de simples trous creusés dans le sol et où l'on superpose minerai et charbon en insufflant de l'air pour activer la combustion. On établit souvent les fourneaux à flanc de côteau, face à la direction du vent dominant pour bénéficier d'un soufflage naturel.

Autrement, on emploie des soufflets à main. Mais le produit obtenu est très hétérogène: mélange de scories, de fonte, de minéral non réduit et de fer pur. Il faut donc le travailler sur l'enclume longtemps et à chaud pour chasser les impuretés. Le fer proprement dit ou fer doux est très tenace et se soude facilement par juxtaposition et martelage à chaud, mais il n'a pas la raideur recherchée pour les armes longues et les outils. On découvrit alors, plus tard, qu'en chauffant du fer en présence de charbon de bois, il se produisait une carburation ou cémentation superficielle dont l'intensité dépendait de la température, de la durée et du nombre des chauffes: ce dut être là la méthode primitive d'obtention de l'acier.

Les anciens ne pouvaient se guider que par la pratique et découvraient empiriquement des tours de main jalousement transmis de maître à élève. Les techniques métallurgiques étaient fort développées en Etrurie et en Espagne. Les Romains les appliquent sur une vaste échelle. A leur contact, les Celtes font de rapides progrès et deviennent vite des métallurgistes renommés. Des fourneaux de capacité plus forte permettent une production assez considérable et on sait nitrurer le métal en le traitant en présence de matières organiques riches en azote. On connaît le procédé de la trempe: chauffe au rouge cerise et refroidissement rapide pour durcir l'acier, celui du revenu: chauffe au rouge violet et lent refroidissement pour en faire disparaître la fragilité. On invente le durcissement par écrouissage ou martelage à froid, le développement de la fibre par le forgeage. L'outillage du forgeron connaît peu de variantes de l'Antiquité à nos jours.

Des techniques sophistiquées

La fin de l'Empire voit apparaître deux techniques fondamentalement différentes: celle du métal feuilleté et celle du damas oriental.
La première, déjà connue des Etrusques, se fonde sur la juxtaposition et la soudure à chaud de lamelles de fer doux à d'autres lamelles d'acier peu carburé. La pièce est longuement corroyée, c'est-à-dire forgée à chaud par martelage et repliée longitudinalement plusieurs fois sur elle-même afin d'augmenter le nombre de strates. Le produit final réunit les qualités des deux éléments: la ténacité du fer et la dureté de l'acier.
La seconde technique ou fabrication du damas oriental, damas de cristallisation ou acier WOOTZ paraît bien être une invention hindoue remontant au début de notre ère et répandue ensuite chez les voisins, les Perses en particulier. Le nom de damas lui vient peut-être de la ville syrienne de Damas, où se faisait un grand commerce de ces lames. Le procédé est le suivant: le minerai ou le fer, mêlé à du charbon de bois, est introduit dans un creuset que l'on ferme hermétiquement. Après de longues chauffes, suivies de lents refroidissements, on obtient un petit lingot en forme de miche, d'acier très carburé où sont noyées des particules de cémentite (carbure de fer extrêmement dur). Dans le lingot, on découpe alors à chaud une spirale qui, forgée à petits coups par des chauffes successives, devient une lame sillonnée de globules de cémentite. Ces lames sont d'une très haute qualité: nerveuses et solides, leur tranchant est finement dentelé par les grains de cémentite, ce qui les rend capables de trancher même le fer. L'action est d'autant plus efficace qu'elle a lieu par glissement, à la façon d'une scie, ce qui explique la forme courbe caractéristique des armes orientales.
La fin de l'empire romain prohibe la vente de fer aux Barbares sous peine de mort et l'édit de Martien (455-457) impose la même peine à ceux qui vendraient des cuirasses, des épées ou toute autre arme aux Barbares. Ces raisons expliquent le prix que l'on attache à ces armes et leur utilisation prolongée le plus longtemps possible. Cela vaut d'ailleurs pour la plupart des armes et jusqu'à la fin du siècle dernier on a souvent combattu avec les armes de son père ou de ses aïeux.

On peut affirmer que la coutellerie fut toujours intimement associée au développement de la métallurgie. Les armuriers et couteliers de l'Antiquité étaient à la fois mineurs, raffineurs et forgerons, parfois même sorciers et alchimistes. Leur rôle social était grand puisqu'ils fournissaient en armes les rois et les conquérants. En conclusion, il est important de faire ressortir la prépondérance du couteau dans l'évolution humaine. C'est le plus ancien outil de l'homme et un outil pour lequel il n'a pas réussi à trouver de remplaçant ou de substitut. Sans le couteau, l'homme ne serait pas ce qu'il est. De plus, il est fort probable que c'est en taillant des rognons de silex pour les rendre coupants que l'homme s'est aperçu qu'il produisait des étincelles et qu'il parvint ainsi, il y 6OO.OOO ans, à maîtriser le feu.

Le feu lui-même, en tout cas sa maîtrise, viendrait donc du couteau. Si cela est vrai, le feu n'a pas été un ingrat et a su prouver sa gratitude au couteau, à partir de l'âge de fer et jusqu'à nos jours !
Ce feu qui, aujourd'hui, nous permet d'atteindre les astres.

(c) Jean Etienne 1996

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