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Bob LOVELESS |
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| R.W. (Bob) Loveless | ||
| Si un jour vous avez le désir et les
moyens dacquérir un couteau de R.W. (Bob) Loveless, il vous faudra de la
patience. Beaucoup de patience. Le délai normal de livraison est de minimum 5 ans, et pas
question de lacheter en magasin : il vous faudra impérativement vous déplacer
jusque chez lui, en Californie. Mais au bout de cette attente, quelle récompense ! Vous serez alors le fier propriétaire dun Loveless et pourrez vous considérer comme un privilégié, à légal de certains grands de ce monde. Bob Loveless est avant tout un passionné. Tout ce quil touche ou transforme est mû par ses multiples passions. Il ne se contente que de ce quil y a de mieux. Après un travail qui peut durer des heures, voire des jours, une seule fausse manoeuvre peut entraîner une petite erreur que vous auriez bien du mal à découvrir... Pourtant, Bob Loveless ne saurait tolérer de voir un tel objet circuler, aussi nest-il pas surprenant de le voir jeter ainsi des heures de travail à la poubelle. Cest là la preuve de la très haute idée que Bob Loveless se fait de son travail. |
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| Bob Loveless utilise deux marquages différents sur ses lames. Le premier, que lon trouve habituellement sur sa production, mentionne " R.W. Loveless Maker Riverside Calif. " Le deuxième ne figure que sur à peine 10% de ses couteaux, et comporte une petite gravure montrant une femme nue allongée, un peu comme on en voit dans les saloons. | ||
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| Cette marque, Bob lutilise soit pour
faire plaisir à un ami, soit en contrepartie dun supplément de prix. Cela se
comprend dautant plus aisément quun couteau signé Loveless prend de la
valeur chaque année et quil suffit den poser un sur la table dun knife
show pour le voir disparaître très rapidement, surtout sil porte la célèbre
silhouette. Une légende circule volontiers, qui dit que les plus beaux modèles de
Loveless voient leur valeur multipliée par cinq tous les cinq ans. Et ce nest pas
si fantaisiste que cela...
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| Les débuts | ||
| Bob Loveless a fabriqué son tout premier
couteau vers 1950. Il avait follement envie dun Randall, mais la barre était
placée un peu haut eu égard à son portefeuille dalors... sans compter un délai
de 9 mois. En 3 ou 4 semaines, à partir dune lame de ressort de suspension
dautomobile et au moyen dune meule abrasive trouvée sur le bateau où il
travaillait, Bob a forgé son premier couteau. Il la utilisé des années, avant de
le perdre. Puis il en a construit dautres et en a présenté un modèle chez
Abercombie & Fitch, une célèbre chaîne de grands magasins. Il lui en a été
commandé trois exemplaires, qui ont été vendus en 2 jours. Abercombie lui en a alors commandé dautres, en loccurrence 12 douzaines ! 144 couteaux, cétait un peu trop pour un artisan toujours amateur à lépoque et un accord est intervenu pour la livraison de la moitié, 72 couteaux. Bob Loveless sest alors rendu à sa banque, dans le Delaware, et un prêt lui a été accordé pour lachat du matériel nécessaire. Il a ainsi pu livrer ses 72 couteaux à Abercombie. En 1956, Bob Loveless quitte son travail à la marine marchande et travaille pour différents employeurs jusquen 1959. A partir de cette année-là, il commence à faire des couteaux comme simple hobbyiste, mais ce nest quà partir de 1969 quil décidera den vivre. Travaillant alors en Californie, à Torrance, il sétablira dans une petite ville toute proche, Lawndale. Les premiers couteaux de Bob Loveless porteront dailleurs la marque Lawndale. Le premier client régulier de Loveless sera Billy Dupont, de Dupont & Nemours, qui avait lhabitude dacheter à chaque automne 12 couteaux pour les offrir à Noël à ses amis. Les 2 premières années, Billy Dupont lui a demandé de ne rien inscrire sur ses lames. Par la suite Bob a appris pourquoi... il y apposait sa propre marque. La troisième année Bob Loveless a refusé, en disant que désormais son nom figurerait sur tous les couteaux quil produirait. Pour Noël 1968, Abercombie passa à Bob Loveless une commande importante, plus de 200 couteaux. Lorsquils furent prêts, il en avisa Abercombie qui convint de le rappeler ; il ne la jamais fait. Bob prit alors sa production et, au volant de sa voiture, alla les proposer dans différents magasins de sport de Pennsylvanie et de New York. A ce moment, un couteau représentait en moyenne 20 heures de travail. |
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| A ce moment, le catalogue Loveless ne
comportait que 3 modèles, et senrichit progressivement jusquà proposer une
quinzaine de modèles différents. Cest en observant ses clients utiliser ses
couteaux que Bob Loveless détermine les modèles quil doit mettre au point. Il
continue dailleurs à en créer, comme ces deux couteaux construits sur mesure pour
un client pêcheur Japonais qui lui ont plu, et quil a décidé dintroduire
dans son catalogue. Au début de sa fabrication, les délais de livraison dun couteau étaient denviron 2 mois, puis en été 1969, le magazine Gun Digest a consacré un article à Bob Loveless et à la fabrication. Plusieurs photos étaient présentées. Les gens ont alors commencé à lui écrire et à solliciter son catalogue. De nombreuses commandes ont suivi. Bob fabriquait alors 5 à 6 couteaux par mois. Il a reçu une cinquantaine de commandes dun seul coup, ce qui a fait grimper ses délais à de livraison 13 mois ! Et le mois suivant, ce sont 120 nouvelles commandes qui arrivaient... Puis beaucoup dautres articles ont été écrits sur Bob Loveless, et la machine sest emballée... Bob Loveless ne saurait dire à quel moment il est devenu célèbre. Pour lui, son art est tout-à-fait naturel, comme il est naturel, lorsquil façonne une lame, de le faire du mieux quil peut, sans aucune tolérance à lerreur. Il a aussi appris à utiliser les meilleurs aciers existants pour livrer le meilleur produit. Les premiers couteaux de Bob Loveless étaient des copies de Randall, ce qui se faisait de mieux à lépoque. Puis dans la moitié des années 60, il a vu différemment la façon de faire un couteau, ce que lon appelait alors la méthode de la plate semelle. Dès 1969, tous les Loveless sont construits à plate semelle. Ainsi, le client peut voir son couteau en entier, afin quil ne puisse plus y avoir de doute sur ce que le coutelier pouvait avoir caché, quant à la solidité. La méthode à plate semelle est, selon Bob Loveless, la seule vraie manière de construire un couteau. Puis il en vient à améliorer la forme du manche, son équilibre. Le modèle définitif de Loveless apparaît enfin en 1971, il ne changera plus. La philosophie de Loveless vis-à-vis des couteaux trouve alors sa stabilité, même si des modifications sont encore apportées à ses modèles, mais sa devise restera de toujours faire ce que lon peut faire de mieux. Une autre particularité de Loveless est quil a été le premier à proposer des couteaux à 100$, alors que Randall proposait son modèle de base à 24$. Bob avait découvert que sur 10 fabricants, 9 peuvent se faire la guerre pour baisser les prix ou pratiquer un prix plancher, mais il restera toujours de la place au-dessus pour le 10ème, pour autant que le prix lui importe peu, mais quil offre ce quil y a de mieux. Il est impossible de trouver une bonne montre suisse, mécanique, à moins de 1.000$ ; il y a une raison à cela. |
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| La technique | ||
| Bob Loveless na pas de formation
spécifique en mécanique ni en ferronnerie. Cest par passion quil a appris,
sur le tas. Et bien sûr, il a fait fort dès le départ, en innovant dans plusieurs
domaines. Cest lui qui, par exemple, a imaginé la lame " drop
point " qui caractérise tous ses couteaux, reprise depuis par pratiquement tous
les couteliers. Car Bob s'est toujours refusé à déposer ses modèles, argumentant
qu'aucune copie ne serait jamais supérieure, ni même égale en qualité, à ses
créations. Il affirme que la première qualité dun couteau, cest bien
entendu le tranchant, mais aussi la prise en main, et le dessin. En réalité tout un
ensemble de facteurs indissociables qui tous, sans exception, doivent être parfaits et
irréprochables. Pour ses premières lames, Bob Loveless a utilisé un acier obtenu près dune petite entreprise de Pennsylvanie, dénommé 139B. Cétait un très bon acier à haute teneur en carbone et en nickel, jusqualors employé pour loutillage. Certains clients ayant acheté des couteaux à cette époque en redemandent encore, mais il nest plus fabriqué... |
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| En 1970, Bob décide après de nombreux essais
à la forge demployer le 154CM. Mais cet acier nétait pas offert sur le
marché. Il se rend donc à lentreprise Crucible qui lélabore à Long Beach
et discute longuement avec le responsable des ventes et le conseiller technique. Il ne
peut conclure un marché mais reçoit alors une documentation quil étudie tout à
loisir et plus il examine les données chimiques, plus il est convaincu que cest un
très bon acier. Cet acier avait été élaboré pour être utilisé dans les tuyères des réacteurs du Boeing 747, et était capable de résister à de très hautes températures. Mais finalement il ne sera utilisé quà titre expérimental en aviation, et pratiquement invendable car extrêmement difficile à travailler, restera sur les bras de Crucible. Bob Loveless parvient finalement à en obtenir un stock, et entreprend immédiatement de confectionner quelques couteaux quil envoie à des amis pour quils lui disent ce quils en pensent. Quelques semaines plus tard, il reçoit leurs appels téléphoniques où ils lui confirment que lacier était super, inoxydable et conservait un tranchant du tonnerre. Il achète alors tout le lot qui restait chez Crucible, qui deviendra l"acier 144" car il contient entre autres 14% de chrome et 4% de molybdène. |
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| Bob Loveless estime que le 144 est le meilleur acier actuel utilisé en coutellerie, largement supérieur au 440C. Il pense quil existe encore de meilleurs aciers, mais en très petite quantité et sans quaucune publicité nen soit faite. Mais il y a un autre problème, celui de laiguisage. Le client moyen nest plus à même daiguiser lui-même sa lame à moins dêtre très bien équipé et particulièrement adroit. Mais avec ces nouveaux aciers, il ny arriverait plus du tout. Les Allemands utilisent aujourdhui pour la découpe dans lindustrie des aciers dont la dureté atteint 66 sur léchelle de Rockwell. Ils ne peuvent saiguiser que sur du diamant. Il serait théoriquement possible de forger une lame de couteau dans cet acier, mais alors un retour en forge serait indispensable pour chaque réaffûtage, ce qui serait intolérable. Il faut trouver un compromis. Les 144 et 154 ont une dureté Rockwell de 61-62. | ||
| Pour les manches de ses couteaux, Bob Loveless préfère, et de loin, le micarta. En effet, cette fibre synthétique est extraordinairement résistante, tant à la pression quà la chaleur ou à leau. Et bien quil réalise aussi, sur demande, des manches en ivoire ou en corne, cest toujours le micarta quil conseille à ses clients. Et cela bien que ce matériau soit particulièrement économique... Mais il est bien connu que lorsquun objet porte la griffe Loveless, sa valeur sen voit multipliée dun facteur impressionnant. | ||
| Des objets (très) précieux | ||
| Beaucoup de couteaux Loveless deviennent des
objets de collection, bien quils ne soient jamais conçus pour cela. Voulez-vous
gagner 100$ immédiatement ? Cest très simple. Achetez un Loveless, payez-le.
Puis reposez-le immédiatement sur le comptoir : il vaut déjà 100$ de plus. En fait
le rendement est bien meilleur que dans aucune banque du monde, puisquen commandant
un couteau au prix de la commande, vous le recevrez alors quil vaudra déjà
beaucoup plus cher. Vous pourrez déjà le revendre avec un bénéfice bien supérieur aux
intérêts quaucun système de placement ne vous aurait permis. Bob Loveless explique le succès de sa fabrication par le fait quils sont peut-être les seuls à avoir été fabriqués à partir dune philosophie sublimée. Ils sont très fonctionnels et nentrent dans leur composition que les meilleurs matériaux dont il puisse disposer. Ils influencent aussi de nombreux autres couteliers, dailleurs pratiquement tout le monde propose des copies de Loveless, qui ne sont rappelons-le pas protégés. 60% des clients de Bob Loveless utilisent réellement leur couteau. Les autres 40% en ont commandé 2 identiques, un pour lutiliser, lautre pour le collectionner. |
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| Randall, le concurrent de toujours de Bob,
produit de 10.000 à 15.000 couteaux par an, aidé dune quinzaine demployés.
Loveless lui, dépasse à peine les 300 sur une année, avec des délais de livraison
supérieurs à 5 ans. Un jour, sur demande, il a envoyé le catalogue de ses couteaux à
un officier de larmée US basé à Panama. Il lui a renvoyé une lettre en lui
disant quil était un voleur, parce que ses prix étaient 4 fois plus élevés que
ceux de Randall. Il lui a immédiatement remboursé le prix du catalogue... Loveless névoque même pas la possibilité dengager du personnel pour laider. "Le personnel ? dit-il Le personnel travaille pour de largent, essentiellement. Quils touchent les lames, et la qualité seffondrerait." Il ne procède pas lui-même à la trempe de ses lames. Il a bien essayé au début, mais aujourdhui les aciers sont devenus tellement compliqués quil faut utiliser de la très haute technologie pour faire correctement ce travail délicat. Il confie cette tâche à un ami, Hony Richmond, de Richmond, Virginie, ou à Paul Bos de El Cajon près de San Diego en Californie. Enfin, Bob Loveless reconnaît avoir quelques grands de ce monde parmi sa clientèle régulière, mais il se refuse à révéler aucun nom. Il naccepterait pas, en effet, que des clients lui achètent ses couteaux parce quUntel possède le même modèle... Ses uvres ne sont pas des pièces de musée sans âme, elles doivent vivre, travailler. Celui qui le possède doit en connaître la raison, et sidentifier à lui. Un Loveless nest pas un bibelot, cest un outil. Parfait sur tous les plans, sans doute, mais un outil avant tout. Et lorsquon lui demande si ce quil fait est "ce quil y a de mieux", Bob Loveless répond que cela ne correspond pas à la réalité. Il dit plutôt qu "il fait une exception à la règle". Chaque fois. |
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