Vers choix détaillé
(Dernière mise à jour: 19/11/2008)


 

Les données à partir de 2005 se trouvent dans le site de la Province Spiritaine belge.

   Vous trouverez ici   

l'histoire du début de la présence spiritaine dans le pays,
une liste de sites qui vous donneront des informations sérieuses de partout dans le monde (agences etc.),
des cartes (beaucoup; spécifiez ce que vous voulez) concernant la RDC qui vous aideront à localiser les données
de notre site ou les événements dont les échos vous parviennent d'ailleurs (cartes de la MONUC, organisation des
Nations Unies).
Bien sûr, également les nouvelles de ce que font les Nations Unies en RDC.

La "préhistoire"spiritaine au Congo


En 1865, les missionnaires spiritains se voient confier la Préfecture Apostolique du Congo, abandonnée depuis 1835 par les Capucins italiens. Cette préfecture comprenait le Nord de l'Angola (le royaume du Congo), le Bas-Congo, la future enclave de Cabinda et le futur Congo français, "sans limites à l'intérieur".
Dès 1866, ils parlent d'ouvrir un poste à Boma (dans l'actuel RDC).
En 1870, les missionnaires français, peu soutenus par les autorités portugaises, doivent se retirer provisoirement.

En 1873, la Propagande approuve l'établissement d'une nouvelle mission à Landana (dans l'actuelle enclave de Cabinda, en dehors de l'influence des portugais). C'est de cette "mission-mère" que sera entreprise l'évangélisation du Congo RDC.
Entre 1875 et 1880, ils fondent la mission de Boma.
Quelques années plus tard (1886 et 1887), ils fondent la mission de Nemlao et Kwamouth. Mais en 1888, ils devront quitter quand Léopold II obtenait du Saint-Siège que l'Etat Indépendant du Congo serait confié à des missionnaires belges (les Scheutistes).

Les Spiritains, des belges, reviendront cependant une troisième fois: en 1907. A leur tête, Mgr Callewaert (originaire de Kortrijk, Flandre Occidentale). En tant que Père Mgr Callewaert avait déjà fait partie de la première expédition missionnaire au Bas-Congo. Ils reçoivent la charge du Katanga Septentrional (les diocèses actuels de Kindu, Kongolo et Manono). Ils seront épaulés par deux Congrégations missionnaires: les Filles de la Croix (à Kongolo, puis Kindu), et les Soeurs Franciscaines du Règne de Jésus-Christ (à Sola). Ils s'investissent dans la formation du clergé diocésain (africains), des catéchistes et de religieuses.

Leur présence restera marquée par le massacre des 20 missionnaires de Kongolo, le premier janvier 1962 (consultez la rubrique qui traite spécialement de ce fait).
Dans les années troublées qui ont suivi l'Indépendance, les missionnaires avaient choisi de rester avec les populations éprouvées. Ils ont payé de leur vie cette fidélité.

 

KONGOLO de 1909 à 1959 à Kongolo 
(d'après un texte du P. Dury B., repris d'un CD réalisé aux Archives de Gentinnes))
(Cliquez sur ce titre pour accéder à une carte de la région. Ensuite cliquez pour agrandir la carte)

Le 7 juin 1909, trois missionnaires du St-Esprit, les PP. Villetaz, Brangers et le Frère Euloge, foulent pour la première fois le sol de Kongolo.
Le P. Villetaz, arrivé au Congo Belge avec le Père Préfet (Mgr Callewaert - qui avait été auparavant missionnaire dans le Bas-Congo), fut d'abord Aumônier de la ligne de chemin de fer, et, à ce titre, il suivit les ouvriers dans leurs déplacements.
Partie de Kindu, le 8 mai 1909, la caravane destinée à fonder Kongolo, a parcouru d'abord 132 km en train, puis le steamer C.F.L. a amené les trois missionnaires à Kasongo. A Kasongo, le recrutement de 80 porteurs prend de longs jours. La caravane s'ébranle enfin pour arriver à Kongolo le 7 juin. Le chemin se fit "joyeusement et saintement". Des économies dans les caisses de conserves sont réalisées grâce à l'abondance de gibier.

Le Service d'études des Grands Lacs avait laissé sur la colline de Misalwe une paillote, qui devint la première résidence des pionniers. Mr Adam, ingénieur en chef, baptise dès lors cette colline : le mont Sacré. Un peu plus loin, le plus imposant dôme Lumpibwe garde jalousement les mânes des ancêtres contre les éventuelles profanations par des nouveaux venus.
La chronique du temps - qui ne dédaigne pas de taquiner les muses - décrit déjà les sites et le paysage qui aujourd'hui nous sont familiers : les méandres capricieux du fleuve, la plaine s'étendant sous une forêt d'éventails formés par les branches de nos élégants borassus ... Nous rêvions d'une cathédrale sur cette hauteur, d'où l'âme semblait plus facilement s'élever jusqu'au ciel. En fait de cathédrale, nous fûmes servis
(n.d.l.r.: ce texte datant de 1959, l'auteur a connu le projet de construire une cathédrale - projet datant de 1943... Mais les travaux ne datent que des années 1980 et l'inauguration a lieu en 1984 ).

Le 15 juin 1909, toute la région est en émoi : réception du Prince Albert de Belgique, entre les deux montagnes de Misalwe, dans des installations "royalement provisoire". On appela ce site le "Col du Prince". Le Prince ne manqua pas d'encourager les missionnaires. Et les installations "royalement provisoires" sont cédées aux Pères, qui descendent ainsi progressivement vers la plaine. Jusqu'en juillet 1910, on reste près de Misalwe.
Les premiers contacts avec les indigènes paraissent avoir été plutôt froids. "Ne connaissant les missionnaires que par les ouï-dire des blancs qui avaient précédé, ils n'avaient pas de considération pour eux".

L'emplacement fixé pour la gare et le port vient déterminer le choix du terrain pour les installations définitives ... . Et délibérément, tout le poste s'engouffre dans la cuvette torride, quittant l'air pur des sommets...
On se met directement au travail ... Les fours à briques s'élèvent, et on commence l'édification de la maison d'habitation, le tout évidemment, maçonné au poto-poto et couvert de paille.

Sur les années 1911 et 1912 : quelques lignes seulement dans les annales. L'apostolat s'organise et les premiers catéchumènes, provenant de la main d'oeuvre employée au poste et des villages des environs, font leurs premiers essais dans la religion chrétienne.
En septembre 1911, arrivée du Père Ferry à Kongolo. Le Père Villetaz était retourné depuis longtemps à l'Aumônerie de la ligne. Le P. Ferry, considéré comme le vrai fondateur de la Mission, reste au Congo jusqu'en 1939.
Dans les premiers temps de Kongolo, il est fait mention d'un personnage assez énigmatique : le Père Maurice, médecin de son métier. Le Journal de communauté n'y fait jamais allusion. Tout fait penser que ce Père du Saint-Esprit était envoyé en mission spéciale. Envoyé par qui ? l'Etat ? le C.F.L. ? Nous ne savons pas.
(Note de la rédaction:Il est arrivé à Kongolo au début de 1912. Nous lisons dans le Bulletin Général n° 287, de janvier 1911, p. 7  son départ d'Amsterdam, le 3 décembre 1910, pour Kindu. Et à la page 9 : "Le bulletin de ce mois annonce le départ du P. Henri Maurice pour l'Afrique; notre confrère s'y rend dans des conditions particulières. Après avoir pris son grade de docteur ès-sciences (biologie), à Fribourg, et avoir passé une année d'études supplémentaires à l'Institut Pasteur, il a été chargé par le gouvernement belge, Ministère des Colonies, d'une Mission au Congo, spécialement en vue de recherches sur la maladie du sommeil et les affections parasitaires". Il est mort le 13 juin 1929 en Guadeloupe. On trouve de longues pages sur lui dans le Bulletin Général de l'année 1929-1930: de son travail au Congo Belge, de son passage dans nos missions, mais - dans cet article - pas un mot sur la présence d'autres Spiritains ou d'un contact quelconque avec nos Pères à nous... A lire, plus loin, d'autres données concernant ce Père MAURICE Henri.)
Il ne résidait pas avec ses confrères; il occupait un complexe à part. Nous pensons d'après les dires des anciens, qu'il dépistait et combattait la maladie du sommeil. En 1912 ou 1913, il fait rentrer le Père Ferry en Europe; le bon Père souffrait sans doute de la "Congolite", la fièvre d'acclimatation de notre bled. Le Père Ferry reste six mois environ en Belgique, puis il revient dans sa mission de Kongolo.

Dès 1911, une église est mise en chantier; le Père Gaillard, directeur de la station de Kongolo en janvier 1912, édifie le temple sur des bases trop fragiles. Six mois après son achèvement, l'édifice est voué à la démolition : une mesure pour rien. Le P. Villetaz revient pour relever les ruines, le P. Brangers étant entre-temps affecté à Kindu.
Lubunda est fondé en 1911; Mgr Callewaert y établit sa résidence. Une oeuvre de catéchistes assez importante y voit le jour. C'est à Lubunda que les nouveaux arrivés font un stage auprès du Préfet, avant d'être envoyé dans leur poste.


En 1914, nous avons donc à Kongolo les PP. Ferry et Villetaz et le Frère Crodegandus. En janvier 1914, on note l'inauguration des premières bicyclettes. Ce moyen de locomotion, dit le Journal, permet des visites plus régulières et plus rapides des fermes-chapelles ... Voire ... Le premier vélo eut bien son histoire : le P. Ferry au retour de son premier congé, eut l'audace d'emmener un vélo, bravant les foudres du Père Préfet, qui était un rude, et qui trouvait que les moyens modernes de locomotion n'étaient pas dignes d'apôtres authentiques du Christ. St Paul n'avait pas enfourché de bécane ... Mais le progrès fut irrésistible; et chacun finalement eut son vélo.
Mgr Callewaert, de la stricte observance, interdisait de même l'usage du tabac ... Devant l'afflux de bons belges, il lui fallut finalement céder.


Février 1914; on enregistre 2.000 inscriptions aux catéchismes préparatoires au baptême (postulants et catéchumènes). Il s'agit de toute la paroisse, qui comptait alors déjà de nombreuses chapelles-écoles, et qui s'étendait plus loin que Ankoro. Août-septembre 1914; arrêt dans l'évangélisation. Faute de frères pour les travaux, les deux Pères sont occupés full-time à la construction de l'église, qui est vouée au culte à la Noël 1914.
Cette période, dit le Journal, fut très pénible : travail intense, mais sans contrepartie alimentaire :  "nous n'avions ni pain, ni vin, ni lait, ni sucre, ni café à cause de la guerre".
Récession sérieuse en 1915. Faute de ressources, on renvoie tous les travailleurs. A ce moment, les Pères s'occupent activement de la rédaction du catéchisme en Kiswahili. Et par ailleurs, l'on essaye de se tirer d'affaires : basse-cour, jardin, produits de la chasse, fournissent quelques ressources.
Voici une idée de l'opulence et du standing de l'époque : le budget pour l'entretien du personnel et pour le développement des oeuvres était fixé à 800 Fr. par an et par missionnaire.
Mgr Callewaert, brillant globe-trotter, sillonne sa préfecture dans tous les sens, et relance son personnel toujours sur la brèche. Ses randonnées à pied sont légendaires; de véritables marches forcées de jour et de nuit. Il surprend ses Pères à toute heure; il entame des séances de confirmation au premier chant du coq.
Les oeuvres, cependant, se développent d'une façon consolante, malgré la désorganisation consécutive au prélèvement massif, dans les villages, de porteurs militaires.

Du renfort arrive d'Europe malgré tout : le Père Louillet démobilisé du front de l'Yser, est mobilisé au front apostolique. Entre-temps le Père Haezaert est arrivé à Lubunda. Le premier juillet 1917, nous voyons le jeune Père à Kongolo pour prêter main forte à l'occasion du Te Deum; et le Journal ne manque pas de souligner "l'aimable compagnie" de ce confrère.


Le 2 octobre 1918, un incendie anéantit la mission : le Père Ferry est parti visiter quelques écoles-chapelles; le Père Haezaert est seul à la mission. En plein midi, un violent feu de brousse s'avance depuis le C.F.L. et menace dangereusement la mission. On commence dare-dare des coupe-feux, mais trop tard. Le feu se joue de ces minuscules obstacles et les installations de la mission deviennent la proie du sinistre : maison d'habitation, classes, dépendances, le tout couvert de paille. L'église, partiellement couverte de tôles, est épargnée. Le P. Haezaert était au désespoir. Le P. Ferry, alerté, revint de sa tournée pour trouver tout en ruines. Ce lui fut un choc pénible. Car, malgré la pénurie de moyens matériels, les Pères regardaient leur oeuvre modeste avec une légitime fierté.
Jusqu'alors, le Père Ferry avait pris beaucoup de notes intéressantes sur les us et coutumes des Buki, sur le mariage par échange de sang (lusalo etc...). Ces pages ont disparu, et le Père n'eut plus le courage de se remettre à la littérature.On entame les reconstructions sans désemparer.
En novembre 1918, des nouvelles inquiétantes parviennent à Kongolo : la grippe espagnole s'approche, venant d'E'ville : elle fait des ravages à Bukama. Le Commissaire de district fait interrompre toute communication par chemin de fer, et prescrit le cordon sanitaire.
Mais Dame grippe se joue de ces mesures, et règne de décembre 1918 à mars 1919. La vie normale reprend à cette époque.


En 1919 déjà on parle d'un petit Séminaire à Kongolo : nos missionnaires se montrent des précurseurs; la tentative se poursuit à Lubunda, puis à Malela. Mais ce n'est qu'en 1941 que l'oeuvre est définitivement lancée à Kongolo. Entre-temps, les petits Séminaristes sont formés à Lusaka.

Kongolo, à l'époque, était un poste important. On note comme Commissaire de district :   MM Van der Kerken, Gibson, Van den Bogaert. La B.C.B. avait une succursale à Kongolo. Le District a quitté définitivement Kongolo pour Albertville vers 1922.
Jusqu'alors, le service médical était assuré dans toute la région par l'Hôpital des Grands Lacs de Lubunda. Les grands blessés de la guerre furent évacués sur Lubunda; même les cas graves d'Albertville, jusqu'en 1923, furent traités dans cet hôpital confortablement installé. Il déménage à Kindu en 1923.

En 1923, on jette les fondations de l'actuelle maison d'habitation des Pères de Kongolo et on achève en 1925. Masse de briques maçonnées, ce château-fort a menacé ruine à plusieurs reprises. Consolidé, renforcé, étayé par de nombreux contre-forts et des rails qui relient les murs branlants, ce bâtiment remplit toujours (1959, année de rédaction de ce texte) son rôle d'habitation. Elle a le mérite, en outre, de servir de relique, objet de musée, vestige du passé...

En 1923, Mgr Callewaert a passé le tablier. Mgr Lempereur, qui a déjà oeuvré longtemps dans les missions du Tanganyika, arrive en octobre 1923, toujours à Lubunda. Ce n'est qu'en septembre 1930, que le Préfet transfère sa résidence à Kongolo.
14 juin 1926 : le Père Ferry part en congé : ovation de toute la population. Il revient en février 1927, amenant dans ses bagages, non plus un vélo, mais deux motocyclettes, qui ... pétaradent au milieu de l'ébahissement des Noirs.

22 juillet 1926 : visite de leurs Majestés le Roi Albert et la Reine Elisabeth. C'est un dimanche matin que le bateau accoste au port C.F.L.. Le programme a été prévu minutieusement, sauf la messe. Mais, de Kabalo, LL.MM. ont fait savoir qu'elles désiraient assister à la messe. Au débarcadère on coupe court aux cérémonies prévues, et l'auto de Mr Hellebaut emmène les augustes visiteurs à l'église, où tout est prévu pour une réception en bonne forme.


En octobre 1927, Monsieur Hellebaut, de la Texaf, vient installer à Kongolo les bureaux de sa Société. En attendant les constructions prévues à Kinkotonkoto, la société étrenne les locaux de la nouvelle résidence des Pères ... On est en famille ...

1929 : les Filles de la Croix arrivent à Kongolo. En mai la maison qui, à l'époque paraissait une réussite, est prête, du moins en partie. On contacte la Révérende Mère Marie-Sophie, pour lui demander de dépêcher son équipe de choc. Le 12 juin, à 6 h, le train arrive amenant les Soeurs entre en gare. Réception triomphale. Musique en tête, le cortège s'organise : ovation au CFL, ovation tout le long du sentier ( car de route CFL-Mission : point... Nous sommes toujours à l'époque héroïque ). Le sentier est d'ailleurs pittoresque à souhait :   fondrières marécageuses, et matete à profusion.
Les Soeurs font une entrée sensationnelle à l'église, où, faute de chantres à la page, ce sont elles-mêmes qui doivent poursuivre le chant commencé. Soeur Xavier-Marie de la première heure, est toujours parmi nous (1959).

L'école primaire pour 'blancs' en 1949.  Cliquez ici pour accéder aux fichiers reçus en 2008 (novembre). Ces documents sont publiés avec l'autorisation de Guy, fils de Mme Braas. On les a reçus à Gentinnes en novembre 2008. Il s'agit de la demande (par Mme Braas) d'une reconnaissance officielle de  l'école primaire pour 'blancs' fondée en 1946 par le Père Van der Smissen.



Quelques souvenirs du début des Religieuses à Kongolo.

Un repas chez les pionniers.
Nos Soeurs sont jeunettes, sans expérience, mais n'ont pas froid aux yeux.
Au début, faute de vaisselle et d'installations ad hoc, les repas se prennent en commun : Pères et Soeurs. Voici comment s'est déroulé le lunch de bienvenue. La table est surabondamment garnie; mais tous les mets sont servis "nature" : pain entier, viande fumée de chasse, papayes non découpées, bukari national, amphore de "pombe", huile de palme à même le "koko". Sitôt la pitance absorbée, chaque Père se lève sans sourciller, et va essuyer ses assiettes et couvert au ... rideau de la fenêtre. Cela valait un baptême de l'Equateur... Après cette épreuve, les boys débarrassent, et on commence à servir un menu moins congolais.
Premières armes. Après huit jours consacrés à l'aménagement sommaire des locaux, le Supérieur aborde une Soeur Novice :  "Demain, ma Soeur, vous ferez le catéchisme aux grandes filles, puis vous donnerez une demi-heure de chant".
- "Que voulez-vous que je leur dise, je ne connais pas un mot de Kiswahili."
- "C'est bien simple : vous savez lire, arrêtez-vous aux virgules et aux points."
Et la leçon a lieu comme prévu; leçon qui valut au Professeur impromptu les louanges d'un Mentor dissimulé au fond du local.
Et puis, il fallait contribuer à relever les offices par l'exécution du plain-chant. La tribune existe, mais rien qu'une méchante échelle pour accéder au jubé : une échelle branlante, à laquelle il manque plusieurs barreaux transversaux. Qu'à cela ne tienne : on escalade; c'est du véritable alpinisme. Mais quel plaisir d'entonner les Alléluia et de faire ronfler la boîte à musique (car il y a un harmonium).

On donne classe aux filles l'après-midi, dans des locaux laissés libres par les garçons. En classe de couture les femmes mariées viennent disputer la place aux fillettes. D'autres sautent par la fenêtre, et rentrent de même. Mais nos jeunes Soeurs ont de la poigne. La discipline ne tarde pas à s'implanter.
On sut bien que, parmi le contingent, il y avait des infirmières ... Et la cour des miracles se remplit bientôt. Mais de médicaments : point. Les procédés "bonne femme" sont à l'honneur, jusqu'à des flacons de cas à densité diverse... Pour un cas de pneumonie avancée :  quelques couvercles de marmite chauffés au feu font office de ventouse et de révulsion ... Un acte de foi, et quelques jours après, le malade est sauvé.

Aimons Jésus en tuant les puces
Comme Oratoire, une cellule non aménagée encore. Comme prie-Dieu, de minuscules morceaux de bois. Invasion de petites puces fort agressives, qui provoquent des démangeaisons irrésistibles. Fou rire. Et la Supérieure de suggérer à une consoeur en la poussant du coude : "Aimons Jésus en tuant les puces".

Air d'optimisme : sur l'état d'esprit de nos devanciers. On nous chante sur tous les tons, en 1959, que nous vivons dans une période triste, période d'énervement, de dépressions nerveuses, au milieu de névropathes, de détraqués, et que sais-je ? Consolons-nous ... en songeant que, en 1929, la chronique mentionne deux suicides de Blancs en l'espace d'un an à Kongolo. Ah, le fameux bon temps ...

Tous les postes de mission n'ont pas la chance de posséder une respectable cloche de 500 kg. Don de la famille Englebert, Eugénie-Célestin fut baptisé le 20 décembre 1931. Madame Fortemaison est la marraine de ce bourdon.

En ce moment, les Soeurs infirmières ont commencé leur travail à l'hôpital-colonie de Kongolo, que dirige à cette époque le Dr. Belhommet.

Mai 1933 : une visite importante : S.Exc. Mgr Dellepiane, Délégué apostolique, est reçu en grande pompe ... Faisant à l'hôpital l'honneur d'une visite, le Prélat, toujours tiré à quatre épingles, laissa entendre que ceux qui le recevaient auraient pu porter aussi col amidonné et complet sombre. Là-dessus, le Dr. Belhommet paya le champagne.

La deuxième tranche conduisant au jubilé d'or se résumera plus succinctement que la première.

Le 25 juin 1935
, parvient la nouvelle que Mgr Haezaert est nommé Evêque de Pertuse et Vicaire apostolique de Kongolo.
Il est sacré à Lier le 30 novembre 1935. Une réception solennelle est organisée pour le premier Vicaire apostolique qui prend possession de son siège le 05/08/1936.
On a entamé fin 1935 la construction du palais (résidence) épiscopale, devenue actuellement (1959) procure du vicariat. Le 21 janvier 1937 eut lieu la mort paisible de Mgr Lempereur, 2° Préfet.

En août 1937, on note que Kongolo regorge d'étrangers, engagés pour la jonction ferroviaire Kongolo-Kabalo. La Trabeka surtout s'installe avec un personnel important pour la construction du pont. Le 26/08/1937 on pose le premier rail de la jonction; le 31 octobre inauguration du premier tronçon, 5 km (de la gare jusqu'au pont). Ce jour-là, Mr le Gouverneur général, P. Ryckmans, pose la première pierre du pont, que bénit Mgr Haezaert; on scelle le parchemin dans un tube en cuivre. Deux ans plus tard, le 26/11/1939, Mr Ryckmans vient inaugurer le pont à peu près achevé. Déjà l'Europe est en guerre.

Le 1 mars 1938 s'est éteint en Belgique, Mgr Callewaert, le fondateur de nos missions.

En juin 1939 est parti de Kongolo, définitivement, pour l'Europe, le Père Ferry, après un travail opiniâtre de plus de 27 ans. Il est remplacé à la tête de la mission par le Père Bouve, venu d'Ankoro, travailleur infatigable, qui va cumuler pendant 10 ans les fonctions de Supérieur de mission, de Supérieur principal, de Procureur du Vicariat, et de Vicaire délégué de Mgr Haezaert.

10 mai 1940 :  le glas de l'entrée en guerre a sonné. On a vécu des heures d'angoisse.
Tout au début de la guerre, on note le départ du Père Louis Daems, figure légendaire de Kongolo. Il ne reviendra plus, et meurt à Nijlen en 1949 (18/04/1949).
Pendant cette "drôle de guerre", on s'organise. Il a fallu, faute de ressources, supprimer de nombreux moniteurs en brousse. Mesure néfaste, s'il en fut; car la reprise à la fin de la guerre fut des plus malaisées ... Par contre, les oeuvres autour de la mission s'épanouissent; les écoles primaires, en particulier, prennent un bel essor. En 1943 on renseigne 800 inscrits à l'école centrale.
Malgré les restrictions et les difficultés issues de la situation de guerre, les Autorités du Vicariat lancent le petit Séminaire, qui trouve d'abord abri dans les vieux locaux de la procure. Mais on ne tarde pas d'édifier pour cette oeuvre des bâtiments adaptés. La fondation du Séminaire de Kongolo est un bel exemple de confiance sereine en l'action de la Providence. Ce qui frappe, pendant cette période de guerre, c'est la bonne entente et l'entraide générales. Dans tous les domaines, il y a collaboration parfaite :  effort de guerre, fêtes, sports, solidarité.

En juillet 1943, l'église des premiers temps menace ruine. On décide de l'abandonner, pour entrer dans le local qui servira longtemps d'église provisoire. On a construit dare-dare ce bâtiment, sans en soigner spécialement la construction : ce sera, disait-on, assez bon pour une affaire de 4 à 5 ans, le temps de construire une cathédrale. En fait de cathédrale, on sait ce que c'est qu'une 'solution provisoire'... (la cathédrale ne viendra qu'en 1984 !)

Le 14 octobre 1944, Mgr Haezaert a la grande consolation d'ordonner son premier prêtre congolais, Mr Pierre Shindano. Les motifs d'espoir et d'optimisme n'ont donc pas fait défaut pendant la guerre.

Le 31 janvier 1945, le Chantier naval de Kongolo lance, avec une solennité inaccoutumée, la barge Victoire, entièrement construite à Kongolo. Monsieur Baron, gouverneur du Katanga, est présent. Monseigneur procède à la bénédiction. Rien ne s'inaugure sans bénédiction. Depuis lors, le chantier a lancé d'autres unités : Vaillance, Nicole, Marie-Jeanne, etc. ... Le rite de lancement inauguré pour Victoire fut toujours suivi.

Mai 1945 : la victoire est fêtée dans l'enthousiasme général; c'est la fraternisation complète. Les festivités durent une semaine. Partout dans le poste, on se livre à des farandoles interminables. On réquisitionne pour cela la clique de la mission, qui ne compte à l'époque, que des trompettes bosselées; mais il faut faire du bruit.

En juin 1945, on a commencé la construction de l'école St Augustin. Le 26 juin 1945, le premier renfort de personnel nous arrive en la personne du Père Forgeur. A partir de ce moment, il y a espoir, bien que les "arrivages" soient encore longtemps irréguliers, les "priorités" se réservant toutes les places sur les paquebots et sur les avions.

L'école officielle des Européens eut des débuts bien humbles : ce fut le Père Van der Smissen A. (aumônier du C.I.) qui ouvre "gratis pro Deo" en août 1946, une classe pour petits blancs. Le cercle CFL mettra ses locaux pendant plusieurs années à la disposition des écoles.

A la mission, en octobre 1948, nous ouvrons une école d'artisans; et, en 1949, l'école des moniteurs pour écoles succursales.

En 1948, aux confins de l'immense paroisse de Kongolo, près du Lomami, dans le territoire de Tshofa, une nouvelle fondation voit le jour: Sentery (nommé actuellement, 1999,  Lubao), filiale de Kongolo, pour l'évangélisation des Basonge. On y envisage l'avenir avec optimisme.

Ceux qui étaient présents se souviendront du soir du 25 mai 1949 : on avait l'impression de se trouver au beau milieu d'un bombardement : une barge à essence explosa au port CFL et les détonations fusaient jusqu'au lendemain. Heureusement : pas de victimes.

A la mission, depuis 1948, les constructions se sont succédées à un rythme régulier. Chez les Soeurs, on a débuté par l'Ecole moyenne ménagère, puis l'école normale féminine, avec tout le complexe de l'internat.
Chez les Pères, ce fut l'école artisanale, puis l'école de Pédagogie, la résidence des Professeurs du Séminaire, une école à la Kangoy et à Kinkotonkoto. La brousse se développe également : Katea devient école complète à cinq classes.

Le 1er mars 1950, le R.P. Bouve, supérieur depuis 10 ans, après un terme de 20 ans, rentre en congé en Belgique. Ce sera pour y recevoir d'abord sa nomination comme Evêque de Cremna et Vicaire apostolique de Kongolo, puis sa consécration épiscopale à Leuven le 24 août 1950. Les 12 et 13 mai 1951 : Kongolo en liesse, fête sa Joyeuse entrée : festivités mémorables.

Depuis lors, le travail missionnaire se poursuit en profondeur. Malheureusement, le personnel est restreint; le renfort est bien maigre.
Les Pères du St Esprit ont pris sur eux l'organisation et la direction de la section préparatoire à l'Ecole d'Assistants agricoles de Kaseya.
La communauté des Filles de la Croix s'est également scindée. Soeur Xavier est devenue première Supérieure du Couvent des Religieuses qui desservent les Hôpitaux Colonie.

En 1952, la célébration d'un cinquantenaire remue nos régions : c'est le cinquantenaire de la Compagnie des Grands Lacs, dont l'histoire se confond avec celle de tous les pionniers de l'Est du Congo. Les Grands Lacs ont eu à coeur d'associer à la commémoraison de leur jubilé les Autorités du Vicariat.

Fin 1956, la paroisse St Joseph est créée à la cité Kangoy, et le Père Van Duffel, auparavant supérieur de la mission, assure les fonctions de curé.

En octobre 1957 (29/09/1957) s'éteint brusquement en notre communauté son Excellence Mgr Haezaert. Sa grande simplicité et son amabilité lui avaient attiré la sympathie universelle. A ses obsèques participa toute la population. Mgr Haezaert, qui était servi par une mémoire extrêmement fidèle, aurait pu alimenter l'histoire de notre cinquantenaire de multiples anecdotes, pour illustrer les temps révolus.

Que ce cinquantenaire de mai 1959 soit l'expression d'une profonde gratitude envers Dieu pour le bien réalisé, en même temps qu'un acte de confiance sans réticence en l'avenir...

Addendum : Le Père Henri Maurice (1874 - 1929)

Il est né à Cherbourg (Fr) le 2 avril 1874.
" Etant au lycée de cette ville, il parlait quelques fois de son intention de se faire prêtre des missions étrangères après avoir fait quelques études médicales, dans l'intérêt des infidèles qu'il aimait à évangéliser. "
Ce sera sa vocation. A Bordeaux, puis à Paris, il suivit des cours de médecine.
C'est alors qu'il se présenta chez les Spiritains. Il fut ordonné prêtre en 1902.
A cette époque il semblait que la mission de l'Amazonie allait prendre de l'importance. Le P. Maurice y fut envoyé. Mais les espérances ne se réalisaient pas et il revient peu après.
Le P.Maurice fut envoyé à Fribourg et y prépara le doctorat en sciences naturelles, qu'il passa 'magna cum laude'.
Le gouvernement belge cherchait alors des spécialistes pour combattre au Congo la maladie du sommeil, qui y faisait d'inquiétants ravages. Le roi Léopold avait même promis un prix de 200.000 frs à qui lui trouverait un remède efficace. Le P.Maurice présenta sa candidature et reçut pour le Katanga une mission officielle en qualité de missionnaire-médecin.

Au commencement de 1912, il écrivait : " J'accomplis en ce moment un voyage d'études sur le 3e tronçon du chemin de fer des Grands Lacs qui va de Kabalo au Tanganyika. Un certain docteur a publié un rapport très pessimiste sur une partie du tronçon. " Et il ajoute : " J'ai envoyé au ministre des Colonies à Bruxelles un rapport dans lequel j'ai exposé l'état sanitaire de la région de Kongolo. Je propose à l'attention du corps médical certaines mesures prophylactiques ... Il va sans dire que, en dehors de ma mission médicale, je n'oublie pas que je suis chrétien, prêtre et missionnaire : je me réjouis de pouvoir ainsi soigner l'âme de mes clients. "
Le 6 septembre, le P.Maurice était sur le Lomami : " Mon voyage au Lac Tanganyika s'est très heureusement effectué; pendant deux mois j'ai visité tous les travailleurs de la ligne ainsi que les habitants des villages voisins. J'ai fait une carte, des tableaux, des pourcentages, etc. et expédié au ministre des Colonies un volumineux rapport. L'ingénieur en chef, Adam, était très satisfait de mon travail. "
" Après ce voyage au Tanganyika, j'ai remonté le Congo jusqu'à Bukama et visité la région si contaminée qui s'étend du lac Kisale aux chutes.  Mon premier rapport a été prise en considération. Un médecin-inspecteur est venu d'Elisabethville et réalise les agglomérations que j'ai proposées. "


Au début de 1913, le P. Maurice débarque en France. C'est alors que, sa mission terminée, il fait un stage à l'Institut Pasteur.
Survint la guerre. Mobilisé comme médecin auxiliaire, il la passa entièrement au service de la bactériologie à l'hôpital de Cherbourg. " J'espère accomplir mon devoir en bon prêtre et en bon soldat. " De fait, il opéra plusieurs conversions dont " l'une ou l'autre fit quelque sensation. "
Après la guerre, le P.Maurice profita du temps qui lui fut laissé pour mener à bien un ouvrage qui serait bien placé dans toutes nos missions : " Sous les tropiques. Notions d'hygiène et de Médecine à l'usage des coloniaux. "  (1920; 293 pages)


Ceux qui s'intéresseraient à la vie du P.Maurice dans la suite peuvent lire le Bulletin Général de 1929, p. 274 - 279.


Le P.Maurice décéda à la Guadeloupe le 13 juin 1929.
(d'après des notices du  P.Proost ).

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