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Indépendance du Congo => 30 juin 1960
Bien vite des troubles se manifestent.
Le 1 janvier 1962 => meurtres à Kongolo (suivis d'autres meurtres ailleurs dans le
pays...)
Le 25 janvier 1962 la Belgique honore les martyrs de
Kongolo à Bruxelles, par des funérailles nationales.
La cathédrale St Michel regorge de monde. A l'autel le Cardinal Suenens officie. Il prononce également l'homélie (<= cliquez).
Le Prince Albert (futur Roi) est présent.
Janvier 1963
Service anniversaire en l'église du Sablon (Bruxelles). Seuls sont présents les Pères
Spiritains et les familles des martyrs.
Après l'office religieux le père d'un des victimes dit à un Père Spiritain:
"Voyez, Père, ils sont déjà oubliés !" Mais la réponse tombe comme un
couperet: "Non Monsieur, ils ne sont pas oubliés ! Nous ferons quelque chose pour
eux."
Inaug
Au collège de Gentinnes (9 des martyrs de
Kongolo y avaient fait des études ou y avaient été enseignant) on projetait la
construction d'une chapelle plus grande pour le nombre toujours croissant d'élèves. Le
terrassement était même déjà réalisé, des pieux en béton se trouvaient déjà dans
le sol (un peu marécageux) pour garantir la stabilité de l'édifice...
Et l'idée germait de ne pas construire une chapelle pour les besoins du collège, mais un
Mémorial en mémoire permanente des martyrs de Kongolo.
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(note
préliminaire: quand on cite un texte, on le cite tel quel, avec ses fautes, ses
imprécisions etc. Ainsi nous savons qu'il y a 217 noms sur la façade de la
chapelle du Mémorial, mais on a des textes parlant de 209 ou de 211 noms, etc. - et on
les cite ici ou ailleurs tel quel, n'en déplaise à certains.)
La conception
Dans la revue 'Brabant' (1966, n° 5) on nous apprend (nous avons le manuscrit
de ce texte dans nos Archives):
"C'est alors que naît le projet de leur ériger,
au centre du pays, un mémorial destiné à rappeler aux jeunes l'héroïsme de leurs
aînés. Et comme Gentinnes a le triste honneur de compter neuf anciens parmi les
victimes, on décide de bâtir la chapelle-mémorial près de la grille d'entrée du
château. On nous déconseille de construire en ville, car les citadins sont friands, lors
des week-ends, d'évasions à la campagne. Le grand parc, avec son cadre de verdure et un
vaste étang de plus d'un hectare, créent une ambiance de paix et de calme, propice au
recueillement. Par ailleurs, Gentinnes est tout proche des célèbres ruines de l'Abbaye
de Villers-la-Ville que visitent, chaque année, près de 50.000 touristes.
Une souscription est lancée par la Presse le 21 juin 1963 ..."
Voici un extrait de la Presse. Il concerne le premier projet (qui ne sera pas
exécuté tel quel) (Extrait de la "Libre Belgique" du
15-16 juin 1963)
"... Les Pères spiritains ont demandé à la
presse catholique de Belgique d'ouvrir une liste de souscriptions pour l'érection de ce
mémorial".
Le Roi a daigné accorder son haut patronage à leur pieuse entreprise. Vingt compatriotes
sont tombés sur la terre africaine : la dimension de leur holocauste dépasse les limites
de la philosophie.
La chapelle que les Pères du Saint-Esprit dédieront à leurs confrères martyrisés sera
un mémorial national. Le Pape aimé Jean XXIII a béni la pensée et l'entreprise des
Spiritains. S.Em.le Cardinal Suenens, S.Exc.Mgr Oddi, nonce apostolique, l'épiscopat
belge tout entier, le gouvernement ainsi que de hautes personnalités catholiques,
composent le Comité de Patronage du Mémorial Kongolo, avec de hautes personnalités
catholiques du pays.
Nous demandons à nos lecteurs - et, avec nous, la plupart des journaux catholiques de
Belgiques demandent à tous les Belges - de contribuer généreusement à l'érection de
ce mémorial dédié à des Belges tombés au service de la civilisation, du
christianisme, de la paix, dans l'amour des hommes à qui ils avaient consacré leur
existence, leur foi, leurs souffrance, leur génie.
Les Pères Spiritains ont ouvert un compte chèques spécial en vue de recueillir les fonds qui leur seront destinés pour ériger la chapelle qui sera le sanctuaire des martyrs de Kongolo. Les fonds seront envoyés au N.58,87, Mémorial Kongolo, Gentinnes (Brabant) (Nr 58.87, Gedenkteken Kongolo, Gentinnes (Brabant)."
Ces missionnaires étaient malheureusement les premiers
d'une longue liste. Plus de 200 martyrs rougirent (de 1962 à 1964) de
leur sang la terre d'Afrique: religieux, religieuses et laïcs attachés aux missions;
catholiques et protestants. Leurs corps mutilés ont été jetés au fleuve ou
abandonnées dans la brousse. Nul d'entre eux n'a reçu une sépulture décente.
Ils sont retournés dans la Maison du Père sans laisser de trace, sans donner à leurs
proches, la suprême consolation de pouvoir aller prier sur leur tombe.
Et l'idée germait de construire un Mémorial honorant tous ces martyrs.
La revue "Brabant" dans le numéro déjà
cité, continue:
"Nul ne pouvait prévoir, à cette
époque, que l'hécatombe de Kongolo ne serait qu'un prélude à d'autres atrocités. Les
troubles du Kwilu d'abord, puis la rébellion de tout l'Est de la République du Congo
vont entraîner la mort d'un nombre incalculable de pauvres victimes noires. Et, à
nouveau, les blancs, coloniaux et missionnaires, tombent par dizaines sous les balles de
meurtriers souvent irresponsables, excités par une propagande habilement menée et
soutenue par des fonds étrangers." Et
le texte cite le nombre de victimes missionnaires expatriées, par diocèse, puis le
nombre de Congolais; catholiques et protestants, tous auront sur la façade du Mémorial
leur nom en lettres de bronze... "Mais
les missionnaires ne furent pas les seuls à tenir tête à la tourmente. De nombreux
agents de sociétés coloniales, des soldats, des particuliers firent vaillamment leur
devoir et moururent en braves. Des milliers de pauvres noirs, dans les deux camps, furent
abattus sans pitié. Devant l'impossibilité de dresser une liste complète, le Comité a
décidé de les mentionner tous, afin que leur souvenir soit uni à celui des
missionnaires.
Cet élargissement de la destination du Mémorial, souhaité par tout le monde, a mis le
Comité effectif en présence de nouveaux problèmes financiers. Plus de 180 nouvelles
inscriptions; un autre projet de statue à envisager; une importance plus grande à donner
au Mémorial proprement dit, devant la Chapelle. Celle-ci servira aux groupes moins
nombreux, aux visiteurs de passage qui désirent s'y recueillir. L'esplanade, sous
l'auvent, avec son porte-cloche de 17 m, une statue de 3 m et les 211 (n.d.l.r.: 217 !)
inscriptions en bronze sur la façade de gauche, servira aux cérémonies officielles qui
rassembleront de plus grandes foules. Le subside gouvernemental obtenu en 1964 ne couvre
qu'un quart du devis, le reste devant être assuré par le comité."
Puis le texte nous
apprend que le Comité a obtenu que l'Etat arrange les 'routes d'une autre époque' menant
à Gentinnes; qu'on a placés des potelets directionnels, partant de Genappe, de
Court-Saint-Etienne, de Walhain, de Gembloux et de Marbaix, pour faciliter l'accès aux
visiteurs; que le Comité prévoit également la création d'un centre d'accueil qui aura
pour tâche, non seulement de recevoir les visiteurs, mais aussi de les restaurer...
Quelques années de travail plus tard, le 'Patriote
Illustré (16/10/1966) pouvait écrire: "Maintenant,
le mémorial international, érigé sur le domaine des Pères spiritains, rappelle, non
seulement le sacrifice de leurs martyrs mais celui de tous les religieux tués au Congo,
depuis l'indépendance de ce pays, quelles que soient leur nationalité ou leur religion.
A l'origine de ce mémorial se trouve une souscription à laquelle répondirent en masse
les lecteurs de la "Libre Belgique". Suivi d'un don du gouvernement de
l'époque, des contributions anonymes tant en argent qu'en matériaux.
D'orès et déjà le public peut visiter le mémorial et la première messe dans cette
très jolie chapelle de deux cents places sera célébrée le dimanche des missions qui,
cette année, aura lieu le 23 octobre. L'inauguration officielle aura lieu le 7 mai
prochain par le Cardinal Suenens qui prononcera également l'homélie en français et en
flamand. Le Roi sera probablement présent."
Sur la façade de la chapelle figurent en lettres
de bronze les noms de ceux qui forment le martyrologe de l'indépendance congolaise.
On relève entre autres: 13 Dominicains, 4 Comboniens, 9 Dominicaines de Namur, un
évêque et onze prêtres du Sacré-Coeur, 4 petits Frères de Jésus, 16 autres prêtres
du Sacré-Coeur, d'autres Dominicaines, des Soeurs de Saint-Vincent, de Gits, des Soeurs
de Sainte-Elisabeth, de Luxembourg, des Soeurs de Marie, d'Ingelmunster, des Passionistes,
des Pères capucins, des Oblats, des Montfortains, des Soeurs de la Sagesse, des Pères
blancs, un frère mariste, etc.
Tout prête au souvenir et au recueillement. Le cadre est reposant.
La chapelle, bien que de style moderne, n'a rien d'extravagant. Elle est l'oeuvre de
l'architecte Jeandrain de Gembloux. Elle est tout en droites et en courbes et forme un
ensemble harmonieux et attirant.
La Vierge et l'enfant qui se trouvent à gauche de l'entrée, une statue qui a été
réalisée en bois polychrome de Scandinavie, la Croix au-dessus du maître-autel
(portant un Christ glorieux), la statue du missionnaire qui figure à l'extérieur
de la chapelle, tout cela a été conçu par le sculpteur Raf Mailleux, de Genk.
Les vitraux, de style moderne mais sans audace, sont l'oeuvre du maître Yves Dehais, de
Nantes (France) qui a voulu participer à cette construction parce qu'il a deux frères
missionnaires au Congo. Certains vitraux offrent jusqu'à 48 nuances différentes. A
l'intérieur les couleurs chatoient et changent suivant la position du soleil.
Le tabernacle et l'autel sont une création de Dom Grégoire de l'Ecole d'art de
Maredsous.
Quant aux noms des martyrs, ils ont été réalisé bénévolement par les élèves de
l'Institut technique du Bassin Campinois, à Genk. Un travail impeccable, tout en soudures
et en réglettes.
La famille des victimes retrouve à Gentinnes le souvenir de ceux qu'elle a perdu et un
havre de recueillement, de prière, de paix.
La première messe, chantée dans la chapelle, l'était à l'intention des parents des
victimes. Une autre a réuni les souscripteurs qui ont aidé à la réalisation du
monument. Et maintenant encore, chaque année, le jour avant la fête de la Pentecôte (un
samedi donc) le Mémorial rassemble des centaines d'amis, venus de toute les provinces
belges et même d'autres pays... (cliquez ici pour des photos
de l'année 2003) .
Les générations futures sauront que beaucoup d'hommes et femmes, catholiques,
protestants et autres, ont donné leur vie sur la terre d'Afrique pour leur Foi et la
civilisation...
L'inauguration
Dans l'après-midi du 7 mai 1967 Gentinnes et les villages des alentours étaient en
effervescence: on va inaugurer le Mémorial Kongolo et le Roi, la Reine, et tant d'autres
personnalités seront présents et se mêleront au peuple déjà sur place en très grand
nombre, une foule immense.
Tous sont là, en souvenir des martyrs de douze pays. On rencontre quantité de Belges,
bien sûr, mais aussi de nombreux étrangers d'autres pays, de très loin même. Des
jeunes gens et des fair hôtesses s'affairent partout: ils portent le brassard frappé du
mot "KONGOLO". Des postes de secouristes de la Croix-Rouge ont été aménagés
ça et là. Les villages ont pavoisé et le domaine du Mémorial a un aspect grandiose.
Des drapeaux claquent au vent: Belgique, Saint-Siège, Hollande, Angleterre, Congo,
Italie, Amérique, Luxembourg, Espagne, France, Allemagne, Canada, Nouvelle-Zélande,
Australie. Et chaque pays concerné a délégué son ambassadeur à Gentinnes.
L'organisation fut exemplaire. La communauté spiritaine, les communes, la police, la
sécurité, la gendarmerie etc., tous ont fait des merveilles. Même le ciel,
pluvieux au début de la journée, se montrait clément et laissait voir le soleil ...
Presque adossé au Mémorial Kongolo, un autel est dressé. Car il s'agit surtout d'une
cérémonie religieuse, d'une concélébration, présidée par Mgr Suenens. La
cérémonie, simple à la demande du Roi et de la Reine, est célébrée en l
atin, avec la participation de la chorale du Collège de
Gentinnes qu'est venue renforcer celle du Collège de Lier (Lierre).
On note cependant des moments émouvants. Ce fut le cas lorsque la nièce, toute menue, et
les parents d'un missionnaire assassiné, accompagnés de douze religieuses des missions
éprouvées montèrent vers l'autel, porteurs des offrandes.
Ce fut ensuite lorsque dans son homélie, prononcée en français et traduite aussitôt en
néerlandais, le Cardinal raconta que très récemment les Saint-Père lui avait dit, à
Rome: "Dites à votre peuple, dans votre pays, qu'il doit continuer à aimer le
Congo". Lorsqu'il salua la présence de nombreux Congolais, religieux et laïcs
présents et lorsqu'il conclut: "Nous saluons avec émotion la présence de nos
frères séparés, de nos frères protestants qui communient, aujourd'hui, avec nous dans
le souvenir de la même souffrance." Mgr Suenens rappelle que tous ces noms inscrits
sur la façade de la chapelle témoigneront désormais d'un passé douloureux, d'un
holocauste unissant tant d'hommes et tant de femmes. C'est cet holocauste qui marque le
sens de notre présence ici.
L'office terminé, les Souverains et leur suite se dirigent vers le Mémorial dont ils
vont visiter l'intérieur de la chapelle. Dehors, près de la statue sous laquelle
s'inscrit la devise "Mors in nobis operatur vita autem in vobis 2 COR 4 11", se
tiennent deux officiers portant une énorme couronne. Longtemps le Roi, la Reine, le
Cardinal et quelques rares personnes admises à les accompagner, s'attardent dans la
chapelle. Le Roi s'y fait présenter les membres du Comité organisateur, ceux qui
construisirent la chapelle, l'architecte Jeandrain et le sculpteur Raf Mailleux,
notamment, etc. et donner des explications sur la réalisation du mémorial. Ils quittent
enfin l'édifice. La Reine garde en main un bouquet de fleurs qui lui a été offert à
son arrivée.
Avec les deux officiers, le Roi dépose la couronne au pied du mémorial, et le même
geste est posé par les ministres Poswick, Héger, Harmel, Hulpiau et M. Struye.
Finalement les Souverains se font présenter les familles des victimes à qui ils
adressent, à chacun, quelques paroles aimables. A ce moment déjà ils sont absorbés par
la foule et les gendarmes ont fort à faire pour les en protéger. Pendant une heure et
demie cependant le Roi et la Reine s'entretiennent avec tout un chacun, serrant des mains
sans interruption. Tous voulaient leur dire un mot, les toucher, voir leur sourire. Et
quand la journée touche à sa fin et que, vers 19 h, les Souverains ont regagné leur
voiture, une grande animation continue à régner autour du Mémorial.
Gentinnes est devenu un lieu international de pèlerinage.
(Textes repris d'une étude de W.V., juillet 2000, Archives de Gentinnes)
Cliquez ici si vous voulez des photos (série automatique) supplémentaires de la construction et de l'inauguration du Mémorial (attention: la première fois la série se chargera probablement très lentement).
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Edition: ARCHIVES, Mémorial Kongolo, Gentinnes