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Ce qui suit vient presque intégralement d'un CD (ce n'en est qu'une partie) réalisé aux archives de Gentinnes (par VW). Le CD contient également des photos, des textes de la Presse (agences), la reprise des missions après les événements, etc.
* Les séminaristes de la 6° et 7° latine * P. Jules Darmont * séminariste Azundi Okito Marcel et les séminaristes à Sentery * séminaristes F.Banze et Th.Mwehu * les Soeurs de Kongolo réunies à Kolwezi * la communauté des Soeurs de Lubunda et leur Supérieure * Soeur Céline (soeur de Kongolo) * Soeur Marie-Bernadette (Kolwezi) * abbé Banza, lettre venu de Bukavu, lettre de Mgr Cleire (Kasongo), agences de presse * Mgr Kabwe * Seyssens M. (Lubunda; Maurice n'est pas un 'témoin oculaire') * Soeurs de Kongolo présentes au camp militaire lors des faits, réunies en assemblée à Elisabethville, 31 mars 1962... * Rapport d'une source policière, judiciaire ou militaire katangaise |
Les témoins qui étaient présents
nous parlent

Témoignage
des séminaristes
de la 6° latine
Témoignage des
Petits Séminaristes (élèves de la 6° latine) d'après le manuscrit d'origine noté à
Kindu, le 28 avril 1962. A la fin du document suit la liste des noms des séminaristes qui
ont témoigné ici.
Notes :
- les séminaristes répondent à un questionnaire venu de Louvain;
- on n'a pas corrigé le français...
I. Arrestation - Dimanche 31 décembre 1961
1. Qu'avez-vous fait l'après-midi de ce
jour ?
Jeux? On jouait aux cartes, aux
damiers, on lisait des 'Tintin'. Quant aux Pères, ils ne lisaient que leur bréviaire et(on)
les voyait circuler leur chapelet en main.
Vêpres ou salut? Le salut aurait eu
lieu à 19 h 00 pendant lequel on aurait chanté le Te Deum; d'ordinaire, Vêpres et salut
sont chantés à 15 h 00.
Chapelet en commun? On n'en a fait qu'une
'dizaine' et voilà que Mgr Kabwe, suivi de deux militaires bien armés, arrivent pour
nous chercher et nous amener à la mission "où le lieutenant vous verra pour vous
faire respecter par les militaires", disaient les deux soldats.
Prières spéciales que ne faisiez pas les autres dimanches?
Pour nous, on n'a pas eu de prières spéciales.
Que disaient les Pères qui étaient avec vous?
Après l'arrivée des Soeurs, nous avons vu le Père Jean-Marie Godefroid qui était
venu dans notre cour de récréation, nous invitant à chanter avec lui, chanter des
Psaumes alors qu'en ce moment, les obus tombaient de tout côté de notre local; une fois
qu'un obus tombe, nous ne chantons plus, nous nous couchons; mais lui, courageux comme
tout, continue à chanter, on dirait qu'il n'entendait rien, il n'ose même pas s'asseoir
parce qu'un obus tombe, non avec sourire il poursuit "mes enfants, courage". Le
Père Roger, travailleur infatigable qui a pu préparer à manger pour ses confrères,
pour les soeurs et du thé pour nous, malgré la situation, son chapelet en main nous
disait : "ne craignez rien".
Le Père Raphaël Renard son dernier mot qu'il nous répétait souvent "la
Providence".
2. Combien de Soeurs Congolaises se
trouvaient au Séminaire au moment de l'arrestation ?
Il y en avait trente six.
Depuis quand étaient-elles là ?
Vers huit heures trente.
Pourquoi ?
Parce que les soeurs voulaient mourir avec nous ainsi que leur confesseur qui restait
au séminaire (Père Pierre Francis).
3. Les soldats, qu'ont-ils dit, dès ce
moment
* aux Pères ?
Les deux soldats qui sont arrivés au séminaire, ont sévèrement menacé le Père
Raphaël Renard en lui disant: Va vite appeler tes confrères, autrement : Tunapiga
masasi, c'est à dire : 'nous tirons'.
* aux Soeurs ?
Ils leur disaient qu'elles n'étaient pas des soeurs, mais des Tshombistes déguisés
en soeurs.
* aux Séminaristes ?
Ils nous disaient que nous étions des jeunes Tshombistes.
* pourquoi ils les arrêtaient ?
Ils leurs disaient qu'ils vont tout simplement les montrer au lieutenant qui est à la
mission, pour qu'il puisse vous faire respecter par les soldats.
4. Y a-t-il eu des menaces de mort à ce
moment ?
Oui ! En arrivant à la mission, ils ont demandé à deux de nous si c'étaient des
vrais missionnaires. Ils ont répondu que Oui. A ce moment, ils les prennent en leur
disant : 'vous allez mourir avec eux' et ils les ont jetés dans le camion où étaient
les Pères et une partie des soeurs.
Ont-ils battus
des Pères ? Aucun Père
n'avait été battu à ce moment-là.
des Séminaristes ? Nous avons
été sérieusement battus.
Pourquoi ?
Ils nous disaient que, c'est parce que nous vivions avec des Pères en croyant ce
qu'ils enseignaient, tantôt nous prenaient pour la jeunesse Tshombiste, en un mot nous
avons été battus pour rien.
5. Les soldats vous ont-ils menacés de mort à ce
moment ?
Oui ! Ils comptaient nous mettre dans une chambre (Pères, soeurs, séminaristes) y
verser de l'essence et nous brûler vifs.
Vous ont-ils battus ? Oui.
Grièvement ? Oui.
Pourquoi ? Parce que nous vivions avec des Pères
et que les soldats ne voulaient pas les voir. Pourquoi ne voulaient-ils pas les voir ?
Parce qu'il disaient qu'il n'y a pas un autre Dieu que Lumumba.
Ont-ils battus vos camarades en ce moment ?Oui, même
quelques-uns ont été blessés.
6. Comment êtes-vous allés au Camp Militaire ?
A pied ? Oui, en courant, non nous donnait des coups de
crosse, on nous giflait, nous arrêtaient brusquement pour nous battre seulement.
En camion ? non.
En suivant le camion des Pères ? Oui, en suivant le
camion des Pères dans lequel se trouvait une partie des soeurs.
Les Soeurs étaient-elles avec vous ?
Quelques-unes étaient avec nous (les plus jeunes) d'autres étaient en camion
des Pères, en arrivant au camp C.F.L. un camion était venu chercher le reste des soeurs.
Que disaient les soldats en cours de route ?
En route ils nous répétaient les mêmes paroles "jeunesse
Tshombiste" vous serez tous brûlés, vos Pères, Soeurs, vous serez tous entassés
dans une chambre, vous serez brûlés vifs, ces mots revenaient souvent.
7. Quand vous êtes arrivés à la prison,
les Pères étaient-ils déjà en cellule ?
Oui, ainsi que l'Abbé Gervais, sauf Monseigneur Kabwe mais l'abbé Gervais, on l'a
sorti de là quelque temps après.
Vous logiez dans le couloir d'accès aux cellules ? Oui.
Avez-vous entendu parler les Pères ?
Oui, mais souvent quand on leur ouvrait les cellules, ils nous souriaient ainsi
que le Père Jean Lenselaer a pu dire à un de nous "mon fils courage".
Les soldats ont-ils dit à ce moment ce qu'ils voulaient faire
* des Pères ? Des Pères ils ne disaient rien,
nous avons même remarqué à ce moment, c'est-à-dire quand les Pères étaient dans les
cellules, que les soldats étaient très gentils envers les Pères.
* des Séminaristes ? Quant à nous, ils nous
disaient qu'ils vont faire comme ils l'ont fait dans le séminaire de Bakwanga (Kasaï)
(Nous ignorons ce qui se passait dans ce séminaire.)
* des Soeurs ? Nous ne pouvons pas vous dire exactement
ce qu'ils disaient aux soeurs, parce qu'on ne restait pas ensemble.
8. Pendant la nuit, avez-vous vu des soldats
qui ont emmené le Père Pellens ? Non !
et qu'ils l'ont ramené
vers le matin ? Non !
Ont-ils amené le Docteur ?
On ne sait pas, mais seulement ce que nous avons pu voir est que le Docteur
avait été sérieusement battu durant cette nuit.
Avez-vous entendu ce que les soldats demandaient et ce qu'ils répondaient ?
Pendant cette nuit ils ne parlaient pas aux Pères.
Avez-vous entendu crier les Soeurs Congolaises ? Oui,
mais nous ignorons la cause.
Avez-vous bien dormi cette nuit ? Qu'avez-vous entendu pendant la
nuit ?
Nous n'avons pas bien dormi cette nuit, mais seulement nous entendions des
coups de feu.
II. Evénements du premier janvier 1962
1. Combien de fois
les Pères ont-ils été sortis et ramenés en cellule ?
Quatre fois !
1ère fois avec nous ensemble, c'est à ce moment qu'on avait commencé à battre les
Pères et en leur disant de se déchausser ainsi que nous.
2° C'est la vérification de leur carte d'identité surtout pour voir si la photo qui est
dans le livret coïncide avec la figure du propriétaire.
3° Pour leur donner des coups de chicote en leur disant d'ôter leur pantalon et en nous
obligeant de les regarder.
4° Pour aller les tuer, ils ne leur ont pas dit qu'ils vont les tuer, ni à nous non
plus, ils disaient qu'ils allaient les amener à la mission s'il n'y avait des soldats
Tshombistes, donc pour aller les tuer.
2. Avez-vous assisté à l'interrogatoire et
à la vérification des papiers ?
Oui, pour la vérification des papiers ils ont tout simplement regardé leur livret
d'identité. Pour l'interrogatoire nous y étions, ils demandaient le motif pour lequel
les Pères étaient venu ici au Congo. Ils ont tous répondu à la fois : "Kwa
kufundisha Neno la Mungu", et ils leur demandaient pourquoi ils étaient si nombreux
dans une même mission.
Combien de Séminaristes y ont assisté ? Nous tous, nous y avons assisté.
Les soldats vous ont-ils dit quelque chose en vous introduisant dans
la salle du corps de garde ?
Couloir et corps de garde n'étaient qu'un seul et (même)
bâtiment, mais en nous mettant dans cette chambre (corps de garde) ils nous bousculaient
de gauche à droite, en nous donnant des coups de crosse mais sans rien dire.
3. Combien de soldats y avaient-ils à la table ?
A la table il n'y avait que 2 soldats et une dizaine debout.
Etaient-ils ivres ?
Les deux qui étaient à la table n'étaient pas ivres, sauf ceux qui étaient
debout et c'est encore ces derniers qui battaient les Pères.
Combien de soldats y avait-il en outre dans le couloir pour vous
garder, pour assister à l'interrogatoire ?
Il n'y avait qu'un seul soldat pour nous garder, mais pour l'assistance à
l'interrogatoire, il y avait des va et vient.
Vous ont-ils battus ? Oui.
Pourquoi ? Parce que nous étions dans le Katanga et que nous vivions avec des Pères.
4. Les Pères sont-ils venus l'un après
l'autre dans la salle, ou plusieurs à la fois, ou tous à la fois ?
Les Pères venaient l'un après l'autre.
Quelles questions les soldats posaient-ils aux Pères ?
Ils leur demandaient s'ils étaient de vrais missionnaires et pourquoi
étaient-ils si nombreux dans une même mission, et ils ont pris le Père Albert Henckels
pour un militaire parce qu'il portait des chaussettes kaki.
Les ont-ils injuriés ? Oui.
Ont-ils dit aux Pères qu'ils allaient les tuer ?Non.
A tous ? Non.
A certains ? Non.
Monseigneur Kabwe et l'abbé Gervais Banza assistaient-ils à cet interrogatoire ? Oui
Etaient-ils à la table ? Oui, à côté de celui qui vérifiait les papiers.
Ont-ils dit quelque chose pendant l'interrogatoire ?
Oui, surtout Monseigneur Kabwe qui demandait aux soldats de ne pas maltraiter
ses missionnaires mais ivres qu'ils étaient, ils ne voulaient pas le comprendre.
III. La flagellation
1. A quel moment a eu lieu la flagellation ?Vers
neuf heures du matin.
Tout de suite après l'interrogatoire de chaque Père ?
Non, on les avait d'abord ramenés dans leurs cellules.
Ou bien après l'interrogatoire de tous les Pères ? Oui,
c'était après l'interrogatoire de tous les Pères.
2. Les Pères ont-ils dû se coucher par terre ? Ils étaient sur le ventre et déculottés.
Combien de Pères y avaient-ils à la fois pour subir ce châtiment ? C'était l'un après l'autre.
Quels sont les Pères qui ont protesté ? Aucun Père n'a protesté.
Tous les Pères ont-ils été frappés à coup de chicote ?
Oui, sauf le Père Godefroid. Pourquoi ? Il était déjà couché et voilà
qu'un soldat vient l'ôter de là.
Quels sont les Pères qui ont reçu des coups de pied sur la tête ? Père Raphaël Renard.
Qui ont reçu des coups de chicote à la figure ? Père Pierre Gilles, Père Pierre Francis.
Pourquoi ces Pères-là ont-ils été frappés plus que les
autres Pères ?
Pour le Père Gilles, il était sourd, il ne comprenait pas ce qu'on lui
disait. Pour le Père Pierre Francis, c'était pour rien, puisqu'on n'a pas déterminé le
nombre de (coups de) chicote que devrait recevoir chaque Père. Père
Raphaël Renard c'est le même cas que le Père Pierre Francis.
3. Les soldats ont-ils frappés les Séminaristes à ce moment ? Non.
4. Après la flagellation où les soldats ont-ils conduits les Séminaristes ? Nous sommes restés dans la salle du corps de garde.
Que vous ont-ils dit ?
Après la flagellation, il y en a un qui disait à ses compagnons qu'ils nous
donnent de coups de chicote également, mais ses compagnons s'y sont opposés.
A quel moment vous ont-ils dit qu'ils allaient tuer les Pères ? Ils ne nous disaient rien.
Les soldats ont-ils donné des raisons de la condamnation des
Pères?
Ce qu'ils donnaient comme raison de la condamnations sont:
1° Vous savez très bien que nous sommes communistes et vous voulez
rester dans ce pays.
2° Si vous étiez des vrais missionnaires, vous ne seriez pas si
nombreux dans une même mission.
3° Vous autres les missionnaires vous ne voulez pas adorer un même (Dieu)
que nous, citoyens du pays et vous voulez adorer un Dieu qui n'existe pas le Dieu qui
existe c'est Lumumba.
Les soldats ont-ils disputé entre-eux pour savoir si OUI ou
NON ils allaient tuer les Pères ?
Ils ont sérieusement discuté, tous les commandos étaient contre, il y avait
même un groupe qui a pris la décision de nous tuer aussi, ainsi que les soeurs, mais ça
n'a pas réussi.
Avez-vous compris leur discussion ? Non; nous l'avons appris quelques jours plus tard.
IV. Exécution
1. Qui a vu les Pères ? Tous les séminaristes ou quelques-uns ? Quelques séminaristes seulement (+/- 4).
Les Soeurs les ont-elles vus ?Non.
Les gens de Kongolo les ont-ils vus de près ou de loin ? S'ils les ont vu, c'était de loin.
2. A quel
endroit exact les Pères ont-ils été tués ?
Dans l'allée des manguiers.
3. Les soldats avaient-ils tué des
civils avant de tuer les Pères ? Oui
Les Pères ont-ils vu les cadavres de ces civils congolais ? Tués par des Katangais avant leur fuite et non tués par les soldats de Stanleyville.
Combien de cadavres y avait-il ? On ne connaît pas le nombre, mais c'était tout le long de la route depuis la mission jusqu'au camp militaire.
Ont-ils tué des civils après avoir tué des Pères ? Oui (soldats de Stanleyville)
Combien ? Nous ignorons le nombre.
4. Racontez les derniers gestes et les paroles des
Pères.
Les dernières paroles les plus remarquables ce sont celles du Père Godefroid; quand
on les fouettait s'était tourné vers nous et il a dit "Priez beaucoup" en
allant les tuer, il nous a encore dit avec sourire : "Priez pour nous" en
sortant il a trouvé des soldats à la porte il leur a serré la main en leur disant
"Au revoir et merci".
Pour le Père Raphaël Renard, nous avons tout simplement remarqué qu'il voulait nous
dire quelque chose, voilà un militaire l'a vu et il a cru qu'il voulait nous parler, il
l'a tenu et lui a donné un coup de casque à la tête et il n'a pas pu le faire.
Pleuraient-ils tous ? Aucun Père n'a pleuré.
Ont-ils fait des signes aux Séminaristes ?
Ils ne voyaient pas les séminaristes, qui étaient à 50 mètres d'eux; ils étaient
près du mât.
Ont-ils fait des gestes aux civils de Kongolo ? Il n'y avait pas de civils.
Se parlaient-ils entre eux ? Non
Ont-ils protesté ? Non
Des Pères ont-ils été frappés au moment de l'exécution ?
On les battait quand ils sortaient pour se rendre au supplice (surtout le Père
Raphaël Renard parce qu'il voulait regarder ses chers séminaristes et leur parler); on
leur tirait les poils de la barbe, on leur donnait des coups de casque sur la tête et
aussi des coups de crosse.
Est-ce vrai que le R.P. R.Renard a dit à un soldat :
" Tu vas commettre un grand crime " ?
Nous n'avons rien entendu.
Est-ce vrai que le Père J.M. Godefroid a serré la main d'un
ou de plusieurs de ses bourreaux ?
Oui, et disait Merci, au revoir que Dieu vous protège.
Est-ce vrai que le Père Gilles a béni les civils de Kongolo
qui étaient venus assister au massacre ?
Il n'a béni que les soldats qui tiraient sur lui (il n'y avait pas
de civils).
Est-ce vrai qu'un soldat l'a frappé pour ce geste ?
Ils continuaient toujours à tirer sur lui.
Racontez bien tout ce que vous vous rappelez sur ces moments.
Le Père De Hert est tombé en ayant en main sa croix de profession et son livre de
Règles et constitutions.
Le P. Roger t'Jaeckens est tombé bréviaire et chapelet en main. - Aux soldats qui lui
demandaient ce qu'il allait faire avec son bréviaire le Père répondit : "
Nitakufa nayo " (je désire mon bréviaire pour mourir).
5. Que disaient les soldats à ce moment ? " Votre Dieu va vous sauver "
Ont-ils blasphémé Dieu ? " Dieu n'existe pas, seul Lumumba existe. "
Avez-vous entendu qu'ils disaient que le Dieu des Pères n'existait pas parce qu'il ne pouvait pas sauver ses serviteurs ? Oui
6. Tous les
Pères ont-ils été abattus à la fois ?
Non. Pendant que les Pères allaient des cachots au lieu du supplice, les
soldats commençaient à tirer pour les blesser. Le Père Gilles, mort le dernier, a, sans
doute, vu mourir ses Confrères.
7. Quels sont les Pères qui ne sont pas
tombés de suite ?
Nous étions à 50 mètres du lieu du massacre. Quatre parmi nous, de la
fenêtre du corps de garde, ont essayé de suivre des yeux la scène de l'exécution.
Quels sont les Pères qui se sont relevés sur les genoux après être tombés ?
8. Les Séminaristes ont-ils été obligés de tirer sur les Pères ? Non
9. Combien de soldats ont tiré des balles
sur les Pères ?
C'est difficile à dire, car nous n'étions pas tout près du lieu de
l'exécution. Les manguiers nous cachaient un peu les Pères et les soldats. Vingt soldats
étaient là avec leurs fusils, et au moins une mitraillette; dix soldats, peut-être, ont
tiré pendant que les autres soldats regardaient.
Avez-vous entendu hurler des Pères après qu'ils étaient abattus ? Non
Les Pères sont-ils tombés à cause de la frayeur ?
Non
Ou parce qu'ils étaient atteints de balles aux jambes, dans le
corps ? Oui
En se redressant les Pères ont-ils fait des gestes
significatifs ? Le Père Pierre Gilles bénissait.
Vers qui ? Vers les bourreaux.
Faisaient-ils clairement un geste de bénédiction ? Oui,
une croix.
Avez-vous compris les paroles qu'ils disaient ou qu'ils
criaient ?
Les Pères ne parlaient pas. Ils étaient parfaitement résignés.
A quel moment les jeunes du Cartel se sont-ils rués sur les
Pères ?
Après la fusillade, invités par les soldats.
Quels sont les Pères qui vivaient encore à ce moment ? Le P. Pierre Gilles.
V. (Après la fusillade; 1 janvier 1962)
1. Les Pères qui n'étaient pas morts de
suite par les balles, furent blessés ensuite par qui ?
Le Père Gilles, qui respirait encore un peu, a été achevé, nous a-t-on dit, par
les flèches des Cartellistes.
Combien de Séminaristes ont été obligés de transporter les
cadavres des Pères au fleuve ?
Quatre, parmi lesquels un séminariste de notre groupe (n.d.l.r.: parmi
les signataires donc de ce document).
Ont-ils été obligés de les traîner ? Oui.
Que disaient les soldats ? "Ne les portez pas, trainez les. Vous allez assister à la Messe au fleuve."
Combien de cadavres les Séminaristes ont-ils jeté au fleuve ? Trois
Qui a transporté les autres cadavres ? Les cartellistes
Que sont devenus les cadavres ?
Au moment où ils furent jetés au fleuve, les cadavres étaient entièrement
dévêtus. Seul le Frère Bernulphe avait conservé son pantalon et sa chemise. Le Père
Gilles avait cinq flèches dans le ventre.
2. Avez-vous visité plus tard l'endroit de
l'exécution ?
Oui, une demie-heure après le massacre, quelques-uns des nôtres sont passés
par l'allée des manguiers pour aller tuer des cochons pour le repas des soldats. Il n'y
avait plus de cadavre dans l'allée mais bien des soutanes et des habits ensanglantés.
3. Quand vous avez revu l'endroit où les
Pères furent jetés au fleuve, y-avait-il encore des cadavres non emportés par le
courant ?
Oui, même trois jours après le massacre.
4. Pendant combien de temps les jeunes du
Cartel se sont-ils acharnés sur les Pères ?
Pendant à peu près une heure. Toutes les dix ou quinze minutes, ils venaient
à l'invitation des soldats, prendre ce qu'ils désiraient.
A-t-on coupé
des membres ? Non
des doigts, des orteils ? Oui
d'autres membres ? Oui, les parties génitales, à cinq
cadavres, nous dit notre compagnon, qui a jeté des cadavres au fleuve.
A-t-on arraché des yeux ? Oui, les deux yeux du Père
Hens, et, dans les orbites creuses, les cartellistes avaient introduit des paquets à
cigarettes chiffonnés.
Et tout cela pendant que les victimes vivaient encore ?
Non
VI. Après
1. Après la
fusillade, pendant que les Séminaristes transportaient les cadavres au fleuve, qui était
auprès des cadavres ?
Un soldat de garde, qui repoussait les cartellistes et leurs
flèches.
Que faisaient-ils ces gens-là ? Un cartelliste a demandé à un des nôtres s'il transportait ses frères.
Les Séminaristes ont-ils reconnus les Pères ? Oui
Tous les cadavres ont-ils été jetés au fleuve ? Oui
Qu'ont-ils fait des séminaristes après la fusillade ?
Ils ont été de corvée pour tuer des cochons, puiser de l'eau et cuire de la
nourriture pour les militaires et le colonel Pakasa.
Quand êtes-vous rentrés au Séminaire ? Le matin du 3 janvier.
Avez-vous eu peur et cru que vous seriez tués aussi ?
Oui, c'est évident, nous avons eu très peur. Un rhétoricien en perdit même
la tête.
VII
Pourra-t-on un jour repêcher les ossements ? Raison de votre
réponse.
Ce sera sans doute impossible, sauf si des riverains en aval de Kongolo,
ont repêché et enterré des cadavres flottants. L'avenir parlera.
VIII
1. A-t-on traité le
médecin et le commerçant comme les missionnaires ?
On ne leur parlait pas de Dieu, on les traitait en
mercenaires, le Docteur surtout.
2. Y avait-il des civils de
Kongolo et des environs parmi les témoins des événements du 1 er janvier ?
Tous les civils présents à Kongolo, qui n'ont pas
réussi à se sauver le 1er janvier, étaient en prison. De la prison, ils ne pouvaient
voir le lieu du massacre.
3. A-t-on voulu détourner
de la foi chrétienne
- les Soeurs ? Oui
- les Séminaristes ? Oui. On nous disait : " Vous
voulez sans doute vous faire prêtres pour devenir des politiciens comme l'abbé
Youlou."
Que disaient les soldats à propos de votre vocation ?
" Vous n'êtes que des secrétaires de Tshombe - vous finirez par être
tués comme vous Pères. "
Racontez tous les autres détails dont vous vous souvenez. Ne
racontez que ce que vous avez vu, ce que vous avez entendu personnellement.
Nous ne (nous) souvenons de rien
d'autre. Nous ne vous avons raconté que de ce que nous avons vu et entendu.
Kindu, le 28/04/1962
Signatures
Séminaristes de sixième latine réfugiés à la Mission de Kindu :
Mutamba Ladislas, 17 ans
Nyange Joseph, 17 ans
Kisimba Honoré, 14 ans
Kabula Crispin, 17 ans
Kalume Joseph, 15 ans
Kabange Jean-Pierre, 16 ans
Ndalamba Dieudonné, 16 ans
Sumbu Jean Gualbert, 15 ans
Kabange Clément, 17 ans
Mukamba Norbert, 18 ans
Rapport des trois petits séminaristes de Kongolo (de 7°
latine) qui étudient à Kibombo.
Ce sont leurs réponses au questionnaire du R.P. Albert Hermans (comme l'ont fait les
élèves de sixième).
N.d.l.r. : on a ajouté les questions mêmes (sur la 'copie conforme' qu'a établie
le Père Proost le 27 septembre 1962, ces questions ne se trouvent pas: ce document ne
contient de fait que les réponses numérotées). On n'a pas corrigé le français.
Témoignage de séminaristes
de la 7° latine (document supplémentaire)
et document complémentaire aux déclarations des séminaristes de la 6° latine
Arrestation le 31/12/1961 vers le soir
1.1. Qu'avez vous fait l'après-midi de ce jour ?
Après-midi de ce jour là on jouait aux cartes. Vêpres salut rien. On avait récité le
chapelet mais on ne l'avait pas fini. On priait comme les dimanches ordinaires. Les Pères
qui étaient avec nous disaient que les soldats sont déjà entrés.
1.3. Les soldats, qu'ont-ils dit, dès ce moment, aux Pères ?
Les soldats arrêtaient les Pères parce qu'ils étaient des flamands, et les soldats
disaient que les pères cachaient des paracommandos. En ce moment là il n'y avait pas de
menaces de mort.
1.4 Le petit séminariste qui a raconté le meurtre au monde, aurait dit qu'un des
pères avait manifesté de la joie de la défaite de l'Armée Nationale devant Kongolo,
quelques jours auparavant. Qui est ce père ? Qu'a-t-il dit ? Avez-vous entendu les
soldats faire des allusions à ces paroles du père ?
Pour nous autres nous n'avons rien entendu un père qui manifestait de la joie de la
défaite de l'armée nationale, devant Kongolo, quelques jours auparavant.
1.5 Les soldats vous ont-ils menacés de mort à ce moment ?
Les soldats nous ont menacés de mort à ce moment. Ils nous ont battus gravement sans
pitié, parce qu'ils nous prenaient comme des soldats de Tshombe
.
1.6 Comment êtes-vous allés au Camp Militaire ?
Nous sommes allés au camp militaire à pieds en suivant le camion des pères. En route
les soeurs étaient avec nous autres.
1.7 Quand vous êtes arrivés à la prison, les Pères étaient-ils
déjà en cellule ?
Quand nous sommes arrivés à la prison, les prêtres étaient déjà en cellule, nous
autres nous logions dans le couloir devant les cellules. Nous avions entendu un père qui
parlait. A ce moment les soldats ne nous ont rien dit à ce qu'ils comptaient faire à
propos des soeurs, des pères, et des séminaristes.
1.8 Pendant la nuit, avez-vous vu des soldats qui ont emmené le
P.Pellens ?
Pendant la nuit on a pas vu les soldats qui emmenaient le Père Pellens, et qu'ils l'ont
ramené vers le matin. On a pas vu quand est ce qu'ils ont emmené le docteur de ceux
qu'ont lui demandé nous n'avons rien entendu.
Evénements du premier janvier
2.1 Combien de fois les Pères ont-ils été sortis et
ramenés en cellule ?
Les Pères ont été sortis et ramenés en cellule trois fois pendant la matinée avant
d'être tués.
2.4 Les Pères sont-ils venus l'un après l'autre dans la salle, ou
plusieurs à la fois, ou tous à la fois ?
Les Pères venaient en rang. Les soldats disaient aux pères d'aller saluer Tshombe,
donc c'était pour aller les tuer.
2.5 Monseigneur Kabwe et l'abbé Gervais Banza assistaient-ils à
cet interrogatoire ?
Monseigneur Kabwe et l'abbé Gervais Banza assistaient à cet interrogatoire.
Monseigneur Kabwe et l'abbé Gervais étaient aussi à la table, et dans le groupe des
séminaristes, ils ont dit quelque chose pendant l'interrogatoire.
Flagellation
3.1 A quel moment a eu lieu la flagellation ?
La flagellation a eu lieu après l'interrogatoire de tous les pères.
3.2 Les Pères ont-ils dû se coucher par terre ?
Les Pères ont du se coucher par terre, dans la salle il y avait 18 pères pour subir
ce châtiment. Nous ne connaissons les qui ont protesté. Tous les pères ont été
frappés au cou de chicote (n.d.l.r. = coups de chicote),
sauf un père qui a échappé à cou de chicote "Jean-Marie Godefroid".
3.3 Les soldats ont-ils frappé les Séminaristes à ce moment ?
A ce moment les soldats ne nous ont pas frappé.
3.4 Après la flagellation où les soldats ont-ils conduit les
Séminaristes ?
Après la flagellation nous étions là même.
Exécution
4.1 Qui a vu les Pères ? Tous les séminaristes ou
quelques-uns ?
Tous les séminaristes n'ont pas vu tuer les pères mais quelques un seulement. Il y avait
des gens de Kongolo qui les ont vu de près et de loin.
4.3 Les soldats avaient-ils tué des civils avant de tuer les Pères
?
Les soldats ont tué les civils noirs avant de tuer les pères après avoir tué les
pères les soldats ont tué d'autres civils.
4.4 Les Pères, pleuraient-ils tous ?
Tous les pères n'ont pas pleuraient.
4.8 Les Séminaristes ont-ils été obligés de tirer sur les
Pères ?
Nous n'étions pas obligés de tirer sur les pères.
5.5 Les jeunes du cartel ont-ils coupé 'les membres' des
Pères (n.d.l.r. : la question par rapport aux doigts des mains ou des
pieds, des yeux etc. a été posée à part. Les séminaristes, ceux-ci, et ceux de la
sixième, ont bien compris ici qu'il s'agit des parties génitales: les 'sixièmes' le
mentionnent explicitement dans leur réponse.)
Les jeunes du cartel ont coupé les membres des pères.
6.1 Après la fusillade, pendant que les Séminaristes
transportaient les cadavres au fleuve, qui était auprès des cadavres ?
Quelques séminaristes ont été obligés de transporter les cadavres au fleuve. Ils ont
été obligés de traîner les cadavres.
7.3 Qu'ont fait les séminaristes après la fusillade ? Quand
êtes-vous rentrés au séminaire ? Avez-vous cru que vous seriez tous tués ?
Après la fusillade les autres séminaristes travaillent. Nous sommes rentrés au
séminaire le 3 janvier. Nous avons cru que nous serons tous tués.
8.1 A-t-on traité le médecin et le commerçant comme les
missionnaires ?
Les soldats ont traité les deux civils le médecin et le commerçant comme les
missionnaires.
8.2 Y avait-il des civils de Kongolo et des environs parmi les
témoins des événements du 1er janvier ?
Il y avait les civils de Kongolo, parmi les témoins des événements du 1 janvier.
Signé par: Pungu Gaston, Guillaume Ilungo, Félix Ngoy
Rapport complémentaire des petits séminaristes de sixième latine (Kindu, 28/05/1962, signé R.Verlaine. Selon la copie conforme du P.Proost du 27 septembre 1962).
Le Séminariste MUKAMBA Norbert de la 6° latine (était parmi ceux qui ont) jeté des corps au fleuve.
A mon (= R.Verlaine; n.d.l.r.) passage à Lokandu, les deux petits
séminaristes Mutamba Ladislas et Mukamba Norbert m'ont dit ce qui suit :
Il y avait +/- 30 jeunes Balubas sur le lieu du massacre. - Le Père Gilles est mort le
dernier. - Le Père Francis fut tué le dernier. - Dans le couloir du corps de garde, au
moment où les Pères sont passés devant nous pour se rendre au lieu de l'exécution,
nous avons vu et entendu les soldats parler aux Pères. - Un ex-séminariste, soldat
opérateur T.S.F., nous a dit que beaucoup de bons soldats ne voulaient pas tuer les
Pères. -
L'Aumônier Catholique (Abbé Gaston Mlamba) n'était pas à Kongolo le jour du
massacre. Nous n'avons pas vu d'Aumônier Catholique ce jour là. - Le compagnon du
colonel Pakasa était sûrement un Aumônier Protestant. - Le Colonel Pakassa a été
notre protecteur. - Un lieutenant de gendarmerie était là quand on a tué les Pères. -
Le Docteur a été tué en même temps que les Pères.
Signé : R.Verlaine, c.s.sp.
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