(Dernière mise à jour: 16/11/2008)

La localité "Kongolo" se trouve dans le nord du Shaba (Katanga)
au bord du fleuve Lualaba.
Les Spiritains arrivèrent à Kongolo le 7 juin 1909 et s'y établirent;
mais pas exactement à l'endroit où la Mission se trouve
aujourd'hui. C'étaient les PP. Villettaz, Brangers et le Frère Euloge.
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Photo des martyrs et l'endroit où leurs corps furent jetés au fleuve.

En cliquant ici vous avez accès à une partie du site
de la Marine Belge concernant le fleuve Lualaba.
Ce fichier est accessible également dans la partie
SISIWACKF (<= cliquez), en
date du 15 novembre 2008.
Témoignages (par des témoins présents au moment du massacre).
<= Cliquez sur ce hyperlien
( Extraits d'un CD de nos archives)
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Réflexions par M.Seyssens à
propos des faits du 1 janv. 1962 à Kongolo
Le Père Maurice Seyssens n'était pas à Kongolo au moment du massacre. Il
n'est donc pas un 'témoin oculaire'. Par après il a rencontré des témoins oculaires (ce
texte suit plus loin).
Les réflexions qui suivent expriment ce que Maurice pense lui-même.
En guise d'introduction, voici un petit fait qui aidera à comprendre mieux les faits
du Congo, à créer une optique : une escouade de soldats était formé de militaires qui
portaient plus d'amulettes que de munitions. Un jour toute l'escouade, sans raison
apparente, prit la fuite et on ne revit pas un seul homme. Nous dirions: quelques
primitifs qui désertèrent... Jugement trop sommaire.
Voici la vérité. N'importe quel soldat congolais (même cartel) a une confiance
illimitée dans ses fétiches, surtout dans les incantations des féticheurs. Cette
confiance superstitieuse surpasse de loin la foi qu'il mettra dans ses armes et munitions.
Bref, partout au Congo reviviscence du fétichisme ancestral, à l'aide d'une impunité
totale ... Bref, tous les épisodes congolais se résument à une épreuve de force entre
le fétichisme et n'importe quelle force adverse. On devine déjà l'acharnement contre la
religion. On prévoit aisément la situation toujours tragique des représentants d'une
religion.
Les soldats sus-nommés n'étaient pas des déserteurs. Mais voilà, le féticheur voulait
les envoûter périodiquement pour intensifier son emprise sur ses adeptes. Par malheur
pour eux, la relève eut du retard. Au jour fixé, la force irrésistible de l'angoisse
les força à fuir ...
Un mot encore: notre Bible nous donne une idée de la mentalité des Congolais à l'heure
actuelle. Notre Seigneur dénonça le faux messianisme d'Israël, le combattit ... et
finit par y être sacrifié. Dans cette optique, on peut se représenter la situation
dramatique du missionnaire. Il suffit de remplacer le concept de messianisme par celui
d'indépendance.
J'ignore si je me suis exprimé assez clairement. Voilà, quant à moi, sous quel angle j'étudie la tragédie congolaise.
Dès lors plus question de communisme ? Au contraire : voilà précisément le danger : le communisme a trouvé un terrain propice, un bouillon de culture pour le virus de la subversion. Je demeure persuadé que le communisme a réussi en Afrique - du moins en partie - grâce à un fétichisme comprimé et se relevant avec hargne ...
Le cartel a joué un rôle néfaste dans le massacre de Kongolo.
Il faut se rappeler leur mode de recrutement et leur rôle d'éclaireurs ... Toujours ces
jeunes bandits précédèrent la troupe.
En prison, j'ai pu constater la précision de la liste de leurs victimes. En général
pour tous les envahisseurs du Katanga, les missionnaires formaient le grand obstacle à
leurs visées... Souvenons-nous que la plupart des envahisseurs étaient originaires de
Stanleyville ou du Bas-Congo. Pour leur faciliter l'infiltration, des mécontents ou des
renégats, ou des gens terrorisés trouvés sur place. Personnellement j'ignore
l'identité des bourreaux de Kongolo.
Trop d'instances étaient vaines, à cause de la méfiance générale. J'ai reconnu
quelques individus : paroissiens raides de peur ou élèves aigris.
La question se pose : les missionnaires de Kongolo auraient-ils pu fuir ?
A. Les supérieurs responsables n'ont formulé aucun ordre, ni la moindre défense. En
effet, ils ignoraient la situation n'étant pas sur place.
B. Pratiquement : tout Kongolo aurait pu prendre le maquis (Sola, Mbulula, Makutano). Ils
y furent même invités par la garnison katangaise. Alors ? De fait ils refusèrent de
partir :
1° Au-delà du fleuve la situation était aléatoire ... Blocus et
fureur de l'ennemi.
2° Les pères ne voulaient pas abandonner : bon nombre de chrétiens,
vieillards, enfants, malades, 40 Surs et 56 séminaristes... Appréhension de famine
et de troubles.
3° Nul ne se doutait de la détermination féroce et sauvage de
l'envahisseur : " Ils ne seront pas plus barbares que les chinois " dit le
Père Jean-Marie. Même le docteur Moreau refusa d'abandonner ses soldats qu'il avait
soignés...
Héroïsme unanime. L'année précédente, dans des conditions analogues, la Mission fut
sauvée grâce à une pareille résolution.
Parfois on se demande si quelque imprudence n'a pas mis le feu aux poudres ?
Au maximum peut-on y voir des prétextes. Il est prouvé à présent que le mot
d'ordre d'extermination provenait de Stanleyville - départ de l'armée d'invasion.
Les ordres étaient précis, avant l'attaque et à 600 km de Kongolo.
Le vrai mobile reste donc : haine de la foi ... Tous les témoignages sont formels.
Récit par le Père M.Seyssens d'après les dires de plusieurs personnes
N.d.l.r.: récit établi par le Père
M.Seyssens (par après !), basé sur les dires de quelques témoins. Ce récit ne
concorde pas toujours (souvent même) avec les autres déclarations (sous serment) : p.ex.
le nombre de surs ramenées au couvent, les séminaristes étaient enfermés
quand on a abattu les Pères, les séminaristes n'ont pas vu tomber les
pères ... etc.
Rapport sur le massacre d'après quelques témoins
Sources : témoignage oral de témoins oculaires, 3
lieutenants, un adjudant infirmier et 3 séminaristes de passage, 6 - 7 soldats. C'est le
7 janvier 1962 que nous avons confirmation de l'assassinat de nos confrères par les
témoins sus-mentionnés.
Prétextes allégués:
a) Les hommes revêtus de soutanes sont au fond des parachutistes belges venus du Ruanda
pour combattre l'A.N.C.
b) Les missionnaires nous ont tenus dans l'ignorance et à présent ils s'opposent
farouchement à notre indépendance.
c) Les pères ont violé le secret de la confession; voilà pourquoi plusieurs d'entre
nous ont subi des peines de prison.
d) Les Pères ont participé à la bataille de la Luika (défaite de l'A.N.C.) ainsi
qu'aux bombardements de Kibamba et de Samba (Q.G. de l'A.N.C.)
Inutile de rechercher l'origine de ces ragots... C'est la propagande subversive de
Stanleyville, inoculée par Moscou.
LES FAITS.
- Le dimanche, 31 déc. 1961, l'A.N.C. a investi Kongolo. On estime les effectifs de
l'armée d'invasion à 5.000 hommes. Tous imbus de propagande anti-catholique. (On ne peut
admettre le petit nombre d'acteurs du drame.) Lundula a emmené un lieutenant et 6 soldats
devant le conseil de guerre de Stan. Il y a du parti pris.
- Le Cartel ( bande d'assassins pillards ) avait précédé la troupe comme d'habitude; et
comme je l'ai constaté pour mon propre compte à Lubunda (un autre récit du
Père Seyssens).
- Ces gens du Cartel ont saccagé la cité indigène : massacre, pillage... On avance le
chiffre de mille pour les victimes.
- Ce même Cartel n'eut rien de plus pressé que de se rendre au corps de garde de
l'armée et de leur dire en substance : " Votre devoir est d'exterminer les
'mercenaires'. Il y a un merveilleux coup de filet à faire. Ils sont tous réunis à la
Mission, mais se cachent sous le déguisement de soutanes ... "
- Immédiatement les camions militaires, chargés de soldats, foncent sur la mission, où
un drapeau blanc était hissé.
- La curée commence. On dépouille les occupants de la Mission de leurs lunettes, montres
et souliers et l'on enlève leurs chaussures. Ils sont frappés à coups de crosse et
jetés dans les camions. Les séminaristes et les Surs indigènes sont frappés et
doivent suivre à pied le convoi.
Simultanément, le Cartel et quelques soldats fouillent et pillent le séminaire et la
Mission.
Les bâtiments étaient fort endommagés par les obus de mortier lancés le matin de
propos délibéré sur le 'repaire de rebelles'.
- Ajoutons que les gendarmes katangais avaient déjà franchi le pont sur le Lualaba,
détruisant celui-ci (brèche de 3 mètres) pour empêcher toute poursuite.
- De la Mission au camp militaire ( 4 km ) nos confrères subirent un vrai Calvaire :
coups, sévices, insultes.
- Au camp il y eut un simulacre de jugement... mais on devrait procéder vite. En
effet, le Colonel Pakasa pouvait surgir à tout moment. Or, ses ordres sont formels : il
faut épargner la Mission. Hélas, le Colonel est embourbé à Kaseya ( 30 km de Kongolo.
Déposition de l'abbé Gaston, aumônier militaire).
- La soldatesque décrète : 'L'exécution sur place'.
- On commence par la flagellation : supplice infamant et très
douloureux. La scène a lieu dans le vaste corps de garde, sous les yeux des religieuses
et des séminaristes. Les pères sont étendus par terre, on relève la soutane et ils
reçoivent les douze coups réglementaires, assénés par ces lanières en peau
d'hippopotame.
- Cela fait, on fait l'appel des condamnés, et chaque nom est marqué d'une croix rouge =
arrêt de mort.
- On les enferme dans des cellules pénitentiaires individuelles, sauf deux groupes de
trois; plus tard tous seront séparés.
- Les bourreaux délibèrent à grand cris. Malheureusement, personne ne comprend le
Lingala, sauf le Père Van der Smissen, qui périra avec les autres.
- Il fait nuit. On reconduit les surs au couvent (environ 40 surs N.d.l.r.:
une partie des surs seulement !). Il n'est pas prouvé qu'on ait
attenté à leur pudeur. D'après les témoins, les surs ont, à plusieurs reprises,
crié très haut. Coups ou défensive ?
- Les séminaristes doivent s'étendre dans le corps de garde. Demain, on leur montrera ce
qu'il en coûte de suivre les exercices militaires sous la conduite d'exécrables
mercenaires.
On ne signale rien de spécial pour cette nuit. On se figure l'anxiété des victimes,
l'appréhension naturelle d'une mort cruelle et ignominieuse. Je suppose que l'insomnie
les tortura, et que nos confrères se disposèrent à mourir.
- Le lendemain vers 8 heures les coups de gueule et autres recommencent. Peu après les
séminaristes sont rangés à proximité de l'allée des manguiers qui longe le Lualaba au
camp militaire.
A présent on ne peut encore expliquer pourquoi le Père Darmont, les abbés Kabwe Gérard
et Banza Gervais, furent épargnées... étant condamnées à morts et ayant été battus.
Après de rapides préparatifs, on sort des cellules les condamnés, un à un : chaque
arrivée est saluée d'une salve de fusil automatique... suivie de râles d'agonie. Les
séminaristes ont vu tomber successivement toutes les victimes.
Après les rafales (sauf un ou deux cas, où la fusillade suivit) chaque martyr est
complètement dévêtu, coupé en morceaux. La décence empêche d'entrer dans les
détails.
A différentes reprises les soldats contraignirent les séminaristes à tirer sur leurs
professeurs, agités des derniers spasmes de l'agonie. Tout refus était gratifié d'une
grêle de coups et de la menace de fusillade. Heureusement, aucun séminariste ne fut
massacré, mais ils furent battus d'une manière bestiale.
Enfin, le drame touche à sa fin. A ce moment, les séminaristes reçoivent l'ordre de
jeter les dépouilles au fleuve. Un détail : ceux qui portent les cadavres sont battus.
Il faut traîner ignominieusement ces " prêtres traîtres à la patrie ". On
m'a assuré qu'au moins cent soldats ont pris part au massacre. De leur côté, les
bandits du cartel étaient nombreux et jouèrent largement du poignard.
Deux exemples de martyre, certifiés par des témoins oculaires :
a) le Père Hens Jef fut littéralement tailladé à coups de poignard avant de recevoir
le coup de grâce.
b) le Père Pierre Gilles eut les jambes tranchées par les 20 balles du chargeur; il
s'effondre, vivait encore... Il reçut encore 8 balles et quelques flèches empoisonnées
dans le corps.
Voilà ce que je sais.
Signé: Maurice
Seyssens.
Ce que les confrères de Lubunda
ont vécu
(texte de M.Seyssens)
" EN TEMPS DE PERSECUTION, FUYEZ VERS UNE AUTRE VILLE "
Les uvres de LUBUNDA, à 75 km de KONGOLO, promettaient de beaux
résultats... Hélas, les événements pernicieux se précipitèrent...
Rien de spécial à mentionner jusquau 26 décembre...
A cause du blocus, les vivres devenaient rares. On décida en conséquence de renvoyer les
80 internes de lécole normale en famille jusquà nouvel ordre.
Le père René Tournay accompagnerait le contingent de
Kongolo.
Cela lui permettrait de revenir avec notre " Peugeot " et quelques
provisions, à la fin des vacances.
Le Père ne revint pas. En effet, il est au nombre des victimes du massacre de KONGOLO.
A LUBUNDA, la vie de travail suivait son cours paisible.
Soudain, le 28 décembre une fusillade nourrie nous réveille
en sursaut à 5 heures du matin...
Cest donc la guerre, pressentie et tant redoutée ?
On avertit les révérendes Surs indigènes au nombre de 6...
Elles reçoivent la Sainte Communion. Elles préparent un petit paquet avec quelques
vivres. .. et quittant la zone dangereuse elles se dirigent vers un bosquet à 6 km. de la
mission.
De notre côté, nos préparatifs sont hâtifs... et avec les gens de la paroisse nous
allons chercher refuge dans le bosquet. Les coups de feu crépitent jusquà 8
heures... Puis les coups sespacent... et le vacarme cesse.
Par prudence, nous ne quittons notre cachette que dans la soirée...
Il sagissait dune attaque du cartel. Ces bandes de jeunes dévoyés, drogués,
fanatisés et dune audace féroce... Par bonheur la riposte katangaise fut
foudroyante et écrasante.
Le soir, on enterre les morts... Tout rentre dans lordre.
Voici le samedi 30 décembre... Nul ne se
doutait de ce que nous réservait lavenir...
Dans la soirée, la garnison katangaise, stationnée à LUBUNDA reçut lordre
daller aider la troupe de KONGOLO en grave danger.
Les plus ou moins cent protecteurs partis, tout le village pris de panique cherche refuge
au loin...
Nous voici seuls : André REMY, lAbbé LAMBERT et
moi (n.d.l.r. : Seyssens Maurice). Par ailleurs nous savions
bien quà la prochaine attaque, le cartel se vengerait de la défaite et que nous
étions en tête de liste des victimes expiatoires. Que faire ? Prendre le maquis...
et puis ?
On consomme les Saintes Espèces... Chacun de nous emporte quelques objets de première
nécessité : un pain, 2 boîtes de biscuits, un peu de linge et une couverture...
Ne nous surchargeons pas, demain nous serons à KONGOLO. Tel était notre but...
Le Frère BERNULPHE et les 6 Surs
Indigènes nous précédèrent de 2 jours... Profitant de la dernière draisine, nos gens
partirent pour KONGOLO. LUBUNDA était menacé.
Quant à KONGOLO, la forteresse était imprenable.
Hélas...
Il est dur de quitter une mission.. . Mais nous navons pas le
choix... Le retour sera prompt et joyeux.
Nous voilà poussant chacun son vélo le long du rail... A 5 Km de la gare, nous
rencontrons un sergent katangais, malade et succombant sous son barda...
On se joint à lui, on le délivre de sa charge qui va augmenter celle quemporte
lAbbé sur son vélo.
Nous nous aidons lun lautre... mais lallure devient dérisoire :
nous ne faisons plus que deux ou trois km par heure. Et puis, faute de lune, il fait nuit
noire...
Bref, nous natteignons LUSINDOY - à moitié chemin de notre itinéraire - que la
dimanche matin à 8 heures. Normalement nous avions escompté entrer à KONGOLO vers la
veille au soir... Ce retard providentiel nous sauva... LUSINDOY est une halte... Nous
apprenons ici des nouvelles pas rassurantes mais vagues sur KONGOLO.
La fatigue de la nuit précédente nous impose un bon repos.
On se consulte, on discute, on pèse le pour et le contre...
Plan final : à 15 heures, on repartira en direction de KONGOLO.
Quelques familles de LUSINDOY fuient aussi lanxiété causée par le cartel.
De la sorte nous quittâmes LUSINDOY en caravane compacte : au total 30 personnes.
Nous cheminons lentement. Nous fîmes à peu près 16 - 17 km.
Tout le monde est fourbu. Faisons halte. La forêt, les grandes herbes nous fournissent le
couvert et le matelas à proximité du rail. Première nuit dune série à la belle
étoile.
Un grand feu écarte moustiques et fauves( ?), on déploie les couvertures... et
subjugués par la fatigue nous dormons.
Un groupe de fugitifs nous croise le matin... (n.d.l.r. :
venant de Kongolo). Les nouvelles ne sont pas alarmantes :
quelques huttes ont flambé ; à la mission tout est normal... Les Pères sont
réunis, et accueillent les gens apeurés sous leur toit.
En avant. Courage... Bientôt nous serons à KONGOLO.
Les gens de la caravane, des Bahemba - tribu pourchassée - se
réjouissent de passer bientôt le pont jeté sur le Lualaba... et à SOLA, de
lautre côté, on oubliera toutes les tribulations de la fuite.
On ne tarda pas à déchanter.
Déjà la veille, on avait entendu des coups de mortiers. Nous allons aborder MCHANGA...
Dici, nous avons une vue sur KONGOLO dans le fond.
Horreur. Toute la cité KANGOY flambe... Lécho de nombreux coups de canon nous
glace. .. La fusillade nourrie se répercute à nos oreilles. ...
Fini, le beau rêve... Nous ne pénétrerons pas à KONGOLO. La bataille y fait rage... Ce
serait un suicide.
On délibère.
Entrons résolument en forêt... Prenons la direction du fleuve, en longeant la rivière
LUSINDOY jusquà son confluent...
Vers KABISANGA nous marchanderons avec les Wagenia. Si nous obtenons des pirogues, nous
sommes sauvés.
SOLA est sur la rive droite. Là, entourés de la gendarmerie katangaise nous sommes en
sécurité, et la tribu des Bahemba empêchera bien le cartel de nous atteindre. On
parlait, on parlait en grignotant des épis de maïs, lorsque nos éclaireurs, 2 soldats
et 2 hommes courageux nous confirment nos constatations... KONGOLO est un enfer. A la
garde de Dieu... et pénétrons en forêt.
(31/12/1961)
Tristement on se souhaite une bonne année 1962...et à 10 Km. de KONGOLO, nous ignorions
complètement la tragédie qui coûta la vie à nos 20 confrères.
Les faits sont connus. Une enquête est en cours... Espérons que cet
immense sacrifice opérera des fruits de salut... Du reste, au Congo et en Belgique,
jai constaté lintense répercussion du martyre de nos confrères.
" Sed ideo misericordiam consecutus sum : ut in me primo ostenderet
Christus Jesus omnem patientiam ad informationem eorum qui credituri sunt illi, in vitam
aeternam " ( 1 Tim. I, 16 ) .
Une semaine dangoisse dans cette immense forêt vierge... Nous
faisions une moyenne de 20 Km par jour. De rares fugitifs nous croisaient. A la tombée de
la nuit, on assemblait du bois mort, on allumait un grand feu... et chacun tâchait de
dormir.
A part 2 averses nocturnes... le sommeil en général était réparateur et disposait à
létape suivante.
La nourriture causait un certain problème. Toutefois lanxiété naiguisait
pas lappétit.
Un repas par jour : quelques bouchées de pâte de manioc avec un morceau de viande
déléphant boucanée. Cest plus substantiel quappétissant.
Nous voici au 4 janvier. Nous avons suivi
le cours de la rivière Lusindoy jusquà son confluent avec le fleuve Lualaba. On va
tenter de convaincre les Wagenia de nous transborder en pirogue de lautre côté.
La rive droite du fleuve est la région des Bahemba ; nos gens seront chez eux. Quant
à nous 3, nous trouverons un refuge provisoire à SOLA, chez les Pères Blancs.
Après 3 heures de pourparlers, les nautoniers virent de bord... en nous abandonnant, fort
déçus. Une crainte panique de représailles sanglantes est la cause du refus.
Nous avons échoué dans notre projet datteindre KONGOLO, aujourd hui la route
de SOLA se ferme devant nous. Quallons-nous combiner à présent ? Une idée :
longeons la rive gauche du fleuve; nous déboucherons à MAOLE, village riverain de la
brousse de LUBUNDA. La région est connue, jy ai fait maints voyages de 1933 à
1946.
Le chemin est escarpé, pénible, mais quimporte. A MAOLE, le chef nous renseignera
et nous aidera peut-être.
Et la caravane reprend sa marche monotone, interminable.
Encore 2 nuits passées en forêt comme des bêtes traquées. Epuisés nous abordons enfin
chez un chef Pene-Puma.
En guise de salut, il nous enjoint de quitter les lieux dans le plus bref délai. Il ne
veut sattirer la colère du cartel en nous hébergeant.
Quelques villageois nous apportent par pitié un peu de manioc bouilli et quelques épis
de maïs. Grand merci : nous trompons notre faim.
Et le morne cortège se traîne à nouveau le long du serpentin jaune
qui divise les hautes herbes.
Coûte que coûte, il faut atteindre MAOLE ce soir.
Il est vendredi, 5 janvier 1962.
Le soleil est en fin de course quand jarrive à MAOLE. Repu de
fatigue. Les gens, mes paroissiens mapportent du maïs rôti, de leau fraîche
et même un bassin deau chaude pour un bain de pied bienfaisant. Cela va mieux; mais
où sont les autres ?
Personne napparaît au loin. Sans doute furent-ils vaincus par la fatigue.
Peut-être sont-ils affalés à même le sol. Lhabitude en est prise. Il fait nuit
maintenant. On verra demain à laube. Un chrétien me prête sa hutte : un bon
lit. Quel luxe après les épreuves de la semaine écoulée.
Le chef me promet de faire le nécessaire pour préparer des pirogues à 3 Km. Les gens
qui nous accompagnent doivent passer le fleuve le plus tôt possible pour éviter un
massacre général des Bahemba.
Le samedi 6 Janvier, de bon matin, les
retardataires sont à MAOLE. On se sépare furtivement des autres fugitifs. On nen
entendit plus parler. Je suppose quils purent gagner leur région.
Quant à nous 3, après délibération et consultation nous décidons daller à
LUBUNDA (36 Km) Le chef nous avait certifié quon y trouverait lO.N.U. et
lA.N.C.
Dieu merci, notre chemin du calvaire touche à sa fin.
De bonne foi, animés dun certain optimisme, soutenus par un
ferme espoir, nous suivons le grande route.
Après 2 Km à peine, nous voyons déboucher en sens contraire un homme en vélo. "
Cachez-vous en forêt, il y a danger !" ? ? ?
Entrons vite sous bois, camouflons les 2 vélos qui restent, effaçons les traces de nos
pas. Dici on ne voit rien de la route. Plus tard nous irons aux renseignements et
nous aviserons.
Mes confrères ne tardèrent pas à sendormir.
Soudain, jentends les herbes légèrement agitées... Rien à voir...Il ne
sagit sans doute que des ébats dune caille ou dune pintade. Nouveau
froissement dherbes. Je me retourne intrigué... Malheur, voici un bandit tant
redouté. La tête est coiffée dune peau de léopard, les habits sont en haillons.
Il braqué son fusil à piston sur mon dos.
Mes confrères à moitié endormis ne se rendent pas compte du danger
" Ne fuyez pas ils tireraient sur nous. " Mon appel ne fut pas
entendu. Je suis seul à présent et lève les mains... Je me rends.
Prompts comme léclair, 2 tigres humains bondissent sur moi.
En un clin dil je suis ligoté comme un dangereux malfaiteur. Quelques gifles,
ordre de me mettre à genoux. Un gardien menlève toute velléité de fuite : il me
transpercera de sa lance empoisonnée au moindre mouvement.
Deux autres assassins bondissent déjà, armés de fusils chargés. Ils poursuivent les
fuyards.
Un coup de feu retentit, mais je ne vois personne. Peu après, mon gardien mordonne
de le suivre vers le grand chemin. Mes confrères sont déjà étendus sur le bord, la
soutane maculée de sang.
Ils ont reçu plusieurs plombs et sont incapables de faire un pas.
Le premier soin de ces brutes fut de nous voler tout ce que nous avions : montres,
argent, pièces didentité, bréviaire, stylo, lunettes, bottines. Bref, ils
singénièrent à nous faire pratiquer le vu de pauvreté.
Ce dépouillement est accompagné dinsultes, de menaces, tout le vocabulaire
dune propagande communiste.
Voici un rasoir électrique. Pour ces primitifs avides de carnage, linstrument
nest quun poste émetteur. Cela me coûtera la vie.
Pendant ces opérations, coupées de disputes, de cris, dordres éructés, un autre
contingent a achevé sa sinistre besogne à MAOLE même : otages, huttes incendiées, un
vieillard tué à bout portant par un voyou de 15 ans.
Le signal est donné pour le départ : marche, il faut atteindre
le Q.G. à LUHEMBWE (18 Km). Les confrères blessés sont transportés à bicyclette.
Valide, ficelé, mais pieds-nus je commence la voie douloureuse sous la menace constante
de flèches empoisonnées dans le dos.
A BILOMBO (7 Km), on nous sert les restes du repas de nos bourreaux La faim seule
assaisonna le menu.
Mes pieds ne sont plus quune plaie, la vue se trouble, faute de lunettes. Et il faut
repartir : il reste à franchir 10 Km.
Une pluie torrentielle se met à tomber. Peu importe, le vaillant cartel ne veut reculer.
Les confrères perdent beaucoup de sang, ils souffrent atrocement de leurs blessures. On
les transportera en hamac. Je ne les reverrai plus quà la nuit.
Solidement encadré par une vingtaine de fauves déguisés en hommes, pas à pas je
mavance.
Chaque mètre franchi est une nouvelle souffrance.
Par surcroît, je dois écouter la litanie dinvectives, dinsultes, de
recommandations dont on mabreuve.
De temps à autre, quelques coups ponctuent les amabilités des panthères qui me gardent.
Je commence à tituber. . . On me rend mes lunettes, on délie les mains. . . Les poignets ont une sensation de brûlure. . . En avant, et vite... après ces gestes dhumanité. Il fait nuit noire... Parfois un cartel me guide par la main, surtout aux endroits dangereux : grosses pierres pointues, racines, ponts. A un tournant de la route un groupe de brutes attend pour féliciter les vaillants soldats de la libération... Chants gutturaux, chaudes congratulations, gifles sonores sur la face de cet hideux parachutiste. Si on sen servait comme de monture... ? " Viens ici, mon âne." Il mest impossible de porter une pièce pareille: soit 2 gifles en compensation. . . . "
LUHEMBWE. Chef-lieu du cartel. . .
Les présentations sont bruyantes, mortelles pour la victime... Après une sarabande
infernale, on me sert mon souper : 2 épis de maïs une poignée darachides et
un gobelet deau propre et fraîche. Je me croyais à lhôtel Métropole. ...
Cris et chants guerriers satténuent... Linterrogatoire commence. Je réfute
toutes les insanités. Mes juges intègres décrètent quils nappliqueront pas
la peine de mort prévue. . . " Merci, mes braves gens ".
Au milieu de la nuit, les 2 blessés sont introduits... La cheftaine,
une matrone denviron 50 ans, ordonne le calme. Elle fait apporter de la nourriture,
elle lave les plaies et applique un premier pansement.
Le reste de la nuit fut relativement calme : une pièce de 3 x 3 ; nous trois
dun côté ; contre le mur opposé nos gardiens armés de gourdins, de chaînes
de vélo (kadaso) et de leurs redoutables flèches empoisonnées.
Ca passe et repasse... Ca profère des menaces, hurle des reproches... Cela fait alterner
des chants de louange à Lumumba, ponctués de blasphèmes et relayés par des Kyrie et
des Gloria...
Ne nous plaignons pas.
Le dimanche, 7 Janvier, un contingent
de lA.N.C. vient inspecter les lieux en vue de loccupation...
Les sinistres Jeeps font halte...
La soldatesque casquée dacier, le costume vert disparaissant sous les munitions,
tenant des armes chargées... promène leur trogne bestiale dans la prison.
" Enfin on tient nos ennemis, ces criminels paras. " Sortez
dici... Pauvres confrères, ils se traînent sur les coudes et me suivent dans la
cour boueuse.
Une grêle de coups de crosse, coup de pieds...
Notre figure est tuméfiée, le crâne est douloureux, les côtes font mal... On
disparaît sous une carapace de boue gluante...
Puis le jeu si amusant des menaces... Ils nous cognent la tempe de leur
fusil... " On va tirer ici, vous allez mourir... maintenant... tantôt...
demain. "
Toute parole dexplication est réfutée par une recrudescence de coups ; le
silence est réputé signe dentêtement et se paie de nouveaux coups...
Enfin... un lieutenant et le gros de la troupe ordonne de cesser ces cruautés.
On nous remet en prison. On peut se laver la figure. De braves soldats
nous préparent un bon repas. Un infirmier militaire soigne les blessés avec grand
dévouement...
Dans la soirée, nous reçûmes la visite du colonel Pakassa.
Déjà le 5 janvier, il était venu à LUBUNDA pour nous protéger, mais ne nous avait pas
trouvés...
Nous expliquons notre situation et nos plans à cet officier très compréhensif.
Il nous promet aide et protection... Les faits prouvent la sincérité de ses propos.
Il nous remet toute une sacoche de vivres. Nous dégustons une bonne bouteille de bière.
Le colonel reviendra nous voir...
Chaque visite fut pour nous un réconfort. . . soins médicaux, protection, remise des
objets volés...Tout cela nous soulagera beaucoup. Deux jours plus tard la troupe alla
prendre position ailleurs.
Notre situation redevenait critique. Nous en faisons part au Colonel.
Lui-même vint nous chercher dans sa voiture et nous déposa à LUBUNDA. Nous étions
restés 5 jours à LUHEMBWE.
Consternation : La Mission est pillée de fond en comble. . .On ne retrouva même pas
un mouchoir ou une feuille de papier. ... Le cartel est une bande dassassins et de
pillards.
Après lerreur davoir employé ces vauriens, larmée constate la
nocivité de ces bandes. A présent le mouvement semble dissout et les plus enragés
punis.
Le séjour à LUBUNDA ne dura que 2 jours... Fidèle et gentleman jusquau bout, le
colonel fit dinnombrables démarches en notre faveur.
LUBUNDA-SAMBA 70 Km en draisine... De SAMBA à KASONGO (45 Km) en
camion, gardé par des M.P.
A KASONGO on radiographia les blessures, et on procéda à lextraction des balles
reçues : 3 plombs dans les pieds de lAbbé, 2 balles chez le Père André
REMY.
Pendant ce séjour de 9 jours tout alla bien : ravitaillement assuré par la Mission,
soins généreux de la part dinfirmiers bénévoles et nombreuses visites de
sympathie.
Le 23 janvier, un avion dAir-Congo
nous transporta à KINDU; cela nous permit de revoir la MISSION et de recevoir du linge.
De KINDU nous volâmes vers STANLEYVILLE. Au chef-lieu, les 2 confrères furent bien
soignés à lhôpital... Je demeurai à la Procure. Après 5 jours, lO.N.U.
nous transporta à Léopoldville. Ici, nous faisons quelques démarches pour obtenir de
nouvelles pièces didentité.
Le 4 février à 20 h, nous prenons le Boeing qui nous
dépose à BRUXELLES le 5 au matin... Le fait divers est terminé. Actuellement,
lAbbé LAMBERT, le pied dans le plâtre, attend sa guérison complète à
STANLEYVILLE.
Une propagande diabolique a perverti les soldats et surtout les jeunes
du cartel. Les exactions sont désapprouvées par la majorité, surtout par les plus
intelligents.
Dans lA.N.C. comme dans le cartel, on trouve le pire et le meilleur. Le terreur
règne partout où nous sommes passés.
L O.N.U. serait à proscrire: jusquà présent, elle ne se distingue que par
des péchés domission.
Son intervention à E/ville ne fut quun crime impuni.. . Pourquoi ?
Attendons la pacification du pays avant tout nouvel essai.
Typique est le geste de bénédiction accompli par nos martyrs au
moment du massacre.
Chez nous, le sentiment dominant est la pitié pour ces gens égarés.
De nombreux indices prouvent que le communisme ne désarme pas au Congo...
Une énigme : Pourquoi lAmérique finance-t-elle la
soviétisation du Congo ?
Au souvenir de nos confrères. . . " Nisi granum. . . " Cette
semence de martyrs germera certainement... nous ne verrons pas la moisson... . Mais
quimporte.
Père SEYSSENS Maurice .
AF / 2 / 214
Sauvés par le Colonel Pakassa, les PP Maurice Seyssens et Andre Remy sont
arrivés à Léopoldville
Léopoldville, 3 février 1962. - Le 1er février sont arrivés à Léo., venant de
Stan., par avion ONU, les Pères Maurice Seyssens et André Remy, tous deux rescapés de
l'enfer du Nord-Katanga. Comme on se le rappelle, le P. Seyssens, supérieur de la Mission
de Lubunda, son confrère P. Remy et l'Abbé Lambert, avaient voulu se rendre à Kongolo
le 30 décembre 1961, où ils se croyaient être en plus grande sécurité. Deux de leurs
confrères les avaient précédés de 2 jours et furent tués à Kongolo (n.d.l.r. : voir ici en haut: il s'agit du
Père Tournay, accompagnant des séminaristes à Kongolo, et du Fr Bernulphe avec 6
surs indigènes).
Parce qu'ils avaient vu la cité en feu, ils n'avaient osé s'y rendre, pas plus qu'ils
n'avaient osé retourner à Lubunda. C'est alors que commença leur odyssée de 6 jours en
pleine forêt équatoriale. Ces 6 jours ont été pénibles. Quatre familles congolaises
étrangères à la région et fuyant également devant le Balubakat accompagnaient les
Missionnaires. Ceux-ci n'avaient qu'un seul pain, croyant arriver le 31 décembre à
Kongolo. Une des familles avait pris un peu de provision avec elle : un peu de riz, du
manioc et de la viande séchée d'éléphant. Chaque jour, au soir, on mangeait un tout
petit peu, racontait le P. Remy, et on a eu 3 fois la chance de pouvoir dormir dans un
petit campement de chasseurs abandonné où on trouvait des feuilles de patates douces et
des feuilles de courges.
Au cours de ces 6 jours ils n'ont rencontré qu'une seule fois un petit village, où la
population était tellement terrorisée par le Cartel Balubakat, qu'elle suppliait les
Pères de continuer leur route. La jeunesse Balubakat était sur leurs traces depuis 3
jours, et les recherchait sur les pistes à travers la forêt. C'est le 6è jour, alors
qu'épuisés ils se reposaient dans une clairière, qu'ils furent surpris par ces
énergumènes. Le Père Seyssens, qui se tenait debout et voyant qu'un Balubakat épaulait
son fusil, levait les bras et eut le temps de sauter de côté. Les 2 autres prêtres qui
étaient couchés, alertés par ce brusque mouvement et les cris de leur confrère,
sursautèrent et s'enfuirent l'un à la file de l'autre. Ils ont été touchés par le
même coup de fusil. C'est que ces vieux fusils que l'on charge par le canon de petit
morceaux de ferrailles, peuvent blesser plusieurs personnes à la fois et font des
blessures terribles. Le P. Remy fut touché à la cuisse, l'Abbé Lambert aux jambes et
aux talons. Ils coururent encore 50 m et s'affaissèrent.
On connaît la suite. Capturés par la jeunesse Balubakat, ils furent livrés aux mains
des soldats qui commencèrent à les malmener. C'est à ce moment qu'arrivait le Colonel
Pakasa qui les prit sous sa protection.
Le P. Remy, plus ou moins rétabli, marche encore avec peine. Une crise de malaria, suite
à l'épuisement l'a fort affaibli. L'Abbé Lambert n'a pu faire le voyage à Léo., sa
jambe se trouvant dans le plâtre. D'ailleurs, il n'a pas l'intention de quitter le Congo,
se mettant toutefois à la disposition de l'évêque Mgr Fryns.
( N.d.l.r. finalement, l'Abbé J.L. Lambert ira quand-même en Europe pour se faire
soigner. Il arrivera à Leuven le 17 mai 1962.)
Les Pères déclaraient ne pas vouloir quitter Léo. avant d'avoir pris contact avec les
autorités civiles et militaires pour plaider la cause du Colonel Pakasa. Non seulement le
Colonel leur a sauvé la vie, mais tout comme le P. Darmont, le seul rescapé de Kongolo,
ils sont convaincus de ce que le Colonel n'a pas donné l'ordre des massacres et les
aurait certainement empêchés s'il avait été à Kongolo. C'est d'ailleurs une panne
d'auto qui avait retardé son arrivé à Kongolo.
Le Père Maurice Seyssens est au Congo depuis 1933, le P. A.Remy depuis 1946. Ils avaient
quitté Kasongo où ils avaient reçu les premiers soins, le mercredi 24 janvier pour se
rendre à Stan. via Kindu. Ils y avaient rencontré le R.P. Embrechts, supérieur
régional des Pères Blancs qui venait de Bukavu. A ce moment la situation était calme à
Kasongo. Les 2 Pères Spiritains, nullement découragés, quitteront Léopoldville pour
Bruxelles dans les prochains jours.
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