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Introduction

Floche
L'île de la Réunion ? Déjà entendu parler ? Sûrement, mais quant à dire où elle se trouve exactement... Cette petite île n'est en effet pas facilement repérable d'un premier coup d'œil sur une carte du monde. Pourtant, malgré sa petitesse, elle présente de nombreux attraits touristiques qui font d'elle, et de plus en plus, une destination très prisée par les voyageurs.
Personnellement, ce n'est pas seulement mon amour du voyage qui m'a poussée à parler de l'île de la Réunion mais tout particulièrement mon amour pour cette île qui est en fait ma terre d'origine. Mes origines réunionnaises me viennent de ma mère qui, il y a plus de vingt ans, a quitté son île paradisiaque pour épouser un " bon " belge, mon père. Ce dernier, après être tombé amoureux de ma mère, s'est pris de passion pour son île. Il a du ensuite me transmettre cette passion et je ne lui en veux pas, loin de là.
On pourrait parler de l'île de la Réunion sous différents aspects : ses magnifiques paysages, ses volcans, de tous ses attraits touristiques ou encore de sujets plus sérieux, comme son système politique en tant que département français, de certaines périodes de son histoire en particulier. Mais moi, j'ai choisi d'examiner le métissage de sa population. Celle-ci présente en effet un étrange mélange de couleurs, de religions, de cultures. La principale question qui se pose à ce sujet est comment une telle mixité a pu se développer sur cette petite île perdue au milieu de l'océan ?
J'ai toujours été attirée par la recherche de mes origines. Bien sûr, en résumé, je suis belge officiellement et d'origine réunionnaise mais je sais aussi que cette origine en cache bien d'autres. Ce travail me permettra donc de connaître plus en profondeur mes différentes origines. Mais ce n'est pas là mon seul et unique objectif. J'ai aussi l'intention de faire connaître cette île un peu mieux à ceux qui n'en ont jamais entendu plus que le nom et peut-être aussi de donner l'envie au lecteur d'aller un jour visiter " ma " petite île pour qu'il juge de lui-même la véracité de mes dires sur la beauté de cette île et surtout sur ce métissage qui, personnellement, m'a toujours intriguée depuis que j'ai l'âge de réfléchir à autre chose qu'à la forme du pâté de sable que je pourrais bien faire à la plage !
Mon travail se divisera en deux parties principales, elles-mêmes divisées en plus petites. La première partie consistera à faire découvrir au lecteur la population actuelle de l'île de la Réunion. J'axerai principalement cette partie sur les différentes religions et coutumes qui se côtoient à la Réunion de nos jours. La deuxième partie, quant à elle, aura pour but d'expliquer cette pluralité d'ethnies et de religions en parcourant l'histoire de l'île depuis le début de son peuplement jusqu'à ce qu'elle obtienne le statut de département français, en 1946. Bien sûr, certains points seront examinés plus en profondeur que d'autres selon leur importance dans l'explication des origines du peuplement de l'île.
J'espère, en exposant mon travail de cette manière, expliquer correctement les origines du métissage de l'île de la Réunion. J'espère aussi que les différentes illustrations proposées permettront au lecteur d'avoir une vision plus claire de ce métissage. Je souhaite aussi lui donner l'envie de peut-être un jour se réserver un billet à destination de la Réunion.

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1. Découverte d'une île

A.Généralités

L'île de la Réunion n'est en fait, sur une carte géographique, qu'un " tout petit point " situé dans le sud-ouest de l'Océan Indien. Plus précisément, elle se trouve à 800 km à l'est de la grande île de Madagascar et à 200 km à l'ouest de la petite île Maurice. A 21º07' de latitude sud et 55º32' de longitude est et d'une superficie de 2512 km², elle forme avec l'île Maurice et l'île Rodrigues l'archipel des Mascareignes.

D'origine volcanique, l'île se compose de deux massifs volcaniques. L'un des deux volcans, le Piton des Neiges, culmine à 3069m. L'autre, le Piton de la Fournaise, qui se trouve à 2058m d'altitude, est toujours en activité. Pour l'anecdote, ses éruptions fréquentes ont ajoutés 25 hectares de terre à l'île en 1986.

L'île présente des paysages très différents dus à son climat tropical. Des pluies diluviennes ont engendré une végétation assez dense à l'est et à l'ouest un climat plus sec des terres plus arides. Les paysages varient ainsi étonnamment d'une région à l'autre de l'île.

L'économie de l'île est principalement basée sur l'agriculture. Sa principale ressource est encore la canne à sucre. Les productions de vanille et de plantes à parfum comme le géranium sont également importantes. L'île s'industrialise de plus en plus dans différents domaines. Son essor économique lui a d'ailleurs permis de quitter la catégorie des économies du " Tiers - Monde " pour intégrer celles des sociétés développées et cela depuis déjà plusieurs dizaine d'années.

Océan indien
A côté de Madagascar, la Réunion n'est qu'un tout petit point!

B.Réunionnais

1°Diversité ethnique

La population réunionnaise, qui dépasse les 750 000 habitants, est très diversifiée. Il devient d'ailleurs de plus en plus difficile de distinguer des types ethniques bien précis étant donné l'étonnant métissage de cette population. Mais on peut néanmoins dénombrer différentes races.

On dénombre tout d'abord trois ethnies prépondérantes : la population blanche ( subdivisée en deux catégories : les blancs métropolitains et les blancs réunionnais), la population noire, et les Indiens Tamouls qu'on appelle aussi Malabars. Ensuite, on distingue deux minorités : les Chinois et les Indiens Musulmans auxquels se sont rajoutés des Comoriens ces dernières années. La population métissée est évidemment majoritaire sur un plan numérique. De cette grande diversité est évidemment née une grande richesse culturelle et religieuse.

Réunion de couleurs
Un éventail des différentes ethnies présentes à la Réunion.

2° Diversité culturelle et religieuse

a. Introduction

Etant donné cette diversité ethnique et le métissage qui domine la population, il est tout aussi difficile de classifier les religions à la Réunion. Les gens se mêlent entre eux, s'éloignent de leurs traditions d'origine ou mélangent leurs racines à d'autres formant ainsi parfois d'étranges combinaisons culturelles. Il n'est pas rare d'en voir certains pratiquer deux religions à la fois, par exemple certains peuvent se vouer au culte de la Vierge Marie tout en accordant beaucoup d'importance à une divinité hindoue tel que Maryamen déesse de la santé. Malgré ces curieux mélanges, nous pouvons quand même dénombrer quatre grandes religions: le Christianisme, la religion Tamoule, l'Islam et le Bouddhisme.

b. Le Christianisme

Le christianisme, plus particulièrement le catholicisme, est omniprésent à la Réunion. Au début du peuplement de l'île, la religion officielle était déjà le catholicisme. Les autres religions sont arrivées plus tard ou plutôt se sont affermies et imposées plus tard. Beaucoup d'Indiens à l'origine de confession Tamoule ou encore de Chinois se sont convertis au catholicisme. Ainsi il n'est pas rare de les voir se joindre aux processions catholiques.
Christianisme
On trouve fréquemment sur le bord des routes des petits autels de ce type

- Le culte des Saints
Le culte des Saints est très important pour les Réunionnais. Il est très fréquent de trouver sur le bord des routes des petits autels, parfois rudimentaires parfois bien voyants par leurs nombreuses " décorations " et souvent réservés à un Saint en particulier. Il y a des cultes aux pères missionnaires, aux curés qui ont marqué l'évolution de la religion sur l'île.
- Le culte de la Vierge
Le culte de la Vierge, qui se présente sous diverses formes, est très important également. Notamment celui de la Vierge Noire dont la légende reste attachée à l'histoire de l'île. Cette légende remonte au temps de l'esclavage avec l'histoire de Mario, un esclave révolté contre son maître qui prit la fuite. Mario aurait amené avec lui la statue d'une vierge, une vierge noire en ébène. Mais bientôt il fut retrouvé et la vierge l'aurait protégé de ses poursuivants : les branches d'un arbre l'auraient recouvert à tel point qu'il était impossible pour ceux-ci de le démêler et d'ainsi s'emparer de Mario. Des années plus tard, des hommes auraient découvert le squelette de l'esclave sous un tas de terre avec la petite Vierge d'ébène. La caverne où demeurait l'esclave fut restaurée et préparée à accueillir un culte. La Vierge Noire devint ainsi une référence pour les pèlerins.

Citons aussi l'histoire de la Vierge au Parasol. Au début du vingtième siècle, un certain Monsieur Leroux, propriétaire d'une culture de vanille, alors que le volcan était sur le point d'éclater, acheta une statue de la Vierge et la planta dans le sol en espérant peut-être que cette statue protège ses cultures des coulées de lave. Une éruption s'est bien produit mais la lave ne toucha pas la Vierge alors qu'elle brûla la vanille. Monsieur Leroux laissa la Vierge où elle était mais elle fut bientôt également touchée par la lave, en 1961. Une autre Vierge au Parasol, qui la protège du soleil et de la pluie, a été placée dans l'enceinte du volcan. Les pèlerinages sont maintenant réguliers à cet endroit. Tous les 15 août, une fervente procession s'y tient.

La Vierge au Parasol
La Vierge au Parasol trône sur son amas de lave
- Les cultes païens
Tout d'abord, parlons du culte de Saint-Expédit, probablement le Saint le plus populaire à la Réunion. On le trouve dans de petites niches sur le bord des routes ou parfois devant les maisons. Sa statue n'est que très rarement acceptée dans les églises car son authenticité et sa curieuse origine sont souvent remises en cause. Un jour, des religieuses parisiennes ont reçu de Rome une boîte contenant des reliques mais n'y trouvèrent aucune indication quant à l'origine de ces reliques. Il y avait pour seule inscription sur la boîte " Espedito ". Les religieuses auraient cru qu'il s'agissait du nom du saint à qui appartenait les reliques et ne se seraient pas doutées que cela voulait simplement dire " expédié ". Le Saint fut alors appelé Saint-Expédit. Ce culte se développa à la Réunion à partir de 1931 lorsqu'une femme offrit sa statue à une église. Ses origines sont assez douteuses mais malgré tout il est on ne peut plus populaire à la Réunion. Il est représenté par un jeune soldat, vêtu d'un habit rouge, écrasant de son pied un corbeau. Les réunionnais le consultent pour régler des affaires rapidement et surtout radicalement. Saint-Expédit est souvent assimilé à une déesse Tamoule, Kali.

Un autre culte populaire à la Réunion est celui réservé au célèbre pirate Olivier le Vasseur, dit la Buse, qui fut exécuté à la Réunion pour avoir sillonné la mer des Caraïbes en pillant au passage quelques navires en route vers la mer des Indes. Curieusement, ce forban fait l'objet d'un culte chez certains réunionnais.

La tombe de La Buse
La tombe de La Buse au cimetière marin de Saint-Paul

On peut aussi citer Sitarane ; cet homme est connu de tous. Son nom revient souvent au point qu' une chanson lui est même consacrée. C'était un criminel qui sema la terreur dans le Sud de l'île au début du vingtième siècle. Il fut guillotiné et il est aujourd'hui l'objet d'un double culte. Comme il a été baptisé avant d'être exécuté, il est considéré qu'il a été lavé de tous ses péchés et est donc digne de culte. Pour certains, Sitarane est un intermédiaire entre Dieu et les hommes et pour d'autres un moyen de régler ses comptes.

Le culte des Saints, ou les cultes populaires sont ainsi très présents à la Réunion et restent ancrés dans les mœurs de l'île et encore une fois pas seulement chez les catholiques puisque des Réunionnais de diverses confessions se livrent à ces cultes pour la plupart d'origine chrétienne.

c. La religion tamoule

- Les indiens tamouls
La plupart des Indiens Tamouls, qu'on appellent aussi à la Réunion les Malabars ou Malbars, sont catholiques car ils y ont été convertis dès leur arrivée à la Réunion. Mais souvent ils continuent à pratiquer la religion tamoule, qui est en fait la religion hindoue, perpétuant les rites traditionnels de génération en génération. Pratiquer ces deux religions à la fois n'est pas un problème pour eux. Ils disent que le Dieu chrétien est l'unification de tous les dieux tamouls. Malgré leur conversion, les Indiens Tamouls ont apporté dans la société réunionnaise leur religion, leurs traditions, leurs coutumes, leur culture. Sur le plan linguistique, tout un vocabulaire d'origine tamoule s'est introduit dans la langue créole, communément parlée à la Réunion. La langue tamoule est de plus en plus rare, elle ne persiste que par la pratique du religion. On distingue aussi une influence tamoule dans la cuisine réunionnaise. Leur présence dans la société est donc assez significative et malgré la conversion d'une majorité d'entre eux, les fêtes traditionnelles tamoules restent très importantes à la Réunion.

détail
Des temples très colorés
Les temples tamouls sont décorés de couleurs vives et variées.
- La religion et les coutumes
La religion hindoue est assez complexe, nous n'allons donc pas en faire une étude très détaillée mais on peut retenir que le Hindou est réuni en trois individus : tout d'abord Brahma qui représente la création et qui est symbolisé par le lotus, ensuite Vishnu le préservateur, le protecteur de la vie qui est soit représenté sous forme humaine soit sous forme animale, et enfin Shiva le destructeur, il est représenté avec trois yeux et l'œil au milieu du front est celui qui détruit tout en cendres. Les autres personnages sont plutôt des saints ou des génies. La religion a été simplifiée à la Réunion. Peu nombreux sont ceux qui la connaissent vraiment bien mais ces dernières années on voit se développer chez certains un désir de retour à cette religion, une recherche pour en acquérir une meilleure connaissance. Les temples tamouls sont nombreux. On les trouve dans divers centres ville à la Réunion. Ils sont souvent cachés par des arbres et une abondance de fleurs. Les murs des temples sont décorés de fresques traditionnelles évoquant les divinités hindoues et de couleurs très vives. Les Tamouls fréquentent régulièrement ces temples malgré leur baptême chrétien et l'absence des vêtements traditionnels.

Les fêtes tamoules sont très répandues à la Réunion, tout le monde peut y assister à condition de respecter certaines règles traditionnelles. Parlons des deux fêtes probablement les plus importantes puisque plus spectaculaires. La première est la cérémonie de pénitence, le Cavadee qui se tient entre février et mars. Durant cette cérémonie ont lieu des sacrifices d'animaux et des hommes n'hésitent pas à se transpercer le visage et le corps avec des aiguilles, des broches.

L'autre fête est sans doute la plus spectaculaire et celle qui réunit le plus de monde. Il s'agit de la fête de Pandialé, la célèbre marche sur le feu. Elle se tient en janvier et en juillet. La marche sur le feu n'est qu'un moment plus important que toutes sortes d'autres rites pratiqués en souvenir de Pandialé, une jeune fille qui, pour se marier et prouver sa virginité, marcha sur le feu. Les participants traversent un brasier pour assurer leur pureté et cela après un jeûne de 18 jours ainsi qu'une une solitude et une abstinence absolue. Une procession très fleurie est organisée. Les pénitents, qui participent à la marche sur le feu, sont coiffés du Carlon, une haute pyramide de fleurs. Ils doivent traverser le brasier par trois fois sur une longueur de six mètres. Les candidats sont toujours précédés du prêtre dont la réaction est très importante pour eux. S'il marche plus ou moins vite, il va décourager ou encourager les différents participants. Celui qui traverse le brasier en courant ou qui, se brûle est considéré comme impur. Cette marche sur le feu n'est pas une cérémonie à laquelle les pratiquants sont obligés de participer, il s'agit d'un choix tout à fait personnel. Ceux qui y prennent part le font souvent pour remercier une divinité qui leur est venue en aide.

Ces deux cérémonies religieuses sont la plupart du temps annoncées par des affiches, à la radio ou dans les journaux. Ce sont les manifestations les plus photographiées et commentées à la Réunion. Mais il s'agit de cérémonies de pénitence où les pratiquants viennent prouver leur pureté. Il existe aussi des fêtes plus gaies, comme le Divali la fête de la lumière, la fête la plus gaie du calendrier hindou ou encore la fête de Karmon, le Carnaval des Hindous. Durant des fêtes de ce genre sont organisés de grands repas et des danses durant plusieurs jours et les participants s'offrent divers cadeaux.

Marche sur les cendres
Aiguilles
Les fêtes de Pandialé et de Cavadee sont les plus spectaculaires à la Réunion.

d. Les Musulmans

Le groupe ethnique des Musulmans est le moins important de tous à la Réunion. Les musulmans de l'île ne sont pas tous du SO de l'Inde, il y a un groupe d'immigrants qui est arrivé plus récemment à la Réunion dont le nombre augmente au fil du temps. Il s'agit de personnes originaires de l'archipel des Comores ou de l'île française de Mayotte qui se trouvent au NO de Madagascar. Pour différencier les Indiens musulmans des tamoules, on les appelle à la Réunion les " Zarabs ". Ils sont en majorité d'origine sunnite ; les Chiites sont minoritaires. Les Musulmans ont une grande influence sur le commerce réunionnais. Ils se sont spécialisés dans l'industrie textile et dans d'autres commerces de détail. Les Musulmans ont, contrairement aux autres communautés, continué à pratiquer leur religion sans se mêler aux autres religions connues à la Réunion.

La vie au sein des foyers musulmans est encore assez traditionnelle. Ils sont restés pour la plupart fidèles à leur religion et à leurs coutumes. Le Ramadan est respecté, et chaque année de nombreux pèlerins partent pour la Mecque. C'est également une communauté qui reste toujours assez réticente aux mariages inter-raciaux. Ils ont à leur disposition une dizaine de mosquées réparties un peu partout dans l'île. Ces mosquées ont la sobriété et la grandeur propres à toutes les mosquées du monde.

e. Le bouddhisme

Cette philosophie orientale est probablement la moins pratiquée à la Réunion. Elle se base sur les enseignements de Bouddha, à savoir le fait de s'éloigner des illusions terrestres, des désirs et l'obligation de prononcer des choses justes et d'accomplir des actes justes. Le bouddhisme de la Réunion se distingue par deux aspects particuliers, tout d'abord il ne rejette pas les grandes vertus morales et ensuite certains rites viennent du confucianisme et du taoïsme.
- Les Chinois
Les Chinois sont ceux qui ont eu le moins de mal à s'intégrer dans la société réunionnaise. Ils ont très vite pris en main une partie du commerce de l'alimentation. L'image traditionnelle du Chinois et de sa boutique reste encore accrochée à eux. La plupart d'entre eux se sont tout comme les Indiens tamouls convertis au catholicisme. Les plus jeunes ont souvent été élevés dans cette religion et les plus anciens ont parfois restés bouddhistes ou taoïstes.

Il existe des temples chinois où certains continuent à vénérer les ancêtres ou les héros mythologiques de la Chine ancienne. Les Chinois parlent le créole et le français. Peu parlent encore le chinois mais on assiste aujourd'hui à un désir de la part des nouvelles générations à apprendre la langue d'origine. Certains perpétuent les danses traditionnelles chinoises. La cuisine chinoise quant à elle reste toujours la même et s'est aussi faite une place dans la cuisine réunionnaise. Les traditions chinoises ont malgré tout survécu. Le nouvel an chinois, qui varie en fonction de la lune, est fêté avec beaucoup d'ardeur : des offrandes sont faites, des cadeaux, les pétards et les feux d'artifices fusent pour chasser les esprits, sans oublier le fameux dragon qui défile dans les rues.

Nouvel an
Boutique chinoise
Traditions et quotidien chinois

L'île de la Réunion possède ainsi " en son sein " une pluralité d'origines, de cultures, de couleurs, de coutumes, de traditions qui malgré le temps ont persisté d'une manière ou d'une autre. Bien sûr, dans toutes les grandes villes du monde le métissage s'est amorcé et se propage plus ou moins rapidement. Mais comment se fait-il qu'Indiens, Chinois, Africains et Européens se mélangent dans cette petite île perdue au milieu de l'Océan Indien, restée déserte pendant de longues années ?

Comment sont-ils arrivés sur ce « petit bout de terre » ? Pour comprendre cela, il nous faut obligatoirement revenir aux origines du peuplement de l'île et à son histoire.

Mosaïque de couleurs
L'île de la Réunion : mosaïque de couleurs.


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2. Histoire de l'île

A. La découverte de l'île

L'île de la Réunion, positionnée sur la Route des Indes, empruntée notamment par les Portugais, a été découverte par ceux-ci, au début du seizième siècle. Elle était probablement connue des Arabes, grands navigateurs également, avant le seizième siècle mais les Portugais ont été les premiers à la reconnaître en lui attribuant un nom. Elle figure en effet, pour la première fois, sur une carte datant de 1518, du navigateur portugais Pedro Reinel, sous le nom de Santa Apollonia.

Deux ans plus tard, Pedro Mascarenhas reconnaît l'archipel regroupant les trois îles connues aujourd'hui sous les noms d'île de la Réunion, île Maurice et île Rodrigues. Il donnera d'ailleurs à cet archipel son propre nom puisqu'on parle de l'archipel des Mascareignes. A cette époque, l'île sera appelée île Mascarin. Malgré cette reconnaissance des Portugais, et le fait qu'elle soit fréquemment visitée par des Hollandais ou encore par des Anglais, l'île restera inhabitée pendant plus d'un siècle.

B. Les premiers habitants

En France, le goût pour les expéditions et pour les conquêtes grandit sous l'influence du cardinal Richelieu. Celui-ci a d'ailleurs fondé la Compagnie française d'Orient qui a pour but de développer les échanges avec Madagascar. La grande île, voisine de Mascarin, intéresse de près le royaume de France.

En 1638, un navire commandé par le capitaine Goubert et en provenance de Dieppe, est envoyé par la compagnie afin de faire de Madagascar et de ses petites îles adjacentes des colonies françaises. Quatre ans plus tard, en 1642, le gouverneur du poste français installé au SE de Madagascar à Fort-Dauphin, Jacques Pronis prendra possession de Mascarin. Mais l'île restera encore déserte quatre ans.

Les problèmes rencontrés par les colons de Fort-Dauphin seront en quelque sorte à l'origine de l'installation des tous premiers hommes sur l'île. En effet, à Fort-Dauphin, une révolte est sur le point d'éclater. Des hommes de Pronis s'insurgent contre son comportement. Le gouverneur trouvera le moyen de se débarrasser de meneurs de la révolte en les exilant à Mascarin. Ainsi, les premiers hommes à avoir vécu sur cette île furent douze mutins. Ils restèrent sur l'île trois ans jusqu'à l'arrivé à Fort-Dauphin du dénommé Etienne de Flacourt désigné pour remplacer Pronis et remettre un peu d'ordre à Fort-Dauphin.

Une des premières actions de Flacourt sera de faire revenir les douze exilés de Mascarin. Ceux-ci reviendront tous en excellente santé. Ils raconteront en détail leur vie sur l'île et permettront même d'en établir une carte assez précise. En décembre 1649, Etienne de Flacourt reprendra officiellement possession de l'île au nom du " Roy ". L'île sera alors rebaptisée île Bourbon en l'honneur du roi Louis XIV. Il faudra attendre 1654 pour que l'île soit à nouveau habitée. Flacourt finira à sont tour par y abandonner des turbulents assez gênants, parmi ceux-ci Antoine Couillard, son ancien adjoint. Le nombre des exilés varie quelque peu selon les sources, mais on parle d'une douzaine d'hommes d'origines française et malgache. Ce petit groupe s'installera sur l'île, à Saint Paul dans le NO, et entreprendra des cultures. Des cyclones violents survenus en 1657 et 1658 ayant ravagé leurs plantations, ils quittent l'île le plus rapidement possible. Ils la laissent alors à nouveau déserte, pour cinq ans.

C. L'installation définitive

En 1663, les Français vont s'installer sur l'île de façon durable. Deux employés de Fort-Dauphin, Louis Payen et Pierre Pau , accompagnés de dix esclaves malgaches dont trois femmes, quittent Madagascar pour venir s'établir sur l'île Bourbon.

L'année suivante, la Compagnie des Indes Orientales est crée par Colbert. L'un de ses buts principaux sera de faire de cette île une escale bien équipée pour ses navires sur la route des Indes. La création de la Compagnie marquera donc vraiment le début du peuplement et de la colonisation de Bourbon.

En 1665, La Compagnie des Indes envoie une vingtaine de colons avec à leur tête, Etienne Regnault, ancien employé des bureaux de Colbert, afin d'occuper l'île définitivement. Etienne Regnault sera le premier gouverneur de l'île. Entre 1666 et 1667, d'autres navires arriveront sur l'île. Ils débarqueront beaucoup d'hommes mais aussi de femmes d'origines françaises, malgaches, indo-portugaises et d'autres européens (hollandais, allemands, espagnols, italiens). Cette diversité d'origines sous-entend que le métissage a commencé dès le début de la colonisation de l'île.

Six ans après l'arrivée de Regnault, on dénombre 76 habitants. Entre 1671 et 1674, des colons de Fort-Dauphin se réfugient à Bourbon suite à l'échec de la colonisation de Madagascar. Durant cette période, l'île sera assez délaissée par la Compagnie en faveur des colonies d'Amérique. Cela avait ses avantages puisqu'elle se trouvait ainsi quelque peu à l'écart et n'était pas mêlé aux grand événements nationaux qui affectaient le royaume de France. Mais, elle connaîtra néanmoins beaucoup de difficultés et une succession de gouverneurs. Les habitants vivront malgré tout assez paisiblement et la Compagnie des Indes finit par considérer cette attitude intolérable de la part des colons. Elle considère que les objectifs fixés pour l'île Bourbon n'ont pas du tout été atteints. Il est intéressant de faire remarquer à ce stade- ci de l'histoire de l'île que sa population comptait 289 habitants selon un recensement de 1686. D'une manière plus précise, les blancs sont au nombre de 102, les noires indo-portugaises sont 12, les noirs indiens 12, les malgaches 71 et les métis, en majorité des enfants, 92.

D. La période esclavagiste

1°Le café et la nouvelle Compagnie des Indes

Au début de la colonisation de l'île, l'esclavage n'était pas très répandu. Il y avait des esclaves mais en 1704 on n'en compte pas plus de quatre par habitation. Les colons cultivent pour leur intérêt personnel et il n'y a pas de réelle exploitation en faveur de l'économie et du développement de l'île. La traite des esclaves était formellement interdite par la Compagnie des Indes orientales.

En 1713, Law entre dans le conseil de la Compagnie des Indes et change la politique coloniale. Il dit qu'il faut user de tous les moyens possibles pour développer les colonies : envoyer des colons, des travailleurs, offrir des crédits, encourager les habitants à entreprendre des cultures. En 1717 paraît l'édit de création de la nouvelle Compagnie des Indes. La Compagnie décide d'accorder plus d'attention à l'île, et de la réorganiser.

Le début du dix-huitième siècle marquera donc le début de la prospérité de l'île non seulement grâce à la nouvelle politique de la Compagnie mais aussi grâce à la découverte du café en 1715. En 1723, l'île deviendra d'ailleurs le principal fournisseur de café du royaume. Ces plantations en plein développement exigent la création de bâtiments, de ports, de routes, et autres structures indispensables au bon développement de l'île. Elles demandent également une importante main d'œuvre. Ainsi engagés français et artisans seront envoyés à Bourbon mais aussi, et surtout, une importante quantité de main d'œuvre noire et servile.

La traite des esclaves est donc autorisée. Leur nombre ne va faire que s'intensifier avec le commerce et le développement agricole de l'île. Entre 1725 et 1735, le nombre triple et passe de 1576 à 4735 esclaves. En 1723, paraît le Code Noir qui dicte les rapports entre maîtres et esclaves. Il vise notamment à protéger les esclaves des abus de certains colons. Mais malgré cela, le comportement des colons envers les esclaves était souvent inacceptable.

La Compagnie des Indes se voyait dans l'obligation de faire venir des esclaves en masse pour effectuer le travail difficile ou sinon elle pouvait renoncer à la conquête et à l'exploitation de cette colonie. Avec cette arrivée d'esclaves en grand nombre, le déséquilibre entre la population noire et blanche sera de plus en plus important. Alors que dans le premier siècle de colonisation, les Blancs étaient plus nombreux que les Noirs, avec l'arrivée des esclaves le phénomène va s'inverser d'une manière surprenante.

En 1735, l'île compte 8289 habitants. Cette même année, Mahé de Labourdonnais est nommé gouverneur général des Mascareignes. Cet homme va apporter à l'île un essor économique. Bourbon est quelque peu délaissée en faveur de l'île de France ( actuelle île Maurice). L'économie de Bourbon devient insuffisante, étant essentiellement basée sur le troc, de plus le café connaît un début de crise liée à la surproduction mondiale et à la concurrence des Antilles. Labourdonnais veut développer l'île afin qu'elle puisse faire face à ses propres besoins. Il apportera un grand essor à l'île en réalisant de grands travaux. Il crée de nouveaux quartiers, des routes, des ponts, des magasins… En 1738, il transfère la capitale de l'île basée à Saint-Paul à Saint-Denis.

2º La rétrocession de l'île au roi

Après la signature du Traité de Paris en 1763, la situation de la Compagnie des Indes devient catastrophique. Elle fait faillite en 1764. Le 14 août paraît un édit de rétrocession de l'île au Roi. L'état royal rachète l'île en 1767. L'île est réorganisée: au gouverneur est associé un Conseil colonial élu.

Le café garde malgré tout une certaine importance ainsi on cherche à exploiter d'autres cultures. Un certain Pierre Poivre est nommé intendant de l'île. Il reçoit les pleins pouvoirs sur le financement de l'île et il est chargé de mettre en place l'autorité royale à Bourbon. Pierre Poivre encourage la culture des épices. Il s'insurge contre l'esclavage et incite les colons à de meilleurs mœurs.

L'île renaît et prend une importance nouvelle au point qu'astronomes, découvreurs et naturalistes y feront escale.

3º Des hommes en marge de la société

a. Les pirates de Bourbon

Bien que les Caraïbes sont connues comme le point de repère des pirates, l'Océan Indien en a eu son compte aussi. Beaucoup de Réunionnais sont descendants de ces hommes qui, une fois débarqués de leurs flibustiers, sont venus influencer la vie bourbonnaise et enrichir sa population. Les pirates ont la plupart du temps été bien accueillis probablement étant donné le manque de moyens de défense de l'île. Les habitant préfèrent commercer avec les pirates plutôt que de les considérer comme des individus indésirables et de s'en faire des ennemis. Ainsi certains forbans décident de se ranger et de s'installer sur l'île pour y mener une vie honnête.

A partir de 1710, les flibustiers vont se faire plus rare le long des côtes bourbonnaises et en 1711, une ordonnance interdit toute liaison avec les pirates. Mais à partir de 1717, le pirates se montrent à nouveau, parmi eux le célèbre Français Olivier Le Vasseur, dit La Buse. En 1720, une amnistie est accordée aux pirates qui désirent s'installer à Bourbon. Ils doivent se plier aux règlements de l'île et rendre leurs armes. Les pirates sont ainsi revenus participer au peuplement de l'île Bourbon sous l'œil parfois méfiant des autres habitants.

b. Les Marrons

L'île se trouve confrontée à quelques difficultés sur un plan social, notamment le problème des Marrons. Les Marrons étaient des esclaves révoltés qui s'échappaient des grandes plantations et trouvaient refuge à "l'intérieur " de l'île. Nous pouvons dire que c'est un phénomène qui commença dès le début du peuplement de l'île mais jusqu'au début du dix-huitième siècle il reste assez peu répandu que pour être considéré comme un réel problème social pour l'île. L'histoire de ces hommes marque l'évolution d'une partie de la population de l'île.

Les conditions de travail, leurs traitements ou tout simplement leur grande soif de liberté amplement justifiée par leur condition servile ont poussé ces esclaves, souvent d'origine Malgache, à fuir même s'ils étaient conscients du danger qu'ils couraient s'ils étaient retrouvés. Ils étaient de plus en plus à gagner le cœur de l'île. Ils se réfugiaient dans les cirques de Cilaos, Salazie et Mafate (trois grands effondrements produits autour du Piton des Neiges). Ces lieus paraissaient inaccessibles. Certains purent même s'y dissimuler toute une vie sans être repérés. On peut dire que les Marrons ont été à l'origine du peuplement des villages dans les Hauts de l'île Bourbon.

Ces évadés ont constitué des groupes à l'abri des négriers. Ils n'ont pas tous été tendres avec les colons, ainsi il était fréquent que certains d'entre eux commettent des vols, et parfois même des meurtres. En 1719 une amnistie est promise aux Marrons qui envisagent de se rendre mais cette amnistie n'apportant pas les résultants espérés, en 1725 le Conseil Supérieur de Bourbon donne l'ordre d'abattre ceux qui refusent de se rendre. En 1726, des primes d'argent sont même promises à ceux qui retrouveraient un esclave. De véritables groupes de chasseurs à la poursuite des Marrons se forment ainsi et aident à mettre fin au marronage. Certains ont d'ailleurs été célèbres pour avoir passer toute une vie à poursuivre les Marrons comme François Mussard qui en 1751 tua dans le cirque de Cilaos le chef noir Mafate qui donna d'ailleurs son nom à un des trois cirques. Malgré sa répression, le phénomène du marronage dura aussi longtemps que l'esclavage persista à Bourbon.

4º Les origines des esclaves

Avant de voir comment la période esclavagiste prit fin, il serait intéressant d'examiner plus en profondeur quelles étaient les terres d'origines des esclaves amenés à Bourbon. Les colons avaient leurs tendances, leurs préférences, leurs lieux de prédilection qui changeaient au cours du temps en fonction de leurs différentes " expériences " esclavagistes. Voyons donc vers quels pays, quelles régions se portait cet important commerce d'esclaves.

a. La traite depuis l'Afrique occidentale

Les navires, empruntant la Route des Indes, s'y procurèrent parfois des esclaves à destination des îles Mascareignes. A l'aller, ils s'arrêtaient dans certains pays de l'Afrique de l'ouest et au retour l'Inde était aussi " une source d'esclave ".

Au départ de l'Afrique occidentale, ce fut tout d'abord quelques esclaves pris au hasard que des navires amenèrent à Bourbon. La Compagnie des Indes trouvait que les esclaves de l'Afrique de l'ouest étaient trop chers mais, malgré tout, ses navires transportèrent vers Bourbon des esclaves de Juda, puis de Gorée. Ce trafic fut abandonné en 1731 et repris en 1737 sous l'influence de Mahé de Labourdonnais. Les derniers Africains de l'ouest arrivèrent à Bourbon en 1767.

b. La traite depuis l'Inde

Des navires, en route pour la Métropole, ramenèrent parfois à Bourbon des esclaves indiens.

En 1704, il y a 45 esclaves indiens et en 1709, 93. Leur arrivée s'intensifia à partir de 1728. Interrompue de 1731 à 1734, cette traite reprit avec Mahé de Labourdonnais. Des centaines d'esclaves arrivèrent ainsi de Pondichéry ou de Surat. La majorité de ces esclaves étaient des Tamouls. Les Indiens étaient considérés comme " l'élite " des esclaves: beaux, intelligents, dociles, fidèles et sobres, ils excellaient aussi par leur divers talents, à défaut de force physique. Les guerres entre la France et la Grande-Bretagne mirent pratiquement fin à cette traite.

c. La traite depuis Madagascar

Madagascar fut pour les Musulmans, très tôt dès le dixième siècle, une source de traite mais également pour les Portugais au seizième siècle, ainsi que pour les Hollandais et les Britanniques au dix-septième siècle. Même les pirates ,installés au Nord de Madagascar, se livraient à une traite d'esclaves au profit de l'île Bourbon, et cela à la fin du seizième et au début du dix-septième siècle. En 1717, la Compagnie des Indes commença ce trafic d'esclaves depuis la grande île. Ce trafic avait des avantages, le premier étant la proximité de Madagascar et le second le fait que les esclaves malgaches avaient la réputation d'être robustes et endurants. Le nord de la côte orientale de Madagascar était une zone facile d'accès pour les navires, et de plus il fournissait aux Mascareignes un grand nombre d'esclaves. Ceux-ci provenaient de différentes ethnies, il y avait des Betsimisarakas et aussi des Merinas. Certains même venaient des îles Comores ( NE de Madagascar) où les Betsimisarakas eux-mêmes étaient allé s'approvisionner. En 1719, la traite depuis Madagascar fut abondante même si pirates, navires marchands ou encore administrateurs de Bourbon, profitaient de ce trafic pour leur compte personnel.

Entre 1767 et 1789, deux traites se poursuivaient indépendamment l'une de l'autre : d'une part la traite royale destinée à fournir des esclaves aux magasins du Roi et d'autre part la traite entreprise par des négociants des Mascareignes.

La Révolution freina la traite depuis Madagascar de 1789 à 1794 jusqu'à ce qu'elle soit interdite de 1794 à 1802, année où elle fut à nouveau autorisée. Elle fut officiellement et définitivement stoppée par les Britanniques entre 1810 et 1811.

d. La traite depuis la côte orientale de L'Afrique

Lorsque la Compagnie des Indes fut crée par Colbert en 1664, ses directeurs s'intéressèrent à la côte orientale de L'Afrique mais cette région restait méconnue et, faute de moyens, aucune expédition n'avait été organisée. Parfois, des marins portugais venaient vendre à Bourbon des esclaves issus de l'est africain, esclaves qui avaient bonne réputation étant considérés comme forts, travailleurs et obéissants.

Les premières traites organisées depuis cette région échouèrent à cause du trop grand nombre de pertes en hommes au cours des voyages. Par exemple, en 1733, le navire la " Vierge de Grâce " partit du Mozambique avec 368 esclaves et en ramena 147 vivants à Bourbon. Les directeurs de la Compagnie estimèrent alors qu'il ne fallait pas trop s'attarder dans cette région car les difficultés étaient trop nombreuses.

Mahé de Labourdonnais, lui, profita de son amitié avec le gouverneur du Mozambique pour entreprendre une traite régulière entre le Mozambique et Bourbon. Ainsi, chaque année, deux expéditions apportaient à l'île plusieurs centaines d'esclaves. Ce trafic s'interrompit de 1746 à 1750 et reprit à la fin de l'époque de la Compagnie. Les sources de traite, basées principalement au Mozambique et à Sofala, se déplacèrent aux îles Quérimbes et l'on commença aussi à s'intéresser aux comptoirs musulmans. Une traite s'effectua à partir des nombreux comptoirs musulmans existant sur les côtes de l'actuelle Tanzanie, du Kenya, ou encore de la Somalie. A la fin du " règne " de la Compagnie le nombre d'esclaves provenant de la côte orientale de l'Afrique était cinq fois plus important que celui des esclaves venus de Madagascar.

Voilà donc quelles furent les " zones " principales choisies pour ce commerce d'esclaves qui dura qui se développa d'autant plus que se développait l'économie de l'île. Continuons alors de parcourir l'histoire de l'île et de son développement jusqu'à la fin de la période esclavagiste, période qui contribua évidemment à peupler l'île de couleurs multiples.

5º De Bourbon à la Réunion

A la veille de la Révolution, la population a beaucoup augmenté. En 1788, elle s'élève à 46 017 habitants dont 37 265 esclaves.

A partir de 1790 s'installent instabilité, insécurité et doute à Bourbon. Les régimes changent sans cesse, les opinions politiques changent. Bourbon va faire sa propre Révolution, sur un plan social et culturel. Les habitants réclament l'établissement de municipalités dans tous les quartiers de l'île. Ils demandent également la suppression de la fonction de gouverneur. Sur un plan culturel, on met valeur la culture en proposant notamment de nombreux projets scolaires. Les débuts de l'imprimerie et de la presse sont liés à la Révolution. Le premier journal totalement réunionnais paraîtra durant cette période(" Journal littéraire et politique de l'île de la Réunion ").

Le 19 mars 1793, la Convention Nationale décrète que l'île Bourbon devient l'île de la Réunion. Ce nom a peut- être été choisi pour sa valeur symbolique puisque c'est l'ère de la réconciliation nationale ( symbolise la " réunion " à Paris des Marseillais et des gardes nationaux le 10 août 1792 lors de la prise des Tuileries). Ce décret ne sera appliqué que plus d'un an plus tard, le 18 avril 1794.

En 1794, la Convention décrète aussi l'abolition de l'esclavage. En juillet 1796, deux commissaires du Directoire sont envoyés à Port-Louis, capitale de l'île de France et capitale des Mascareignes, afin de faire appliquer le décret de l'abolition de l'esclavage, décret auquel les Assemblées coloniales des deux îles et le gouvernement des Mascareignes n'ont pas réagi. Les Deux hommes ont vite été expulsés mais la question est posée et agite les esprits. La Révolution change le régime et les sévices subis par les esclaves disparurent peu à peu. Ceux qui maltraitaient leurs esclaves étaient sévèrement punis. Les esclaves ont la possibilité de travailler à leur propre compte afin d'accumuler une certaine somme d'argent pour acheter leur liberté. Ainsi, les affranchis se multiplièrent et accédèrent peu à peu aux mêmes droits que les autres habitants libres.

6º De l'occupation anglaise à l'abolition de l'esclavage

Entre 1793 et 1803, épidémies de choléra ou de vérole, menaces de révolte, Marrons, maintien de l'esclavage malgré le décret de 1794 sont à l'origine de nombreuses tensions dans l'île.

L'empire mettra fin à ces tensions. Le sacre de l'empereur est annoncé en 1805, cette nouvelle sera accueillie avec enthousiasme. Avec Bonaparte, l'esclavage recommencera tout comme il existait avant la Révolution. En 1803, le général Decaen est envoyé à l'île de la Réunion par Napoléon pour en quelques sorte " reprendre posssession des îles ". Magallon, le nouveau gouverneur de l'île, est chargé de ramener la paix civile et l'ordre général. L'île va à nouveau changer de nom. Elle devient l'île Bonaparte en 1806.

Le 7 juillet 1810, des troupes anglaises débarquent sur l'île. Les trou pes anglaises sont trop nombreuses et la présence militaire sur l'île n'est pas assez importante que pour leur faire face. L'île capitule le 8 juillet, sa reddition est annoncée le 9 juillet.

Les Anglais occuperont l'île Bonaparte de 1810 à 1815. Ces quelques années seront marquées par la paix civile. Les habitants s'habitueront peu à peu à l'ordre britannique. Les Anglais apporte sur une île démunie après une période révolutionnaire des cargos de marchandise provenants des Indes ou du Cap. Tout est contrôlé par les Anglais. Mais ils ne parviendront pas ramener l'apaisement le plus total. La mise en place de leur administration déclenchera certains mécontentements. C'est aussi durant cette période que l'île connaîtra la plus grande révolte d'esclaves qu'elle ait jamais connue. Un complot fut organiser pour rallier tous les esclaves du Sud contre les Blancs. Ils étaient dix fois plus nombreux que les Blancs. Ils se sont attaqués aux habitations des colons, ont pillé plusieurs d'entre elles. Trente d'entre eux ont été condamné à mort.. La prévoyance des Anglais envers la population contrastant fortement avec l'indifférence des autorités françaises et surtout leur esprit anti-esclavagiste leur a permis de mater cette révolte.

En 1815, l'île Bonaparte est rendue à la France et retrouve son nom originel, Bourbon, par le traité de Paris du 30 mai 1814. Le 6 avril des cérémonies sont organisées à Saint-Denis pour célébrer le retour à l'autorité française.

L'industrie de la canne à sucre va se répandre et supplanter les autres cultures. Les plantations semblent avoir une plus grande résistance aux cyclones. L'essor de cette nouvelle culture améliore l'économie de l'île. Mais la culture de la canne à sucre ne va pas apporter que des bienfaits. Elle exige une nouvelle main d'œuvre. La traite des esclaves se poursuit donc avec d'autant plus d'intensité. Beaucoup d'esclaves mouraient dans les navires et le sort des rescapés n'était pas beaucoup plus enviable.

Le 24 mai 1848 l'île apprend l'avènement de la République proclamée le 9 juin. Un mois plus tard, par décret, l'île redevient l'île de la Réunion. Le 13 octobre, le Commissaire Général de la République, Sarda Garriga arrive à la Réunion. Par son intermédiaire, le décret sur l'abolition de l'esclavage est enfin appliqué le 20 décembre. Ce jour du 20 décembre est toujours fêté de nos jours, ce qui se comprend lorsqu'on sait que 60 161 esclaves ont été libérés sur une population de 105 677 habitants.

Sarda Garriga conseilla aux affranchis de reprendre leur travail et beaucoup suivront son conseil. Mais l'abolition entraînera tout de même une pénurie de main d'œuvre déjà manquante vu le développement de la culture de la canne.

Sarda Garriga
Le 20 décembre 1848, Sarda Garriga proclame l'abolition de l'esclavage.


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E. Les engagés

1º Les conséquences de l'abolition

Après l'abolition de l'esclavage, beaucoup de propriétaires de plantations se retrouvent sans ressources et parfois même dans une situation économique comparable à celle des affranchis. Un grand nombre de ces propriétaires blancs gagnent les Hauts de l'île. On les appelle encore aujourd'hui " les P'tits blancs des Hauts ". Le gouvernement se doit d'entreprendre un plan de colonisation pour aider ces hommes sans travail à en quelque sorte se réinsérer et aussi pour contrôler les nouvelles habitations des Hauts. Mais malgré cela, la culture de la canne à sucre continue et évolue demandant sans cesse de la main-d'œuvre supplémentaire. On en vient alors à parler des engagés.

2º Les engagés ou travailleurs libres

Comme nous l'avons vu, la culture de la canne à sucre demande de la main d'œuvre. L'engagement de travailleurs libres est une solution, si pas La solution, à ce problème. Les colons n'ont pas attendu que l'esclavage soit bel et bien aboli pour tester ce type de recrutement. Ils se sont dits qu'il leur fallait trouver rapidement une nouvelle main d'œuvre afin de remédier aux problèmes économiques que provoqueraient l'abolition de l'esclavage. Le premier plan d'engagement est mis en place par le commissaire général Joseph Bédier qui propose au gouverneur l'engagement de travailleurs Malgaches. Cependant, un problème se pose : l'introduction de travailleurs noirs et libres ne provoquerait- elle pas de révoltes parmi la population servile ? Tous les grands propriétaires sont alors consultés pour débattre de ce problème et le gouverneur envoie à chacun d'eux les conditions exactes de l'engagement de Malgaches. Mais, en 1819, la plupart des propriétaires ne pensent pas que l'abolition est si proche et de plus la culture de la canne à sucre n'est pas encore aussi développée qu'elle ne le sera quelques années plus tard. La traite des esclaves est en plus à cette époque assez active, les propriétaires ne se plaignent donc pas encore vraiment d'un manque de main-d'œuvre. Le projet de Joseph Bédier sera alors abandonné.

3º Les engagés indiens

En 1827, on parle à nouveau d'engager des travailleurs. Mais cette fois-ci, l'attention des colons va se porter sur les Indiens, ceux-ci étant considérés comme des travailleurs dociles et de plus, les esclaves indiens sont peu nombreux, il n'y a donc pas de risques de troubler la population servile. Les autorités françaises vont soutenir officiellement l'introduction de travailleurs indiens à Bourbon.

En juillet 1829, paraît un arrêté du gouverneur fixant les règles de l'immigration indienne mais aussi de l'immigration chinoise qui débutera plus tard. Les recruteurs avaient une fâcheuse tendance à tromper les recrutés sur leurs conditions de travail et recouraient parfois même à des engagements forcés. Souvent les engagés étaient amenés à Bourbon dans des conditions de transport peu éloignées de celles que subissaient les esclaves. Des hommes peu recommandables étaient aussi engagés. Ils n'effectuaient pas un travail satisfaisant ce qui expliquera l'échec de ce type de recrutement durant ses premières années. Les employeurs étaient loin de respecter leurs engagements vis-à-vis des employés ce qui entraînera plusieurs plaintes de la part des employés.

En 1828 va donc débuter l'immigration indienne encouragée par le besoin de main d'œuvre. Les premiers immigrés indiens sont la plupart du temps de confession tamoule. A partir de 1860, les premiers Indiens musulmans immigreront à la Réunion. Ils étaient en général prisés pour leur travail de menuisiers, de maçons ou encore de charpentiers. Les résultats de ces importations indiennes n'auront pas été tout à fait à la hauteur des espérances des colons, mais malgré tout, jusqu'en 1848 on compte environ 4600 Indiens installés dans l'île auxquels il faut ajouter les esclaves indiens. Après 1848, les engagés connurent de mauvaises conditions de travail mais l'immigration indienne persista malgré tout et suivit l'essor de l'industrie sucrière jusqu'à ce qu'elle soit prohibée par la Grande-Bretagne en 1885.

4º Les engagés Chinois

Considérant l'engagement d'Indiens comme un échec, les colons vont se tourner vers la Chine. C'est seulement en 1843 qu'ils font appel aux travailleurs chinois. Les chinois se trouvent alors confrontés à des problèmes socio-économiques et vont immigrer d'une manière significative vers l'Océan Indien.

Le 25 octobre 1843, un premier navire sera envoyé par le gouverneur Bazoche vers Singapour et autres ports asiatiques. Il proclame un arrêté stipulant que les Chinois ne sont destinés qu'aux grandes exploitations agricoles. Certains engagés se livreront cependant à des travaux publics comme la confection de ponts, de routes, de bâtiments publics…

Les premiers immigrés chinois arrivent le 13 avril 1844 et ils seront suivis par 600 de leurs compatriotes. Le gouverneur Bazoche aurait permis l'introduction de 1000 travailleurs chinois. Le 26 juillet 1844 est promulgué un autre arrêté précisant les conditions de travail de ces travailleurs. Ils sont soumis aux mêmes conditions que les Indiens et les esclaves.

Les colons trouvent les Chinois plus robustes, plus intelligents et mêmes plus civilisés que les Indiens mais peur après, à partir de 1846, les qualités des Chinois semblent baisser. En effet, ils ne manifestent que peu de goût pour les travaux agricoles, et commencent à s'éloigner de leurs tâches et parfois à vagabonder au point qu'ils soient considérés comme des individus dangereux. Après ce premier essai, aucune autre introduction d'engagés chinois ne sera entreprise. Un arrêté du 2 juillet 1846 veut même aller jusqu'à interdire l'importation de nouveaux travailleurs chinois. Certains des premiers engagés chinois demeureront sur l'île et s'impliqueront dans le commerce de l'épicerie.

Une immigration chinoise reprend en 1862. Des permis de travail temporaires sont accordés et, venus de Canton, de Shanghai et de Pékin, beaucoup de chinois viendront s'installer et travailleront chez les chinois possédant déjà une certaine situation dans l'île. Ils vont à leur tour se faire une petite place et faire venir d'autres de leurs compatriotes et ainsi de suite. Une autre vague d'immigration chinoise se remarquera également entre 1919 et 1920.

L'échec de l'immigration indienne et chinoise aurait probablement pu être évité si les colons avaient changé leur attitude et avaient respecté leurs engagements envers les engagés. Les colons restaient attachés aux méthodes esclavagistes même après 1848. Malgré ces deux échecs, les colons restent convaincus que le recrutement de travailleurs libres est le seul moyen de pallier les difficultés dues à l'abolition de l'esclavage. Ils vont alors presser les autorités pour qu'il leur soit permis de renouveler ce type de recrutement et ils demandent aussi que l'abolition de l'esclavage se fasse progressivement et qu'elle soit contrôlée par les autorités. En 1847, un an avant l'abolition de l'esclavage, le nombre d'engagés s'élève à 6500 alors que la population servile est de 65 915 individus.

Les affranchis de 1848 ne seront pas nombreux à reprendre leur travail dans les plantations sucrières et les colons sont tout à fait conscients qu'ils ne doivent pas compter sur l'aide des autres habitants de l'île pour reprendre ce travail. Un dénommé Kanval, procureur royal sera pour les autres propriétaires de plantations la preuve qu'employer des engagés est la meilleure solution pour pallier leur manque de main d'œuvre. En effet, Kanval employa Chinois et Indiens et ceux-ci semblaient très bien s'adapter aux conditions de travail de l'exploitation sucrière. Convaincus par l'expérience de Kanval ,et de son usine qui ne tourne qu'avec des engagés, les employeurs réclament des autorités françaises le droit d'engager des travailleurs afin d'éviter une éventuelle crise économique. Mais ils ne désireront plus engager des Chinois ou des Indiens mais des Africains considérés comme les meilleurs de " tous " par leur docilité, leur soumission et leur ardeur au travail. Les autorités approuvent le point de vue des colons. Les Africains sont les seuls à pouvoir s'adapter au mieux à l'activité sucrière. Les colons auront alors l'autorisation de recruter des travailleurs sur le continent africain.

Les engagés ont donc été très nombreux et furent originaires de pays différents. Même si leur contrat de travail se limitait à un certain nombre d'années, beaucoup d'entre eux n'ont pas quitté l'île et ont ainsi contribué à accentuer le métissage de sa population.

F. Jusqu'en 1946, départementalisation

1º Une île affaiblie

Entre 1863 et 1919, l'île de la Réunion rencontrera diverses épreuves. Tout d'abord, son industrie sucrière connaît quelques problèmes : le prix du sucre chute à cause de la concurrence de la betterave sucrière en Europe et des cannes à sucre de Cuba, de plus la fin de l'immigration d'engagés indiens cause un important manque de main-d'œuvre. En conséquence de cela, les propriétaires sucriers ne se risquent plus à investir étant donné qu'ils ne sont plus en mesure de respecter leurs engagements envers le Crédit Foncier colonial créé en 1863. S'ajoutent à cela cyclones, sécheresses, épidémies venant perturber la production qui passe de 68 464 tonnes en 1860 à 20 008 tonnes en 1881. Face à ces problèmes économiques, beaucoup d'habitants émigrent vers l'Indochine, Madagascar ou encore vers la Nouvelle-Calédonie et d'autres tentent d'autres cultures comme la vanille, es plantes à parfum ou le manioc mais aussi la culture du géranium rosa dont l'île deviendra productrice mondiale.

Ensuite, la loi de séparation entre l'Eglise et l'Etat, votée le 9 décembre 1905 et décrétée à la Réunion le 6 février 1911, cause un certain mécontentement au sein de la population. La Réunion, très catholique, n'apprécie pas cette laïcisation qui sera suivie de la mise en application du suffrage universel et d'une radicalisation du système politique De plus, l'île se verra quelque peu délaissée par la France toujours attirée par Madagascar qui deviendra d'ailleurs française en 1904.

La guerre 14-18 arrive et les réunionnais ne sont pas du tout préparés à l'isolement, à la pénurie, aux rumeurs disant que des corsaires allemands rôdent. La Réunion n'est pas prête à fournir les efforts nécessaires pour survivre face à cette guerre mais malgré tout les habitants ont résisté.

Après cette guerre, l'économie de l'île reprend son cours. La France a besoin de sucre, l'industrie sucrière doit reprendre. La production sucrière passera de 42 000 tonnes en 1920 à 110 000 tonnes en 1940. En 1921, l'île compte 173 190 habitants.

2º De la seconde guerre à la départementalisation

Le 2 septembre 1939, est annoncé à la Réunion le fait que la France est entrée en guerre. Afin de ne pas se retrouver affaiblie, tout comme à l'issue de la guerre 14-18, les autorités locales entreprennent un plan de mobilisation, un plan de ravitaillement et décident de faire l'inventaire des stocks de l'île. En juin 1940, l'île apprend la défaite française et l'invasion allemande. Tout comme elle l'a fait durant la dernière guerre, la Réunion offre ses hommes pour le combat de la France, 10 000 réunionnais partiront combattre et seulement 3000 d'entre eux regagneront leur île. La population réunionnaise connaîtra trois années de privation et de pauvreté engendrant de nombreuses douleurs parmi les habitants.

Le lundi 7 mai 1945 à 18 heures, les réunionnais apprennent la fin de la guerre. L'île ressort ruinée de cette guerre et les cyclones successifs ainsi que de nouveaux problèmes dans l'économie sucrière ne vont pas arranger la situation. Un rapport du gouverneur Gapagorry pour le Ministère des colonies signale que 70% des champs ont été ravagés pendant la guerre, que 200 000 tonnes de sucre ont été perdues. La malnutrition plonge la population dans un désarroi profond. Il faudra du temps à la population réunionnaise pour se remettre de cette guerre comme d'ailleurs à tous ceux qui d'une manière ou d'une autre ont pu en subir les terribles conséquences.

3º La loi de départementalisation

Depuis la Révolution, l'idée de faire de l'île de la Réunion un département français à part entière germait dans les esprits. Au lendemain de la seconde Guerre mondiale, cette idée refait surface étant donné le grand désarroi dans lequel se trouve l'île. La loi de départementalisation, proposée plus particulièrement par le parti communiste et votée par l'Assemblée nationale le 19 mars 1946, amène de nombreuses transformations dans le régime politique, administratif, économique et douanier de l'île. L'île est soumise au même régime que les départements métropolitains. Cette départementalisation peut être considéré comme la fin du long combat de la population réunionnaise et comme le début de la prospérité. Alors qu'elle a été plusieurs fois délaissée au profit d'autres îles, la Réunion connaît une sorte de renaissance en passant du statut de colonie à celui de département français.

A l'issue de la guerre la Métropole elle-même doit se reconstruire . Même si de grands efforts seront fournis pour favoriser le développement de l'île, il faudra du temps pour améliorer,le système administratif, le système scolaire, pour moderniser l'infrastructure de l'île encore très rudimentaire, pour améliorer les cultures et comme toujours plus particulièrement la culture de la canne à sucre . La population sera troublée par la lenteur des progrès à accomplir dans son île. Mais l'île renaîtra de ses cendres et cette départementalisation sera le début d'une nouvelle ère tant pour elle que pour sa population déjà on ne peut plus métissée.

Conclusion

En parcourant l'histoire de l'île de la Réunion depuis ses origines, j'espère avoir pu expliquer clairement d'où lui venait son étonnant métissage. Les réunionnais peuvent être des descendants de colons, d'esclaves ou d'engagés noirs africains, malgaches ou indiens ou encore d'engagés chinois. Sans compter qu'au long des siècles passés, ces différentes ethnies se sont mélangés et ont ainsi offerts à l'île des combinaisons de couleurs toutes aussi étonnantes les unes que les autres.

Ma tâche m'a souvent paru ardue, vu le nombre d'informations qui peuvent parfois différer d'une source à l'autre. Mais malgré les difficultés qui ont pu se présenter à moi tout au long de l'élaboration de mon travail, je suis assez satisfaite du résultat. En tout cas, personnellement, cela m'a permis d'en savoir plus sur mes origines réunionnaises et aussi sur cette île qui est ma deuxième " terre ". Je comprend mieux maintenant d'où vient le métissage qui, au sein de ma propre famille, est particulièrement amusant. Je me plais à imaginer qui auraient pu être mes ancêtres. Mon grand-père de type indien et ma grand-mère de type africain aux yeux bridés me laissent le choix entre les différentes possibilités. Enfin, quelle que soit la bonne, je suis réunionnaise avant tout et être réunionnais c'est en quelque sorte représenter toutes ces races et je dois dire que cette idée là me plaît assez !

Le métissage qui existe à la réunion pourrait être un petit aperçu de ce que serait le monde dans quelques temps. Les problèmes d'intolérance sont assez rares à la Réunion. Malgré leurs origines diverses, ils sont tous réunionnais avant tout. Je pense que ce devrait être un bel exemple pour le reste du monde, aussi grand soit-il.

Enfin, j'espère avoir fait naître chez le lecteur l'envie de découvrir cette île aux mille couleurs, tout autant pour sa population hors du commun que pour ses magnifiques paysages.

paysage réunionnais
Vue sur le cirque de Mafate.


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Table des matières

Introduction

Découverte d'une île

A. Généralités

B. Réunionnais

Histoire de l'île

A. La découverte de l'île

B. Les premiers habitants

C. L'installation définitive

D. La période esclavagiste

E. Les engagés

F. Jusqu'en 1946, départementalisation

Conclusion

Table des matières