Collection:Grand-père
raconte
LA
GROTTE MYSTERIEUSE
Il était
une fois… 
Dans la Grande
Forêt, au Pays des Contes de Fées… une
joyeuse bande de lutins.

Ceux-ci ne
pensaient qu’à s’amuser en jetant des sorts par-ci,
par-là sur tout ce qu’ils voyaient.
Ce qui n’était
pas aussi amusant pour ceux à qui cela arrivait…
Oh… Ce n’était
pas bien méchant mais ils ne pouvaient voir un
chat sans aussitôt
le transformer en grenouille ;
un écureuil
en hirondelle ou une tourterelle en souris.
Cela devenait
franchement désagréable et perturbait
le calme légendaire de la forêt.
Un jour où,
comme à l’accoutumée, nos joyeux lurons
se promenaient, ils passèrent devant l’entrée
d’un trou béant qui baignait dans le noir le
plus total.
_ Brrrr !,
fit l’un des lutins. Que cet endroit est sinistre !
_ Si nous
entrions juste pour voir ?, dit un autre.
_ Sûrement
pas ! Il y fait bien trop noir !, répondirent
les autres en cœur.
_
A moins…, suggéra l’un d’entre eux, que
nous nous changions en mouches. Nous serions moins visibles et pourrions fuir
plus rapidement en cas de danger.

A cet instant,
à l’intérieur de la grotte, brillèrent
deux
énormes yeux jaunes qui semblaient les regarder fixement.

_ Ouaah !,
s’exclamèrent les lutins, s’enfuyant en tous
sens.
Quelques dizaines
de mètres plus loin, ils se rassemblèrent
et décidèrent donc de se métamorphoser
tous en mouches.
Mais afin
de ne pas être aperçus par l’étrange
habitant de la caverne, ils ne reviendraient que dès
qu’il ferait nuit.
Le soir tombé,
un petit essaim de mouches pénétra dans
la grotte mystérieuse.
Mais à
peine s’y trouvait-il, que les branchages entourant
l’entrée se refermèrent aussitôt
derrière eux les empêchant ainsi de pouvoir
ressortir.
Soudain, l’action
se déroula à une vitesse extrême.
L’occupant
des lieux goba les mouches les unes après les
autres.
_ A l’aide !
Glob…
_ Au secours !
Glob…
_ A moi !
Glob… Glob… Glob…
Lorsqu’il
ne resta plus qu’une seule mouche, une douce lumière
éclaira l’intérieur de la caverne. Elle
dévoila un hibou géant. 
De
ses grands yeux jaunes, il fixa la dernière mouche et lui dit :
_ Ah !
Ah ! Ah ! A mon tour de rire, vilains farceurs !
Vous rappelez-vous de moi ? Je suis le pauvre bûcheron
que vous avez changé en hibou le printemps dernier…
Quant à
toi, mouche ridicule, je sais qui tu es et je t’ai laissé
la vie sauve uniquement pour que tu puisses me rendre
mon apparence d’homme…
Dès
que tu m’auras promis cela, alors seulement, je libérerai
tes amis.
_ Bzzz !
D’accord, Monsieur le hibou… Euh ! Boucheron…
Oh, pardon, je voulais dire : bûcheron.
Sincèrement,
nous regrettons. Nous vous avions complètement
oublié.
La mouche
redevint lutin et le hibou ouvrit largement son bec
laissant échapper les autres mouches qui, à
leur tour, redevinrent lutins.
Comme promis,
les petits farceurs prononcèrent la formule magique...
Immédiatement,
le hibou se transforma en bûcheron costaud qui
toisait les petits lutins d’un air mécontent.
_ Excusez-nous,
Monsieur le bûcheron, implorèrent-ils.
La leçon que vous venez de nous donner nous a
fait comprendre nos erreurs. Nous promettons de
ne plus jamais recommencer et de laisser la nature telle
qu’elle est.
Ayant pardonné
les coquins, le bûcheron s’en retourna à
la civilisation pour y reprendre son métier.
Saluant une
dernière fois ses nouveaux amis, il disparut
dans les fourrés.
Plus tard,
muni de sa grande hache, le bûcheron se posta
aux pieds d’un beau hêtre qu’il se préparait
à abattre.
Il leva très
haut son outil, prêt à fendre le bois,
mais au moment de frapper l’arbre, il se ravisa.
Il sourit
et reposa lentement son outil au pied du hêtre.
Il venait
de comprendre que l’homme non plus, n’a pas le droit
de modifier la nature. |