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Marinette, c'est ma sixième femme. A chaque
nouvelle épouse, je suis obligé de changer de quartier. je fais
peur, à ce qu'il paraît. Mes cinq premières femmes se sont suicidées,
et les gens racontent que je suis le démon personnifié. Tout
ça, c'est des préjugés, que je leur dis. Parce que je travaille
pas, que je vis aux crochets de mes femmes, tout le monde me
méprise. Mais je m'en fous. C'est tout de même pas ma faute
si les femmes sont sujettes aux dépressions. Enfin, pas tout
à fait. Je suis normal, moi, comme tout le monde. Y a qu'à prouver
le contraire !
Pour passer le temps,
je me suis amusé à jardiner toute la matinée sous la flotte.
Et à onze heures, on s'est redisputés. J'avais rapporté de la
boue partout, j'étais un sale cochon et compagnie. J'ai essayé
de gueuler plus fort qu'elle. Mais ça n'a pas été facile. Les
gens disent que je suis mou, et elle en profite. Il faut avouer
qu'elle a toujours les meilleurs arguments. Même si c'est toujours
les mêmes, ils en sont pas moins valables. Elle travaille, elle
entretient la maison, fait la bouffe et couche avec moi. De
mon côté, je semble me contenter de la dernière partie de son
exposé, comme elle dit. Quand elle me parle sur ce ton-là, je
me tasse parce que je me rends compte que j'ai besoin d'elle,
et ça m'énerve. Ça me fout en rote de baisser pavillon devant
elle.
J'en ai eu marre. J'ai pris de l'argent dans le buffet et je
suis sorti. J'ai roulé ma bosse dans le village tout l'après-midi.
J'ai bu le coup avec quelques copains, puis j'ai perdu aux cartes
tout le fric qui me restait. Je suis rentré vers huit heures.
Rentré n'est peut-être pas le mot juste. Je jette un œil par
la fenêtre pour voir Marinette. Non que je me méfie, mais j'aime
la regarder sans qu'elle s'en doute. Elle est assise à la table,
devant un livre. Une bouteille de whisky traîne à côté d'un
verre vide. Y a un détail qui me frappe. Je bouge pas. J'attends
calmement. Et je commence à sourire. Après quelques minutes,
Marinette a l'air de s'assoupir. Elle se verse une rasade qu'elle
ne boit pas. Ses paupières se ferment. Je souris toujours. La
tête s'appuie doucement sur son avant-bras, puis tombe sur la
table. J'attends encore un peu. Y a une odeur de gaz qui sort
par les interstices de la fenêtre. C'est le bouton du gaz qui
m'avait frappé. Ouvert, mais pas de flamme. J'attends encore,
que j'ai dit. Et quand je suis tout à fait sûr, je m'en vais
donner l'alerte, en faisant comme si j'étais affolé. Pour donner
le change !
Demain, j'irai au chômage. Enfin, je m'inscrirai, quoi. Puis
je chercherai une autre femme.
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