Extrait de 

L'Oscar èt l'Alfred à l'icole

Les illustrations du livre sont dues à Nicolas Viot
Le livre, sur TV Lux (clic)

   —        Oscar, voulez-vous raconter une journée de vos vacances à vos camarades de classe. Exceptionnellement, je tolérerai quelques mots de patois dans votre récit, puisque c’est de campagne qu’il s’agit.

    —        Vous savez, Monsieur le Maître, j’ai passé de drôles de vacances d’été. Une chute m’a valu assez vite d’être cloué à la mâjon après une hospitalisâtion...

    —        Ah bon? Euh... Ah oui, je me souviens. Mais votre expérience peut probablement être d’un intérêt tout particulier pour vos camarades qui ne savent rien de ce que représente un hôpital pour qui n’y passe pas en simple visiteur... Et puis, votre histoire n’est pas vraiment banale, je crois, mon garçon...

    —        Bien, Monsieur le Maître.

    Das la classe, c’est d’jà les sourires moqueurs et les quolibets lancis sas la moind’ vergougne. El Drolle les è oï, mâs i n’brontch mi. L’Doquet non pus.

    —        Chez moi, c’est une ferme. Pendant les vacances, on travaille beaucoup, mais ce n’est pas désagréable. Que ce soit soigner les bêtes ou rentrer le foin, la paille ou battre le blé, c’est toujours in plâgi.

    —        Sans doute faudrait-il se laver plus souvent!

    Ça, c’est l’gachon don notaire, el nèveû don dèputé. Toute la classe rigole à plî treu. El Doquet s’est r’toûné pou engueuler l’çoune qu’avout causé, mâs quand i-l è vû qu’ c’ atout l’Alfred, i-l è fât l’gros dos èt n’è soûlmat rin osu dère. I s’ è r’toûné don coté d’ l’estrade sas rin dère, èt il è fât signe à l’Oscar qu’i p’lout continuer.

    —        L’exercice, ça permet aussi de garder un tour de taille normal, un poids convenable.

    Là, l’Alfred è tiqué. El mâte allout s’dègrougni pou n’ mi lâyi  dècalander l’pauve afant don notaire, nèveû don dèputé, mâs l’Oscar è atu pus vite què lu.

    —        On travaille aussi les produits naturels, on fabrique la crème qu’on extrait du lait, on garde le petit-lait pour les bêtes, on fait le beurre pour la ferme et quelques amis, on s’occupe au jardin à la récolte des courgettes...

    —        Juste des légumineuses qui n’apportent rien et sont bonnes pour les petites gens...

    —        Èt qui n’baillant pont d’grache èt fayant qu’on n’è pont d’mau pou lès l’çons d’ gymnastique.

    —        Oscar, votre langage!, dit l’instituteur qui n’a, semble-t-il, pas vraiment compris.

            L’alfred bav’ dè radge. I s’è l’vé èt va coumaci à s’dègrougni mâs, co c’côp-ci, l’Oscar èst l’pus rapide...

    —        Tous ces travaux au grand air ont un effet important sur la santé, tout comme cette nourriture qui sort directement de la nature, sans engrais chimiques, sans tripotages dans les abattoirs, boucheries, chez les marchands de légumes, traitée pour durer un peu plus longtemps.

    —        Oscar, c’est très bien, tout cela, mais cela nous éloigne de vos vacances et de votre... accident.

    —        Mais, Monsieur le Maître, le travail de la terre, les travaux des champs, couper et rentrer le foin, battre le blé et rentrer la paille, c’est ça, mes vacances. L’accident n’en est qu’un petit détail. Mais c’est vrai que je devais aller quelques jours à la Mer du Nord chez des amis. N’ai pas pu à cause de la chute.

    —        C’est ça, que la mer a été moins polluée cette année.

    —      On dit qu’elle a manqué de déborder parce que des plus gros que moi y ont plongé.

    El mâte d’icole n’è rin vû arriver. L’Alfred è voré su l’Oscar, el pougne en avant èt l’Oscar, mi pus béte qu’in aute, s’è lâyi n’aller su l’coté èt l’gros morveux s’est ramujlé, la margoulette la preumière, das la tcharbounnière qui s’est ravûchi.

    Coume si gn’avout rin eû, el Drolle, pâjèle, allout r’coumaci s-n’esposé, mâs l’mâte, èchôré, voyout d’jà l’notaire èt l’dèputé lî tchûr su la gaffe pou l’fâre muter...

     —      Ça suffit! Oscar, retournez à votre place. Vous aurez deux mauvais points! Alfred, mon enfant, relevez-vous, tout va aller bien, vous allez voir. Venez que je vous aide à éliminer ces traces noires de vos mains et de votre visage.

    —        Je le démolirai, ce péquenot, je lui f’rai avaler toutes ses dents!

    El Graudot breule à tchoûlant coume in dâbau. El mâte el dèbarbouille èt li frotte la tch’mije mâs i n’sarout ravoir tafât. I s’dèmalote èt i trabèle coume ène feuille rin qu’à l’idée dè c’ qui va lî arriver. Coume dè bin entendu, tout’ la classe è ramassi l’fou rire...

    L’Oscar, lu, dèmore pâjèle èt s’est rassi à sa place. Coume i n’ è rin fât, in n’ sondge mi soûlma qu’on poûrout l’ puni. I s’ dèmande d’jà pouquoi c’ qu’ el mâte li baille deux mauvés points. Èt i n’sais coumat c’ qu’ i va dère ça à la mâjon.

   C’est la clotche qui sauv’ la situâtion. El mâte è co trop emberlificoté das ses loques à nèttir l’Alfred pou r’mète dè l’oûrde dans les rangs qui soûrtant pèle mèle.

    Eune tchance : on atout venr’di. On n’vènout m’ à l’icole ès samdi-là pasqu’on arrivout au preumi nôvembe èt qu’on qu’on avout condgi l’ lundi aveu.

 


* * * * * *

[...]

* * * * * *

I sant ratrés à l’icole

     La clotche avout profité des plauves pour s’aroûyi èt l’Doquet avout eû bî y mette toutes ses foûrces, i n’è sû la fâre aller. Il è fât coume das l’bon vî taps : i-l è tapé das ses mîs.

     —        Alfred Graudot et Oscar Glanbire, voulez-vous venir sur l’estrade...

     Les deux gamins s’dèmandant bin c’ qui lous î veut. Mâs coume i sant dèv’nu copains, i-s avançant l’ink à coté d’l’aute.

      —        Il semblerait, Messieurs, que les choses se soient arrangées entre vous au cours de ce bref congé. Voulez-vous dire à vos petits camarades comment vous vous considérez à présent...

     L’Alfred è bin comprins. L’Oscar fât crance d’avoir saisi c’ què l’mâte dijout. L’Alfred è bin vû ça, èt i cause el premi.

     —       Eh bien, c’est simple. Tout le monde avait bien vu et entendu que j’avais été, disons, désagréable envers Oscar. J’avais peur de me faire gronder à la maison, alors j’ai laissé accuser Oscar. Mais ma mère a voulu entendre les deux parties...

     —    Alfred veut dire – vous savez que son papa est notaire et utilise donc régulièrement les mots des lois – que sa mère a tenu à entendre aussi Oscar avant de décider de qui avait raison ou tort...          

      —          C’est ça. J’ai admis tout de suite que j’avais provoqué Oscar. Je croyais que j’étais plus que lui parce que mon papa avait un métier important. Mais tout s’est bien terminé, et Oscar a accepté de faire la paix et de devenir mon ami.

     I gn’è deux-trois holis qui shoufflant da zou doigts. El mâte les y baille in mauvé point. L’Oscar tad’ la mî à l’Alfred. El Doquet lî d’mande dè dère in mot.

     —          Je suis content. Dans ma famille, on a toujours voulu que la vérité soit dite, même quand elle n’est pas belle. L’Alfred a bien voulu qu’on soit amis, et j’en suis vraiment heureux. Il a dit que riches ou pauvres, on est tous des enfants et qu’on doit bien s’entendre, que c’est mieux que de se détester ou de se battre.

     —          Les enfants, voilà une bonne leçon. Il faut la retenir. Il nous reste un mois avant que le grand Saint ne nous rende visite. Vous savez que la tradition est de lui offrir un spectacle! Nous allons donc y travailler dès aujourd’hui.

     On arout dû photographier toutes les margoulettes des afants :  si l’taps fayout grîje mine, el sèlo atout pa d’tavau dans la classe. In afant è d’mandé :

     —          On fârè don théâte?

    —         Allons, allons, Gaston, je suis très content de votre enthousiasme à tous, mais s’il vous plaît, restons dignes et parlons français!

     —          Et si on lui offrait une petite pièce en patois?

     —          Vous n’y songez pas!

     —          Ah? Dommage. Il aurait bien rigolé!

     —          Bon, écoutez, j’en parlerai et nous déciderons demain.

     —          Merci, m’sieur l’Maître.

    El Doquet satout bin qu’la haute èt la populace, das les p’tits villadges, n’atint djamâs si lon l’eune dè l’aute. Don coté des gosses en tout cas. Mâs les parats qui baillint des sous pou les fîtes, cè n’atout m’souvat des p’tites dgens... Èt les pèteux d’la haute, coumat c’ qu’i-s allint rèadgi si on loûs î foutout don patois...

    El lond’mî, el mâte a n’avout causé à la direction et aveu deux trois dgens d’ la boune socièté. I trouvint ça in pau vulgaire, mâs i-s avant dit presque tourtous qu’ ç’atout eune boune idée. El mâte, lu, avout bin comprins qu’ç’atout djusse pou s’foute tranquil’mat dès rabourous èt des p’tites dgens.

     —          Les enfants, je crois que nous pourrons jouer une saynette en patois gaumais pour la fête de Saint Nicolas. Qui a envie de jouer? Allons, l’idée vient de vous, n’est-ce pas?

     —          Moi, j’aimerais bien, m’sieur.

     —          Très bien, Oscar. Qui d’autre?

     —          Dj’îmerous bien aussi, Mossieur l’Méte...

     —          Alfred, il faudra que vous preniez quelques leçons auprès de votre ami Oscar, votre gaumais laisse un peu à désirer.

     —          On pourrait faire une petite pièce où un enfant voudrait bien parler le patois et se trompe souvent, ce serait comique...

     —       Voilà encore une bonne idée, Gaston. Je vais écrire cette petite pièce dès ce soir.

     —       Vous, Monsieur Doquet?

    C’atout l’Édouard, el Gachon d’l’avocat Bîrette qui v’nout d’causer. Il atout abaûbi d’appenre què l’mâte d’icole coun’chout l’patois. Èt i n’atout m’ tout seûl...

      —      Je suis gaumais, moi aussi, Édouard. Et si l’instruction publique me commande d’enseigner en français, elle ne m’interdit pas de bien connaître notre patois. Même si je dois vous forcer à ne parler que français en classe.

      —       Ben ça, alors!

 
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