Sur les traces du carabe relique
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En mai 1982, deux coléoptéristes
parisiens soulèvent les pierres dans une localité du Haut Atlas qu’ils tiennent
secret et font la découverte du cadavre partiel d’un carabe inconnu et qu’ils
conservent avec précaution. Le coléoptère est de taille modeste (20 mm) et d’un
non moins modeste chromatisme bleu-noir. L’animal est immédiatement jugé
extravagant par les spécialistes car en raison de son type de costulation
(nervures des élytres), il appartient à un genre inédit, un chaînon manquant de
la souche primitive entre les carabiques inférieurs et les Carabus vrais. Il
est décrit sous le nom de Relictocarabus meurguesianus, le type en
pièces est déposé au Muséum national d’Histoire naturelle de Paris. Les auteurs
retournent à plusieurs reprises sur les lieux de leur fortunée découverte, mais
en vain. Aucun nouveau Relictocarabus n’est vu, ni vif, ni mort. On
suppose qu’il s’agit donc d’une espèce hypogée et de rencontre très aléatoire.
Les duettistes découvreurs publient leur trouvaille mais maintiennent l’impasse
sur la localisation. Naît très rapidement une véritable fièvre dans le petit
monde entomologique pour tenter de renouveler la capture du même carabe, vivant
cette fois, et c’est une ruée vers tous les sites possibles du Haut Atlas.
Le Haut Atlas se développe sur une
longueur de 800 km ! Y retrouver une bestiole de 20 mm, qui plus est
discrète en superficie puisque évoluant dans les failles et les éboulis, est un
défi inouï. Mais où peuvent bien se rendre des entomologistes parisiens plus ou
moins « frileux » quand ils se dirigent vers cette cordillère et ne
disposent – comme toujours – que de quelques journées ? L’inventaire des
destinations possibles n’est pas très fastidieux à dresser quand on devine la
sainte dépendance des « bons » hôtels, le recours inévitable aux
routes ou aux pistes pas trop cassantes, et les lieux sacro-saints où retourne
tout un chacun en ces temps où les pionniers brillent par leur absence. Pour « récolter »
les carabes autrement qu’à vue, qui est une méthode fort aléatoire, on dispose
quelques batteries de pièges qui ne sont rien d’autre que de discrets petits
pots appâtés avec un sirop alcoolisé quelconque car ces insectes carnivores
sont en proie à quelques dérives gourmandes qui peuvent ainsi leur être
fatales ! Fort de mon analyse éthologique du pur entomologiste parisien
lâché dans l’Atlas et d’une vingtaine d’anciennes années consacrées à la
carabologie, j’ai donc disposé dès la fonte des neiges de tels pièges dans les
niches favorables aux carabes alticoles des trois ou quatre secteurs
susceptibles, selon mes déductions, d’avoir accueilli les
« profanateurs » du cadavre. Le tout premier fut le bon : le
versant Nord d’un adrar tout proche du Mont Oukaïmeden, destination
marocaine de prédilection de tous les chasseurs d’insectes. Quelques Relictocarabus y étaient
tombés dans mes pots, avec un nombre plus conséquent d’une autre espèce connue
des lieux depuis des lustres :
Carabus favieri atlantis. Incroyable mais vrai, la seconde
localité pressentie ne fut pas moins féconde puisque le même Relictocarabus se trouva
aussi dans un piège du Djebel-Bou-Ourioul, tout proche de l’incontournable
Tizi-n-Tichka ! J’en suis resté là, pas mécontent de mes intuitions. Mais
j’appris par la suite qu’un autre carabologue parisien avait aussi repris
vivant le Relictocarabus, mais avec moins de mérite puisque informé par
quelques confidences privilégiées des auteurs initiaux.
Quand je circule dans le Haut Atlas,
il m’arrive parfois d’apercevoir quelques coléoptéristes carabologues pas très
anonymes et identifiables par leur frénétique manie de retourner avec leur
piochon des quantités infernales de pierres (les carabes nocturnes s’y cachent tout le jour), ceinturés
de leurs flacons et cernés d’intuitions. Je m’interroge chaque fois s’ils ont
ou non repris l’insecte mythique, sans néanmoins jamais le leur demander. Il
faut éviter de poser des questions taboues aux gens qui ont des jardins
secrets...
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Habitat de l'énigmatique Relictocarabus et grand refuge orophile,
avec ses 4167 m, le Djebel Toubkal est le toit du Maghreb.
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