Le fort de Fleron
1914 & 1940
Dernière mise à jour: 19 septembre 2004
Construction de l'ouvrage: 1890; rénové et réarmé en 1928 (Photographies de la construction en 1914)
Situation: Le fort a été détruit presque complètement il y a quelques
années pour permettre la construction d'une cité.
Seul un morceau du mur du coffre de tête est encore visible (avec une plaque commémorative); la tour d'air du fort (1940) et une
partie des locaux souterrains (visite depuis l'entrée de la tour d'air).
Le vestige du mur du coffre de tête est visible le long de la route N3 Fléron-Herve; en face du GB juste après le rond-point de Fléron.
La tour d'air du fort (entrée des visites) se situe le long de la rue de Retinne (rue parallèle à la N3).
Superficie: ? Grand fort triangulaire.
1914:
Armement "longue portée":
Armement "défense rapprochée":
Structure de l'ouvrage:

Effectifs en août 1914: (Photographie de la garnison)
Le commandant du fort et de l'artillerie: Capitaine Mozin.
Artillerie: Deux lieutenant, un sous-lieutenant et 307 hommes.
Infanterie: Un lieutenant et 80 hommes.
Genie: Un adjudant
Service de santé: Un lieutenant médecin militaire; un médecin civil et
deux infirmiers.
Pertes durant la campagne de 1914:
Pendant le siège du fort: 5 tués.
Morts en captivité: 12 hommes.
Chronologie des combats:
1 août: Premier jour de la mobilisation; travaux de mise
en état de la défense et arrivée des rappelés des 5, 6, 7 et 8ième classes.
Installation d'observatoires de campagne: Belle fleur des charbonnages du Hasard à
Micheroux; Poste de repli de la Bure Lonette à Retine et de la Bure Saint Charles à la
gorge du fort; clocher de Magnée; poste de repli de la bure de Soxhluse; clocher de
Romsée.
4 août: Les troupes allemandes franchissent la
frontière Belge vers 08H00.
21H00, attaques Allemandes sur les postes d'observation de Micheroux et de Magnée;
intervention de l'infanterie Belge et de l'artillerie du fort pour les protéger.
Les canons du fort se taisent vers 00H20 après le repli de l'ennemi.
5 août: 04H30, les premiers obus Allemands tombent sur
le fort; les batteries Allemandes sont repérées et détruites par le tir de la coupole
de 150 mm.
07H30 nouveau bombardement intense sur le fort par des mortiers de 210 mm.
08H00, suspension d'arme jusque 10H00 pour permettre à un parlementaire Allemand de se
rendre à Liège pour rencontrer le Général Leman.
10H00, reprise du bombardement allemand sur le fort; trois batteries sont repérées (N-O
d'Olne) et sont éliminées par l'artillerie du fort; fin du duel d'artillerie vers 13h00.
20H00, Le fort d'Evegnée demande l'appui de l'artillerie de Fléron pour l'aider à
repousser une violente attaque allemande; à Fléron, les lignes téléphoniques avec les
observateurs de Lonette et le bureau central de Liège sont coupées.
Les guetteurs partis à la fin de l'après-midi ne rentrent pas; le fort est coupé du
reste des lignes belges.
6 août: 01H00 attaque violente de l'infanterie allemande
dans l'intervalle entre Fléron et Evegnée; la nuit profonde et les liaisons coupées
empèchent le fort de régler efficacement son tir pour aider l'infanterie belge.
02H00; le fort distingue la progression allemande et tir de toutes ses pièces mais la
violence de l'attaque allemande fait reculer les troupes belges qui occupent le terrain
entre les deux forts.
04H00; le jour est levé, échange de coups de feux entre les fantassins du fort et une
troupe ennemie qui reflue vers le couvent des Trois-Chênes en laissant de nombreux
blessés sur le terrain.
Durant toute la journée, le fort ne cesse de tirer sur les allemands qui avancent dans
les intervalles entre Chaudfontaine - Fléron et Evegnée.
7 août: Des troupes allemandes traversent Magnée qui
devient aussi tôt la cible des canons du fort.
Le fort cloue sur place plusieurs tantatives d'attaques de ses fossés par l'infanterie
ennemie; un drapeau Belge est hissé sur le mât du sémaphore; il flottera jusqu'au
dernier moment des combats.
Fin de journée, un parlementaire allemand se présente au saillant III par le chemin de
la Clef.
Il précise que la ville de Liège est au mains des allemands et que plusieurs forts sont
tombés; qu'un puissant dipositif de siège s'installe autours des forts qui résistent
encore.
Enfin il demande la rédition du fort de Fléron à défaut de quoi la ville de Liège
serait bombardée.
Une suspension d'armes est conclue pour une durée de 24H00 afin de permettre à un
officier du fort (Lieutenant Marchand) de se rendre à Liège pour se rendre compte de la
situation.
8 août: 07H00; 250 hommes du fort sont rassemblés dans
la galerie centrale; le Commandant Mozin leur annonce que Fléron ne se rendra pas et que
la lutte doit continuer jusqu'au bout
Les 250 hommes lancent avec enthousiasme les cris: "Vive Fléron - Vive le Roi - Vive
la Belgique"
09H00; la canon tonne vers Barchon et les combats reprennent.
Le fort de Barchon tombe dans la soirée.
9 août: Tirs vers le fort de Barchon occupé par les
allemands.
11H30; les guetteurs signalent la présence de troupes allemande à Soumagne au croisement
des routes de Herve et de Fêcher.
Le fort y expédie 6 obus dont un tombe exactement au milieu du groupe de soldats allemands en tuant 16 hommes et en blessant 25.
Dans l'après-midi, des brancardiers sous couvert de la croix rouge se rendent à Romsée
pour y enterrer les soldats belges tués lors de la bataille de Soxhluse.
10 août: 05H00, Fléron bombarde les batteries ennemies
qui changent régulièrement de position; les tirs allemands ne cessent pourtant pas.
Dans l'après-midi, un caporal d'infanterie de la garnison du fort de Loncin se présente
en haillon et couvert de boue; il anonce que le Général Leman s'est installé au fort de
Loncin pour y assurer la coordination de la défense des forts de Liège.
15H00 le fort bombarde une troupe allemande repérée sur la route Saive-Barchon.
11 août: Le fort tir sur un rassemblement d'infanterie
allemande dans le village d'Ayeneux en y faisant de nombreux tués; il tir également sur
des déplacement de troupes à Julémont, La Xhavée, Magnée, Romsée, Micheroux et
Retinne.
15h30 Le fort d'evegnée tombe à son tour.
16H00 Un parlementaire allemand accompagné du juge de paix de Herve (ammené comme
témoin) vient à nouveau demander la rédition du fort..... la réponse du Commandant
Mozin est catégorique: NON!
17H00 nouveau parlementaire allemand (Commandant Huttman) accompagné du Capitaine
Genonceaux Commandant du fort d'Evegnée qui est tombé le matin; les allemands annoncent
la mise en batterie de leur artillerie lourde (420 mm) contre les forts et ils précisent
ironiquement que la portée de leurs pièces est telle que le fort n'est pas capable de
les atteindre!
La réponse du Commandant Mozin reste invariable: Pas question de se rendre!
12 août: 08H30, une batterie allemande est repérée à
la bure Théopore (400m au sud de la gare de Micheroux); les coupoles de 210 mm attaquent
cet objectif.
09H30, depuis l'aube, 92 projectils sont tombés sur le fort de Fléron; vers 10H00 on
compte plus de 400 obus tirés sur le fort.
11H00 un coup direct enfonce la pièce gauche de la coupole 120 mm gauche; deux hommes
blessés dont un grièvement.
Le bombardement du fort se poursuit toute la journée et toute la nuit suivante.
13 août: les bombardement qui se poursuivent sans
discontinuer commencent à produire de nombreux dégats: mise hors service définitive de
la coupole 120 mm gauche; destruction des cuisinne et de l'infirmerie (heureusement
évacuée un peu avant); graves problèmes avec les latrines.
La surface du fort est méconnaissable; tout profil de fortification a disparu.
11H40; Une tentative de l'infanterie allemande échoue suite à l'action des coupoles de
57 mm et de la coupole de 120 mm droite.
15H00: Coupole de 57 mm gauche du saillant II hors service.
16H00: Les 4 pièces de 120 mm sont hors d'usage et la coupole de 57 mm du saillant III
est complètement enterrée.
17H00: Le fort tir au canon de 150 mm sur la gare de Fléron où des allemands s'abritent
derrière des wagons à marchandise.
En fin de journée, la coupole de 150 mm est également détruite; les obusiers de 210 mm
ont leur inclinaison bloquée entre 11° et 16°.
Le fort de Pontisse tombe après avoir été détruit par les obus de 420 mm.
Le fort de Chaudfontaine explose et tombe peu après.
Le fort d'Embourg tombe; il est entièrement défoncé par les obus de 210 mm.
14 août: 01H00 nouvelle tentative de l'infanterie
allemande pour prendre le fort.
L'infanterie du fort intervient avec le support des deux tourelles de 57 mm.
01h30, après l'échec de la tentative, l'artillerie allemande reprend le bombardement de
l'ouvrage.
04H00: Arrivé du premier obus de 420 mm sur le fort!
L'effet est terrifiant et à chaque coup, des fissures apparaissent dans le béton des
voutes.
L'air devient irrespirable; des blessés parfois gravement atteints jonchent le sol et la
situation devient réellement critique.
La pluspart de l'armement est hors service et les munitions sont presque épuisées; le
fort a reçu plus de 5000 obus de tous calibres et le béton est profondément défoncé.
Au vu de la situation générale le conseil de défense du fort estime que la mission du
fort de Fléron est à présent terminée.
Un clairon est envoyé à l'extérieur et lance ses dernières notes vers les assaillants.
L'appel est entendu par les allemands et le bombardement diminue pour cesser
définitivement vers 10H00.
10H15: les défenseurs quittent le fort.
1940:
Nouveaux aménagements:
Artillerie du fort:
Structure de l'ouvrage:
Proche de celle de 1914 moyennant les modifications citées ci-dessus.

Effectifs en mai 1940:
Pertes après la campagne de 1940:
Histoire des combats:
9 mai: Alerte générale annoncée dans la nuit.
Du 10 au 16 mai: Nombreux bombardements aériens par obus
torpilles; tirs de toute l'artillerie du fort de manière lente mais continue jours et
nuits durant les 7 jours de résistance.
Destruction de l'installation électrique lors du premier bombardement; toutes les
manoeuvres (ventilation comprise) furent effectuées à la main!
Des patrouilles ont circulées autours du fort jusqu'au 17 mai inclu.
Des tirs à la demande d'observateurs furent effectués sur le fort de Chaudfontaine,
Evegnée et Embourg pour essayer de toucher les avions au moment où ils piquaient pour
lancer leurs bombes.
Un tir avec les 75 mm fut déclanché sur demande du fort de Chaudfontaine pour déloger
les allemands qui occupaient la superstructure du fort de Chaudfontaine.
(Le fort de Fléron a aussi bénéficié des tirs de Chaudfontaine et d'Evegnée quand
les avions le bombardaient).
Les deux canons de 150 mm ont tirés sur les destructions de Nasprouez et Bilstain qui
barraient la vallée de la Vesdre.
Des tirs de 150 mm furent effectués sur le champ d'aviation de Bierset et d'Ans, sur la
citadelle occupée par l'ennemi, sur le château de Tancrémont (à la demande du fort de
Tancrémont), sur une batterie près de l'Abbaye de Val-Dieu, sur le centre d'Aubel, sur
la halte de Melen, le clocher de Bruyère, la route de Micheroux, à Fêcher, au carrefour
de Herve, .... etc.
Il y eut des tirs à la demande des forts de Flémalle, Boncelle, Battice et Tancrémont
(Pépinster).
17 mai: Violent bombardement aérien qui rend le bureau
de tir inutilisable; un mur d'escarpe s'effondre en partie en blessant grièvement un
officier médecin.
La sortie d'infanterie est complétement
effondrée.
Le local du central téléphonique s'effondre en tuant deux soldats.
Le fort est privé définitivement d'électricité; le tableau de distribution général
est arraché.
La ventilation est mise à l'arrêt, le béton s'effrite un peu partout.
Les coupoles de 150 mm sont désaxées; les canons de 105 mm n'ont plus de munitions.
Une coupole de 75 mm reste calée après le bombardement.
Le commandant du fort, le Capitaine Gline, estime que la mission du fort est terminée et
que la résistance n'est plus possible.
Alors que le bombardement reprend et conformément aux ordres du Major du III R.F.L., les
hommes sont libérés par la porte située à la base de la prise d'air avec pour mission
de tenter de rejoindre l'armée de campagne (!!!)
De nombreux militaires purent rentrer chez eux; le commandant du fort et 3 officiers de
réserves furent capturés alors qu'ils tentaient de traverser Jupille.
Un certain nombre de militaires habitant Liège furent également pris dans Jupille mais
d'autres réussirent à échaper aux allemands.
Témoignage (Envoyé par Monsieur André Nicolas):
Il se fait que mon père, Pierre NICOLAS (né en 1917, décédé en
1979), était candidat officier de réserve (il y avait une batterie-école au Fort)
et
commandait (ou était sous-officier de tir) une des deux coupoles de 105.
Au début d'un petit carnet qu'il a tenu jusqu'au 8 décembre 1940 (il était alors
prisonnier en Allemagne), il a noté ceci :
Officier des 105 (meilleur matériel)
Tirs à la sortie de Verviers (3) - Tirs sur Louveignez - Tirs à Bruyère - Sclessin -
Tirs sur batterie de campagne - Herve (2) - Ninane, Mélen, etc.
Tirs sur chars à Ayeneux.
Moral excellent des hommes, surtout des miens de 105.
Crochet chant aux coupoles.
Tirs à une cadence plus rapide que la cadence réglementaire des tirs rapides.
Bon résultats grâce à cett... "(interruption)
D'un autre carnet, je note les extraits suivants :
- Vendredi 10, 3 heures: départ de la maison (Avenue des Martyrs à Fléron).
Arrivé au Fort.
Alerte réelle.
Guerre annoncé à 5h38 : premier coup de 150.
La relève est partie.
- Samedi 11 : patrouille à Fléron.
Après-midi, à l'entrée au Fort, renversés Bukinks, Hervé et moi, par un obus;
Bukinks tué, grosse émotion,
une forte veine m'a sauvé.
- Dimanche 12 au vendredi 17 : avons subi tirs et bombardements.
Vendredi dernier, tirs des 105 plein de succès sur un abri à Embourg. Vers 9h.,
première bombe de 1600 k. et obus de 480.
Dégâts dans les fossés et locaux de détente, mess, galerie à munitions.
Après-midi, écroulement de notre Bureau de tir central, salle des machines, plus de
lumière ni de ventilation.
Des hommes tués, au central, vers le soir.
18h., évacuation du fort. Au moment de partir vers la maison, le fort n'est pas
cerné, les Allemands ayant tous
été tués ou mis en fuite. Avons été attaqués à 5 à la mitrailleuse par un
avion. Refoulés vers Jupille, nous rejoignons malheureusement la colonne.
Prisonniers!
- Samedi 18 : Citadelle de Liège.
- Dimanche 19 : Retour au fort avec un major allemand en voiture. Civils étrangers
ont pillé le fort! Visite extérieure coupoles 75 I et III à
moule, trous vers salle des machines et bureau de tir, voûtes vers S III à nu, murs ...
écroulés, fossés comblés.
A l'intérieur, Monseur et Liken pour les ruines du bureau de tir. Fort plus
reconnaissable. Découverte manteau du mort allemand et des papiers aviateur.
Retour à la Chartreuse.
André Nicolas
Bibliographie et références:
- Histoire du fort de Fléron / Patrick Paulus (Il est possible de se procurer le livre via l'Amical des Forts de fléron et Evegnée)
Visites et trenseignements:
Seul les locaux sous-terrain sont encore visibles.
Entrée via la tour d'air à Moulin-sous-fléron.
Amical des Forts de Fléron et Evegnée: Rue Sainry, 152 - 4870 TROOZ - Tél.: +32(04)3517595
PS: Depuis début 2001, les visites de Fléron ne semblent plus possibles.
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