PROLOGUE 

 

 

 

                                                     

                                                     Frédéric ! Frédéric !

       Une voix suppliante, trempée de sanglots, froissa le silence d’une nuit d’été. « Frédéric ! Frédéric ! » répéta l’écho aux accents déchirants, si bien que le grand ciel sombre chavira dans un désespoir immense, tandis que les entrailles de la terre s’émouvaient douloureusement. Lovée dans son lit, une petite fille aux longs cheveux blonds pleurait, et ses larmes, parcelles de cœur, adoucissaient sur ses joues la brûlure des gifles cinglantes de sa mère. Puis, si bas que seul son oreiller pouvait l’entendre, elle implora : «  Frédéric, aime-moi ! Frédéric, sauve-moi ! » Elle s’endormit enfin, bercée par son propre murmure.

 

 

      Des chants d’oiseaux jaillis de l’aurore vibrante réveillèrent la fillette. Elle laissa son lit pour se rendre dans le jardin qui l’aimantait. Une petite robe de nuit en coton bleu pâle lui caressait les flancs et lui couvrait à demi les mollets. L’enfant admira le spectacle du jour naissant où tout, les herbes, les fleurs, les plantes, était nimbé de lumière et vêtu d’une rosée émue. Sur son passage, un arbre lui tendit un bras feuillu, lui offrant quelques cerises. Cela eût été le bonheur sans cette douleur qui lui cognait dans la poitrine. Printemps précoce, elle rêvait déjà de partager sa vie avec Frédéric, le petit noiraud de ses rêves, dont les baisers sur ses lèvres délicatement dessinées et les caresses sur sa peau douce guériraient ses blessures. C’était pour le retrouver qu’Angéline s’endormait chaque soir…

    

 

 

 

      Loin de chez la fillette, à quelque cent lieus, Frédéric, un petit noiraud à l’oeil vif et brûlant regardait par la fenêtre de sa maison, maison entourée d’une pelouse bien tondue, d’arbustes parfaitement taillés et de  toutes sortes de fleurs, baisers de la nature. Il voyait, de l’autre côté de la route, la blondeur d’un champ de blé qui courait rejoindre au loin le bleu du ciel. Bleu et blond s’aimaient sous le regard de l’enfant.

 

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     Près de chez lui, des galopins de son âge s’amusaient, s’ébattaient.  Mais le petit garçon n’avait nulle envie de partager leurs jeux. Il s’empara de crayons de couleur et de papier, s’installa à la grande table de la cuisine et dessina. Il dessina Angéline, la fillette qui lui apparaissait dans son sommeil, vêtue d’une petite robe de nuit en coton bleu pâle, la  fillette qui parfois l’implorait du regard, le visage ruisselant de larmes. C’était pour la retrouver qu’il s’endormait chaque soir… 

 

 

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