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Voici un autre type d’illusions, créées par la voix, et relatives au langage. Nous allons présenter dans cette partie l’illusion des mots fantômes, et aussi l’illusion des mots chantés. Mais d’abord, permettons-nous de fournir quelques rapides indications sur le mécanisme de la voix humaine. Introduction aux illusions vocales : qu’est ce que la voix ? Qu’est ce qui fait que nous parlons, d’où viennent les sons que nous produisons pour nous faire comprendre ? Voici un schéma présentant les différents organes qui interviennent dans le fonctionnement de la voix (mais nous ne développerons pas l’explication de ces mécanismes, nous focalisant sur l’essentiel utile à la compréhension des illusions qui en découlent)
Lorsqu'elles sont ouvertes, les cordes vocales libèrent un espace appelé glotte (cf. schéma), un peu comme une anche double ou encore les lèvres du trompettiste, et ne suscitent aucune vibration. Rapprochées seulement et grâce à une pression d'air appropriée venant des poumons, elles vibrent l'une contre l'autre. Les deux plis vocaux ou cordes vocales battent l'un contre l'autre comme une anche double (que l’on peut donc comparer aux instruments à anche double comme le hautbois). Le larynx, organe vibrateur du système phonatoire, crée une discontinuité dans la colonne d'air expiratoire, engendrant ainsi une onde sonore. La voix est donc bien une onde sonore. Elle possède une fréquence, relative à la hauteur de la voix, dont voici quelques exemples :
Mais la phonation reste avant tout contrôlée par le cerveau, et notamment relative aux aires du langage dont nous verrons la fonction ci après. A présent que nous connaissons les grandes lignes des principes de la phonation, nous allons nous intéresser à l’étude de deux illusions créées par la voix et la compréhension du langage.
1) LES MOTS Fantômes :
Le cerveau cherche constamment à trouver une signification dans les mots, et phrases qu’il perçoit. Même lorsque les mots entendus n’ont, à priori, aucune signification… C’est ce dont nous allons nous rendre compte à travers l’étude de cette illusion. Mais tout d’abord, expérimentons-la.(Attention, il est important d’écouter cet extrait sonore avec un casque stéréo ou des oreillettes qui permettent de pouvoir différencier correctement les sons qui viennent de gauche ou de droite) cliquez pour écouter l'extrait Si vous avez bien écouté de façon concentrée ces mots répétés indéfiniment, peut être avez vous perçu d’autres mots ou phrases, voire même des mélodies qui n’existent pas, à travers ces mots. Nous allons expliquer à quoi cela est du. Dans le casque, sont perçus des mots (en l’occurrence ici dans cet exemple un mot composé de deux syllabes), une syllabe provenant du coté gauche, l’autre du côté droit. Ainsi, l’auditeur se voit fournir une palette de sons venant d’endroits différents, qu’il peut recombiner de manières différentes. Après un certain temps d’écoute de ces répétitions de mots, l’auditeur commence à entendre des mots ou de courtes phrases qui ont un sens. Ceci vient du fait que le cerveau veut toujours déceler un sens à ce qu’il entend. C'est-à-dire que les syllabes dépourvues de sens qu’il entend, vont être recombinées, rapprochées à ce qu’il connaît comme mots qui s’en approchent. Schéma : les aires du cerveau relatives au langage et à sa compréhension
Sur ce schéma nous sont présentées les aires du cerveau relatives à la compréhension du langage. L'aire de Wernicke intervient dans la perception des mots et des symboles du langage. Une personne souffrant d'une lésion dans cette région n'est pas sourde: elle peut encore entendre les mots et tous les autres sons, mais elle ne peut leur attribuer un sens. L'aire de Wernicke permet d'associer les mots, puis de retrouver leur sens. C’est donc cette aire qui est à l’origine de la perception des mots fantômes, qui va les « créer », désireuse de trouver un sens aux phrases entendues. Nous vous invitons maintenant à réécouter l’extrait, muni d’une feuille de papier et d’un crayon, afin de noter les mots que vous entendez. Les mots entendus dépendent des personnes, bien sûr. Mais il s’avère que ces mots perçus sont révélateurs du langage de la personne et de son inconscient. En effet, l’auditeur perçoit les mots dans sa langue d’origine (donc en français par exemple, même si l’extrait sonore est assez similaire à l’anglais). De plus, une personne au régime par exemple entendra des mots en rapport avec la nourriture, ou bien une personne souffrant de dépression perçoit des mots en rapport avec la mort. Les mots que vous avez perçus sont donc révélateurs de vos pensées et de votre état d’esprit ! On pourrait donc penser à appliquer cette illusion à la psychanalyse par exemple, pour accéder enfin à l’inconscient d’une personne… Enfin, nous vous invitons maintenant à réécouter une nouvelle fois l’extrait sonore, mais cette fois-ci en changeant d’endroit (déplacer les enceintes, ou se déplacer dans la pièce, mais il faut tout de même garder la perception droite-gauche et un niveau sonore conséquent). On remarque que les mots ou phrases fantômes entendus changent selon l’endroit de la pièce ou l’on se trouve. Si vous tournez la tête, vous remarquerez de même que les mots changent. En effet, il s’avère que l’auditeur entend le plus souvent des mots venir distinctement de l’enceinte ou écouteur de droite, et d’autres mots différents de celui de gauche. Ainsi, changer de position par rapport aux enceintes permet d’entendre d’autres mots. En changeant de position, (éloignement), on fait aussi varier l’intensité du son, et en tournant la tête, on modifie la trajectoire du son qui arrive à chaque oreille, l’une des deux devenant plus courte. Ces caractéristiques vont changer la perception du son de l’auditeur et ainsi permettre à celui ci d’entendre des mots nouveaux différents de ceux entendus jusqu’alors. Ainsi, l’illusion des mots fantômes s’avère très intéressante car elle est assez énigmatique. Néanmoins nous pouvons l’expliquer, et c’est là où réside toute son originalité, par le mécanisme du cerveau relatif au langage, c’est à dire par le fait que le cerveau cherche une signification aux mots incohérents entendus. L’explication de cette illusion n’a donc rien à voir avec le fonctionnement de l’audition même, puisque c’est le cerveau qui va « créer » ces mots fantômes, qui n’existent nulle part ailleurs que dans notre tête…
2) LES MOTS CHANTES :
Musique et voix sont souvent très proches. Le compositeur Moussorgski (les tableaux d’une exposition…) défendait la similarité du langage et de la musique. Si bien qu’il assurait qu’un compositeur pouvait retranscrire une conversation sous forme de musique. Dans une lettre à Rimski-Korsakov (le vol du bourdon …), il déclare « Quelle que soit la parole que j’entends, peu importe la personne qui parle, mon cerveau travaille immédiatement à recomposer une version musicale du discours » Beaucoup d’autres artistes ont utilisé cette similarité entre la parole et la musique, tels que Monteverdi, et le contemporain Jean Claude Risset (cf. illusion de la gamme continuelle). De même, les « récitatifs » dans les opéras, très utilisés par Mozart par exemple, sont des parties parlées par les chanteurs, sur fond musical, mais dont il ressort une certaine musicalité dans les paroles. Pour nous rendre compte de cette caractéristique du langage, nous allons écouter l’extrait suivant, dans lequel on peut entendre des paroles cohérentes (en anglais…) émises par une voix féminine. Puis, à la fin discours, les dernières paroles prononcées par la voix sont répétées plusieurs fois. On croit alors les entendre chantées… cliquez pour écouter l'extrait La phrase que vous entendez est : 'But They Sometimes Behave So Strangely'. Répétés, ces mots paraissent être entendus chantés, bien qu’ils n’aient subi aucune transformation. Pourtant ils proviennent bien d’un discours parlé, sans volonté aucune de musicalité.
Cette image nous montre la mise en musique de la phrase « chantée ». Il est donc possible d’écrire sur une partition la musique produite, uniquement par le langage ! L’on voit bien que la parole n’est pas monocorde, puisque les mots prononcés ici sont assimilables à différentes notes formant une mélodie. En effet le langage correspond à des fréquences différentes produites par la voix (cf. intro). Or nous avons vu également que les notes de musique (do, ré, mi, etc.…) correspondent elles aussi à des fréquences de son différentes. Il est donc normal d’assimiler le langage à la musique. Même si cette similarité n’est pas toujours évidente… Nous vous invitons à réécouter l’extrait, depuis le début (discours parlé). Rattachée au discours complet, la phrase 'But They Sometimes Behave So Strangely' parait bien parlée et non chantée. C’est seulement en la réécoutant plusieurs fois de suite qu’apparaît l'impression que la voix chante. Cette illusion parait donc comme plutôt ambiguë : Où est l’illusion ? Est-elle l’illusion d’un langage parlé qui devrait être chanté, ou d’un langage chanté qui devrait être parlé? …
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