Une illusion maladie : les acouphènes

 

     1) présentation : 

Les acouphènes sont des illusions qui peuvent être considérées comme des maladies à part entière. Ce problème toucherait 14 à 17% de la population générale à travers le monde, ce qui, en France, représente 3 à 5 millions de personnes dont 150.000 en seraient sévèrement affectées. Quelqu’un souffrant d’acouphène perçoit un sifflement, bourdonnement ou tintement chronique sans pouvoir en identifier la source. Ce sifflement provient uniquement d’un défaut de l’audition, qui fait donc percevoir des sons qui n’existent pas, d’où l’illusion. Nous allons tenter de comprendre comment une telle illusion est possible et touche autant de personnes.       

                                                              

    

     2) causes :

Considérés comme une maladie, ou plutôt un symptôme, les acouphènes chroniques ne sont pas à proprement parler une maladie de l'oreille, mais plutôt un défaut de traitement des signaux acoustiques par le cerveau.

La cause la plus fréquente des acouphènes chroniques reste la lésion de l'oreille interne. Un exemple typique est le traumatisme dû aux bruits ou aux détonations. Celui-ci se traduit par une lésion des cellules ciliées internes et externes au niveau de la cochlée. Beaucoup de personnes localisent la fréquence de leurs acouphènes à l'endroit précis de la limite entre l'audition normale et la mal-audition (cf. schéma du domaine audible).D’autres causes des acouphènes chroniques sont : rétrécissement des grands vaisseaux du cou, usure des vertèbres cervicales, dysfonctionnement des articulations maxillaires, ainsi que toute une série de maladies internes, telles le diabète, les troubles du métabolisme des lipides et de la pression artérielle.

Même si l'on attribue souvent leur apparition à une lésion de l'oreille, les acouphènes sont la manifestation d'un processus qui devient progressivement autonome. Au bout d'un certain temps, il n'est plus nécessaire que l'oreille transmette un signal au cerveau. Même si l'on sectionnait le nerf auditif, les acouphènes ne disparaîtraient plus ! Au contraire, c'est le cerveau lui-même qui oriente votre attention vers ces bruits qui ne vous quittent plus et s'emparent définitivement de votre conscient. En fin de compte, vous vivez vos acouphènes plus que vous ne les entendez. C’est donc un défaut de perception au niveau du cerveau qui est mis en cause.

 

On distingue deux formes selon que l’acouphène peut être ou non entendu par d’autres personnes que la personne qui en souffre. Si oui, on parle d’acouphène objectif. Il s’agit de cas très peu nombreux dans lesquels les bruits résultent soit d’anomalies vasculaires soit de contractions anormales des muscles de la sphère ORL (nez, gorge, oreille), soit de défauts structuraux de l’oreille interne. Dans le cas contraire, on parle d’acouphène subjectif dont l’origine peut se situer à n’importe quel niveau des voies auditives, depuis le conduit de l’oreille externe jusqu’au cerveau (voir schéma). Cependant l’origine la plus fréquente est la cochlée.

  

     3) mise en place :

Mais qu’est ce qui produit un acouphène? Il résulte de la production d’un signal nerveux anormal à un quelconque niveau des voies auditives qui, après traitement par ces dernières, est interprété comme un bruit lorsqu’il atteint le cortex auditif. Reprenons le schéma du chemin du message nerveux auditif jusqu'au cerveau :

(cf partie sur l'ouie)

 

L’existence de ce signal ne suffit pas pour que l’acouphène soit entendu. Il ne peut atteindre la conscience que sous certaines conditions de déséquilibre du système nerveux végétatif (système contrôlant nos fonctions automatiques comme la respiration, le rythme cardiaque, la pression artérielle, la sudation....) entraînées par le stress, la fatigue, la maladie. Une fois perçu par le sujet, l’acouphène peut avoir deux devenirs très différents : des acouphènes très similaires en fréquence et en intensité seront facilement ignorés par une majorité des patients qui n’en seront absolument pas affectés, alors que d’autres (25%) constamment conscients de leur présence, se plaindront de difficultés de concentration, de troubles de l’endormissement et d’une baisse notable de leur qualité de vie. L’orientation vers l’une ou l’autre de ces directions dépend du fonctionnement du système nerveux végétatif et de la signification émotionnelle de l’acouphène chez le patient considéré.

En effet, la neuropsychologie nous enseigne que les stimuli sonores (excitation nerveuse, pluriel de stimulus) nouveaux ou associés à une expérience négative sont traités comme des sons signifiants et évoquent une réponse émotionnelle qui prépare l’organisme à une réaction de fuite ou d’affrontement ; la répétition de ces sons se traduit par un renforcement de leur perception et une résistance à leur suppression par d’autres stimuli. Au contraire, la répétition de signaux neutres s’accompagne de la disparition progressive des réponses induites, ce qui correspond au phénomène d’habituation. Le devenir d’un acouphène dépourvu de signification émotionnelle pour le sujet est donc l’habituation. 

 

     4) personnes touchées : 

L’acouphène peut survenir à n’importe quel âge, mais semble apparaître essentiellement dans la deuxième partie de la vie, après 60 ans (comme le montre le schéma suivant). En effet, il accompagne souvent la perte auditive sur les hautes fréquences liée au vieillissement (presbyacousie), mais aussi la perte auditive liée à l’exposition au bruit d’origine professionnelle (tôleries, chaudronnerie, filatures....) ou durant les loisirs (chasse, tir, concerts et orchestre rock, baladeurs....).   

Hommes et femmes sont touchés dans les mêmes proportions. Parmi un certain nombre de personnes interrogées, 25% environ indiquent avoir eu des acouphènes au moins une fois, presque toujours de courte durée, 10% se plaignent d'acouphènes chroniques, mais prétendent s'en accommoder, tandis que 2 % rapportent qu'elles souffrent réellement de leurs acouphènes.  

Parmi les personnalités de l'histoire (notamment des musiciens et compositeurs) qui ont beaucoup souffert d'acouphènes, on peut citer Martin Luther, Jean-Jacques Rousseau, Ludwig van Beethoven et Bedrich Smetana. Comme Beethoven, Smetana est devenu complètement sourd. Mais contrairement à lui, il a essayé de traiter ses acouphènes par la musique et d'en faire profiter les autres.


 
La phrase suivante est de Beethoven : "Ne serait-ce qu'à cause de mes oreilles qui sifflent et bourdonnent jour et nuit, je puis dire que ma vie est un calvaire."  Et montre bien que les acouphènes peuvent s’avérer très dérangeants…   

     

  

 

     5) traitements :  

Pour remédier aux acouphènes, il n’existe pas de traitement médicamenteux efficace. De plus, pour ceux causés par un dysfonctionnement de la cochlée, l’opération à ce niveau de l’oreille interne est trop complexe et impossible à réaliser. Enfin, les cellules ciliées ne se régénèrent pas lorsqu’elles sont défectueuses.

Cependant, quelques méthodes peuvent aider à minimiser l’effet des acouphènes. L'objectif d'une thérapie sera un filtrage par le cerveau de la perception des bruits indésirables, en d'autres termes, de ramener le système acoustique sur le chemin de la perception normale.

  

La sophrologie, basée sur la relaxation, peut aider à mieux supporter les acouphènes. Un aide auditive (appareil...) portée par le patient atteint d’un acouphène qui s’accompagne d’une perte auditive peut parfois réduire celui-ci. Et enfin, il existe des masqueurs d’acouphènes, similaires à l’aide auditive, mais dont la fonction est de générer un bruit de souffle comprenant des fréquences graves et aiguës, est réglé de façon à masquer l'acouphène dont on aura au préalable déterminé la fréquence et l'intensité. Le port du masqueur d'acouphènes influe sur la perception de l'acouphène (le bruit produit par l'appareil est plus facile à accepter et à tolérer car il est choisit par le patient) et, associé à la prise de médicaments et à un suivi psychologique, permet une "amélioration" de la tolérance dans 7 cas sur 10.

 

      6) conclusion :

Après avoir étudié la perception du son par l’oreille et le cerveau, il était donc intéressant d’étudier ce qui se passe lors de dysfonctionnement de ces mécanismes. Les acouphènes sont des conséquences directes de perturbations du traitement de l’information sonore. On peut bien parler d’illusion car la personne perçoit ce qui n'est pas émis réellement, c’est une illusion plus individuelle, que tout le monde ne peut pas expérimenter, et qui peut s’assimiler à une maladie. Une illusion donc, à laquelle il est difficile de remédier, mais qui se solde souvent par l’acceptation et l’habitude.