Les jeux publics ou "ludi"
Les ludi est le terme employé pour désigner les jeux publics à Rome: spectacles théâtraux, épreuves sportives et concours. Ces jeux se déroulaient lors des fêtes en l'honneur des dieux; ils furent institués pour gagner leur bienveillance ou pour détourner leur colère. Généralement annuels, ils pouvaient néanmoins avoir lieu lors d'occasions particulières. Ils ne comportaient pas d'épreuve athlétique, comme chez les Grecs. Les concours athlétiques ne virent le jour que sous l'époque impériale; on les appelait agones, comme l'agon Neronianus ou l'agon Capitolinus. Ces compétitions ne furent jamais populaires à Rome et n'ont jamais su rivaliser avec les spectacles de gladiateurs; les concurrents étaient grecs pour la plupart.
Ce sont les magistrats (préteurs ou édiles) qui étaient chargés de leur organisation. Le financement des jeux était assuré par l'Etat, mais s'avérait bien souvent insuffisant, tant les magistrats rivalisaient d'éclat. Peu à peu, l'origine religieuse des jeux va s'estomper; ces derniers vont devenir des divertissements à part entière.
Sous la République
- Les ludi les plus anciens sont les courses de chars (ludi circenses) célébrant Mars ou Consus, sous le contrôle des magistrats. Puis apparurent les gladiatures et autres spectacles siégeant au Forum ou à l'amphithéâtre, survivance des jeux funéraires étrusques. C'est en 329 av. J.-C. que fut construit le premier site permanent destiné aux jeux.
- Les ludi Romani ou magni étaient également des jeux anciens, donnés chaque année en septembre, par les édiles curules. Leur origine émane de la tradition qui voulait qu'un général offrit, après une campagne victorieuse, une fête à Jupiter, dieu italique et romain, principale divinité du panthéon romain. Dieu du ciel, de la lumière diurne et des éléments (météorologie, foudre, tonnerre), Jupiter est assimilé au Zeus des Grecs. On le fêtait du 4 au 19 septembre. Une grande procession, véhiculant les images des dieux, se dirigeait vers le temple de Jupiter, sur le Capitole. La procession était suivie par des courses de chars et des parades militaires.
- Les ludi scaenici (les jeux scéniques), où l'on jouait des pièces de théâtre, furent ajoutés aux ludi Romani en 240 av. J.-C. A partir de 214 av. J.-C., pendant les ludi Romani, quatre jours étaient consacrés aux ludi scaenici; il est probable qu'on montait annuellement deux tragédies ou deux comédies. A la fin de la République, on comptait cinquante-cinq jours par an de ludi scaenici; ce nombre ne fit qu'augmenter sous l'Empire.
- Les ludi plebeii furent instaurés en 214 environ av. J.-C. Ils se déroulaient en novembre et étaient essentiellement destinés à réjouir les citoyens durant les heures sombres de la seconde guerre punique. On ne connaît pas grand-chose à leur sujet, si ce n'est qu'ils comportaient un jour de représentations dramatiques.
- Les ludi Apollinares, en l'honneur d'Apollon, furent instaurés lors de la seconde guerre punique (212 av. J.-C.). Apollon, dieu grec de la Beauté, de la Lumière, des Arts et de la Divination, était tout à la fois: guerrier, pasteur, purificateur et guérisseur en tant que dieu solaire. Il était aussi appelé Phébus, c'est-à-dire "le brillant". On l'honorait du 6 au 13 juillet. Par la suite, les ludi Apollinares devinrent annuels et le nombre de jours de fête passa de un à huit, puis à neuf jours (5-13 juillet). Aucune représentation scénique n'y est attestée av. 169 av. J.-C. Un jour était consacré aux jeux du cirque.
- Les ludi Megalenses furent instaurés en 204 av. J.-C. et avaient lieu du 4 au 10 avril. Ils étaient donnés en l'honneur de la Magna Mater (Grande Mère ou Cybèle). Déesse phrygienne, Cybèle personnifiait la force productrice de la nature. Son culte fut introduit dans le monde gréco-romain au IIIe siècle av. J.-C. et comprenait des cérémonies initiatiques. On n'assistait à aucune représentation scénique. Un jour était consacré aux jeux du cirque.
- Les ludi Cereales, établis en 202 av. J .-C., étaient une fête plébéienne en l'honneur de Cérès et avaient lieu du 12 au 19 avril. Déesse romaine des Moissons, Cérès était totalement assimilée à Déméter, divinité grecque de la terre cultivée. C'est de Cérès que découle le mot "céréale". Des jeux au cirque clôturaient le dernier jour de la fête, et, sous l'Empire, des représentations dramatiques.
- Les ludi Florales, ayant pour but de s'assurer la protection de Flora, déesse italique et romaine de la puissance végétative, furent institués aux environs de 240 av. J.-C. suite à une famine prolongée. Les Floralia, célébrations joyeuses et licencieuses, se déroulaient chaque mois d'avril et culminaient le 1er mai. La première partie de ces jeux consistaient en représentations théâtrales et mimes ; la dernière partie, en venationes (chasse aux animaux).
Sous la République également, la chasse au gros gibier fit son apparition dès 186 av. J.-C. et devint un moment favori de la vie quotidienne des citoyens romains.
Sous l'Empire
Les jeux mentionnés ci-dessus continuèrent sous l'Empire et furent enrichis par les jeux suivants:
- Les ludi saeculares, introduits à une date inconnue mais ancienne sous forme de jeux et de sacrifices destinés à mettre fin à tout péril national (guerre, épidémie) ou pour quelque autre raison (pour purifier Rome de toutes les souillures et pour inaugurer une ère nouvelle). Ces jeux devaient avoir lieu en théorie tous les cent ans (du lat. saeculum, séculaire).
Les premiers de ces jeux furent célébrés sous Auguste, du 31 mai au 2 juin 17 av. J.-C. Diverses représentations grandioses eurent lieu et, à cette occasion, un hymne fut composé par Horace, hymne qui nous est parvenu (Carmen saeculare).
En 47 apr. J.-C., c'est l'empereur Claude qui fit donner les ludi saeculares pour célébrer le huit centième anniversaire de la fondation de Rome.
Ces jeux furent célébrés pour la dernière fois en 248 apr. J.-C. par l'empereur Philippe l'Arabe, pour le millénaire de la fondation de Rome.
- Les ludi Martiales en l'honneur de Mars, célébrés chaque année le 1er août.
- L'agon Neronianus (ou jeux Néroniens), instauré par Néron en 60 apr. J.-C., imitant en partie les jeux Olympiques. Il avait lieu tous les cinq ans et comportait des courses de chars, des épreuves athlétiques et des concours musicaux et poétiques. Ces jeux furent de courte durée.
- L'agon Capitolinus (ou jeux Capitolins), institué par Domitien en 86 apr. J.-C. et imitant également les jeux Olympiques. Il avait lieu tous les quatre ans et comportait des concours athlétiques et musicaux.
La célébration de tels spectacles entraîna la construction de nombreux édifices dans toutes les villes de l'Empire. Théâtres, cirques et amphithéâtres coûtèrent très cher aux municipalités mais offraient néanmoins l'avantage de maintenir la romanisation des masses.
Les Anciens étaient amateurs des jeux de société, dont l'attrait était rehaussé par les gains que leur procuraient les paris engagés lors des parties. Les jeux de dés étaient particulièrement populaires; on y jouait, comme aujourd'hui, avec un cornet à dès et une table de jeu. Les latrunculi (jeu "des petits soldats") se jouaient sur une tablette divisée en cases sur laquelle les joueurs déplaçaient des pièces dénommées "soldats" et "combattants". Le jeu "des douze lignes" (duodecim scripta) est une sorte de trictrac.
Les jeux de balles, pratiqués avec des balles de taille et de poids variés, étaient également très appréciés par les Romains et étaient considérés comme étant salutaires à tout âge. Des terrains étaient d'ailleurs spécialement aménagés pour pouvoir s'y exercer.
Les jeux des enfants romains étaient variés: hochets, balles, toupies, cerceaux, balançoires, poupées, animaux miniatures, osselets, dés, jeux avec des pions et de devinette du type "pair impair" ou "combien de doigts ?". Les plus jeunes s'amusaient avec de petites voitures, tirées par des souris. Plus âgés, ils conduisaient des espèces de chars traînés par des chiens ou des poneys. Ils aimaient aussi imiter les "grandes personnes": ils jouaient au gladiateur, au soldat, au magistrat, etc.