L'auteur est Docteur en Histoire,
promu à la Katholieke Universiteit Leuven.
Médiéviste de formation, il s'est spécialisé en
Histoire des mentalités dans la "longue durée"
et s'intéresse - notamment - aux rapports entre
le monde de la politique et le domaine religieux.
Il a écrit de nombreux articles de vulgarisation scientifique,
est président de la Fondation culturelle européenne et
secrétaire-général du Cercle européen pour la recherche historique.
* article
* épilogue
Lorsque Adolf Hitler arrive au pouvoir
en Allemagne (1933),
cela faisait déjà près de cinq ans (1928) que le Saint-Siège
avait condamné l'antisémitisme en termes exprès. (1)
Puis, le 14 mars
1937, le pape Pie XI publie la lettre encyclique
Mit brennender Sorge
concernant la situation dans le Reich.
Il y invite à la tolérance pour toutes les communautés
ethniques,
dénonce la persécution et les camps de concentration, ainsi que
les intrigues visant dès le début à une guerre
d'extermination.
C'est clair et net.
Le rédacteur
principal de ce document n'est autre que
l'ancien nonce apostolique en Allemagne, le cardinal Eugenio
Pacelli,
futur pape Pie XII et à ce moment encore secrétaire d'État du
Vatican.
Les démocraties
occidentales semblent ne pas s'en soucier :
plus d'un an après, ils en sont toujours à faire des
concessions
à Hitler, ainsi qu'il ressort de la fameuse conférence de
München
(29/30 septembre 1938).
Peu après, à
savoir le 9 novembre 1938, les Nazis usent de
représailles pour l'assassinat d'un diplomate allemand à Paris
par un Juif : ils organisent la "Nuit de Cristal" au
cours de laquelle
quelque 30.000 Juifs sont arrêtés, leurs synagogues, maisons ou
magasins pillés et incendiés. Mais l'une des choses quasiment
jamais mentionnées, c'est que le grand rabbin de Bavière était
parvenu à sauver les objets précieux de la synagogue grâce à
la voiture du cardinal Pacelli, mise à sa disposition
pour les mettre à l'abri.
Aussi, le 24
novembre 1938, le journal des sinistres S.S.,
Das schwarze Korps,
écrit que le cardinal Eugenio Pacelli s'est allié
« à la cause de l'internationale juive et
franc-maçonne » (sic).
Hitler estime, quant à lui, que le Vatican est
« le pire foyer de résistance
» à ses plans.
Qui donc, parmi les pays et les hommes politiques,
pourrait se vanter d'avoir reçu un tel compliment ?
En date du 10
janvier 1939, le cardinal Pacelli adresse
une lettre à ses confrères des États-Unis d'Amérique et du
Canada
pour attirer leur attention sur le sort des savants et
professeurs juifs
chassés d'Allemagne et que l'administration américaine refusait
jusqu'alors de recevoir dans ses universités.
Pie XI meurt le
10 février 1939 et le conclave désigne comme
son successeur le cardinal Eugenio Pacelli. Celui-ci accepte
cette élection et prend le nom de Pie XII le 2 mars 1939.
Aussitôt, il entame une intense activité
diplomatique, pastorale et humanitaire.
Petite enclave
autonome à Rome depuis les accords du Latran (1929),
le Vatican se trouve néanmoins entouré à l'époque par l'État
fasciste
dirigé par Benito Mussolini. Pendant toute la durée de la
guerre,
l'administration papale sera donc surveillée par la police
italienne,
puis par l'armée allemande d'occupation.
Les lignes
téléphoniques sont mises sur écoute. Le contenu des
valises diplomatiques est souvent fouillé. Pie XII et ses
collaborateurs
sont épiés et leurs messages censurés. L'intégrité
territoriale de
la Cité du Vatican est certes respectée, mais les allées et
venues
des ambassadeurs accrédités et des journalistes sont
surveillées.
Fascistes et Nazis savent que c'est par là surtout que des
messages
peuvent tromper leur vigilance, passer et parvenir à
destination.
Pie XII a
toutefois un autre moyen pour se faire entendre :
la radio du Vatican. Mais lorsqu'à la fin de 1939, il dénonce
déjà
les atrocités commises en Pologne, la réaction des Nazis est
d'une
violence telle que les évêques de ce pays supplient le pape de
ne plus s'indigner de cette façon. Bientôt, la radio du Vatican
sera brouillée comme celle de Londres, en guise de
représailles.
Cependant, se
taire n'est pas de mise. Aussi Pie XII,
tout en modérant ses propos, continue-t-il à contrecarrer
Hitler et
ses affidés qui organisent la « purification ethnique » par
leur exigence
d'un Ausweis de « bon
Aryen » pour pouvoir vivre normalement.
Aussi, dans son
message radiodiffusé de Noël 1941, Pie XII
condamne « l'oppression, ouverte ou
dissimulée, des particularités
culturelles et linguistiques des minorités nationales
» ainsi que
« l'entrave et le reserrement de leurs
capacités naturelles » avec
« la limitation ou l'abolition de leur
fécondité naturelle ».
Moins d'un mois
après, soit le 20 janvier 1942, les Nazis
décident de mettre en oeuvre la « solution
finale »
(extermination complète des Juifs).
Le thème de la
paix revient dans le message radiodiffusé
prononcé par Pie XII à la Noël 1942. D'abord, le pape fait
observer que « tout ce qui en temps de paix
demeurait comprimé,
a éclaté dès le déchaînement de la guerre en une lamentable
série
d'actes en opposition avec l'esprit humain et l'esprit chrétien ».
Il déplore que « les conventions
internationales, dont l'objet était
de rendre la guerre moins inhumaine en la limitant aux
combattants,
de déterminer les lois de l'occupation et de la captivité des
vaincus,
sont, en maints endroits, restées lettres mortes ».
Ensuite il
déclare que les peuples doivent faire le voeu de ne
s'accorder aucun repos jusqu'à ce que tous se dévouent au
service
de la personne humaine. Il précise que ce voeu, « l'humanité
le doit
aux centaines de milliers de personnes qui, sans aucune faute
de leur part, et parfois pour le seul fait de leur nationalité
ou de leur
race, ont été vouées à la mort ou à une extermination
progressive ».
En date du 2 juin
1943, Pie XII tient un discours devant le collège
des cardinaux et y exprime sa sollicitude envers ceux qui, à
cause de leur
nationalité ou de leur race, sont « livrés
à des mesures d'extermination »
dont il voudrait fustiger toute l'ignominie par le détail et
en des termes plus forts, ainsi qu'il ressort des 124 lettres
écrites aux évêques allemands pendant la guerre.
Il fait cependant
remarquer que « toute parole de notre part
à l'autorité compétente, toute allusion publique doivent être
sérieusement pesées et mesurées, dans l'intérêt même des
victimes,
afin de ne pas rendre leur situation plus grave et plus
insupportable ».
Les évêques
hollandais en avaient fait l'expérience après avoir,
en juillet 1942, protesté contre la persécution des Juifs :
aussitôt les Nazis organisèrent une fouille minutieuse
des monastères et des couvents. Dans tout le pays,
il en résulta une rafle de très nombreux Juifs cachés là.
Mais
l'indignation l'emporte parfois sur la prudence malgré
les résolutions prises et les conseils donnés à autrui.
C'est ainsi, par
exemple, que Radio Vatican
déclare en date du 26 juin 1943 que
« Quiconque établit une distinction
entre les Juifs et les autres hommes
est un infidèle et
se trouve en contradiction
avec les commandements de Dieu.
La paix dans le monde, l'ordre et la justice seront toujours
compromis
tant que les hommes pratiqueront
des discriminations
entre les membres de la famille humaine. »
Le New
York Times cite et acte ce message
dans son tirage du jour suivant.
C'est ainsi
encore que, devant les atrocités toujours plus nombreuses
commises par la Gestapo et les S.S., le pape Pie XII laisse
l'Osservatore Romano
exprimer l'indignation universelle
dans son numéro du 25 octobre 1943.
Aussitôt les
Allemands font saisir
le journal dans les kiosques et menacent de reprendre
les perquisitions dans les monastères
pour y débusquer les Juifs cachés.
En outre, le
commandant des S.S. de Rome ordonne au chef de
la communauté israélite de fournir 50 kg d'or dans les 24
heures
sous peine de déportation immédiate de 200 autres Juifs
(une grande rafle ayant déjà eu lieu le 16 octobre 1943).
La collecte n'ayant réuni que 35 kg d'or, le grand rabbin de
Rome
reçoit du pape Pie XII les 15 kg manquants.
Pie XII n'avait
pas attendu ce jour-là pour agir en faveur des Juifs.
Il organisait, avec l'aide du clergé de Rome et d'ailleurs, des
réseaux
pour faire échapper les Juifs aux griffes des Nazis.
Par diverses filières, ils pouvaient ensuite gagner des pays
neutres
ou faisant partie de la conférence des Alliés.
Le 29 novembre
1944, une délégation de 70 rescapés vient,
au nom de la United Jewish Appeal
(organisme dirigeant du
mouvement sioniste mondial), exprimer à Pie XII
la reconnaissance des Juifs pour son action en leur faveur.
Peu après la
guerre, Albert Einstein, savant de renommée mondiale,
mêle sa voix au concert de louanges et d'hommages qui montent
vers le Vatican en déclarant que « l'Église
catholique a été la seule à
élever la voix contre l'assaut mené par Hitler contre la
liberté ». (2)
Le 9 février
1948, Pinchas E. Lapide, alors consul d'Israël à Milan,
est reçu en audience par Pie XII. Celui-ci se voit à nouveau
remercié
pour ses multiples interventions en faveur des Juifs.
Le 26 mai 1955,
des musiciens Juifs au nombre de 94, venus
de 14 pays différents, jouent devant Pie XII la neuvième
symphonie
de Beethoven et ce, pour lui exprimer leur gratitude d'avoir
arraché à la mort tant de Juifs pendant la guerre et pour
célébrer
la grandiose oeuvre humanitaire accomplie par lui.
Le 9 octobre
1958, Pie XII décède et les messages de condoléances
affluent vers le Vatican. On y relève celui de Golda Meïr,
ministre
des affaires étrangères d'Israël, qui souligne en cette
occasion que
« pendant la décennie de terreur nazie,
quand notre peuple a subi
un martyre terrible, la voix du pape s'est élevée pour
condamner
les persécuteurs et pour invoquer la pitié envers leurs
victimes ».
En 1963 - et alors seulement - une pièce de théâtre médiocre
ayant pour titre Der Stellvertreter
(le Vicaire) est publiée par
un ancien membre des Jeunesses
hitlériennes, Rolph Hochhuth,
qui y présente Pie XII sous les traits d'un monstre
d'indifférence,
n'ayant pas agi ni parlé comme il aurait dû.
Il est à noter,
comme le fit remarquer encore récemment Bernard-Henri Lévy,
que ce Rolph Hochhuth, qui lança la polémique autour des
"silences" de Pie XII,
est un négationniste patenté, condamné plusieurs fois comme
tel, et dont la dernière
provocation, voici quelques années, fut de prendre la défense,
dans une interview
à l'hebdomadaire d'extrême droite Junge
Freiheit, de celui qui nie
depuis toujours l'existence des chambres à gaz, à savoir David
Irving.
Le 13 décembre
1963 est publiée dans le journal français Le
Monde
une déclaration de Pinchas E. Lapide, ancien consul d'Israël à
Milan.
Celui-ci y affirme ne pas comprendre le pourquoi de cet
acharnement
contre le défunt Pie XII qui « ne
disposait ni de divisions blindées,
ni de flotte aérienne, alors que Staline, Roosevelt et
Churchill,
qui en commandaient, n'ont jamais voulu s'en servir pour
désorganiser
le réseau ferroviaire qui menait aux chambres à gaz ».
Il précise que
« le pape personnellement, le Saint-Siège,
les nonces et toute l'Église catholique ont sauvé
de 150.000 à 400.000 Juifs d'une mort certaine ».
Le même Juif
éminent fait paraître à Paris en 1967 un livre,
Rome et les Juifs, où
il publie le résultat d'enquêtes approfondies
menées dans toute l'Europe, dans les archives de Jérusalem et
auprès des Juifs survivants. Il aboutit au chiffre de 860.000
Juifs
sauvés grâce au pape Pie XII.
Dans une
recension de ce livre, la Jewish Chronicle
estime
que la démonstration de Pinchas E. Lapide est concluante.
Dès lors, la même publication critique se demande :
« Pie XII et l'Église auraient-ils pu
faire mieux ? »
Ce n'est pas évident.
Aux Pays-Bas, où
l'épiscopat avait élevé davantage la voix
pour protester contre la persécution des Juifs par les Nazis,
le taux de déportation vers les camps de la mort fut
aussi le plus élevé de tous les pays européens : 79 % !
Or, ce n'est pas
à son débit de paroles,
mais en considération de ses actes
que l'on apprécie un homme
et ce qui l'inspire.
L'on peut dès
lors comprendre qu'après la guerre,
le grand rabbin de Rome, Israele Zolli (1881-1956),
se soit converti à la religion catholique et ait,
le 13 février 1945, pris le nom de baptême d'Eugenio
en hommage au pape. (3)
Pour certains,
qui semblent distribuer des mots d'ordre aux media...
mais seulement tant d'années après les événements évoqués,
il faudrait fermer les yeux devant les faits et les documents
historiques.
Les citer est désormais un tabou. Le
devoir du journaliste et
de l'historien serait de répéter comme un perroquet que
l'Église
a fait preuve d'intolérance antisémite, que Pie XII a gardé le
silence
devant la persécution nazie et qu'il n'a rien fait en faveur des
Juifs.
Or, il n'est pas
scientifique de ramper devant des tabous,
ni de remplacer l'analyse sereine de documents et de faits
par des cris de psittacidé verbeux. De cette façon, on crée
peut-être le carcan émotionnel d'une nouvelle historiographie
révisioniste, mais on ne prouve rien, sinon sa débilité
culturelle
et sa pitoyable dépendance des "maîtres à penser" du
moment.
L'entreprise de
démolition morale de la mémoire du pape Pie XII
n'est pas scientifique : elle repose sur une occultation
de documents et de faits établis qu'aggravent
les mensonges et la calomnie.
Ainsi, le film 'Amen'
du cinéaste Constantin Costa-Gavras, qui
s'inspire manifestement de la pièce de théâtre de Rolph
Hochhuth
et n'hésite pas à prendre des libertés avec la réalité
historique.
Il impute en effet à Pie XII des propos que ce dernier n'a
jamais tenus,
il cite des extraits de ses discours hors contexte et surtout
il en omet les phrases qui sont de nature à miner la
crédibilité du film.
Lorsque c'est le parti-pris qui dicte un scénario, il est assez
clair que
celui-ci ne rend pas compte des événements de manière
objective,
mais relève du subjectivisme, en l'occurrence malveillant.
Il est vrai que
certains modèrent leur jugement de valeur
en estimant que ce pape n'a "pas assez" agi ou parlé
pour
dénoncer les atrocités de la seconde guerre mondiale.
Alors, peut-être d'autres vont-ils bientôt prendre le relais
dans ce concert de détracteurs :
* les Japonais d'Hiroshima ou de Nagasaki, pour accuser Pie XII
d'avoir "trop peu" condamné l'usage de la bombe
atomique ?
* les Allemands de Dresden ou de Hamburg, pour lui reprocher de
n'avoir "pas assez" condamné les bombardements au
phosphore ?
Mais si ce pape
en avait parlé davantage, aurait-il pour autant
eu plus d'influence sur le pouvoir de décision de ceux qui
menaient
une "guerre totale", et les aurait-il dissuadé de
continuer ainsi ?
Répondre par l'affirmative, c'est supposer que
Hitler, Staline, Churchill, Roosevelt puis Truman,
faisaient grand cas des messages répétés de Pie XII.
Il est d'ailleurs
pour le moins curieux que la Croix rouge,
qui décida d'accomplir sa tâche sans bruit pendant la guerre et
renonça à une protestation publique malgré les horreurs
constatées,
n'en reçoit aucun reproche.
De même, les
chefs des communautés luthériennes, calvinistes,
anglicanes, islamiques et autres, ne reçoivent aucun blâme
pour leur silence.
On s'acharne
uniquement - et à tort, en plus - sur la mémoire
du pape Pie XII qui, lui, a pourtant parlé.
Il n'a pas seulement parlé, mais agi aussi,
et beaucoup plus qu'on ne le laisse accroire,
de l'aveu même des Juifs qui étaient concernés.
Paul VI ne s'y
trompait pas. Alors qu'il était encore connu comme
monsignore Gianbattista Montini, il avait, au Vatican, pu
côtoyer Pie XII
pendant la guerre. Aussi prendra-t-il soin, en 1964, d'exprimer
ce qu'il pensait
des attaques lancées et, d'une manière générale, des
procédés utilisés :
« Vous
le savez, on a voulu jeter des soupçons et même des accusations
contre la mémoire de ce grand pontife [Pie
XII]. Nous sommes heureux
d'avoir l'occasion de l'affirmer en ce jour et en ce lieu :
rien de plus injuste que cette atteinte à une si vénérable
mémoire. » (4)
« L'information
doit, avant tout, répondre à la vérité.
Nul n'a donc le droit de propager sciemment des informations
erronées ou présentées sous une lumière qui en dénature la
portée.
Nul n'a le droit non plus de choisir de façon arbitraire ses
informations
en ne diffusant que ce qui va dans le sens de ses opinions et
en faisant silence sur le reste : on peut pécher contre la
vérité aussi bien
par des omissions calculées que par des affirmations inexactes.
» (5)
Un remarquable
effort d'objectivité de la part des milieux juifs
se dénote à la même époque. En Israël, la pièce de Rolph
Hochhuth
est interdite. Les Juifs comprennent pourquoi Pie XII, tout en
agissant
et parlant en leur faveur pendant la seconde guerre mondiale,
a dû modérer ses expressions et la fréquence de
ses interventions publiques.
Ainsi, une Juive
fait observer dans un bulletin d'éducation que
« la véritable raison du silence relatif
de Pie XII
n'était pas la crainte d'aller dans un camp de concentration,
mais celle d'aggraver le cas de ceux qui s'y trouvaient ».
(6)
Les faits qu'elle
rappelle dans son article montrent que Pie XII
compensait par des interventions plus discrètes l'éclat de
déclarations que d'aucuns auraient sans doute voulu entendre
chaque semaine ou même chaque jour à Radio Vatican,
mais qui auraient été moins efficaces en raison de
la mentalité spéciale des Nazis.
On peut s'en convaincre en consultant les archives citées. (7)
Que ceux qui
s'imaginent déjà
qu'ils vont y découvrir de la timidité diplomatique
se détrompent !
Voici un exemple
parmi tant d'autres faits significatifs
que les media cachent
habituellement au public :
en 1942, le pape Pie XII fait savoir officiellement
au maréchal Pétain par son nonce en France, mgr Valerio Valeri,
que le Saint-Siège désapprouve les mesures prises
par Vichy à l'encontre des Juifs.
Certains
s'imaginent-ils vraiment que Pie XII aurait été
mieux compris et suivi s'il avait ponctué ce genre
d'intervention
en imitant à la radio les discours aux cris rauques d'Adolf
Hitler ?
Non, bien sûr.
Ceux qui tirent
les ficelles des media
ne veulent tout simplement pas faire état de
ce qui est de nature à crever la baudruche
qu'ils ont gonflée en haine de la religion catholique
représentée par le pape Pie XII.
Leur attitude peut-elle s'expliquer autrement ?
Le silence sur
les faits et les documents,
ce sont eux qui l'organisent.
Ils ne publient jamais aucun rectificatif.
Ce n'est pas la
vérité historique qui les intéresse,
mais le dénigrement.
Concluons par la citation reproduite tantôt :
« L'information
doit, avant tout, répondre à la vérité.
Nul n'a donc le droit de propager sciemment des informations
erronées ou présentées sous une lumière qui en dénature la
portée.
Nul n'a le droit non plus de choisir de façon arbitraire ses
informations
en ne diffusant que ce qui va dans le sens de ses opinions et
en faisant silence sur le reste : on peut pécher contre la
vérité aussi bien
par des omissions calculées que par des affirmations inexactes.
»

1) Décret du Saint-Office en date du 25
mars 1928
(Acta Apostolicae Sedis, vol. XX [1928],
pp.103-104) :
«
Ecclesia enim catholica pro populo iudaico, qui divinarum usque
ad Iesum Christum promissionum depositarius fuit,
non obstante subsequente eius obcaecatione, immo huius ipsius
obcaecationis causa, semper orare consuevit.
Qua caritate permota Apostolica Sedes eumdem populum contra
iniustas vexationes protexit,
et quemadmodum omnes invidias ac simultates inter populos
reprobat,
ita vel maxime damnat odium adversus populum olim a Deo electum,
odium nempe illud, quod vulgo 'antisemitismi' nomine nunc
significari solet. »
2) Pour avoir une vue d'ensemble des
interventions du Vatican
dans les sombres années 1939-1945, il faut consulter les
Actes et documents du Saint-Siège relatifs
à la seconde guerre mondiale.
Il s'agit de douze volumes de preuves, classées en trois
catégories :
* diplomatiques (relations avec les États),
* pastorales (relations avec les évêques),
* humanitaires (assistance aux victimes).
Certains ignorent
ou bien feignent d'ignorer ces sources primaires.
Pour des historiens et des journalistes, c'est absolument
injustifiable.
3) Geneviève Duhamelet, Eugène
Zolli,
in Fernand Lelotte (éd.),
Convertis du XXème siècle,
volume 5,
Paris / Tournai / Bruxelles, 1961, pp.71-86.
4) Osservatore Romano
du 10 janvier 1964.
Ce discours, Paul VI le prononça au cours de son voyage
en Terre Sainte, plus précisément le 5 janvier 1964,
devant un auditoire juif.
5) Paul VI, Allocution
sur la liberté de l'information,
prononcée le 17 avril 1964 devant les participants
au séminaire européen des Nations-Unies sur le sujet.
6) Edith Mutz, Les
Juifs et le Vatican sous Pie XII,
in Maïmonide,
bulletin des élèves de l'Athénée israélite de Bruxelles,
n° 2 (juin 1963).
7) Voir note 2
ci-dessus.
Si l'on n'a pas
consulté ces sources primaires,
mieux vaut se taire que de dire ou d'écrire des bêtises.
On peut consulter le recueil susdit à la Bibliothèque du
Vatican.
Mais les universités de chaque pays feraient un investissement
utile en se procurant ces volumes. Cela aurait le double avantage
d'élever la qualité de l'information auprès du public et
d'éviter à ses agrégés de se rendre ridicules ou suspects de
parti-pris
malveillant et non fondé devant l'Histoire.
*
Xavier
BONIFACE.
Pour réparer les oublis et les erreurs de
la polémique.
In : Balbino Katz (réd.), Aventures de
l'Histoire, 10 (dossier Didro),
Villejust-Courtaboeuf, mai 2002, pp.2-6.
L'auteur
est Docteur en Histoire et maître de conférences en histoire
contemporaine
à l'Université du Littoral-Côte d'Opale (Boulogne-sur-Mer).
Il est spécialiste des relations entre l'Église et l'État.
Brève bibliographie à la fin de l'article.
Jean-Yves
RIOU.
Quand l'Histoire témoigne en faveur de Pie
XII.
In : Balbino Katz (réd.), Aventures de
l'Histoire, 10 (dossier Didro),
Villejust-Courtaboeuf, mai 2002, pp.7-14.
Chercheur.
Xavier
BONIFACE.
Pie XII, du cinéma à l'histoire.
In : Balbino Katz (réd.), Aventures
de l'Histoire, 10 (dossier Didro),
Villejust-Courtaboeuf, mai 2002, pp.15-18.
L'auteur
est Docteur en Histoire et maître de conférences en histoire
contemporaine
à l'Université du Littoral-Côte d'Opale (Boulogne-sur-Mer).
Il est spécialiste des relations entre l'Église et l'État.
Brève bibliographie à la fin de l'article.
Yves-Marie
HILAIRE.
Chronologie d'une époque funeste.
In : Balbino Katz (réd.), Aventures
de l'Histoire, 10 (dossier Didro),
Villejust-Courtaboeuf, mai 2002, pp.19-27.
L'auteur
est professeur émérite des Universités,
agrégé d'Histoire et Docteur ès Lettres.
Brève bibliographie à la fin de l'article.
Yves
CHIRON.
Pie XII, un Pontife méconnu.
In : Balbino Katz (réd.), Aventures
de l'Histoire, 10 (dossier Didro),
Villejust-Courtaboeuf, mai 2002, pp.28-35.
Chercheur.
Pierre-Alexandre
BOUCLAY.
'Amen', un vecteur de l'anticléricalisme.
Propos de René RÉMOND recueillis par l'auteur.
In : Balbino Katz (réd.), Aventures
de l'Histoire, 10 (dossier Didro),
Villejust-Courtaboeuf, mai 2002, pp.36-41.
René
RÉMOND est agrégé d'Histoire, Docteur ès Lettres,
professeur d'Histoire contemporaine, spécialiste d'Histoire
religieuse,
président de la Fondation nationale des Sciences politiques
et recteur honoraire de l'Université de Paris X.
Brève bibliographie à la fin de l'article.
Judith
CABAUD.
Le grand rabbin Zolli se convertit.
In : Balbino Katz (réd.), Aventures de
l'Histoire, 10 (dossier Didro),
Villejust-Courtaboeuf, mai 2002, pp.42-47.
Chercheur.
Pierre-Alexande
BOUCLAY.
Pie XII, un juste ou le pape du IIIème
Reich ?
In : Balbino Katz (réd.), Aventures
de l'Histoire, 10 (dossier Didro),
Villejust-Courtaboeuf, mai 2002, pp.48-55.
L'auteur est doctorand en Histoire des idées politiques.
Pierre-Alexande
BOUCLAY.
Le Vatican face au Nazisme.
Entretien avec le professeur Édouard HUSSON.
In : Balbino Katz (réd.), Aventures
de l'Histoire, 10 (dossier Didro),
Villejust-Courtaboeuf, mai 2002, pp.56-63.
Le
professeur Édouard HUSSON est maître de conférences
à l'Université de Paris IV - Sorbonne.
Il est spécialiste de l'Histoire du Nazisme.
Brève bibliographie à la fin de l'article.
Bernard
LEFEBVRE.
Les historiens Juifs U.S. jugent Pie XII.
In : Balbino Katz (réd.), Aventures
de l'Histoire, 10 (dossier Didro),
Villejust-Courtaboeuf, mai 2002, pp.64-67.
Chercheur.
Pierre-Alexande
BOUCLAY.
De l'anticléricalisme à
l'antichristianisme.
Propos de René BÉTHOUART recueillis par l'auteur.
In : Balbino Katz (réd.), Aventures
de l'Histoire, 10 (dossier Didro),
Villejust-Courtaboeuf, mai 2002, pp.68-79.
René
BÉTHOUART est professeur des Universités,
spécialiste d'Histoire religieuse, enseignant
l'Histoire contemporaine, les Sciences politiques et
la Sociologie religieuse à l'Université du Littoral-Côte
d'Opale.
Il est aussi directeur de la Maison de la recherche en Sciences
humaines
de Boulogne-sur-Mer et président de la Commission historique
et archéologique du Pas-de-Calais (France).
Brève bibliographie à la fin de l'article.
*
Le rabbin David Dalin écrit avec raison :
« Aucun
autre pape n'a autant été loué par les Juifs.
Leur gratitude, ainsi que celle de toute une génération
de survivants de l'holocauste, témoigne que Pie XII
était vraiment un juste parmi les hommes.
»
Cité en
couverture du dossier n°10 de Aventures de
l'Histoire
sous la rédaction de Balbino Katz (mai 2002).
Précisions
En fait,
cette citation est extraite d'un article publié
dans The Weekly Standard Magazine
du 26 février 2001
par David G. Dalin, rabbin à New York et historien reconnu
(traduction française parue notamment dans
La Documentation Catholique N°2266
du 17 mars 2002).
En voici un extrait plus complet :
«
Vu la nouvelle salve d'attaques, le temps est venu de défendre
Pie XII
car, malgré ce que l'on entend ici et là, des preuves
historiques
confirment aujourd'hui que le pape n'est pas resté muet
face à la tragédie juive et que ses contemporains
connaissaient ses positions...
On peut lire dans le Talmud que
"celui qui sauve une seule vie sauve l'humanité".
Pie XII, plus qu'aucun autre homme d'État du XXème siècle,
a accompli cela à l'heure où le destin des Juifs européens
était menacé.
Aucun autre pape n'avait été autant loué par les Juifs avant
lui,
et ils ne se sont pas trompés.
Leur gratitude, ainsi que celle de tous les survivants de
l'holocauste,
prouve que Pie XII fut véritablement et profondément
un Juste parmi les nations. »
Actualité
Pie XII avait-il aussi opté pour « l'Ordre Nouveau » ?