Alfred Denoyelle,
Docteur en Histoire
 
 
Les malades du merveilleux
 
CRITIQUE SCIENTIFIQUE ET LITTÉRAIRE
*
 
Pour mémoire : l'auteur de cet article
a été promu Docteur en Histoire avec distinction
après des études gréco-latines complètes et la maîtrise obtenue
avec grande distinction à la Faculté de Philosophie et Lettres
de la "Katholieke Universiteit Leuven"
 
*
Introduction à la compréhension du phénomène
 
L'historien tant soit peu attentif aura pu observer (et il ne faut d'ailleurs même pas être historien pour constater) que notre époque marquée par le matérialisme porte également en elle son contraire, mais à ce propos, il convient sans doute de faire remarquer que le contraire d'une erreur n'est pas forcément la vérité, puisqu'il peut tout aussi bien s'agir d'une erreur contraire !
 
À cet égard, l'attention a déjà été attirée plusieurs fois sur le phénomène apparitionniste, qui engendre souvent une attitude de fanatisme : celui qui ne croit pas à tel ou tel "message" transmis par le "médium" (une voyante ou des voyantes, plus rarement un voyant ou des voyants) sera réputé "mécréant" par certains. La ferme conviction des apparitionnistes est que leur pensée fait partie intégrante du patrimoine doctrinal du christianisme.
 
Quelles que puissent être ses convictions personnelles, l'historien est amené à prendre acte de cette mentalité dès lors qu'elle s'exprime et, plutôt que d'en imputer hâtivement la cause à l'enseignement de l'Église, sa déontologie (qui préconise fondamentalement d'établir la vérité des faits) l'incite à mener à bien son investigation, si d'aventure il n'est pas encore au courant de la véritable doctrine catholique sur le sujet et des décisions prises par l'Église en application des règles du discernement des esprits.
 
Dans le recueil établi par le Père jésuite et en même temps éditeur Henri Denzinger, on trouve des extraits de textes conciliaires, d'encycliques pontificales et d'autres documents émanés du magistère ecclésiastique tout au long des siècles. Le phénomène de l'apparitionnisme, qui baigne ordinairement dans une perspective eschatologique ou apocalyptique, a été officiellement désavoué depuis le Moyen âge. Il faudrait tout de même le savoir et l'intégrer partout qui dans sa prédication, qui dans ses convictions.
 
La sainte Église s'est prononcée notamment par la condamnation posthume des ouvrages de l'abbé cistercien Joachim de Fiore (23 octobre 1255) qui enseignait qu'il y a trois grandes subdivisions de l'Histoire, la troisième étant la période du Saint-Esprit, censée commencer en 1260, comme des "Anges" auraient annoncé. Ses disciples avaient formé une mouvance "pentecôtiste" avant la lettre et tout cela fut jugé hétérodoxe en tant qu'il s'agissait d'une prédication avec des affabulations présentées comme des révélations divines.
 
Malgré cette condamnation, la mouvance avait pris de l'ampleur et avait notamment contaminé les milieux franciscains. Là encore, le magistère ecclésiastique intervint. Ainsi, par la constitution apostolique "Gloriosam Ecclesiam" du 23 janvier 1318 (§ 24) :  "Multa sunt alia, quae isti praesumptuosi homines... garrire dicuntur, multa, quae de cursu temporum et fine saeculi somniant, multa, quae de Antichristi adventu, quae iamiam instare asserunt, flebili vanitate divulgant. Quae omnia, quia partim haeretica, partim insana, partim fabulosa cognoscimus, damnanda potius cum suis auctoribus, quam stilo prosequenda aut refellenda censemus." (= Il y a encore beaucoup d'autres choses dont ces hommes présomptueux... ont la réputation de jaser, beaucoup de choses qu'ils rêvent au sujet du cours des temps et de la fin du siècle, beaucoup de choses qu'ils diffusent avec une lugubre vanité au sujet de la venue de l'Antichrist et qu'ils prétendent déjà imminentes. Toutes ces choses, parce que nous les savons partiellement hérétiques, partiellement maladives, partiellement affabulées, nous estimons qu'elles doivent être condamnées avec leurs auteurs, plutôt qu'attaquées par la plume ou réfutées.)

Vous le savez sans doute, quand des membres de sectes viennent sonner à votre porte, c'est également pour vous annoncer que la fin du monde est imminente, et éventuellement aussi, selon le genre de secte bien entendu, que mille années de paix vont d'abord être données à notre monde ici-bas et que le Christ va revenir dans ce but, ou est même déjà revenu incognito, selon certains avec l'aide des extra-terrestres qui sont à son service et qui se manifestent discrètement par leurs soucoupes volantes, de temps à autre.

Parmi les convictions eschatologiques, le millénarisme est une théorie qui se présente comme relative aux "mille ans" qui marqueraient les événements de la fin des temps, strictement distingués de ceux de la fin du monde, tandis que l'apparitionnisme et l'attente apocalyptique sont certes choses intimement liées aussi, en tant que formes d'expectative du retour du Seigneur, mais avec cette différence que dans l'apparitionnisme, il y a en plus la ferme conviction que ce retour, fixé dans un futur indéterminé, sera non seulement accompagné et suivi d'un cortège de Saints, où la T.S.Vierge Marie tiendra une place d'honneur, mais qu'il en sera nécessairement aussi précédé (soit avant les "mille ans" selon les adeptes du millénarisme, soit immédiatement avant la fin du monde selon les autres).

Cette conviction entraîne comme conséquence pratique que les "apparitionnistes" sont à l'affût du moindre bruit d'une apparition quelque part et qu'ils s'empressent, bien souvent d'une manière fébrile ou religieusement exaltée, d'organiser des voyages en autocar (ou en avion) pour aller vérifier sur place si d'aventure le Ciel n'aurait pas quelque dictée à leur faire par médium(s) interposé(s). L'étude du catéchisme ne les intéresse pas : ils veulent une leçon "en direct depuis le Ciel" (sic) !

Un vieux prédicateur a dit un jour au cours d’une retraite :

« L’apparitionisme est le dernier refuge de la sensualité. On veut sentir la proximité quasiment palpable du "Ciel". Alors on se fait un devoir strict d’y croire, on s’obstine farouchement dans ce sentiment et on insulte le prochain. Mais on oublie que Dieu ne plaisante pas avec la fausseté. Les punitions suivront, ici-bas ou dans l’Au-delà. »

Parmi les nombreuses revendications en matière de visions et d’apparitions, l’Église fait un choix quant à leur crédibilité, tant sur les faits allégués que sur le message qu’ils comportent. Depuis le 19ème siècle, leur nombre a connu une croissance exponentielle, et certains reprochent avec morgue aux autorités ecclésiastiques de ne pas immédiatement acquiescer à leur prétendue véracité si « évidente ». C’est une affaire « urgente » prétendent-ils. -- Mais il n’existe pas d’affaires urgentes : il y a seulement des gens pressés.
 
Tout comme pour les miracles ou les phénomènes considérés comme tels, l’Église fait preuve d’une admirable prudence. Elle prend tout son temps avant de se prononcer, et le nombre des prononcés favorables est plutôt restreint, n’en déplaise aux gens pressés, dont il est bien connu qu’ils passent de toute façon outre à toute désapprobation émanant de l’Église. S’ils ne sont pas arrivés à leurs fins qui sont d’arracher une approbation ecclésiastique qu’ils s’empresseront aussitôt d’instrumentaliser pour assurer un plus grand tirage à leurs publications ou pour drainer davantage de monde à leurs pèlerinages tout aussi lucratifs, ils s’en vengent en qualifiant les autorités ecclésiastiques de « modernistes » ou en les accusant même de faire partie des « forces judéo-maçonniques » dressées contre « le Ciel » dont ils prétendent défendre les intérêts.

Or, historiquement, cet apparitionnisme est plutôt de fraîche date. L'Histoire de l'Église nous apprend, en effet, que d'assez rares Saints ont eu, parfois seulement une fois dans leur vie, le privilège d'une apparition du Seigneur ou d'un personnage de la Cour céleste, le plus souvent en rêve ou dans une vision.

Il est vrai que, dans le Nouveau Testament, sont déjà mentionnées des apparitions du Rédempteur ressuscité, notamment  à Marie-Madeleine, aux Apôtres, à Pierre et à l'incrédule Thomas en particulier, mais remarquez tout de même : après l'Ascension, c'est terminé. Les Actes des Apôtres rapportent que des Anges vinrent "secouer" ces intimes du Christ, afin de les ramener aux réalités de chaque jour en leur disant :  

« Hommes de Galilée, pourquoi restez-vous donc là, à regarder le ciel  ? Ce Jésus qui, d'auprès de vous, a été emporté au ciel, reviendra de la même manière que vous l'avez vu partir vers le ciel. » (Actes des Apôtres,  chap.I,  vs.11)

Assurément, le futur Saint Paul, faisant route sur le chemin de Damas, sera encore bénéficiaire d'une apparition du Seigneur, mais dans une lumière tellement éclatante, qu'il en est aveuglé pour quelque temps. Ultérieurement, il écrira dans une de ses lettres qu'il connaît un homme ayant été emporté au septième ciel, en rêve ou en réalité, il ne saurait le dire, pour y avoir des visions inexprimables, et plus tard, des auteurs chrétiens, à savoir les Pères et Docteurs de l'Eglise, écriront dans leurs commentaires qu'il s'agissait sans doute de Saint Paul lui-même, mais l'on ne peut certainement pas affirmer qu'eux-mêmes aient été coutumiers du fait dans leur vie personnelle.

Bien entendu, il y a l'histoire du futur Saint Augustin qui a une locution intérieure "Tolle, lege"  (prends et lis). Le livre qu'il avait là devant lui, c'était le Nouveau Testament. Bouleversé par sa lecture, il se convertira. Mais ce n'est tout de même pas, à proprement parler, un cas d'apparition. Au Moyen âge, il n'y aura pas davantage d'apparitions en série. Sainte Gertrude, elle, a bénéficié de visions intérieures de Notre-Seigneur et on peut la croire sur parole, puisqu'il s'agit d'une mystique sérieuse, canonisée par l'Eglise (1256-1302). Remarquez qu'il s'agit de visions, non d'apparitions proprement dites, et que cela ne lui est pas arrivé en série devant une foule "qui en demande".

Toujours est-il qu'il ne faut pas prendre en compte les prétendues apparitions dont on commence déjà à parler au Moyen âge, comme il ressort entre autres de quelques légendes, mises par écrit par certains auteurs d'inspiration hétérodoxe, telles que celle au sujet de « Marieke van Nieumeghen ». On nous y raconte l'histoire "émouvante" d'une religieuse qui tombe amoureuse et abandonne son couvent. Bientôt, elle fera même la putain dans un bordel pendant vingt ans, mais elle était restée fidèle à la dévotion envers Notre-Dame. Alors, pendant tout le temps de son égarement, ô merveille dont s'extasiaient les apparitionnistes de l'époque, la T.S.Vierge Marie en personne avait remplacé cette religieuse dans son couvent, de sorte que personne ne remarqua quoi que ce soit à son retour lorsque, touchée par la grâce, elle revint à son point de départ, sans confession ni aveu de son égarement  : Notre-Dame avait censément tout "arrangé". C'est seulement à la fin de sa vie que la religieuse en question aurait tout raconté et ce, "dans un but d'édification" (sic) !

Du point de vue de la doctrine catholique, pareille légende -- qui promeut la confiance téméraire sous couleur de dévotion -- n'est pas fondée sur la vérité des choses et ne peut aucunement l'être. Quand bien même cela était, l'on serait alors en présence d'une tromperie diabolique, comme il ressort des règles élémentaires du discernement des esprits. Jamais Notre-Dame n'irait "arranger" les choses pour cautionner une vie immorale, ni pour dispenser du sacrement de pénitence ! Le Démon a dû être furieux qu'au Moyen âge, la dévotion à la T.S.Vierge s'était fort amplifiée. Alors, selon sa tactique habituelle, quand il ne parvient pas à bout de quelqu'un ou de quelque chose, après avoir poussé les gens à divers mouvements d'humeur violemment opposés à l'objet de sa haine, il essaie tout au contraire de les récupérer en douce en incitant à des exagérations dont ni le début, ni le milieu, ni la fin ne sont tout à fait conformes aux moeurs catholiques. L'exemple de cette légende médiévale et apparitionniste de « Marieke van Nieumeghen » montre que Satan a effectivement poussé, dès le Moyen âge, à l'exagération irrationnelle, superstitieuse, grotesque, odieuse, fantaisiste et scandaleuse. Après avoir fait la promotion de la défiance envers Dieu, il a fait celle de la confiance téméraire en Lui.

En général toutefois, remarquez qu'au Moyen âge, lesdites apparitions n'étaient pas du tout le fait de personnages de la Cour céleste comme la T.S.Vierge. Lisez donc les chroniqueurs. On y trouve la description de toutes sortes de diables et de monstres de l'Apocalypse, quelquefois identifiés à des rois ou à des empereurs -- pourtant chrétiens -- qui faisaient, par le seul fait d'exister, obstacle à la convoitise d'expansion territoriale des Etats pontificaux. Fra Salimbene de Adamo, Albert de Stade, Rolandin de Padoue, Albéric de Troisfontaines et bien d'autres chroniqueurs excelleront en virtuosité, au Moyen âge, pour faire croire à leur audience monastique et aux fidèles qui fréquentaient les écoles abbatiales dans toute la Chrétienté, que les démons étaient lâchés sur terre et avaient comme suppôts tels ou tels personnages politiques que les autorités ecclésiastiques voulaient diaboliser afin d'être plus crédibles en les destituant et puis surtout en encaissant les taxes à leur place.

Les personnes ignorantes de l'Histoire véritable s'imaginent facilement (et il y a malheureusement parmi elles de nombreux ecclésiastiques, qu'une formation insuffisante a rendus tels, au grand dam des fidèles) que les récits "pieux" transmis par des éditeurs réputés tout aussi "pieux" sont conformes à la réalité du passé. À ces personnes-là, on peut raconter n'importe quoi : elles gobent tout ce qui a l'air d'être "pieux". Avec l'approbation aussi imprudente qu'impulsive de certains évêques ou abbés, ces personnes -- quelquefois nettement maladives, certaines ayant été meurties au cours de leur vie passée -- s'adonnent à toutes espèces de pratiques, récitent toutes sortes de prières et se fient aveuglément à n'importe quelles "promesses" prétendument "divines" ou "révélées" par Dieu en dehors de l'Écriture sainte et de la Tradition apostolique.

Exemples d'égarements pathologiques et doctrinaux

Scandaleusement encouragées par des prêtres dépourvus de la science requise pour une pastorale catholique, les personnes cornaquées ne se soucient même pas de la désapprobation pontificale qui concerne pourtant de façon expresse certaines apparitions ou promesses, avec les pratiques correspondantes censément "requises". Elles s'obstinent farouchement dans leurs états d'âme. En effet, ces personnes n'en démordent pas, même après leur avoir fourni les preuves documentées de leur égarement.

Le loup déguisé en peau de brebis égare les gens
en éloignant de la Foi sous couleur de dévotion

         "Les Oraisons de sainte Brigitte"

Ainsi, par exemple, au sujet des prétendues "révélations" dont sainte Brigitte de Suède (1303-1373) aurait été bénéficiaire en 1350 au cours d'une apparition (ou d'une locution intérieure) de Notre-Seigneur et qui comporteraient des "promesses" liées à l'accomplissement de la pratique d'un certain nombre d'oraisons. En fait, l'analyse du type d'écriture des manuscrits médiévaux, qui font état de ces oraisons spéciales, indiquent une composition bien ultérieure par des religieuses "brigittines" (du nom de l'Ordre fondé par la Sainte vers la fin de sa vie). De plus, ces "quinze" oraisons, dont sainte Brigitte aurait reçu le texte de Jésus lui-même, comportent des variations importantes quant à leur ordre de présentation et même quant à leur contenu, comme il ressort incontestablement des éditions successives et numérotées de ces oraisons au fil des siècles.

Enfin, ce qui concerne les "promesses" attachées à la récitation de ces "quinze" oraisons, ce n'est qu'à partir du XVIIIème siècle qu'il en est fait mention, soit près de cinq siècles après ladite "apparition" et la mort de sainte Brigitte. La question de leur authenticité matérielle et formelle se posait depuis longtemps, sans pour autant décourager les adeptes de cette "dévotion", que les variations dans lesdites "promesses" ne semblent pas déranger, alors qu'elles émanent pourtant d'une "révélation" réputée unique (en 1350).

L'une de ces variantes (la plus longue) mentionne ceci :
 
« Comme il y avait fort longtemps que Brigitte désirait savoir le nombre des coups que Notre-Seigneur reçut en sa passion, un jour Il lui apparut en lui disant : "J`ai reçu en mon corps 5.480 coups. Si vous voulez les honorer par quelque vénération, vous direz 15 Pater et 15 Ave avec les Oraisons suivantes... L`année écoulée, vous aurez salué chacune de mes plaies."
 
Il ajouta ensuite que quiconque dirait ces Oraisons pendant un an :
1 -Délivrera 15 âmes de sa lignée du Purgatoire.
2 -15 justes de sa même lignée seront confirmés et conservés en grâce.
3 -Et 15 pécheurs de sa même lignée seront convertis.
4 -La personne qui les dira aura les premiers degrés de perfection.
5 - Et 15 jours avant sa mort je lui donnerai mon précieux corps afin que par icelui il soit délivré de la faim éternelle, je lui donnerai mon précieux sang à boire de peur qu`il n`ait soif éternellement.
6 -Et 15 jours avant sa mort, il aura une amère contrition de tous ses péchés et une parfaite connaissance d`iceux.
7 -Je mettrai le signe de ma très victorieuse Croix devant lui pour son secours et défense contre les embûches de ses ennemis.
8 -Avant sa mort, je viendrai avec ma très chère et bien-aimée Mère.
9 -Et recevrai bénignement son âme, et la mènerai aux joies éternelles.
10-Et l`ayant menée jusque-là, je lui donnerai un singulier trait à boire de la fontaine de ma Déité, ce que je ne ferai pas à d`autres n`ayant pas dit mes Oraisons.
11-Il faut savoir que quiconque aurait vécu pendant 30 ans en péché mortel, et dirait dévotement ou se serait proposé de dire ses Oraisons, le Seigneur lui pardonnera tous ses péchés.
12-Et le défendra de mauvaises tentations.
13-Et lui conservera et gardera ses cinq sens.
14-Et le préservera de la mort subite.
15-Il délivrera son âme des peines éternelles.
16-Et il obtiendra tout ce qu`il demandera à Dieu et à la Très Sainte Vierge.
17-Que s`il avait toujours vécu selon sa propre volonté et qu`il dût mourir demain, sa vie se prolongera.
18-Toutes les fois que quelqu`un dira ses Oraisons, il gagnera 100 jours d`indulgences.
19-Et il sera assuré d`être joint au suprême Choeur des Anges.
20-Que quiconque les enseignera à un autre, sa joie et son mérite ne manqueront jamais - mais seront stables et dureront éternellement.
21-Là où sont et où seront dites ces Oraisons, Dieu y est présent avec sa grâce.
 
Tous ces privilèges ont été promis à sainte Brigitte par une image de Notre-Seigneur Jésus-Christ crucifié, à condition qu`elle dise tous les jours ces Oraisons, et ils sont aussi promis à tous ceux qui les diront dévotement chaque jour pendant l`espace d`un an. »   - sic !
 
Remarquez en passant qu'à la fin de ce texte, il est question d'une "image" et non plus d'une véritable apparition, ce qui contredit le début où il est écrit que Notre-Seigneur "apparut".
 
Parmi les versions plus courtes (avec des "promesses" sensiblement différentes) qui circulent un peu partout et notamment sur Internet -- versions émanées des milieux "traditionalistes" mais pas exclusivement, tellement la soif du merveilleux est intense, avec la soif du profit à l'avenant, car la vente de ces brochures rapporte évidemment de l'argent  -- il y a celle-ci :
 
« Le Divin Sauveur a révélé à Sainte Brigitte la promesse suivante : "Sachez que j'accorderai à ceux qui réciteront, pendant 12 ans, 7 Pater et 7 Ave avec les prières suivantes en l'honneur de mon Précieux Sang, les cinq grâces suivantes :
 
1. Ils n'iront pas en purgatoire.
2. Je les compterai au nombre des Martyrs, comme s'ils avaient versé leur sang pour la foi.
3. Je conserverai en état de grâce sanctifiante l'âme de trois de leurs parents, au choix.
4. Les âmes de leur parenté, jusqu'à la 4ème génération, éviteront l'enfer.
5. Ils connaîtront la date de leur mort un mois auparavant.
 
-- S'ils devaient mourir avant cela, je considère la chose acquise, comme s'ils avaient rempli toutes les conditions."  »  -- sic !

Avec Internet, la publicité pour ce genre de pratiques liées à des "promesses" censément "divines" a fait un bond exponentiel, ce que les publications imprimées n'avaient jamais atteint jusque-là. Toutefois, les responsables hiérarchiques au sein de l'Église n'avaient pas manqué de dénoncer auparavant déjà leur caractère non fondé. Mais cela, les abbés qui sont concernés ne vous le diront pas, bien sûr : ce serait menacer la vente des brochures qui préconisent cette "dévotion". -- Ou alors, se pourrait-il donc qu'ils n'aient décidément rien appris à ce sujet ?

Ainsi, sous le règne et avec l'approbation du pape Pie XII, fut publié dans les Actes du Siège apostolique de 1954 un Avertissement du Saint-Office :

« On répand en diverses régions un opuscule traduit en plusieurs langues qui a pour titre : "Le secret du bonheur. Les quinze oraisons révélées par Notre-Seigneur à sainte Brigitte dans l'église Saint-Paul à Rome", et est édité à Nice et ailleurs. Comme cette brochure affirme que Dieu aurait fait à sainte Brigitte certaines promesses, dont l'origine surnaturelle n'est nullement prouvée, les Ordinaires des lieux doivent veiller à ce que ne soit pas accordé le permis d'éditer les opuscules qui contiendraient ces promesses. »

Consultez donc, entre autres, les Documents Pontificaux avec les écrits de Pie XII, au vol. XVI, 28 janvier 1954, p.44.

Je vous fournis ci-après le texte paru en latin dans les "Acta Apostolicae Sedis" (A.A.S. 46, vol. XXI, 28 januarii 1954, p.64) :

SUPREMA SACRA CONGREGATIO S. OFFICII
MONITUM

« In aliquibus locis divulgatum est opusculum quoddam, cui titulus "SECRETUM FELICITATIS - Quindecim orationes a Domino S. Birgittae in ecclesia S. Pauli, Romae, revelatae", Niceae ad Varum (et alibi), variis linguis editum. Cum vero in eodem libello asseratur S. Birgittae quasdam promissiones a Deo fuisse factas, de quarum origine supernaturali nullo modo constat, caveant Ordinarii locorum ne licentiam concedant edendi vel denuo imprimendi opuscula vel scripta quae praedictas promissiones continent. »

Datum Romae, ex Aedibus S. Officii, die 28 Ianuarii 1954.

Marius Crovini, Supremae S. Congr. S. Officii Notarius.

Il est à noter que des publications plus récentes de ces "promesses" -- et une foule de sites ou de blogs sur Internet, dont sont notamment responsables certains abbés "traditionalises" -- mentionnent le nom de papes qui auraient jadis approuvé leur publication :

« Le Pape Innocent X a confirmé cette révélation et a ajouté que les âmes qui s'en acquittent libèrent, chaque Vendredi-Saint, une âme du purgatoire. Cette dévotion a été approuvée par le Pape Clément XII en 1738 et recommandée par la Sainte Congrégation du Sacré-Collège de Propagande pour la Foi. »  -- sic !

Cependant, toutes ces mentions sont fausses : aucun écrit authentique de telles approbations des "promesses" en elles-mêmes n'existe au cours des siècles depuis sainte Brigitte jusqu'à nos jours. Malgré cette évidence, pourtant vérifiable sur pièces, certains sites de communautés se disant "de la tradition" (sic) présentent ces "Oraisons de sainte Brigitte" comme authentiques et assorties d'une foule d'indulgences. À moins qu'il ne s'agisse d'ignorance crasse ou supine affectant leurs convictions, ces abbés et ces laïcs sont objectivement de fieffés menteurs et des faussaires, aussi bien quant au contenu exact des prétendues "promesses" que pour l'évocation de ces "approbations" inexistantes.

La simple et soigneuse application des critères de la méthode et de la critique historique permet de balayer d'un revers de main toutes ces billevesées, fadaises, balivernes, chimères, sornettes et autres sottises religieuses baignant dans la superstition, l'imputation scandaleuse, le mensonge historique et l'hérésie. Après les condamnations intervenues au Moyen âge même (rapportées au début de cet article), c'est le mérite du pape Adrien VI (1522-1523) d'avoir reconnu explicitement que de pareils désordres de l'esprit, ajoutés à ceux des moeurs, s'étaient accumulés, depuis le Moyen âge, pour alimenter finalement la Réforme protestante (incontestablement à bon droit dans ce domaine).

Le saint Concile oecuménique de Trente (1545-1563) rappelera d'ailleurs, dans son décret dogmatique sur la justification, que la certitude du salut par certaines oeuvres est une hérésie. Pareille prétention a en effet été condamnée comme formellement hérétique par ce Concile œcuménique (Session VI, du 13 janvier 1547, en particulier les chapitres 12 et 13, cf. le recueil de H. Denzinger (éd.), Enchiridion symbolorum, definitionum et declarationum de rebus fidei et morum, N°1520 à 1583).

À ce propos, le R.P.Alphonse de la Mère des Douleurs, Carme déchaussé, faisait observer :

« La sainte Église a condamné, par l’organe du Concile de Trente, cette sécurité au sujet du salut de quelques personnes qui se croient pieuses et sont tombées dans une funeste illusion par les artifices du démon ou par leur orgueilleuse confiance en leurs propres mérites. Il n’y a aucune erreur que sainte Thérèse [d’Avila] a plus combattue et contre laquelle elle a plus fréquemment prémuni ses religieuses que cette illusion de la certitude du salut. »

Malgré cela -- tellement l'ignorance doctrinale des gens (mal instruits par les prêtres) est grande -- on lit cette énormité dans un blog sur Internet, à propos de la récitation des "Oraisons de sainte Brigitte" : « Chers amis, j'en suis à la troisième année et toute ma famille évitera l'enfer. Je suis dans la paix pour le salut de toute ma famille. »  -- sic !
 
On nage là en pleine hérésie. C'est en effet uniquement par des actes personnels de l'intelligence et de la volonté (notamment de foi, de contrition et d'acceptation de la miséricorde de Dieu) que l'on peut être sauvé, ce qui implique forcément la réponse humaine dans le don de soi, avec la vertu et la prière personnelle. Mais on ne peut en aucune manière être sauvé parce qu'une arrière-arrière-grand-mère aurait récité les "Oraisons de sainte Brigitte". Comme telles, les pratiques ne sont aucunement salvatrices, ni pour soi-même, ni pour les autres. Autrement, ce serait d'ailleurs nier le libre arbitre et, comme il y a des religieux et des religieuses qui prient pour autrui en récitant les "Oraisons de sainte Brigitte", on se demande bien pourquoi le monde entier ne serait finalement pas sauvé sans avoir la foi, ni s'ouvrir à la grâce divine. --- Vous aurez remarqué, je présume, que cette perspective renoue avec la mentalité du "salut garanti" (moyennant telle dévotion) que faisait miroiter également la légende médiévale de « Marieke van Nieumeghen » évoquée en début d'article.

         La nécessité de la formation et du discernement

Il faudra attendre la fin du seizième siècle et même le dix-septième, quand la Contre-Réforme catholique aura mis davantage d'ordre dans les affaires ecclésiastiques et codifié un certain nombre de procédures, notamment celles des canonisations et des enquêtes pastorales, pour que la reconnaissance de la sainteté d'une personne, celle de la véracité d'un miracle et celle de la réalité d'une "apparition" soient enfin basées sur des critères objectifs, précisés et détaillés avec soin. Tout au long de l'Histoire, on peut relever en effet 308 rapports d'apparitions mariales sérieuses. Ces rapports sont parfois attribués à des Saints ou à des Bienheureux, mais bien souvent à des enfants ou à de petits groupes d'adolescent(e)s. Ils n'étaient (et ne sont) pas tous officiellement reconnus comme dignes de foi. Dans le courant de la Contre-Réforme catholique, les phénomènes rapportés comme étant des "apparitions" (avec ou sans "messages") vont donc être soigneusement examinés dans le but de leur accorder une sorte de "visa" ecclésiastique (jugement de l'Église sur les faits quant à leur crédibilité).

Toutefois, même alors, l'Église fait la très nette distinction entre ce qui est réputé "credibilis" (crédible, de foi humaine) et ce qui est "credendum" (à croire, de foi catholique). Aucune "apparition", aucun "prodige" et aucun "miracle" ne relève de la catégorie dogmatique. On n'est donc pas obligé de le croire pour son salut.

Un "précédent" allait d'ailleurs stimuler cette volonté de clarté. En 1522 paraissait un ouvrage anonyme, intitulé "Mirabilis Liber", comportant de prétendus "messages célestes" qui expliquent la colère et la désapprobation du souverain pontife précité. Il s'agissait d'un recueil de pseudo-prophéties de provenance diverse, souvent hétérodoxe. En fait, c'était un recueil populaire (et anonyme) de prophéties ou de prédictions faussement attribuées à des Saints (quelquefois imaginaires d'ailleurs), auxquelles étaient ajoutés des oracles païens antiques (notamment des Sibylles) ainsi que les vaticinations de devins (tels que Merlin l'enchanteur). On y trouvait les erreurs millénaristes de l'abbé Joachim de Fiore, dont les écrits avaient été condamnés par l'Église en 1255. En outre, on a pu établir que la totalité du livre est particulièrement orienté et même manipulé, si on le compare aux textes originaux auxquels il prétend se référer.

L'on comprendra donc la prudence des autorités ecclésiastiques devant l'annonce d'une "apparition" porteuse d'un "message" (réputé prophétique ou non). La sainte Église est soucieuse de vérité. Ainsi, c'est en 1555 seulement que l'archevêque Alonso de Montúfar reconnut officiellement, après une enquête approfondie, la réalité de l'apparition de Notre-Dame à Guadelupe en 1531. En fait, c'est historiquement la première reconnaissance, sur base de critères objectifs d'investigation reconnus par le Saint-Siège, quant à un contact "céleste", en l'occurrence avec un Indien pour le charger de demander à l'évêque de Mexico la construction d'un édifice religieux. Il n'y avait pas de "secrets" inventés par des petites filles et attribués à la T.S.Vierge.

Le voyant était un humble indigène converti et pour tout "message" il y avait eu cette demande répétée à transmettre à l'évêque, de concert avec l'encouragement à prier Dieu avec persévérance. La relation des faits fut établie à l'époque par Antonio Valeriano en langage Nahuatl sous le titre Nican Mopohua, tel que présenté par Luis Lasso de la Vega dans sa traduction de 1649. En réponse au "signe" réclamé par l'évêque pour l'authenticité de l'apparition, il y eut -- en plus de la présentation, par l'Indien, de roses rouges cueillies sur un terrain où ne poussaient que des cactus -- l'impression de l'image de Notre-Dame sur le linge dans lequel les fleurs avaient été emballées. En outre, un examen pointu avec la technologie la plus récente a fait découvrir que l'on peut voir l'image de l'Indien en réduction minuscule dans les yeux de la T.S.Vierge reproduite sur le linge dont il est question. Il ne pouvait donc s'agir d'une peinture réalisée à une époque qui ignorait les techniques poussées de la photographie et du scanning avec de surcroît l'impression parfaite sur un linge, qui ne s'explique toujours pas. Si l'enquête ecclésiastique du XVIème siècle avait été superficielle et hâtive, on aurait pu découvrir de nos jours qu'il s'agissait d'une supercherie montée de toutes pièces et que l'Indien s'avérait donc un complice de l'affaire, dans le cas d'une image peinte.

C'est dans le cadre de cette prudence officielle, sérieusement codifiée et bien éclairée par la doctrine de foi, qu'il y a lieu de situer aussi la reconnaissance, par la sainte Église, des apparitions dont le Sacré-Coeur a gratifié une religieuse, Soeur Marguerite-Marie (1647-1690), ce qui nous a valu les litanies, l'office et le propre liturgique de la Messe du Sacré-Coeur, ainsi que la dévotion des premiers vendredis du mois avec l'exigence de la confession ajoutée à celle de la prière, et pas seulement l'exigence de la communion qui, à elle seule, exposerait au sacrilège eucharistique. L'adversaire du genre humain ayant d'abord essayé de combattre la dévotion au Sacré-Coeur, mais vainement, par une plus grande extension du jansénisme, changea soudain de tactique au dix-neuvième siècle. Du coup, tables tournantes et séances de spiritisme devinrent des passe-temps à la mode pour les libertins, tandis que les brebis du bercail de Saint Pierre, plus friandes de merveilleux que de la voix du bon pasteur, se mettaient à la recherche d'apparitions de toute sorte, spécialement de la T.S.Vierge Marie, dont quelques-unes seulement trouveront grâce aux yeux des autorités ecclésiastiques comme des faits "dignes de foi" (humaine). Il en sera de même au début du vingtième siècle.

Par contre, le temps du concile Vatican II (1962-1965) et surtout l'époque postconciliaire ont été marqués par une recrudescence inouïe d'apparitions dont les maisons d'édition de livres sont enchantées, puisque ça fait marcher leur commerce, mais sûrement pas au mieux des intérêts de la vérité. De plus, le clivage qui s'est établi entre le peuple chrétien et un certain clergé dont on se demande parfois s'il a encore foi en Dieu, a fait grandir chez d'aucuns, mélangée à l'appétit du merveilleux, la soif des breuvages spirituels qui ne sont plus servis en paroisse. Au lieu de se cultiver, c'est-à-dire de faire valoir ses talents, dont il est question dans l'Évangile, à tout le moins de mieux s'instruire de la doctrine catholique, que font la plupart ? Ou bien ils ne font rien, ou bien ils recherchent les lieux de ces prétendues apparitions pour y trouver des consolations spirituelles et le réconfort qui leur manque.

L'équivalence posée d'office -- et à l'encontre de tout jugement de l'Église -- entre "apparition" et "réalité surnaturelle" est complètement erronée : cette conviction n'est pas du tout basée sur le Nouveau Testament, ni sur un texte quelconque du magistère ecclésiastique, encore moins sur un dogme défini. La conviction des apparitionnistes est entièrement basée sur les apparitions elles-mêmes, prises d'emblée, à tout jamais et à tout prix, sans discussion, pour des manifestations célestes, alors même que les autorités ecclésiastiques compétentes en auraient dénoncé le caractère faux avec pièces à conviction probantes.

Non seulement ils rejettent ainsi l'autorité ecclésiastique, mais la toute première des autorités pour un Chrétien, à savoir celle de Jésus-Christ lui-même qui nous a pourtant bien prévenus :

« Si quelqu'un vous dit alors : le Christ est ici ! -- ou : Il est là !,  ne le croyez point... Soyez donc sur vos gardes, maintenant que je vous ai prédit toutes ces choses. Si l'on vous dit : Voici que le Christ est dans le désert !, n'y allez pas ;  ou encore : Le voici à l'intérieur de telle maison !, ne le croyez pas. Comme l'éclair jaillit de l'Orient et brille jusqu'en Occident, AINSI en sera-t-il de la venue du Fils de l'Homme... venant sur les nuées du ciel, avec une grande puissance et une grande majesté. Il enverra ses Anges avec une trompette à la voix retentissante, pour rassembler ses élus des quatre vents, de toutes les extrémités de l'horizon... »   (cf. Matth., XXIV, 23-31 ;  Marc, XIII, 21-27 ;  Luc, XXI, 25-33 et XVII, 36-37)

En soi, des apparitions d'Anges ou de Saints ne sont pas impossibles, mais cela ne se présume pas. -- La sainte Église est seule compétente pour en décider après vérification.

La conviction selon laquelle Notre-Dame aurait reçu la mission de préparer cette glorieuse seconde venue de son divin Fils en faisant d'incessants va-et-vient entre le Ciel et la terre n'est pas une conviction qui repose sur la foi catholique. C'est une conviction qui repose précisément sur l'une de ces apparitions à propos desquelles l'Église ne s'est pas prononcée, sinon pour déclarer "non constat de supernaturalitate" (le caractère surnaturel n'est pas établi). L'apparitionnisme, pour se justifier, se renvoie donc à lui-même. C'est ce qu'on appelle, en termes moins élégants, "un cercle vicieux".

Il existe pourtant un moyen décisif pour savoir s'il y a eu, oui ou non, apparition surnaturelle en l'occurrence et si le phénomène vient de Dieu. Ce moyen est une application des critères du "discernement des esprits" dont l'Église catholique fait précisément usage lorsqu'elle est appelée à se prononcer sur un fait prodigieux qui lui est signalé. On examine d'abord s'il ne peut comporter aucun indice de manifestation diabolique. Cela étant exclu après examen, on vérifie s'il n'y a pas eu de fraude humaine dans le contexte du phénomène censément observé, celui-ci étant attesté sous serment, la main posée sur l'Écriture sainte. Si tout paraît absolument normal, la sainte Église procède à un dernier test, qui consiste à considérer attentivement la vie de la voyante (ou des voyantes, plus rarement du voyant ou des voyants), bénéficiaire(s) de la vision ou de l'apparition (non perçue par l'entourage). Si tout manifeste chez elle(s), (ou chez lui, chez eux), les "fruits du Saint-Esprit" (Gal. V, 19-26), alors l'Église déclare que le fait est "crédible" (constat de supernaturalitate). Si par contre il y a défaut d'un seul "fruit du Saint-Esprit" dans le chef de la (du, des) bénéficiaire(s), dans ce cas la sainte Église n'admettra pas le caractère divin du phénomène (selon le cas, elle se prononcera en jugeant : non constat de supernaturalitate / constat de non-supernaturalitate).

Dans sa prudence et sa sagesse multiséculaires en matière religieuse, la sainte Église considère en effet à juste titre que Dieu ne peut cautionner la moindre erreur, ni le moindre vice. Le critère de jugement est donc : "Bonum ex integra causa, malum e quocumque defectu" (le bien ressort d'une cause intègre, le mal de n'importe quel défaut). Enfin, l'Église a coutume d'attendre un miracle de guérison physique, non contesté par les médecins et les scientifiques, avant de conclure définitivement sur le plan religieux. De plus, dans certains cas, des "messages" sont censément délivrés ou des "prophéties" rapportées par la voyante (ou les voyantes, plus rarement le voyant ou les voyants). Là aussi, l'Église examine soigneusement ce qu'il en est exactement. Les "messages" ne comportent-ils rien de contraire à la doctrine catholique ? Les "prophéties" ne s'avèrent-elles pas fausses, étant postérieures à leur réalisation ou bien non réalisées dans les circonstances annoncées ?

Depuis les apparitions de Lourdes (1858), elles sont plutôt rares, celles que la sainte Église a déclarées "crédibles" après des mois ou des années de recherche et de contrôle. En fait, la plupart des prétendues "apparitions" sont le résultat d'une fraude humaine, sinon d'un attrape-nigauds diabolique. Convoqué(e)(s) par l'évêque du lieu et mis(e)(s) en demeure de jurer devant Dieu (la main sur l'Écriture sainte, devant témoins et sous peine d'excommunication) que rien n'a été inventé de son (leur) cru, ni dicté par quelqu'un d'autre (un "ami" religieux par exemple), mais que tout correspond bien à la réalité perçue (sauf par l'entourage), la (le, les) voyant(e)(s), fond(ent) souvent en larmes et passe(nt) aux aveux quant à la supercherie commise de propos délibéré, ou bien dont elle(s) (il, ils) a (ont) été victime(s) "sur commande" (de leur "ami" religieux "bien intentionné" par exemple).

Dans l'un comme dans l'autre cas, un procès-verbal est dressé par le notaire épiscopal, signé par les témoins et par l'(les) intéressé(e)(s). L'évêque y appose son sceau et voilà une pièce à conviction ecclésiastique. C'est un document officiel, reconnu comme tel par les historiens et opposable en droit à la foule quelquefois en colère parce que, souffrant sans le savoir d'une forme d'hystérie religieuse, elle se sent frustrée du merveilleux dont elle attend la continuation pour son réconfort spirituel, surtout si l'apparition a délivré des "messages" comportant un ou plusieurs "secrets" qui annoncent évidemment l'une ou l'autre suite, ce qui fait l'effet d'une mention "à suivre" piquant la curiosité, comme dans les feuilletons télévisés ou les romans des magazines hebdomadaires. Cela garde en tout cas attentive et fidèle une bonne partie de l'audience. Il y a de (trop) nombreux exemples !

          Le mouvement de Bayside

Ainsi,  les fameuses "apparitions" à Bayside (New York) qui ont diffusé leurs "messages" de 1968 à 1995. -- Parmi d'autres aberrations, la voyante rapportait en date du 14 août 1979 que le "Ciel" décourageait en fait l'élan missionnaire, puisqu'il mettait sur le même pied toutes les croyances et toutes les professions de foi, auxquelles des places seraient censément réservées dans la Maison du Père, ce qui constitue évidemment une perle de syncrétisme religieux, fruit de l'indifférentisme libéral du vingtième siècle : “Do not judge your brothers and sisters who have not been converted... My Son has repeated over and over – remember always – that in my Father’s House, there are many rooms in the Mansion, signifying faiths and creeds.” (sic)

La voyante avait manifestement oublié son catéchisme, mais il est bien sûr impossible que le "Ciel" l'oublie, puisque conformément à l'Écriture sainte elle-même, qui est un ensemble de documents historiques nous renseignant sur la teneur de la foi chrétienne, Jésus avait précisément demandé d'enseigner toutes les nations, leur apprenant à observer tout ce qu'il avait enseigné. L'expression "il y a plusieurs places dans la Maison du Père" a été arrachée à son contexte d'ordre moral pour en faire une conviction hétérodoxe, porteuse d'un contresens énorme qui pervertit tout l'Évangile.
 
Là également, de fausses prophéties faisaient partie des "messages" présentés comme "célestes". Ainsi, en date du 18 juin 1988, la voyante disait rapporter les paroles de Notre-Dame, avertissant qu'avant deux ans à peine, il y aurait une paralysie complète de tout le système monétaire. Il n'y eut rien de tel en 1990, ni par la suite. En outre, la voyante avait censément rapporté qu'une "boule de la rédemption" (sic) fonçait vers la terre comme une comète et la frapperait... avant la fin du siècle en cours. Nous sommes déjà bien engagés dans le siècle suivant et rien de tel ne s'est passé.
 
En outre, "l'apparition" aurait exigé en date du 3 mai 1978 que chacun reste confiné dans sa paroisse : “You will all remain in your parish churches.” --- Puis, en date du 14 septembre 1986, la même "apparition" aurait eu un accès soudain de colère, s'écriant que le "Ciel" ne voulait pas d'églises établies par les "traditionalistes" un peu partout dans le monde : “My child and my children, we need no more Traditionalists running around and creating new churches.”
 
Ayant examiné attentivement ce qu'il en est de ces messages prétendument "célestes", l'évêque John Mugavero de Brooklyn (New York) publia en date du 4 novembre 1986 un mandement, déclarant qu'aucune crédibilité ne pouvait être accordée à ces "apparitions" rapportées par Veronica Lueken (1923-1995) et ses adeptes. Malgré cette désapprobation et depuis lors (1986) jusqu'au décès de la "voyante" (1995) et même par la suite, le "mouvement de Bayside" continua à faire état d'apparitions avec des messages "célestes" (et bien sûr à vendre les publications en rapport avec l'affaire).
 
Remarquez : si l’évêque américain qui a condamné cette affaire était "moderniste", comme certains prétendent, alors il aurait eu intérêt à faire le contraire, puisque la prétendue "apparition" s’en prenait avec humeur aux "traditionalistes".
 
         Distinctions à faire
 
De plus, dans les rares cas où des faits miraculeux ainsi que le caractère surnaturel d'une apparition ont été reconnus "établis" ou "dignes de foi" par les autorités ecclésiastiques, aucune prophétie n'y est mêlée, sinon de manière générale, à l'instar de l'Écriture sainte avertissant "si vous ne faites pénitence, vous périrez". Les messages transmis par la voyante ou les voyantes (plus rarement le voyant ou les voyants) portent tous sur l'esprit de pénitence et de prière, à renouveler ou à augmenter en fonction des nécessités de l'époque. Prenez le message de Lourdes : n'est-ce pas une invitation à la pénitence et à la prière ? Prenez le message de La Salette : n'est-ce pas une invitation à la pénitence et à la prière ? Prenez le message de Fátima : n'est-ce pas une invitation à la pénitence et à la prière ?
 
Accessoirement, les messages peuvent comporter des avertissements et des ajouts, parfois le commentaire des bénéficiaires des apparitions. Cependant, il ne faut pas confondre le tout pour en faire une espèce de soupe à faire boire indistinctement en guise de catéchèse. Les messages, qui sont destinés à tous ou bien plus particulièrement aux autorités ecclésiastiques, requièrent un examen attentif par ceux à qui ils sont destinés. En aucun cas, il ne saurait y avoir une quelconque "priorité" par rapport à ce que l'Église enseigne déjà depuis les temps apostoliques.
 
D'aucuns ont pu faire observer qu'en ce qui concerne les avertissements, si l'on considère la date des faits de Lourdes (1858) dont on n'a pas tenu compte comme il aurait fallu, on constate qu'elle précédait la guerre de 1870-1871 qui a affecté la France ainsi que les États pontificaux ; si l'on considèle la date des faits de La Salette (1846-1879) dont on n'a pas tenu compte comme il aurait fallu, on constate qu'elle précédait la guerre de 1914-1918 qui fut mondiale ; si l'on considère la date des faits de Fatima (1917) dont on n'a pas tenu compte comme il aurait fallu, on constate qu'elle précédait la guerre de 1939-1945 qui fut encore davantage mondiale.
 
Mais il s'agit là d'avertissements implicites, en ce sens qu'il est bien connu (ou devrait être bien connu) que Dieu récompense le bien et punit le mal. Si les gens ne changent pas de vie, pas même après un rappel céleste au sujet de la pénitence et de la prière, ils s'exposent à subir les conséquences de leurs actes ici-bas ou dans l'Au-delà. Les messages contiennent chacun cet avertissement de manière implicite. Ne faisant que répéter là ce qui se trouve dans l'Écriture sainte (laquelle contient les ultimes prophéties), ces messages n'ajoutent toutefois rien d'essentiel à la science religieuse que les Chrétiens sont censés posséder grâce au catéchisme. Ils ne sont donc que de purs rappels de circonstance pour leur époque.
 
En ce qui concerne les ajouts, il y a lieu de distinguer ce qui fut ajouté à un premier message par l'ensemble des autres, s'il y en a eu d'autres, au cours de la durée des faits établis en question, et puis ce qui fut ajouté par les commentaires des bénéficiaires de ces apparitions. Lors des faits de Lourdes (1858), le message transmis par Bernadette Soubirous portait sur la pénitence et la prière. Il ne s'y ajoutait aucun "secret" destiné au public. Tout était simple et limpide. Des miracles, reconnus comme "inexplicables" par les hommes de science, ont depuis lors corroboré l'authenticité d'une manifestation céleste. Mais ce n'a pas toujours été le cas ailleurs.
 
          Le mouvement de La Salette
 
Il y a des sources occultes (pour le grand public) où les "visionnaires" ont puisé. Ainsi, à La Salette : si le message transmis en 1846 par Mélanie Calvat portait bien sur la pénitence et la prière, il comportait aussi un "secret" à révéler au pape Pie IX (ce qui fut fait). Seulement, le texte de ce "secret" (rédigé par la voyante en 1851) était un secret postal comportant un bref message. Il diffère beaucoup de celui publié ensuite par cette même voyante en 1879, alors qu'elle n'avait pourtant plus bénéficié d'aucune apparition nouvelle depuis 1846. Ce type d'ajout est donc celui d'un commentaire, non celui d'une mise par écrit des paroles de Notre-Dame elle-même. -- Or, que constatons-nous ? Il y a une dépendance matérielle et formelle (un emprunt littéraire) dans ce message "arrangé" de La Salette, par rapport à des passages identifiables dans des documents beaucoup plus anciens.
 
En effet, on y trouve reproduites certaines affirmations que l'on trouve dans les prédictions de Michel de Nostredame (alias "Nostradamus", 1503-1566), un pharmacien de la Renaissance qui a échappé à l'Inquisition en se mettant sous la protection de Catherine de Médicis, qui fit non seulement de lui son conseiller et son astrologue, mais aussi un des "médecins" royaux. Les passages en question, Nostradamus les avait transposés dans le langage hermétique de ses quatrains ésotériques à partir d'un ouvrage intitulé "Mirabilis Liber" publié en 1522.
 
 
Il s'agissait d'un recueil de pseudo-prophéties de provenance diverse, souvent hétérodoxe. En fait, c'était un recueil populaire (et anonyme) de prophéties ou de prédictions faussement attribuées à des Saints (quelquefois imaginaires d'ailleurs), auxquelles étaient ajoutés des oracles païens antiques (notamment des Sibylles) ainsi que les vaticinations de devins (tels que Merlin l'enchanteur). On y trouvait les erreurs millénaristes de l'abbé Joachim de Fiore, dont les écrits avaient été condamnés par l'Église en 1255. En outre, on a pu établir que la totalité du livre est particulièrement orienté et même manipulé, si on le compare aux textes originaux auxquels il prétend se référer. Ainsi, s'agissant censément des "prophéties" d'un certain Bemechobus, on relève qu'il s'agit en réalité d'une version courte des "révélations" du pseudo-Methodius (comme il ressort de l'original conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal à Paris sous le n°391, fol. 9r-10v).
 
Parmi les plus intéressantes altérations de ce texte, il y a les mots "de Gallia" insérés dans la phrase "Surget autem christianorum gens, et proeliabitur cum eis" (= il surgira un peuple de chrétiens qui leur livrera bataille), devenant ainsi "Surget autem de Gallia christianorum gens, et proeliabitur cum eis" (= il surgira de la Gaule un peuple de chrétiens qui leur livrera bataille"). S'agissant des ennemis de Dieu et de l'Église, cela érige évidemment les Français en héros "prédits" et montre surtout très bien la volonté du compilateur (anonyme !) de "retoucher" des textes anciens pour les accorder à son point de vue politique.
 
Certains textes furent même entièrement fabriqués, tels la "prophétie" faussement attribuée à Saint Césaire d'Arles (469-542) où il est, comme par hasard, question du "saint pape" et du "grand monarque" (Français, bien sûr) qui viendront mettre de l'ordre dans les derniers temps. Le faussaire anonyme semble donc être Français, d'autant plus que la dernière partie de son ouvrage est précisément rédigée en français. -- Peut-être était-il fatigué d'écrire dans un latin approximatif ? -- Remarquons en tout cas que le style et le vocabulaire latin qu'il "reproduit" n'est pas celui, bien connu, des divers auteurs auquel il attribue effrontément lesdites "prédictions". Quant aux manuscrits dont il laisse accroire qu'il les a fidèlement reproduits, si l'on fait abstraction de ceux dont le texte a fait l'objet d'ajouts de sa plume et qui sont politiquement orientés, il y a tous les autres dont il n'existe absolument aucune trace nulle part au monde !
 
On trouve aussi dans cette prophétie attribuée à Saint Césaire d'Arles un grand nombre d'expressions comme :  Roi d'Aquilon, l'eau, peste, feu, sang, grande cité, le roi de Blois qui régnera dans Avignon ... qui figurent également dans les "Centuries" de Nostradamus, puisque ce dernier les a tout bonnement reprises du "Mirabilis Liber".
 
Toujours est-il que l'on trouva ce livre dans la bibliothèque de Mgr Jean-Marie d’Allemans du Lau, archevêque d'Arles, massacré en 1792. Du coup, sous la Restauration, ce livre fut publié entièrement traduit en français par Édouard Bricon en 1831 sous le titre "Mirabilis Liber, le livre admirable, renfermant des prophéties, des révélations et une foule de choses surprenantes, passées, présentes et futures". Comme on sait que la voyante Mélanie Calvat était friande de lectures "apocalyptiques" et que ce livre était un best-seller de l'époque, il ne faut pas s'étonner outre mesure de trouver littéralement copiés les passages relatifs à "la France" dans la rallonge de 1879 au message de La Salette de 1846.
 
Mais les personnes qui ignorent tout cela s'imaginent qu'il s'agit des paroles, fidèlement rapportées, de Notre-Dame elle-même !
 
Ne la confondons tout de même pas avec Nostradamus !
 
Enfin, la "petite cerise sur le gâteau" (si l'on ose dire) c'est que, suite à la béatification (en 1926) de Mgr Jean-Marie d’Allemans du Lau comme martyr sous la Révolution française, certains se sont imaginé que les livres se trouvant dans sa bibliothèque étaient donc "béatifiés" aussi !  Du coup, ils considèrent le contenu du "Mirabilis Liber", un ouvrage de faussaire de la Renaissance, comme une série de "messages" célestes à diffuser avec empressement pour le salut du genre humain. Comme on pouvait s'y attendre, les Français sont les plus zélés à répandre ces "messages", puisqu'ils s'y voient dotés d'une espèce de rôle messianique, étant expressément présentés comme de futurs héros qui vont vaincre les ennemis de Dieu et de l'Église grâce à leur "saint pontife" et à leur "grand monarque". Les milieux royalistes ne sont pas restés insensibles à ce genre de prédiction. Certains ecclésiastiques non plus d'ailleurs : en axant leur prédication sur des "messages" pareils pour y maintenir plongés les esprits de gens convaincus d'avance de leur exactitude, ils sont assurés de pouvoir en retirer un profit financier appréciable. Le fait que ces "messages" sentent la naphtaline et le soufre ne semble pas déranger ces abbés opportunistes.
 
Précisons en effet qu’il est seulement question d’une apparition en 1846, dont relation a été faite au pape en 1851, tandis qu’il existe aussi une version "apocalyptique" publiée en 1879 à Lecce (Italie). Le vieil évêque quasiment nonagénaire du lieu fut réprimandé par le Saint-Siège pour son imprudence à en avoir permis l’impression. C’est pourtant cette version tardive qui a généralement été considérée comme "le secret de La Salette".
 
De plus, dans l’entretemps, il y avait eu une entrevue de Maximin avec le saint curé d’Ars, Jean-Marie Vianney, en date du 25 septembre 1850, dont on ne parle significativement jamais, à ma connaissance. -- Et pour cause ! On avait demandé à ce dernier ce qu’il fallait penser de l’apparition de Notre-Dame à La Salette.
 
Il répondit : « Mon ami, vous pouvez en penser ce que vous voudrez : ce n’est pas un article de foi. Moi, je pense qu’il faut aimer la sainte Vierge. Mais si Maximin ne m’a pas trompé, il n’a pas vu la sainte Vierge. Je lui ai dit : “Mon enfant, si vous avez menti, il faut vous rétracter.” Ce n’est pas nécessaire, m’a-t-il répondu, ça fait du bien au peuple. Il y en a beaucoup qui se convertissent. »
 
– Question au saint curé d’Ars : « Monsieur le curé, êtes-vous sûr d’avoir bien entendu ce que Maximin vous a dit ? »
 
– Réponse du saint curé d’Ars : « Oh ! très sûr ! Il y en a bien par-là qui ont voulu dire que j’étais sourd ! Que n’a-t-on pas dit ? Il me semble que ce n’est pas comme ça qu’on défend la vérité. »
 
Veuillez noter que ces propos du saint curé d’Ars furent reproduits dans les documents en vue de sa canonisation, tandis que les faits allégués de La Salette n’ont jamais bénéficié d’un prononcé favorable de la part du Saint-Siège. Bien plus, ledit "secret de La Salette" fut désavoué en 1915 avec la menace une sanction canonique à l’encontre des prêtres et des laïcs qui diffusent ces balivernes. Du reste, il y eut une simple approbation épiscopale en 1851 pour les faits de 1846 déclarés "crédibles" (sans qu’il soit question de "secret" à ce moment), mais il n’y en eut jamais en 1879 pour la "rallonge" avec ledit "secret". On le laisse cependant toujours accroire. Les personnes crédules, qui ignorent tout ça, s’imaginent volontiers que « monsieur l’abbé rapporte fidèlement les paroles de Notre-Dame ». -- sic !
 
Je vous fournis ci-après le texte paru en latin dans les "Acta Apostolicae Sedis" (A.A.S. 7, vol. VII, 21 decembris 1915, p.594) :
 
Acta Apostolicae Sedis - Commentarium Officiale
SUPREMA SACRA CONGREGATIO S. OFFICII
DECRETUM
CIRCA VULGO DICTUM « SECRET DE LA SALETTE »
 
Ad Supremae huius Congregationis notitiam pervenit quosdam non deesse, etiam ex ecclesiastico coetu, qui, posthabitis responsionibus ac decisionibus ipsius S. Congregationis, per libros, opuscula atque articulos in foliis periodicis editos, sive subscriptos sive sine nomine, de sic dicto Secret de la Salette, de diversis ipsius formis, nec non de eius praesentibus aut futuris temporibus accommodatione disserere ac pertractare pergunt; idque non modo absque Ordinariorum licentia, verum etiam contra ipsorum vetitum.
 
Ut hi abusus qui verae pietati officiunt, et ecclesiasticam auctoritatem magnopere laedunt, cohibeantur, eadem Sacra Congregatio mandat omnibus fidelibus cuiuscumque regionis ne sub quovis praetextu vel quavis forma, nempe per libros, opuscula aut articulos sive subscriptos sive sine nomine, vel alio quovis modo, de memorato subiecto disserant aut pertractent.
 
Quicumque vero hoc Sancti Officii praeceptum violaverint, si sint sacerdotes, priventur omni, quam forte habeant, dignitate, et per Ordinarium loci ab audiendis sacramentalibus confessionibus et a missa celebranda suspendantur ; et si sint laici, ad Sacramenta non admittantur, donec resipiscant.
 
Utrique insuper subiaceant sanctionibus latis, tum a Leone PP. XIII per Constitutionem Officiorum ac munerum contra eos qui libros de rebus religiosis tractantes sine legitima Superiorum licentia publicant, cum ab Urbano VIII per decretum Sanctissimus Dominus Noster datum die 13 martii 1625 contra eos qui assertas revelationes sine Ordinariorum licentia vulgant.
 
Hoc autem decretum devotionem non vetat erga Beatissimam Virginem sub titulo Reconciliatricis vulgo de la Salette nuncupatam.
 
Datum Romae, ex Aedibus Sancti Officii, die 21 decembris 1915.
Aloisius Castellano, S. R. et U. I. Notarius.
Traduction
 
Il est parvenu à la connaissance de cette suprême Congrégation qu'il ne manque pas de gens, même appartenant à l'ordre ecclésiastique, qui, en dépit des réponses et décisions de la Sacrée Congrégation elle-même, continuent par des livres, brochures et articles publiés dans des revues périodiques, soit signés soit anonymes, à traiter et discuter la question dite du Secret de La Salette, de ses différents textes et de son adaptation aux temps présents ou aux temps à venir, et cela, non seulement sans l'autorisation des Ordinaires, mais même contrairement à leur défense.
 
Afin que ces abus, qui nuisent à la vraie piété et portent une grave atteinte à l'autorité ecclésiastique, soient réprimés, la même Sacrée Congrégation ordonne à tous les fidèles, à quelque pays qu'ils appartiennent, de s'abstenir de traiter et de discuter le sujet dont il s'agit, sous quelque prétexte et sous quelque forme que ce soit, tels que livres, brochures ou articles signés ou anonymes, ou de toute autre manière.
 
Que tous ceux qui viendraient à transgresser cet ordre du Saint-Office soient privés, s'ils sont prêtres, de toute dignité qu'ils pourraient avoir, et frappés de suspense par l'Ordinaire du lieu, soit pour entendre les confessions sacramentelles, soit pour célébrer la Messe ; et s'ils sont laïques, qu'ils ne soient pas admis aux sacrements, jusqu’à ce qu’ils soient venus à résipiscence.
 
En outre, que les uns et les autres se soumettent aux sanctions portées, soit par Léon XIII dans la Constitution Officiorum ac munerum contre ceux qui publient, sans l'autorisation régulière des supérieurs, des livres traitant de choses religieuses, soit par Urbain VIII dans le décret Sanctissimus Dominus noster, rendu le 13 mars 1625, contre ceux qui répandent dans le public, sans la permission de l'Ordinaire, ce qui est présenté comme révélations.
 
Cependant, ce décret n'interdit pas la dévotion envers la Très Sainte Vierge, invoquée sous le titre de Réconciliatrice, vulgairement dite de La Salette.
 
Donné à Rome, depuis le palais du Saint-Office, le 21 décembre 1915,
Aloisius Castellano, Notaire.
 

Cependant, l’entêtement de certains ecclésiastiques, voire même leur mauvaise foi invétérée, semble relever de l’obstination caractérielle. Ils continuent en effet à présenter imperturbablement l’affaire comme approuvée par le Saint-Siège. C’est le cas aujourd’hui comme c’était le cas hier. En 1923, soit huit ans après le décret de 1915, un nouveau décret du Saint-Office renouvellait la réprobation, précisant que le pape Pie XI avait approuvé la résolution des Cardinaux préposés aux affaires de foi et de moeurs.
 
L’opuscule relatant la prétendue apparition est condamné et doit être retiré des mains des fidèles :
 
Acta Apostolicae Sedis    -    Commentarium Officiale     -     pp.287-288
II
DAMNATUR OPUSCULUM : « L'APPARITION DE LA TRÈS SAINTE VIERGE À LA SALETTE ».
DECRETUM
Feria IV, die 9 maii 1923

In generali consessu Supremae Sacrae Congregationis S. Officii Emi ac Rmi Domini Cardinales fidei et moribus tutandis praepositi proscripserunt atque damnaverunt opusculum : L'apparition de la très Sainte Vierge sur la sainte montagne de la Salette le samedi 19 septembre 1846. – Simple réimpression du texte intégral publié par Melanie, etc. Société Saint-Augustin, Paris-Rome-Bruges, 1922 ;  mandantes ad quos spectat ut exemplaria damnati opusculi e manibus fidelium retrahere curent.

Et eadem feria ac die Sanctissimus D. ST. D. Pius divina providentia Papa XI, in solita audientia R. P. D. Assessori S. Officii impertita, relatam sibi Emorum Patrum resolutionem approbavit.

Datum Romae, ex aedibus S. Officii, die 10 maii 1923.
Aloisius Castellano,
Supremae S. C. S. Officii Notarius.
 
          Le mouvement de Fátima
 
Venons-en maintenant à Fátima : si le message transmis en 1917 par Lucie dos Santos portait également sur la pénitence et la prière, cependant il comportait, quant à lui, pas moins de 3 "secrets" s'ajoutant par la suite au message en question. Il s'agissait bien entendu de "secrets" provisoires, intéressant soit le monde entier, soit les autorités ecclésiastiques. Le premier "secret" comportait la vision de l'Enfer où tombent les âmes non pénitentes. C'était un rappel évident du salut éternel dont il faut se soucier et une invitation au clergé à prêcher davantage dans ce sens. Dans le second "secret" il était question de la dévotion au Coeur immaculé de Marie, qu'il faudrait promouvoir, Notre-Dame étant (mais cela se savait déjà) "la toute-puissance suppliante" auprès de Dieu.
 
Le troisième "secret", tel que publié en 2000 par le Saint-Siège avec fac-simile (scanning) des lettres manuscrites de soeur Lucie, est une vision de souffrances dont seront (ou seraient) accablés le pape, les évêques et les fidèles. Auparavant, plusieurs versions en avaient circulé. L'une d'elles, la plus horrible d'ailleurs, digne du scénario d'un film d'épouvante, évoquait un troisième conflit mondial "pour sûr" dans le dernier quart du XXème siècle, avec des bombes atomiques pleuvant de tous côtés et les cataclysmes planétaires qui en résulteraient. Ce ne pouvait être la bonne version du "secret", puisque rien de tel ne s'est passé dans la période "prophétisée".
 
Il est à noter également que ces 3 "secrets" censément confiés en 1917 furent seulement mis par écrit entre 1941 et 1944, en pleine guerre mondiale, sur ordre des autorités ecclésiastiques. Cela ne s'est pas fait entre deux bombardements, mais bien calmement, puisque le Portugal, tout comme l'Espagne, étaient restés neutres, de même que la Suisse, la Suède et la Turquie. Toutefois, l'évocation (assez tardive) de la Russie "qui répandra ses erreurs dans le monde" correspond à la crainte du "péril rouge" (les communistes) contre lequel le pape Pie XI avait mis en garde dans son encyclique "Divini Redemptoris" du 19 mars 1937, à l'occasion de la guerre civile en Espagne (1936-1939) à laquelle il fait d'ailleurs expressément allusion (§§ 20 et 71 de cette encyclique).
 
On s'est donc demandé si d'aventure, la voyante Lucie dos Santos n'aurait pas fait comme Mélanie Calvat : "allongeant" par des précisions de son propre cru (ou sur les conseils de son "directeur spirituel" et de la maison d'édition de celui-ci) les paroles qu'elle disait avoir entendues de la bouche de Notre-Dame en 1917. Ce fut la thèse du Père jésuite belge Édouard Dhanis, aussitôt taxé de "moderniste" par certains, alors qu'il ne mettait pas en doute la version "1917" du message de Fatima, mais seulement certains ajouts ultérieurs, qu'il a pris la peine d'analyser dans leur contexte rédactionnel, de même que le développement des commentaires. Le futur cardinal Charles Journet a soutenu cette étude critique, qui avait d'ailleurs été commanditée par le pape Pie XII.
 
Ainsi, parmi d'autres constats : la vision d'un Ange apparu "en 1916", un événement qui ne fut (assez curieusement) pas mentionné dans la déposition des autres voyants, Francisco et Jacinta Marto, morts respectivement en 1919 et 1920, mais seulement par Lucie dos Santos qui a donc attendu une vingtaine d'années avant d'en faire état pour la première fois. Il en va de même pour le contenu précis des 3 "secrets" censément confiés par Notre-Dame. Plusieurs choses semblent y avoir été ajoutées (ou en tout cas amplifiées, parfois avec des erreurs avérées) sur base des connaissances ultérieures acquises par la voyante restée en vie.
 
Ainsi, par exemple : l'apparition aurait dit "Si les hommes ne cessent pas d'offenser Dieu, une autre guerre éclatera au cours du règne de Pie XI" (sic). -- Le "Ciel" connaissant le passé, le présent et l'avenir, même en 1917, c'est donc Pie XII qui aurait dû être mentionné dans ce "secret", puisque la seconde guerre mondiale a commencé sous son pontificat (et non sous celui de son prédécesseur). Il s'agissait donc incontestablement d'une interprétation personnelle de soeur Lucie, dont la mémoire historique n'était manifestement pas fidèle en 1941, au moment d'évoquer ces paroles attribuées à Notre-Dame. Il semble bien que ce fut déjà le cas aussi pour l’année 1917 avec son évocation de la guerre d’alors, dont "l’apparition" aurait annoncé la fin pour le 13 octobre 1917, date à laquelle les militaires allaient revenir chez eux, mais l’Histoire, que "le Ciel" n’ignore évidemment pas, nous apprend que l’armistice fut conclu le 11 novembre 1918.
 
De plus, alors qu'il n'avait pas du tout été question, en 1917, d'un "signe" céleste à venir encore beaucoup plus tard -- et qui serait donc bien ultérieur à celui qui allait être bientôt donné en cette même année 1917, à savoir celui du soleil qui semblait tomber en zigzag aux yeux de la foule rassemblée à Fatima (dont témoignages) --, il y a par contre un "prodige" évoqué seulement en 1941 dans le "mémoire" rédigé par Lucie dos Santos comme annonciateur de la seconde guerre mondiale, un "signe" dont Notre-Dame lui aurait parlé aussi en 1917 et à elle seule, à l'en croire (les autres voyants, Francisco et Jacinta Marto, n'étaient plus là pour le confirmer ou l'infirmer).
 
Cette "révélation" aurait certes été fort crédible si la voyante en avait fait état en 1937, à savoir un an avant le fait qui est effectivement survenu à l'improviste, s'agissant de la fameuse aurore boréale du 25 janvier 1938 que l'intéressée a pu voir comme tout le monde. Cependant, l'Église ne peut jamais reconnaître comme "prophétiques" de prétendues "révélations" faites (en l'occurrence : trois ans) après la réalisation de ce qui aurait censément été "annoncé".
 
Ce serait pareil si vous annonciez aujourd'hui la chute du mur de Berlin (1989) et l'écroulement de l'Union soviétique (1990) en prétendant que vous l'aviez "prophétisé". Par contre, si vous en aviez fait publiquement état bien auparavant, alors on pourrait vous croire.
 
Il est également très fâcheux, pour la crédibilité de Soeur Lucie, que l'enquête canonique sur ce qui s'est réellement passé à Fatima, enquête fort sérieuse d'ailleurs, menée par l'évêque de Leiria, ait certes eu lieu plusieurs années après l'événement, mais pas des décennies plus tard. La reconnaissance des faits comme "dignes de foi" ne fut acquise officiellement qu'en date du 13 octobre 1930, par une déclaration de Don José Alves Correia da Silva, évêque du lieu. Tout ce qui fait partie du dossier constitué entre 1917 et 1930 bénéficie donc de cette approbation épiscopale, mais pas les rallonges entre 1930 et le décès de Sœur Lucie, qui n’ont pas fait l’objet d’un jugement ecclésiastique, ni par l’évêque, ni par le Saint-Siège.
 
En outre : il est notoire maintenant que Soeur Lucie a été cornaquée par ses confesseurs successifs, qui lui ont fait jouer pendant plus d'un demi-siècle un rôle de pythonisse ou d'oracle, ce qui alimentait régulièrement leurs maisons d'édition en nouvelle matière rédactionnelle, la voyante précisant chaque fois devant les journalistes ou les personnes autorisées à lui rendre visite : Dieu m'a dit que... Aujourd'hui, le Seigneur veut que... (etc...), comme si les apparitions dont elle avait été bénéficiaire jadis n'avaient plus jamais cessé depuis 1917, mais s’étaient transformées en abonnement téléphonique gratuit avec "le Ciel" pour dicter aux papes successifs par son intermédiaire tout ce qu’ils devaient faire, et pour donner ensuite à la face du monde entier l’appréciation censément "céleste" sur la façon dont ils se sont acquittés (ou non) de ce "devoir" imposé.
 
Or, ce n’est pas normal du tout. En effet, Jésus a fondé son Église sur Pierre, chef des Apôtres, expressément assurés de son assistance divine, mais pas sur des voyantes et leurs "messages". Pour diriger l’Église ici-bas, il n’y a que la hiérarchie ecclésiastique divinement instituée, qui n’a pas besoin d’une nouvelle « révélation » pour s’orienter.

Il est à remarquer que, dans ses "mémoires" concernant ses contacts présumés et assez réguliers avec "le Ciel", la voyante de jadis n’avait plus comme interlocuteur unique Notre-Dame comme en 1917, puisqu’elle y évoque tout aussi souvent, si pas davantage, Dieu lui-même ! Faut-il rappeler qu’il n’est pas possible d’avoir en cette vie une vision de Dieu ? La vision béatifique, c’est pour l’Au-delà et à condition d’avoir pris la bonne direction. De plus, elle a plus d’une fois exprimé des doutes à ses confesseurs quant à la véracité de ce qu’elle avait cru voir ou entendre depuis 1917. Ainsi, en 1926, elle aurait vécu le comble de sa vie religieuse (avant même de prononcer des voeux quelconques) en étant témoin d’une théophanie trinitaire, c’est-à-dire d'une apparition de la Sainte Trinité. Si c'était vrai, elle serait morte sur le coup : nul ne peut voir Dieu ici-bas sans mourir aussitôt.

Quant au contenu du fameux troisième "secret" avec lequel on tenait (et tient toujours) les gens en haleine, il aurait dû être rendu public en 1960, d’après la publicité des "fatimistes". Or, à l’époque, selon un communiqué publié en date du 8 février 1960 par un porte-parole du Saint-Siège :
« Il est probable que le Secret de Fátima ne sera jamais rendu public. La décision des autorités vaticanes se fonde sur les raisons suivantes :
1. La soeur Lucie est encore vivante.
2. Le Vatican connaît déjà le contenu de la lettre.
3. Bien que
l’Église reconnaisse les apparitions de Fátima, elle ne désire pas prendre la responsabilité de garantir la véracité des paroles que les trois pastoureaux dirent que la Vierge leur avait adressé. »
Depuis lors, soeur Lucie a reconnu qu'elle-même avait fixé la date de 1960 d'après ses propres vues sur le sujet, en tenant compte du contenu du troisième "secret". -- On se garde d'attirer là-dessus l'attention des dévots de Fatima, mais il s'agit donc bel et bien d'un ajout personnel d'ordre chronologique, expressément reconnu par la voyante. Pour peu que l'on ait l'amour de la vérité, il apparaît dès lors tout à fait vain d'attribuer encore cette échéance au "Ciel".
 
Au demeurant, les "mémoires" de Lucie dos Santos, la seule survivante des visionnaires de 1917, n’ont jamais été publiés de façon critique, ni même intégrale. Écrits à plusieurs reprises quelque vingt-cinq ans après les faits évoqués, il est assez difficile d’y distinguer ce qui constitue le vécu originel d’avec le commentaire personnel, qui relève de la construction mentale et rédactionnelle ultérieure, encore sérieusement compliquée par le constat de versions différentes, amphigouriques et contradictoires, ainsi qu’il résulte des six "mémoires" successifs portant sur les faits de Fátima : 31 août 1941, 8 décembre 1941… ; et ainsi de suite jusqu’au dernier, qui est du 3 janvier 1944. L’évêque avait exigé la rédaction de ces "mémoires" parce que Soeur Lucie ne voulait pas montrer son "Journal" en raison du fait que "le Ciel" lui aurait interdit de s’en dessaisir. À la vue des contradictions flagrantes entre ces "mémoires" portant sur le même sujet, l’évêque a compris qu’il s’agissait d’élucubrations de la religieuse et ne les a pas approuvés. Remarquons que l’apparition angélique en 1916 ainsi que les "3 secrets" ont comme source ces mêmes "mémoires". Il n’en avait pas été question entre la fin de la première guerre mondiale et le début de la seconde guerre mondiale.
 
Voilà pourquoi on a judicieusement fait la distinction entre « Fátima I » (tout ce qui a été approuvé en 1930) et « Fátima II » (tout le reste, qui n’a jamais été approuvé, ni même fait l’objet d’une investigation ecclésiastique). Le pape Pie XII a donné son approbation aux études universitaires ayant déblayé le terrain, celle de base étant due à la plume du Père jésuite Édouard Dhanis, faussement accusé de modernisme par les "fatimistes" enragés par la clarté éblouissante de sa mise en cause des erreurs débusquées et de l’introduction d’éléments personnels dans ce qui aurait dû rester exclusivement le "message" initial avec les seules paroles réellement prononcées par Notre-Dame, – n’en déplaise à Soeur Lucie qui n’a jamais été en mesure de le réfuter, mais s’est enfermée dans son silence, dont elle ne sortait volontiers qu’en présence de journalistes et avec l’accord de ses "directeurs spirituels" successifs.

Exemple d’incorrection doctrinale
 
On lira ci-après une partie de ce qu’observait à ce sujet le Père jésuite précité, nommé consulteur au « Saint-Office » (actuellement « Congrégation pour la Doctrine de Foi ») et professeur à l’Université pontificale grégorienne, après avoir enseigné à l’Université de Louvain. C’est le pape Pie XII qui est à l’origine de cette promotion ecclésiastique et c’est lui qui avait commandité l’investigation après avoir été mis au courant des six "mémoires" différents. Je traduis ci-après en français un extrait de l’admirable article critique du Père Édouard Dhanis, publié en langue flamande dans la revue « Streven » (année XI (1944), pp.129-149). Le texte originel fut écrit avec l’ancienne orthographe flamande qui était alors toujours en vigueur en Belgique. On remarquera que l’auteur, tout en ayant un présupposé bienveillant concernant les rapports de la voyante, puisqu’il en donne une explication bienveillante, est néanmoins amené à constater des étranges anomalies que l’on ne peut décemment attribuer au "Ciel" :
 
« La formule d’offrande, que l’ange fit répéter aux enfants, ne satisfait pas entièrement aux exigences d’une théologie précise. Voici la première partie de cette formule : Très sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit, je vous adore profondément prosterné, et je vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité de Notre-Seigneur Jésus-Christ, présent dans tous les tabernacles du monde, en réparation des outrages par lesquels il est lui-même offensé. Il s’agit ici, on le voit, d’une offrande de réparation pour les péchés ; mais elle innove d’une manière étrange, car ni l’Écriture sainte, ni la doctrine de l’Église, ni la liturgie, n’insèrent la Divinité du Christ dans l’objet de notre offrande de réparation. Celle-ci peut prendre l’humanité du Fils de Dieu comme objet ; mais pas son humanité et sa Divinité.
 
Elle peut prendre le Fils de Dieu comme objet en tant qu’il possède la nature humaine, non en tant qu’il possède la nature divine. Car l’offrande réparatrice doit compenser (plus ou moins parfaitement) les outrages faits par le péché au divin Souverain. Elle doit donc consister en l’humble offrande de quelque chose qui est de droit soumis à l’empire de Dieu, c’est-à-dire une réalité créée. On reconnaît par là cette souveraineté et on compense pour la rébellion du péché. La plus grande offrande en réparation aura pour objet la très sainte humanité du Fils de Dieu, ou le Fils de Dieu en tant qu’il possède la nature humaine ; mais il ne peut être question d’offrir en réparation la Divinité même du Christ.
 
Indépendamment du caractère de réparation de la formule d’offrande, il reste extrêmement contestable que nous puissions offrir la Divinité de Jésus-Christ à la très sainte Trinité. Selon son humanité le Christ est l’un des nôtres ; il s’ensuit qu’il peut nous permettre de disposer de cette humanité, pour l’offrir dans la sainte Messe. Il serait cependant erroné de prétendre que le Christ est l’un des nôtres selon sa Divinité. Bien au contraire : selon sa Divinité, il est la Majesté infinie même ; et c’est pourquoi on ne peut concevoir qu’il nous laisse disposer de sa Divinité pour offrir celle-ci. Dans l’enseignement catéchétique au sujet du très saint Sacrement de l’Autel, on découvre des formules très exactes qui mentionnent le Corps, le Sang, l’Âme et la Divinité de Jésus-Christ comme présent sous les espèces consacrées.
 
Mais la série des réalités qui sont présentes sous les saintes espèces ne couvre pas celle des réalités que nous pouvons offrir dans l’Eucharistie. C’est comme si l’on avait glissé d’une série vers l’autre. Nous n’allons pas en conclure que le récit de la sainte Communion apportée par un ange ne couvrirait aucune réalité ; car la formule de l’offrande a pu être communiquée de façon correcte par le messager céleste et ensuite être déformée dans la mémoire de Lucie. Mais on devra bien admettre que le signe n’est pas favorable. »
 
L’auteur mentionne encore d’autres "rapports" écrits par Soeur Lucie dans ses "mémoires", mais ils font problème, car ils déforment certaines choses ayant été fixées déjà au cours du préalable à l’enquête ecclésiastique disposant alors des trois visionnaires en vie. Ces dépositions des années 1917-1920 furent ensuite comparées aux autres témoignages recueillis pour enfin présenter la conclusion à l’évêque du lieu, qui a déclaré « crédible » (de foi humaine) les apparitions de Fátima le 13 octobre 1930, soit treize ans après les faits, et permis le culte correspondant à Notre-Dame : c’est « Fátima I ».
 
Mais en présence des "mémoires" de Soeur Lucie, la seule voyante survivante qui écrit des décennies plus tard et dont la capacité de mémoriser s’avère plus ou moins inhibée, soit par son désir d’enjoliver en inventant des choses (comme la date-échéance de 1960 pour faire pression sur le pape lui-même), soit par une infirmité due à l’âge – et cela dépend évidemment d’une personne à l’autre, tout comme la condition physique – l’Église ne s’est pas décidée à revenir sur son approbation de 1930 pour la modifier ensuite au gré des changements de version ou des "rallonges" par lesquelles l’intéressée voulait constamment "amplifier" les faits de Fátima avec des choses dont elle croyait "se souvenir" encore, et que Notre-Dame n’aurait curieusement jamais confiées à Jacinta et à Francisco.
 
Tout cela, c’est "Fátima II" avec tout ce que cela comporte, mais qui n’a jamais bénéficié de l’approbation de l’Église, pas même au niveau épiscopal. Il convient de savoir que lors des interrogatoires, les trois pastoureaux ont dû jurer, la main sur l’Évangile, que leur déposition était complète et qu’ils ne cachaient absolument rien. Soeur Lucie n’a jamais été en mesure d’expliquer comment elle pouvait concilier ses révélations ultérieures avec son serment de jadis.
 
Le récit de l’ange venant apporter la Communion à de jeunes enfants qui n’avaient pas encore fait leur première Communion (c’était le cas de Francisco et de Jacinta) fait partie de ces "révélations" ultérieures de Soeur Lucie. Indépendamment de la formule d’offrande, doctrinalement contestable, il y a lieu d’observer que c’était la communion sous les deux espèces, une pratique liturgiquement non autorisée à l’époque, certainement pour des enfants dont l’âge permet de douter de leur discernement et dont l’instruction au catéchisme n’était d’ailleurs pas encore achevée. Quand on connaît tant soit peu la psychologie des enfants avec leur spontanéité, on comprend qu’ils n’auraient pas manqué de rapporter cette cérémonie à leurs parents, d’autant plus qu’elle était assez singulière, tout en étant merveilleuse, et qu’elle se serait déroulée inhabituellement en dehors de l’église où ils allaient pour faire leurs dévotions.
 
Par contre, madame dos Santos, la mère de la future Sœur Lucie, a déclaré lors de l’investigation que sa fille avait l’habitude de mentir, qu’elle ne croyait donc pas tout ce qu’elle racontait, et que sa fille avait d’ailleurs lu naguère le "message" de La Salette dans la version "apocalyptique" de 1879, ce qui avait de quoi impressionner fortement une jeune adolescente. Remarquez : elle avait donc lu un texte prohibé en 1915 par le Saint-Siège.
 
Mais rien, dans sa première déposition n’évoque un ange administrant censément la sainte Communion sous les deux espèces. Il en est seulement question dans une version de 1942 des "mémoires" de Sœur Lucie. Si l’on admet que les trois jeunes visionnaires n’ont pas fait de faux serment en 1917, il faut admettre aussi que le récit de l’ange est une fiction, et la formule de réparation une dictée par le "directeur spirituel" de cette religieuse, dont les études étaient du niveau primaire. Ces remarques et bien d’autres encore ne sont pas forcément dictées par le doute sur « Fátima I » approuvé par l’Église, mais bien par celui sur « Fátima II » qui rejoint la décision de l’Église de ne pas l’approuver. Cette décision est restée constante depuis 1944.
 
Dans la pratique, il est cependant malaisé de distinguer ce qui relève de l’un ou de l’autre, pour la raison bien simple que l’Église a permis l’introduction « ad devotionem » de certaines pratiques qui ne comportaient rien de contraire à la Foi et aux moeurs, comme la pratique des communions réparatrices les premiers samedis du mois, que l’évêque du lieu a permise en date du 13 septembre 1939. Elle n’était pas comprise dans l’approbation du 13 octobre 1930 portant sur la conclusion de l’investigation ecclésiastique, et elle ne constitue pas davantage une approbation pour les écrits ultérieurs de Sœur Lucie, avec ses "rallonges" récurrentes fournissant différentes versions, pas toujours entièrement compatibles, des événements passés se rapportant aux faits de Fátima.
 
Si les autorités de l’Église voulaient se prononcer à ce sujet, elles se verraient contraintes de faire un choix. Quelle est la bonne version ? Pouvez-vous la désigner ? Faudrait-il donc tirer au sort pour savoir quelle est celle affirmant la vérité des faits ou rapportant les propos exacts de Notre-Dame ? Les autorités de l’Église ont préféré laisser la chose indécise afin de continuer à se concilier les foules grégaires qui seraient fortement déçues si elles savaient tout. Le tourisme religieux rapporte gros. Cette considération n’est pas absente de certaines décisions d’ordre pratique.
 
Pour essayer d’inclure après coup la suite de son récit dans l’approbation du 13 octobre 1930, Sœur Lucie raconte en 1941 qu’elle a eu une autre vision le 10 décembre 1925 (ayant censément préconisé la pratique des 5 premiers samedis du mois) et ensuite, au cours d’une soirée d’adoration, la sensation d’une présence divine (censément celle de Jésus) confirmant et précisant la chose le 29 mai 1930. L’Église ne s’est jamais penchée sur cette "vision" de 1925, ni sur cette "sensation" de 1930 pour faire une enquête complémentaire, parce que Soeur Lucie n’en avait pas parlé à l’époque, alors que le dossier était pourtant encore ouvert et ne sera clôturé que le 13 octobre 1930.
 
Elle fera seulement état de tout cela pendant la seconde guerre mondiale. Ce qui implique aussi, en supposant la réalité des demandes de la "vision" de 1925, confirmées et précisées par la "sensation" de 1930, que Sœur Lucie a été formellement désobéissante au "Ciel" en taisant pendant seize ans (1925 + 16 = 1941) ce qui aurait pourtant dû, selon elle-même, être largement – et même d’urgence – diffusé dans tout l’univers par ordre formel du "Ciel".
 
De même, elle n’a pas signalé à la commission d’enquête l’apparition de l’Enfant-Jésus dont elle aurait été bénéficiaire le 15 février 1926, ni une autre de Jésus-Adulte le 13 juin 1929, deux dates qu’elle cite également dans une des versions de ses "mémoires" rédigés entre 1941 et 1944, mais dont elle n’avait jamais parlé auparavant, comme elle aurait pourtant dû d'après la règle carmélitaine. On ne cache rien à son directeur spirituel, voyons !
 
Lorsqu’on lui demanda pourquoi elle n’en avait pas parlé, elle raconta qu’en fait, elle en avait bien parlé à la Mère supérieure du couvent et à l’abbé qui venait entendre les confessions. Elle aurait même, à la demande de ce dernier, mis tout par écrit. Malencontreusement, ce papier aurait brûlé. De plus, la Mère supérieure, ainsi que l’abbé, ne peuvent plus témoigner, puisqu’ils sont morts. Il n’y a donc aucune preuve canonique pour les faits allégués.
 
Parmi les choses que l’on peut remarquer par une lecture très attentive, il y a par exemple le fait que Sœur Lucie faisait dans son couvent des soirées d’adoration en réparation au Sacré-Coeur, dans la cadre de la dévotion des premiers vendredis du mois. Or, quelques années auparavant, à savoir le 13 mai 1920, avait été canonisée celle qui avait bénéficié au XVIIème siècle de visions du Sacré-Coeur, à savoir Sœur Marguerite-Marie Alacoque (1647-1690).
 
Comme dans les maisons religieuses, on lisait régulièrement sa vie avec ses visions, ces récits ont pu « inspirer » Sœur Lucie pour « lancer » une dévotion semblable à Notre-Dame. Pareille invention n’est bien sûr pas méchante, puisqu’elle est pieuse et fait pendant à la dévotion au Sacré-Coeur. Alors, l’évêque du lieu a certes permis cette dévotion le 13 septembre 1939, mais sans se prononcer sur l’authenticité de nouvelles visions dont l’intéressée aurait été bénéficiaire après 1917.
 
Il y a cependant quelque chose de plus fondamental, qui explique pourquoi Sœur Lucie a gardé le silence aussi longtemps. Si elle avait parlé de cette "vision" de 1925 et de cette "sensation" de 1930 avant le 13 octobre 1930, ainsi que de la visite de Jésus-Enfant en 1926 et de Jésus-Adulte en 1929, alors que le dossier sur Fátima était encore ouvert, l’investigation ecclésiastique en cours aurait pu lui demander de prêter serment, tout comme en 1917, quant à la véracité de ce qu’elle racontait. Mais elle a préféré ne pas le faire.
 
On comprendra donc pourquoi l’Église n’a pas rouvert le dossier. Canoniquement, ce n’était pas réalisable par manque d’éléments objectifs à lui soumettre pour appréciation, et par la dérobade de la survivante des visionnaires. En outre, Sœur Lucie a mis plus de trois ans (de 1941 à 1944) pour rédiger ses "mémoires" qui sont le résumé de son "Journal", qu’elle avait caché quelque part et qu’elle ne voulait absolument pas transmettre comme tel. Il semble avoir mystérieusement disparu dans la fièvre de la rédaction des "mémoires" qui sont successifs, amphigouriques et filandreux, avec de très nombreuses redites, des poèmes et d’autres digressions, parfois même des contradictions. Il n’y avait rien de probant dans ces 250 pages de littérature, mais une "décoction" s’en vend toujours.
 
Enfin, le 29 août 1989, elle a déclaré que la requête de Notre-Dame a été remplie concernant "la consécration de la Russie". Il y a plusieurs de ses lettres manuscrites qui en font état. Mais ses commentaires personnels se trouvent comme toujours mélangés à son récit. Elle ne précisait pas ce qui venait d’elle-même, et quelles furent les paroles censément prononcées par Notre-Dame. Le 26 juin 2000 fut toutefois publié son aveu formel, à propos du fameux "troisième secret" remis jadis sous enveloppe cachetée au pape et depuis lors conservé au Vatican dans un dossier :
« Ça n’a pas été Notre-Dame, mais c’est moi qui ai mis la date de 1960, car selon mon intuition, avant 1960, on n’aurait pas compris,
on aurait compris seulement après. Maintenant on peut mieux comprendre. » -- sic !
De plus, il y a des témoins de la façon d’agir de l’intéressée, qui se comportait dans son couvent comme une « star » qui traitait rudement les autres religieuses. Elle était visiblement flattée que l’on vienne la consulter d’un peu partout, comme si elle était effectivement en contact presque constant avec "le Ciel", à l’instar des pythonisses de l’Antiquité. Ces témoins, parmi lesquels le Frère Mario de Oliveira, qui la connaissait fort bien, ont écrit à Rome pour signaler que Sœur Lucie souffrait d’une mémoire déficiente, fantaisiste, confuse ou faussée, ainsi que d’hallucinations religieuses qui la rendaient particulièrement agressive à la moindre question où elle soupçonnait du scepticisme. Parfois, peut-être sous l’effet de la fatigue, elle était cassante avec les pèlerins et certains l’ont mal pris, comme ce groupe où se trouvait la belge Mlle Gorlia : ils ont envoyé leur témoignage à Rome, la voyante leur ayant déclaré avec une voix glapissante et une morgue particulièrement déplaisante qui se traduisait sur l’expression de son visage : « Obéissez ! Je transmets les ordres de Dieu. Ma cellule de Carmélite est la cabine téléphonique avec le Ciel. » -- sic !
 
 
Il faut savoir aussi que, sans attendre le jugement de l’Église sur les faits de Fátima, un consortium qui a recueilli les fonds nécessaires avait commencé en 1928 la construction de la basilique et l’aménagement de l’esplanade avec l’appui des pouvoirs civils. Le nouveau régime du Portugal, issu d’un coup d’État anti-républicain par des militaires en 1926, était en effet fort sensible à tout ce qui pouvait contribuer à renforcer les valeurs traditionnelles du pays. Le président du conseil, António de Oliveira Salazar, y veillait. Il se rendra d’ailleurs plusieurs fois à Fátima. Comme le Père Bento Domingues l’a bien observé :
« L’imaginaire transmis dans les récits des apparitions de Fátima est l’imaginaire courant des adultes et des enfants de cette époque-là. Je n’y ai trouvé aucune nouveauté. La récitation du chapelet, les sacrifices de réparation, la dévotion et la consécration au Coeur de Marie, la conversion des pécheurs, le ciel, le purgatoire, l’enfer, la Sainte Trinité, voilà autant d’images qui peuplaient la tête des enfants en dehors même de toute apparition. » (Domingues, 1988 : citation, pp.57-58.)
Simultanément, des abbés impliqués s’affairaient fiévreusement pour obtenir l’exclusivité des publications sur Fátima :
 Le Père jésuite portugais Gonzaga da Fonseca S.J. (1878-1963) :
désavoué plus tard par le pape Pie XII pour avoir attaqué son confrère Édouard Dhanis S.J. (1902-1978) chargé par le pape d’éclaircir les points restés obscurs, notamment dans les "mémoires" de Sœur Lucie, avec six versions différentes, comportant des ajouts fort surprenants, des variantes, des suppressions, et surtout des contradictions flagrantes. (*)
 
 L’abbé français Casimir Barthas (1884-1973) :
prêtre du Diocèse de Toulouse (ordonné en 1907) et plus tard chanoine honoraire (1939), « fatimiste » acharné qui ne faisait quasiment plus que ça comme « pastorale » (rapportant gros).
L’essentiel de l’étude critique du Père jésuite Édouard Dhanis, résultant de son investigation mandatée et approuvée par le pape Pie XII, a été condensé en deux articles explicatifs, dont le premier est le fruit d’une collaboration cordiale avec le futur cardinal Charles Journet, et le second une réfutation en règle des odieuses attaques personnelles subies de la part d’un révérend qui était éditeur commercial des messages "fatimistes" (remarquez : c’est encore une affaire que l’on vous cache) :
 Ch. Journet & E. Dhanis, « Les apparitions et le secret de Fátima », dans Nova et Vetera, 1948, pp.186-188 ;
 
 E. Dhanis, « À propos de Fátima et la critique », dans Nouvelle Revue Théologique, 1952, pp.580-606 (réponse faite à L.-G. da Fonseca, «Fátima e la critica », dans Brotéria, 1951, pp.502-542).
L’abondante littérature, dite d’édification, qui traite de Fátima, est d’une pauvreté intellectuelle et religieuse qui arrachait ces lignes indignées, en 1948, au futur cardinal Charles Journet :
« On nous parle d’une « danse » du soleil, d’une « pluie de fleurs », et après cela on nous dit que « le plus grand miracle », le « miracle des miracles » est la situation florissante actuelle du Portugal. Pour qui donc nous prenez-vous, messieurs ? L’imprimatur peut vous garantir des hérésies, il est impuissant contre la bêtise. O grande Vierge mystérieuse de l’Évangile de Noël et de l’Évangile de la Crucifixion ! O grande Théotokos bénie, à la fois redoutable et maternelle ! O Vierge douce et profonde de l’Ave Maria, des hymnes de l’Église et des Litanies ! O Mère des Sept Douleurs ! Vos fidèles, en ces jours où ils ont plus besoin de Vous que jamais, n’auront-ils donc à respirer que ces fleurs en papier ? Et s’il vous plaît de Vous révéler à une petite bergère pour faire comprendre au monde ce qu’est le « Royaume », faudra-t-il dire que la politique exploite jusqu’à cette condescendance ? »
Voici la référence à consulter pour le dossier comportant ce témoignage :

                                        Compagnie de Jésus, Études [de théologie, de philosophie et d’histoire], volume 327, juillet/août 1967, pp.81-82.

L’Église n’apprécie pas que l’on fasse à sa guise. Le Père José Bernardo Gonçalvès, qui fut confesseur de Sœur Lucie, fut déchargé de cette fonction et envoyé au Mozambique en 1941, car il aurait dû être plus vigilant et signaler dès 1935 à l’évêque que cette Carmélite s’enferme dans sa cellule pour rédiger un  "Journal".
 
Quant au Père Augustin Fuentès, qui avait été désigné comme postulateur de la cause en béatification de Francisco et Jacinta, il eut un entretien avec Sœur Lucie le 26 décembre 1957 au cours duquel la voyante lui confia en passant « d’importantes précisions » sur le « troisième secret » évoqué dans ses "mémoires" (et dont il n’avait pas été question en 1917, pas plus que des deux autres). Ayant commis l’imprudence (autant que la désobéissance) de publier le contenu de cet entretien en 1958 avec l’« imprimatur » de Mgr Sanchez, archevêque de Veracruz (Mexique), suite à cette publication, même faite seulement outre-Atlantique, le Saint-Siège le releva en 1959 de ses fonctions de vice-postulateur des deux pastoureaux.
 
Il fut remplacé par le Père Ludwig (« Luis ») Kondor, mais celui-ci en fit également à sa tête. Tout en travaillant à la cause de Francisco et Jacinta, il fit une nouvelle compilation à partir de bribes et morceaux des six "mémoires" jamais approuvés, de sorte qu’après le décès du consortium commercial Gonzaga da Fonseca S.J. (1878-1963) / Casimir Barthas (1884-1973), le sanctuaire de Fátima a pu continuer à engranger les bénéfices de la vente de brochures et de livres, non seulement concernant les faits de 1917, reconnus par l’Église comme « crédibles », mais également au sujet des "rallonges" tirées des "mémoires" en question.
 
On mélange ainsi « Fátima I » (tout ce qui fut approuvé comme « crédible ») et « Fátima II » (tout le reste).
 
Le Père Kondor a néanmoins persévéré dans la diffusion de ces "mémoires" arrangés (retouchés et ainsi ramenés de six à un). Il a même poussé l’outrecuidance jusqu’à se donner un « nihil obstat » à lui-même pour les éditions successives de sa compilation. Il en était déjà, que l’on sache, à la septième édition de son bouquin en 2008, où figure aussi un « imprimatur » de Mgr António Marto (comme par hasard [?] de la famille des pastoureaux Jacinta et Francisco Marto), lorsqu’il eut un malaise fatal. Il mourut en 2009.
 
Le Saint-Siège avait pourtant demandé en 2000 que l’on tourne la page en cessant de tenir le grand public en haleine avec des "secrets" dont le contenu était censé être apocalyptique, mais dont il n’était pas question entre 1917 et 1941. Essayez un peu de dégotter une publication de l’époque qui les évoque. Vous n’en trouverez pas, pour la raison bien simple que ce n’est qu’en 1941 que Sœur Lucie les mentionne dans ses "mémoires" successifs, improbables et contradictoires. (*)
 
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(*) Exemple :
 
Dans la première version de ses "mémoires", Sœur Lucie fait une description de "l’apparition" que les éditeurs se sont gardés de publier, mais que des universitaires ont relevée dans les archives vaticanes : Les enfants auraient vu la sainte Vierge portant une mini-jupe jusqu’aux genoux et des socquettes blanches. Elle aurait porté un collier avec une médaille, ainsi que des boucles d’oreille. Sa stature serait moyenne, avec des yeux noirs comme d’un extraterrestre. Certains en ont dès lors conclu, sans doute à tort, que "l’apparition" était en fait diabolique : celle de Fátima, fille de Mahomet.
 
Ce n’est en effet pas la tenue traditionnelle de Notre-Dame et cela ne correspond même pas à sa représentation sur les statues de « Notre-Dame de Fátima », mais alors dans quelle version de ses "mémoires" Sœur Lucie a-t-elle écrit la vérité ?
 
On comprend mieux ainsi pourquoi l’Église n’a jamais voulu approuver des "mémoires" aussi incohérents. On comprend également mieux ainsi pourquoi les publicistes intéressés ont fait une sélection dans cette prose. "Le Ciel" ne donne pas lieu à censure. On aura compris qu’il s’agissait seulement d’élucubrations de Sœur Lucie.
 
Il est à noter pour terminer que, dans les dernières années de sa vie ici-bas, l’intéressée était devenue sourde et aveugle.
 
Sans commentaire.
 
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Références bibliographiques indicatives
 
- Archevêché de Mechelen (Malines). – 1937. Concile provincial.
- Brochado, C. – 1948. Fátima à luz da história, Lisbonne, Portugália Editora.
- Camões, L. (de). – 1981, 3e éd. Os Lusίadas, Porto, Livraria Avis.
- Cerqueira, S. –1973. « L’Église catholique et la dictature corporatiste portugaise », Revue française de science politique, vol. XXIII, n° 3, pp. 473-513.
- Compagnie de Jésus. – 1967. Études [de théologie, de philosophie et d’histoire], volume 327, juillet/août 1967, pp.81-82.
- Cunha, L. – 1997. « O herói no seu porvir : D. Afonso Henriques entre evocação e imagem », Actas do 2° Congresso Histórico de Guimarães, vol. 3, Câmara Municipal de
Guimarães/Universidade do Minho, pp. 449-457.
- Dhanis, E. –1944. « Bij de verschijningen en de voorzeggingen van Fátima », in Streven (jaargang XI (1944), pp.129-149).
- Dhanis, E. –1952. « À propos de Fátima et la critique », dans Nouvelle Revue Théologique, 1952, pp.580-606 (réponse faite à L.-G. da Fonseca, « Fátima e la critica », dans
Brotéria, 1951, pp.502-542).
- Domingues, B. – 1988. A religião dos portugueses, Porto/Lisbonne, Figueirinhas.
- Domingues, B. – 1992. « O que as crianças viram não foi Nossa Senhora », Fraternizar, n° 47, mai 1992 (interview).
- Durand, G. –1986. « O imaginário português e as aspirações do ocidente », in Cavalaria espiritual e conquista do mundo, Lisbonne, INIC, pp. 7-21.
- Ferro, A. – 1933. Salazar. O homem e a sua obra, Lisbonne, Empresa Nacional de Publicidade.
- Journet, Ch. & Dhanis, E. 1948. « Les apparitions et le secret de Fátima », dans Nova et Vetera, 1948, pp.186-188.
- Kondor, L. (« éditeur »). – 2008 (7). Les mémoires de Soeur Lucie [compilation], Secretariado dos Pastorinhos, Fátima, Portugal.
- Lourenço, E. – 1990. Nós e a Europa ou as duas razões, Lisbonne, Imprensa Nacional/Casa da Moeda.
- Marques, A.H. de Oliveira et al. –1991. « Portugal da Monarquia para a República », in J. Serrão & A.H. de Oliveira Marques (éd.), Nova História de Portugal, Lisbonne,
Editorial Presença, pp. 479-517.
- Martins, M. – 1990. O olho de Deus no discurso salazarista, Porto, Afrontamento.
- Martins, M. – 1996. Para uma inversa navegação. O discurso da identidade, Porto, Afrontamento.
- Nogueira, F. – 1977. Salazar, vol. II, Coimbra, Atlântida Ed.
- Ramos, R. – 1994. « A segunda fundação (1890-1926) », in J. Mattoso (éd.), História de Portugal, vol. VI, Lisbonne, Círculo de Leitores.
- Salazar, A. de Oliveira. – 1935. Discursos, I, Coimbra, Coimbra Ed.
- Salazar, A. de Oliveira. – 1954, 6e éd. O Livro da Primeira Classe, Livraria Popular Francisco Franco.
- Salazar, A. de Oliveira. – s.d. O Livro de Leitura da 3a Classe, Ministério da Educação Nacional.
- Siège apostolique. – 1915. Décret du Saint-Office, 21 décembre 1915.
- Siège apostolique. – 1937. Décret du Saint-Office, 26 mai 1937.
- Siège apostolique. – 1954. Décret du Saint-Office, 28 janvier 1954.
- Siège apostolique. – 1957. Archives secrètes.
- Siège apostolique. – 1966. Décret du Saint-Office, 15 novembre 1966.
 
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         Le mouvement de Garabandal

Les apparitions qui auraient eu lieu à Garabandal (au nord de l'Espagne) entre 1961 et 1965, soit quasiment durant la tenue du concile Vatican II (1962-1965), constituent une coïncidence chronologique, aussitôt interprétée par beaucoup d'apparitionnistes comme un avertissement "implicite" du Ciel quant à la nocivité de cette réunion ecclésiastique au sommet.

Or, "la sainte Vierge" aurait jadis affirmé aux enfants de Fátima (Portugal) qu’elle leur fixait rendez-vous à Garabandal (Espagne) "après la guerre suivante" pour la suite des messages. C’est ce que disent en tout cas de pieux adeptes de cet autre lieu où l’on fera effectivement état d’apparitions, environ 15 à 20 ans après la seconde guerre mondiale.

Cependant, lorsque Sœur Lucie de Fátima apprit la chose, elle y apporta un vigoureux démenti, déclarant que si c’était vrai, elle l’aurait rapporté à la Commission d’enquête ou alors indiqué dans son Journal personnel. Cette déclaration enlevait aux "fans" de Garabandal l'argument de la continuité. Ils se trouvaient donc face à l'investigation ecclésiastique avec les seuls faits qu'ils pouvaient faire valoir.

Du coup, ceux qui furent mécontents de l'évêque local et de ses successeurs (en raison du fait qu'ils n'ont pas reconnu ces "apparitions" comme des manifestations surnaturelles) s'imaginèrent volontiers (et déclarent toujours à qui veut l'entendre) que ces évêques étaient des "modernistes" ou même des gens "sans foi, ni loi", donc bien évidemment aussi membres des "forces judéo-maçonniques" (sic), à les en croire. Ils ne fondent pas cette appréciation négative sur l'un ou l'autre document, ni sur des faits précis incriminant personnellement ces évêques, mais uniquement sur leur propre herméneutique d'une coïncidence d'événements et d'un refus de reconnaissance de ces "apparitions" comme des manifestations surnaturelles.

De plus, certains n'hésitent pas à fabriquer des "reliques" qui seraient relatives à "l'apparition" !

Ainsi vend-on à Garabandal comme "souvenirs" des petits médaillons qui contiendraient chacun un morceau de page d'un des vieux missels ayant censément appartenu aux "voyantes" et que "l'apparition" aurait embrassés. -- Quelqu'un a eu l'idée d'ouvrir une de ces "reliques" et il y a découvert, pliée en quatre, une demi-page d'un missel... néerlandais ! -- Pour mémoire : les "voyantes" étaient des jeunes filles... espagnoles.

Or, pourquoi donc les événements de Garabandal n'ont-ils pas été reconnus par l'Église comme des événements "célestes", ainsi que le souhaitaient ses promoteurs ?

Pas spécialement en raison de cette tromperie avec de fausses reliques. -- Il y a bien plus grave ! -- Mais on se garde bien de le révéler aux "dévots" de Garabandal.

Cependant, l'historien ne manque pas de pièces à conviction irréfutables, que l'on peut classer en huit catégories :

                    1°)   Le document signé comportant une déclaration faite sous serment par les quatre "voyantes"

D'un mouvement spontanté, les quatre jeunes "voyantes" ont en effet, sous serment et devant témoins, y compris leurs parents, en présence de l'évêque et d'un notaire, finalement reconnu et signé chacune qu'elles avaient tout manigancé. Les adolescentes ont avoué à l'évêque de Santander, Mgr Vicente Puchol Montis, qu'il s'agissait à l'origine d'un jeu d'enfant, mais que la pression sociale (notamment de personnes étrangères d'outre-Atlantique leur suggérant un scénario grassement rémunéré, toujours à la tombée de la nuit) les avait poussées à mettre en scène des transes spectaculaires avec l'aide et à la satisfaction des caméramen. L'évêque a donc conclu à une explication naturelle et émis un "constat de non-supernaturalitate" (il est établi qu'il n'y a rien de surnaturel). Cela exclut formellement une prise en compte de "l'apparition" en tant que manifestation céleste, mais cela n'exclut rien d'autre (ni le jeu d'enfant qui fut au demeurant explicitement avoué et aussi mentionné dans le procès-verbal dressé, ni l'action éventuelle d'une force préternaturelle tirant les ficelles, chose que l'évêque n'évoque pas, puisque son jugement n'a pas été requis sur ce point précis).

Voici tout d'abord le texte publié à ce sujet dans "La Documentation Catholique" (1967, page 671) :

« Au moment où nous mettons sous presse, nous recevons le document ci-après qui nous est transmis par l'évêché de Santander, et que nous traduisons de l'espagnol :

Note officielle de l'évêque de Santander

Les 30 août, 2, 7 et 27 septembre, ainsi que le 11 octobre 1966, accompagné de M. le Vicaire général, du "proviseur" de l'évêché et du curé de San Sebastian de Garabandal, à la demande des intéressées présentée au dit curé, nous avons nous-mêmes recueilli les déclarations faites par Conchita Gonzalez Gonzalez, Mari Loli Mazon Gonzalez, Jacinta Gonzalez Gonzalez, et Mari Cruz Gonzalez Madrazo, sur les faits qui se sont produits à San Sebastian de Garabandal à partir du 18 juin 1961.

Il résulte des déclarations des intéressées que :

1. Il n'y a eu aucune apparition, ni de la Sainte Vierge, ni de l'archange saint Michel, ni de quelque autre personnage céleste.
2. Il n'y a eu aucun message.
3. Tous les faits qui se sont produits dans ladite localité ont une explication naturelle.

En publiant la présente note, nous ne pouvons manquer de féliciter le clergé et les fidèles du diocèse de Santander qui, à tout moment et avec une obéissance filiale, ont suivi les indications de la hiérarchie. Nous regrettons que cet exemple n'ait pas été suivi par d'autres personnes qui, par l'imprudence de leur conduite, ont semé la confusion et la méfiance envers la hiérarchie, empêchant par une redoutable pression sociale que ce qui avait commencé comme un innocent jeu d'enfant puisse être démystifié par les auteurs elles-mêmes de ce jeu.

Une fois de plus, il est bon de rappeler que les vrais messages du Ciel nous viennent par les paroles de l'Évangile, du Pape, des Conciles et du magistère ordinaire de l'Église.

À Santander, le 17 mars 1967.
VICENTE, évêque de Santander. »

(Il s'agissait de Mgr Vicente Puchol Montis,
un évêque fidèle et bien traditionnel)

                    2°)   Les fausses prophéties

* Sous le règne de Jean XXIII, les voyantes "prophétisaient" qu'après lui, il n'y aurait plus à Rome que trois souverains pontifes élus avant la fin des temps ou du monde. Or, Benoît XVI est depuis lors le quatrième élu de conclave et ce n'est toujours pas la fin des temps ou du monde. Si d'aventure c'était maintenant la fin des temps, mais que, comme le soutiennent certains, ça ne se remarque pas clairement, par contre, il y a toujours une différence clairement établie entre 3 et 4 en mathématiques... et le "Ciel" n'est sûrement pas ignorant en la matière. Avec François, cela fait depuis lors le cinquième élu de conclave après Jean XXIII, et ce n'est toujours pas la fin des temps ou du monde. Et le "Ciel" n'ignore pas davantage la différence entre 3 et 5 en mathématiques.

* Padre Pio verrait, de son vivant encore, le "grand miracle" annoncé, que le monde entier verrait aussi. Or, Padre Pio est mort le 23 septembre 1968 et rien ne s'est passé.

* Paul VI verrait, lui aussi, de son vivant encore, le "grand miracle" annoncé, que le monde entier verrait également. Or, Paul VI est mort le 6 août 1978 et rien ne s'est passé.

* "L'avertissement" aurait dû avoir lieu le 13 avril 1995, comme il avait été annoncé, mais rien ne s'est passé ;  puis fut avancée la date du 11 avril 2002, mais rien ne s'est passé.

* L'une des voyantes était assurée de ne pas mourir sans avoir vu le "grand miracle", mais elle est pourtant décédée le 20 avril 2009 et rien ne s'est passé.

* "L'avertissement" céleste, qui est censé précéder le "grand miracle", devrait être vu et senti par le monde entier, de sorte que chacun connaîtra ses péchés, verra son âme telle que Dieu la voit, sera éclairé et se repentira. Si cela pouvait être vrai, nous n'aurions donc pas besoin de faire attention et de "garder nos lampes allumées", puisque Dieu nous avertirait à temps de nous repentir. Conchita préviendrait en effet tout le monde huit jours à l'avance (par la radio sans doute).

Il y a là, une fois de plus, cette confiance téméraire en Dieu qui nous a pourtant avertis de ne pas être comme les "vierges folles" (Matth. XXV, 1-13). En outre, comment la suite de l'Histoire, prophétisée non par quelques filles espagnoles, mais par l'Écriture sainte, pourrait-elle avoir lieu si les voyantes disaient vrai ? Il y est question de la charité de beaucoup qui "se refroidira" (Matth. XXIV, 12) et Notre-Seigneur, qui est l'auteur de cette prophétie qui fait assurément autorité, se demande "quand le Fils de l'homme reviendra, trouvera-t-il encore la Foi sur terre ?" (Luc. XVIII, 8)

* Un prêtre sympathisant, l'abbé Luis Andreu, aurait eu une vision du "grand miracle" à venir, mais il est mort le lendemain. La voyante principale déclara que son corps sera trouvé "intact", mais depuis lors on l'a exhumé et ... il était en état de décomposition fort avancée (il ne restait presque plus que son squelette).

* Conchita avait également prédit que, lors du fameux "grand miracle" annoncé, Joey Lomangino, un aveugle américain et richissime souteneur de l'affaire de Garabandal, recevrait des yeux neufs. Or, il est mort le 18 juin 2014 sans avoir recouvré la vue.

                    3°)   Les contradictions entre les "voyantes"

Deux des quatre "voyantes" se sont rétractées malgré leur serment acté par écrit et signé (pour mémoire : elles avaient avoué qu'elles avaient tout manigancé) ;  la troisième des "voyantes" exprime des doutes quant à la réalité de ce qu'elle a vécu à l'époque ;  et la quatrième, qui n'aurait censément pas dû mourir sans avoir vu le "grand miracle", est néanmoins morte sans revenir sur sa déclaration inititale, faite sous serment, mise par écrit et signée devant l'évêque, des témoins et un notaire, quant à la fausseté de ces "apparitions".

La rétractation de deux des quatre "voyantes" en 1971, soit quatre ans après leurs aveux de la supercherie en 1967, ne s'explique pas du fait que l'évêque du lieu les aurait jadis torturées avec les instruments de l'Inquisition espagnole pour les amener à signer une déclaration au sujet de la fausseté des "apparitions" alléguées. -- Ce sont elles-mêmes qui, craignant les châtiments divins à cause de leur tromperie du public, avaient à l'époque contacté le curé, s'étaient confessées et avaient marqué leur accord de tout avouer à l'évêque devant témoins, de le jurer la main sur l'Écriture sainte et de signer leur déposition commune.

Par la suite, le revirement de deux des quatre "voyantes" peut évidemment s'expliquer à la vue des nombreux dons qui leur étaient faits, depuis un demi-siècle maintenant, par les "gogos" successifs. Dans un village montagneux pauvre, résister constamment au "charme" de paquets de billets de banque, cela doit être difficile... surtout si l'on ne va jamais faire une retraite sérieuse en pensant aux fins dernières !

Si même des curés et des évêques cèdent parfois (ou même souvent) à la tentation de l'argent, la situation morale de pauvres jeunes filles espagnoles prises à leur propre jeu, poussées par la pression sociale des "gogos" et des maisons d'édition, peut se comprendre sans doute bien davantage, mais sans être justifiée pour autant.

Trois des quatre "voyantes" ont mordu à l'hameçon du paquet de dollars : elles ont acquiescé à l'offre du richissime américain Joey Lomangino, à la tête de plusieurs institutions hospitalières, ayant proposé aux "voyantes" un emploi d’aide-soignante en Amérique pour les tirer de la relative pauvreté où elles végétaient, avec peu de possibilité d’emplois dans la région.

                    4°)   La sainteté du genre de vie des "voyantes"

L'Église ne juge pas les personnes quant à leur sainteté, de leur vivant. Mais elle peut se prononcer quant à la sainteté du genre de vie qu'elles mènent, en tant qu'indicateur des "fruits du Saint-Esprit" (Gal. V, 19-26) qu'une véritable apparition ne manque pas de susciter chez un "médium" (exemple : la voyante Bernadette Soubirous a fui les projecteurs des journalistes, puis elle s'est finalement retirée du monde, devenant religieuse et même Sainte, ayant opéré des miracles reconnus).

Or, la voyante principale, Conchita, a fait un musée de sa maison à Garabandal. Depuis lors, elle a vendu cette maison. Elle possède une maison à New York et un appartement à Fátima. Et au cours d'une "apparition", le Seigneur lui aurait dit de ne pas entrer au Carmel, mais de rester dans le monde. Ensuite, elle s'est mise en ménage avec un Américain divorcé de sa première femme. Sa famille a refusé de se rendre aux "noces" et ne croit d’ailleurs pas à cette affaire d’apparitions.

Tout en rétractant son serment acté quant à la fausseté des "apparitions", elle a néanmoins reconnu à l'abbé J. Pelletier, sans s'apercevoir de la contradiction dans ses propos, qu'elle avait volé une hostie d'un ciboire conservé au tabernacle pour simuler la prétendue communion administrée par un Ange.

Le sacrilège avait donc fait partie du "jeu" !

                    5°)   Indications d'intervention démoniaque

Ayant fait enregistrer par un notaire la déposition des "voyantes" faite sous serment devant témoins et attestant qu’elles avaient tout manigancé (point 1), l’évêque et ensuite chacun de ses successeurs a poursuivi l’investigation ecclésiastique en vérifiant ce qu’il en était de la réalisation des diverses "prophéties" émises par les "voyantes" ou leur dirigeante (point 2), ensuite on a dû constater les contradictions flagrantes entre les quatre "voyantes" et le revirement de deux des quatre intéressées (point 3), et enfin tout le monde a pu observer le genre de vie mené par les "voyantes" d’autrefois (point 4).
 
Suivant les procédures de l’Église, en présence d’aveux, de contradictions, de fausses prophéties et d’une vie non conforme à la vie chrétienne, tout évêque ne pouvait que conclure à une absence de "fruits du Saint-Esprit" (Gal. V, 19-26) et de surnaturel céleste. L’évêque ne s’est toutefois pas penché sur la question d’une éventuelle intervention démoniaque, Lucifer ayant le pouvoir de se déguiser "en ange de lumière" en punition des péchés des hommes.
 
Certains faits troublants suscitent en tout cas l’interrogation.

La "Vierge" aurait demandé avec insistance que les filles n'apportent pas d'objets bénits (rosaires, crucifix, etc.) car elle voulait bénir ces objets elle-même. Cette "apparition" est censée avoir ensuite "béni" et même "embrassé" des centaines d'objets. C'est troublant pour deux raisons : d'abord, parce que les objets bénits et les sacramentaux affectent les démons qui sont des anges déchus ; ensuite, parce que Notre-Dame n'est pas prêtre et ne peut donc conférer de bénédictions sacerdotales.

Les "apparitions" successives (il y en eut plus de 2.000 !) amenèrent les "voyantes" à prendre des positions bizarres et à faire des mouvements qui n'étaient pas naturels. Elles furent observées et photographiées en lévitation "extatique" avant de retomber comme pétrifiées dans des poses d'où il n'était censément pas possible de les déloger. Ensuite, elles se mettaient soudain en marche avant, puis en marche arrière, sur une colline rocheuse, avec leurs têtes presque tordues en position arrière. D'après la "voyante" principale, la T.S.Vierge s'amusait parfois à jouer à "cache-cache" avec elles !

Ce n'est pas sérieux.

Les "voyantes" faisaient toutes des signes de croix d'une exagération grotesque, comme si elles voulaient s'en moquer. Sur les photos, on peut voir le crucifix tenu à l'envers, comme font les satanistes afin de marquer leur mépris pour la rédemption. Toutes les "voyantes" (des jeunes filles adolescentes) furent entendues en train de parler des langues qu'elles ne connaissaient pas, étant incapables de traduire ensuite ce qu'elles venaient de dire. Un jour, le Pater noster fut récité par elles en langue grecque ! Mais elles ne savaient pas qu'il s'agissait de l'Oraison dominicale. Aucun sympathisant de Garabandal ne s’étant présenté comme leur ayant fait mémoriser ce texte grec, il n'y a pas de cause humaine à ce phénomène.

On ne peut donc exclure une infestation (voire même une possession) démoniaque.

Tout ça faisait manifestement partie d'un "jeu" qui les dépassait, mais dont le grand Loup "déguisé en peau de brebis" savait tirer les ficelles pour mener les fidèles crédules sur une voie de garage, notamment en entretenant chez eux une expectative apocalyptique ou eschatologique indue, accompagnée d'une confiance téméraire en Dieu.

                    6°)   Indications d'un "lobbying" humain

Indépendamment de la question qui devrait surgir, dans pareil contexte, au sujet de l'infestation par des esprits infernaux qui savent comment se faire passer pour des anges de lumière, il y a celle concernant les mentors ou guides de la voyante (ou des voyantes, plus rarement du voyant ou des voyants) : il s'agit de gens tapis dans l'ombre, mais vivement intéressés par l'exploitation commerciale de phénomènes à connotation religieuse, qu'il s'agisse au départ d'un vilain jeu d'enfants comme à Garabandal ou bien d'une affaire montée de toutes pièces par leurs soins, et qui exercent une pression sociologique pour que ça continue (dans certains cas même sur des décennies, ce qui leur rapporte des fortunes, tellement les gens sont crédules). Parfois, il s'agit tout simplement de l'aumonier, du confesseur ou d'un abbé "ami" qui a formé un "medium" parfaitement malléable (une voyante, parfois des voyantes, plus rarement un voyant ou des voyants, car les hommes ne se laissent pas si facilement ramener au rôle d'une marionnette) dans le but de faire passer ses idées dans le grand public et ce, d'une manière bien plus efficace que par la publicité ordinaire.

Observez bien : sur les photos ou les vidéos de ces prétendues "apparitions" vous verrez souvent, derrière ou à côté de la voyante (ou des voyantes, plus rarement du voyant ou des voyants) un monsieur ou un abbé qui n'a en principe rien à voir avec un service d'ordre, mais qui se tient prêt à chuchoter quelque chose à l'oreille. Il est là pour rappeler au besoin le "scénario" prévu et subvenir, le cas échéant, à la mémoire défaillante de "l'apparition" en lui soufflant le texte du "message" à diffuser, qui avait été mis au point la veille dans son imprimerie. Celle-ci attend la fin de la performance devant les "gogos" sur le signal du "patron" avant de faire tourner les rotatives.

Quelquefois cependant, en raison de l'exaltation nerveuse de la foule "en manque" qui se bouscule pour être tout près de l'endroit précis de "l'apparition", on a cru percevoir le signal du "patron" à l'imprimerie, bien que la performance ne soit pas encore terminée. Dans ces conditions, certains spectateurs (parmi les plus éveillés) sont étonnés de recevoir déjà le texte tout imprimé du "message" (contre paiement) en descendant de la "montagne sacrée" ! On leur explique alors que ça fait partie du "miracle" (sic). -- Dans ce cas, quelqu'un devrait peut-être faire comprendre à "l'apparition" qu'elle gagnerait beaucoup en crédibilité en imprimant son "message" directement (et gratuitement) sur le téléscripteur des agences de presse, au lieu de se croire obligée de passer par une entreprise commerciale qui l'exploite.

Tout observateur avisé et visant à l'objectivité se verra contraint de reconnaître que "le Père du mensonge" (qualification donnée par Notre-Seigneur à Lucifer damné) inspire des mensonges pour essayer d'accréditer la sacralité de tel lieu de prétendues apparitions. Ainsi, en ce qui concerne Garabandal. Au lieu de se soucier de la vérité et de fournir à cet effet le dossier officiel aux gens, on leur donne des instructions sous forme de questions/réponses pour envoyer promener les personnes soucieuses de s'informer.

Voici une de ces consignes, diffusées sur certains sites organisant des pèlerinages :

« Question : si un prêtre vous interdit de croire à Garabandal, de vous rendre sur place et de propager les prophéties annonçant l'avertissement, le grand miracle et le châtiment, que lui dire ? Réponse : Qu'il n’en a absolument pas le droit, puisque le pape Paul VI, 6 mois après avoir reçu Conchita au Vatican, a supprimé les canons 1399 et 2318 qui interdisaient de se rendre dans les lieux de pèlerinages non reconnus et d’en divulguer les messages. Donc, aucun homme d’Église, fut-il évêque ou cardinal, ne peut vous interdire de croire à Garabandal, de propager le Message ou de vous rendre sur place. » -- sic !

C'est erroné et mensonger !

                    7°)   Réfutation de ces arguments par l'Église

Pour commencer, Conchita n'a pas été reçue par Paul VI, dont attestation publiée par le Saint-Siège en date du 10 mai 1969 :

"Il est faux qu'un "enquêteur privé" ait été désigné par le Saint-Siège. Il est également faux d'affirmer que Paul VI ait accordé à Conchita Gonzalez une audience privée ou une bénédiction spéciale. Elle a effectivement reçu la bénédiction au cours d'une audience générale, mais ce serait falsifier la vérité que d'interpréter cela comme une approbation de Garabandal par le Pape." (Congrégation pour la Doctrine de Foi, Note signée par le cardinal Franjo Seper et publiée aussi dans la Documentation catholique 1969, col. 821)

Ensuite, l'évocation des canons 1399 et 2318 censément supprimés du Code de droit canonique, 6 mois après cette (imaginaire) audience privée accordée par Paul VI à Conchita, est fallacieuse, car ces canons ne concernent pas l'interdiction de pèlerinages ou la divulgation de messages censément célestes, mais l'Index des livres prohibés et sans pour autant supprimer le principe moral d'abstention de lecture d'ouvrages contre la foi et les mœurs.

Je vous fournis ci-après le texte paru en latin dans les "Acta Apostolicae Sedis" (A.A.S. 58, vol. LVIII, 15 novembris 1966, p.1186) :

ACTA SS. CONGREGATIONUM
SACRA CONGREGATIO PRO DOCTRINA FIDEI
DECRETUM
 
Post editam « Notificationem » diei 14 iunii c. a. circa “Indicem” librorum prohibitorum, quaesitum fuit ab hac S. Congregatione pro Doctrina Fidei an in suo vigore permaneant can. 1399, quo quidam libri ipso iure prohibentur, et can. 2318, quo quaedam poenae feruntur in violatores legum de censura et prohibitione librorum.
 
Dubiis in plenario conventu fer. IV diei 12 Octobris 1966 propositis, E.mi Patres rebus Fidei tutandis praepositi respondendum decreverunt :
 
1) Negative ad utrumque, quoad vim legis ecclesiasticae ; iterum tamen inculcato valore legis moralis, quae omnino prohibet fidem ac bonos mores in discrimen adducere ;
2) eos vero, qui forte innodati fuerint censuris de quibus in can. 2318, ab iisdem absolutos habendos esse ipso facto abrogationis eiusdem canonis.
 
Et in Audientia Eimo Cardinali Pro-Praefecto S. Congregationis pro Doctrina Fidei die 14 eiusdem mensis et anni concessa, praefatum decretum S. Pontifex Paulus Papa VI benigne adprobare dignatus est et publici iuris fieri mandavit.
 
Datum Romae, ex aedibus S. Congregationis pro Doctrina Fidei, die 15 novembris 1966.
 
A. Card. OTTAVIANI, Pro-Praefectus
© P. Parente, Secretarius

Il faudrait se garder soigneusement de donner un autre contenu aux références que l'on cite effrontément (ou alors en copiant autrui sans la moindre vérification).

Enfin, ainsi qu'il ressort du Dossier Garabandal, que les "fans" n'ont manifestement pas davantage lu, notamment la Lettre du cardinal Franjo Seper en date du 10 mars 1969, il y a encore d'autres malhonnêtetés signalées, qui ruinent la pertinence de certaines affirmations ou conclusions :

"Les adeptes des prétendues apparitions susnommées continuent de publier livres et articles dans lesquels ils ne cessent de défendre : a) La véracité desdites apparitions ; b) L'absence d'autorité de l'évêque de Santander pour juger de leur vérité ou de leur fausseté, parce qu'il s'agit d'une affaire qui regarde le Saint-Siège, étant donné la prétendue nature prophétique que possèdent, d'après eux, lesdites apparitions ; c) Une contradiction supposée entre le Saint-Siège et la Curie de Santander, comme si le Saint-Siège approuvait, ne serait-ce qu'implicitement par son silence ou par sa bienveillance, lesdites apparitions. Se basant sur ces raisons, les adaptes de Garabandal refusent d'obéir aux déclarations répétées des évêques de Santander. Le plus grave est que certaines de leurs déclarations paraissent dans des livres ou des revues munis de l'approbation ecclésiastique. Le décret porté par l'autorité de l'Ordinaire diocésain, qui en a la compétence de droit, doit constituer, même pour les Ordinaires des lieux, un motif suffisant pour écarter les fidèles de tous pèlerinages et exercices concernant les prétendues apparitions et communications en question."

"Les adeptes desdites apparitions ont coutume d'alléguer, y compris dans des livres et des articles, une certaine bienveillance du Pape Paul VI à l'égard de ces apparitions. Ils font appel pour cela à un argument qui serait risible, s'il n'était attristant : ils mettent en avant des bénédictions, données à Rome aux uns ou aux autres en vue d'obtenir l'indulgence plénière "in articulo mortis" ; sur le texte de ces bénédictions, préparé comme on le sait par des copistes spécialisés dans ce genre de travail, ils avaient mis le nom du requérant, en signalant qu'il appartenait à la Légion de Garabandal ; se basant sur ce fait, ils en sont arrivés à publier des images disant que le Pape avait béni les apparitions de San Sebastien de Garabandal à l'occasion de l'une des susdites bénédictions."

"Dans le diocèse de Santander, comme conséquence de ce qui a été dit précédemment, est absolument interdite toute manifestation de piété qui se fonde sur les apparitions supposées de San Sebastian de Garabandal. Enfreignent cette interdiction, tous ceux qui s'y rendent en pèlerinage, de même que ceux qui, passant outre à l'ordre formel de l'évêché, y ont élevé une chapelle en l'honneur de saint Michel. D'autre part, il est interdit à tout prêtre, qu'il soit du diocèse ou d'ailleurs, de monter au village susnommé sans autorisation spéciale, sous peine de se voir retirer le droit à l'exercice du ministère dans tout le diocèse. Malgré ces dispositions, des prêtres étrangers, venant de diverses régions du monde, y célèbrent en plein air ou dans des maisons particulières, enfreignant ainsi les dispositions épiscopales. En ce qui concerne l'interdiction des manifestations de piété que nous avons citées, la S. Congrégation désire également qu'elle soit observée partout, en accord avec les dispositions de l'évêque de Santander, comme le dit le cardinal Seper dans les lignes qui suivent et qui sont définitives : "Le décret porté par l'autorité de l'Ordinaire diocésain, qui en a la compétence de droit, doit constituer, même pour les Ordinaires des lieux, un motif suffisant pour écarter les fidèles de tous pèlerinages et exercices concernant les prétendues apparitions et communications en question."

Il est donc assez évident que tout prêtre et tout fidèle est en droit de ne pas croire à Garabandal et donc de ne pas ajouter foi à ce que les jeunes "voyantes" ont elles-mêmes avoué être une supercherie (acté devant témoins et par notaire… à la demande des intéressées). Par ailleurs, "croire" est un terme réservé au contenu du « Credo » de la foi chrétienne. Même au sujet d'apparitions reconnues comme Lourdes ou Fátima, l’Église utilise le terme « credibilis » (pouvant être cru, de foi humaine et prudentielle) et non le terme « credendum » (devant être cru, de foi divine et catholique). Aucun miracle, aucun prodige, aucune apparition n'est un dogme. Ce n’est donc pas être missionnaire envers des tiers, mais tout à fait erroné de diffuser des choses "à croire" obligatoirement, mais néanmoins étrangères au « Credo » ou non actées dans un document du magistère ecclésiastique. La plupart de ces "apparitions" se sont d'ailleurs avérées des fumisteries.

                    8°)  Une fausse lettre attribuée au Padre Pio

Conchita Gonzalez dit avoir reçu une lettre en italien, tapée à la machine et non signée, ne portant sur l’enveloppe aucune adresse d’expéditeur, mais seulement un cachet postal d’oblitération, maculé et quasiment illisible. Cette lettre anonyme commençait ainsi : « Chères petites enfants de Garabandal. Ce matin, la sainte Vierge m’a parlé de vos apparitions ». Et la lettre se terminait par ces mots : « Je vous donne seulement un conseil : priez et faites prier, car le monde entre en perdition. On ne vous croit pas et on ne croit pas à vos colloques avec la Dame Blanche. On y croira quand il sera trop tard. » Conchita dit avoir demandé à la sainte Vierge de qui était cette lettre, et elle dit avoir reçu comme réponse que la lettre émanait du Padre Pio.

Or, ce message n’émanait pas du Saint stigmatisé : il avait été rédigé par un « fan » de Garabandal, à savoir le Père Pellegrino, qui a tout avoué plus tard (cf. le Dossier Garabandal dans les Archives du Saint-Siège). C’était en date du 22 août 1968. Pour faire croire plus sûrement qu’elle provenait du Padre Pio, la lettre avait été expédiée depuis le bureau de poste de la localité où se trouve le Couvent « S. Maria delle Grazie » des Capucins où vivait le Padre Pio : à 71013 San Giovanni Rotondo, Foggia, Italie.

Le Padre Pio était mourant à l’époque et il est décédé le 23 septembre 1968, soit un mois après cette lettre qu’il n’avait jamais écrite. Au demeurant, lesdites « apparitions » ayant duré de 1961 à 1965 à Garabandal, il serait bien curieux que le Padre Pio ne se soit prononcé sur elles que trois ans plus tard et à la veille de mourir. En fait, le Père Pellegrino a voulu donner de la crédibilité aux apparitions de Garabandal en les présentant faussement comme approuvées par le Saint stigmatisé, à défaut de les voir reconnues par l’évêque local et par le Saint-Siège. Cependant, par la suite et sous serment avec la main sur l'évangéliaire, il avoua la supercherie, ainsi que sa complicité avec Conchita Gonzalez.

                   9°)  Contradiction interne  

La voyante principale, Conchita Gonzalez, avait dit lors d’une interview (1966) à propos du prétendu « Avertissement » :

« Ce sera horrible au plus haut point. Si je pouvais vous le dire comme la Vierge me l’a dit ! Mais le Châtiment, lui, sera bien pire. On verra que l’Avertissement nous arrive à cause de nos péchés. Il peut se produire d’un moment à l’autre, je l’attends tous les jours. Si nous savions ce que c’est, nous serions horrifiés à l’extrême. »

Cette même année (1966), elle aurait même communiqué au Saint-Office, devenu Congrégation pour la Doctrine de la Foi, la date du « Grand Miracle », mais la poste vaticane a malencontreusement dû mal fonctionner, car aucune communication de l’espèce ne lui est parvenue. Ceux qui ont pu consulter le dossier complet dans les archives vaticanes vous le confirmeront. Les « fans » de Garabandal avancent alors comme explication péremptoire un « complot » ourdi par les suppôts de Satan pour étouffer l’information. Mais pourquoi ? Si Conchita Gonzalez connaît cette date et qu’il fallait absolument la révéler au pape, elle pouvait y pourvoir en adressant une nouvelle lettre au Saint-Siège. Elle aura même eu plus de 50 ans de temps pour faire parvenir cette communication avec la date du « Grand Miracle » aux papes successifs, mais elle ne l’a pas fait.

Toujours est-il que si, par hypothèse, l'intéressée connaît vraiment la date du « Grand Miracle » qu’elle annoncera au monde entier 8 jours à l’avance, mais qui aura de toute façon lieu, à l’en croire (chose confirmée lors d’une récente interview par une chaîne de télévision irlandaise à New York où elle habite) un jeudi soir à 20:30 H, le jour de la fête d’un martyr de l’eucharistie, précisément entre le 8 et le 16 des mois de mars, avril ou mai, et que ce prodige « plus impressionnant que celui de Fatima » doit arriver moins d’un an après « l’Avertissement », un simple calcul lui aurait permis de savoir que celui-ci devrait donc avoir lieu au plus tôt douze mois (moins un jour) avant les mois indiqués, soit en avril, mai ou juin de l’année précédente.

Mais alors pourquoi avait-elle si peur en 1966 que « l’Avertissement » n’arrive d’un moment à l’autre ? Ledit « Grand Miracle » étant censé suivre moins d’un an après, cela implique donc qu’elle avait à l’époque en tête pour celui-ci une date en 1967, mais rien ne s’est évidemment passé.

Nous sommes maintenant au début du 3ème millénaire. Il serait grand temps d’en finir avec cette obsession d’il y a plus d’un demi-siècle. Depuis lors, on entretient l’illuminisme des "gogos" (personnes crédules, faciles à tromper) et on s’amuse à berner les gens avec « l’Avertissement », « le Grand Miracle » et « le Châtiment ». Cela fait évidemment le bonheur des agences de voyage. Mais toutes ces “apparitions” que l’Église a réputées “non crédibles” ne sont pas l’œuvre du Saint-Esprit, mais de Lucifer déguisé en “Gospa” (Madonne), ainsi que l’a dit Mgr Andrea Gemma, évêque émérite d’Isernia-Venafro, parmi les plus grands exorcistes vivants.

La résurrection de Jésus étant le seul signe d’Avertissement et d’appel à la conversion donné au monde, conformément à l’Écriture sainte que certains vous interdisent de lire, de peur d’être réfutés par cette lecture, il n’y aura absolument aucun autre “Avertissement” de valable après le temps des Apôtres, la Révélation divine étant clôturée avec les écrits de saint Jean l’Évangéliste. C’est un dogme catholique.

Contrairement à ce que vous racontent des incompétents fanatiques avec ou sans soutane, dans son commentaire, Saint Jean-de-la-Croix, reprenant les considérations des Pères de l’Église et d’autres Docteurs ou auteurs catholiques avant lui, a eu ces paroles très nettes qui résument bien le sujet :

« Dès lors qu’il nous a donné son Fils, qui est sa Parole, Dieu n’a pas d’autre parole à nous donner. Il nous a tout dit à la fois et d’un seul coup en cette seule Parole, car ce qu’il disait jadis en partie aux prophètes, Il l’a dit tout entier par son Fils. Voilà pourquoi celui qui voudrait maintenant l’interroger, ou désirerait une vision ou une révélation, non seulement ferait une folie, mais ferait injure à Dieu, en ne jetant pas les yeux uniquement sur le Christ, sans chercher autre chose en quelque nouveauté. »

L’humble sainte Vierge du “magnificat” ne vient pas ici-bas pour contredire son Fils, dont elle sait pertinemment bien que c’est le seul et unique Avertissement donné au monde.

                   10°)  Le message s’avère du copié/collé fait sous la dictée de sectaires étrangers au village

En fait, le “message” de Garabandal est pour l’essentiel la reprise des divagations de la “voyante” polonaise Feliksa Kozłowska qui a donné naissance à la secte des Mariavites. Dans son encyclique « Tribus circiter » du 5 avril 1906  (ASS, vol. XXXIX (1906), pp. 129-134), le pape saint Pie X déclarait que les apparitions présumées de cette religieuse étaient des « hallucinations ludiques » (ludificationes) et il sanctionna les ecclésiastiques cornaqués par elle.

L’intéressée s’en vengea bassement sur le souverain pontife en le désignant avec effronterie comme étant « la Bête malfaisante de l’Apocalypse » (sic). Ne pouvant tolérer pareille atteinte à son autorité, le pape saint Pie X se résolut alors à excommunier nommément la prétendue « voyante » en décembre de la même année. Elle allait censément prédire « l’avertissement, le grand miracle et le châtiment » qu’elle déclarait « imminents », mais elle est morte en 1922, laissant derrière elle une secte de suiveurs aussi bêtes que méchants, surtout après l’introduction du mariage entre prêtres et religieuses (1924) et davantage encore, plus tard, avec le sacerdoce des femmes (1929), aboutissant à la formation rapide et presque logique de « couples épiscopaux » et même de « femmes-évêque », répétant comme des perroquets que saint Pie X serait « la Bête malfaisante de l’Apocalypse » (sic).

Vous pourrez lire une très intéressante étude de niveau universitaire sur le sujet :

APPOLIS Émile. Une Église des derniers temps : l’Église Mariavite.  In : Archives de sociologie des religions, n°19, 1965, pp. 51-67 ; cette étude est consultable, lisible et téléchargeable sur : http://www.persee.fr/doc/assr_0003-9659_1965_num_19_1_2572

Actée dans la presse espagnole depuis 1984 déjà, mais significativement occultée par les « fans », la dénonciation publique de cette supercherie religieuse a du reste été faite par une autre des petites « voyantes » de l’époque, à savoir Mari Cruz González, « la testigo que nada vio » (le témoin qui n’a rien vu). Avec beaucoup de courage et de franchise, malgré les menaces dont elle a fait l’objet, elle dénonce explicitement son ancienne petite copine Conchita González d’avoir été l’instigatrice de l’affaire suivant un scénario avec la complicité et sous la coupe de gens étrangers au village. Elle s’insurge avec force et conviction contre les pèlerinages récurrents vers un endroit où rien de surnaturel n’a jamais eu lieu (pas d’apparitions de Notre-Dame, ni de saint Michel archange).

         Le mouvement d'El Palmar de Troya

El Palmar de Troya : suite et conclusion de Garabandal. C’est ce qu’aurait affirmé "la sainte Vierge", disent de pieux adeptes de cet autre lieu hispanique de prétendues "apparitions". El Palmar de Troya est un patelin situé en Andalousie (sud de l’Espagne), surtout connu pour des  "apparitions" mariales à partir de 1968, faisant suite à celles de Garabandal (nord de l’Espagne) de 1961 à 1965. Les premières "voyantes" furent là également 4 jeunes filles : Ana García, Ana Aguilera, Rafaela Gordo et Josefa Guzmán, mais elles furent bientôt suivies de beaucoup d'autres : Rosario Arenillas, María Marín, María Luisa Vila, … ainsi que d’un "voyant" tout aussi pieux, Clemente Domínguez y Gómez.

Celui-ci aurait eu sa propre "apparition" le 30 septembre 1969. Notre-Dame lui aurait confié la mission de fonder une nouvelle Église, destinée à remplacer l’Église fondée par son Fils et ce, grâce à la création d’une hiérarchie parallèle. En attendant, mais avec cet objectif à l’esprit, l’intéressé demanda l’ordination sacerdotale et le sacre épiscopal à un très vieil archevêque vietnamien retraité, Mgr Pierre-Martin Ngô-Dinh-Thuc, devenu par la suite notoire pour avoir ordonné et sacré de façon pareillement irréfléchie quantité de gens qui venaient lui demander ces "services".

L'archevêque fut excommunié par le Saint-Siège, de même que tous ceux qui avaient eu recours à lui. Mais alors que le très vieux prélat vietnamien retraité se réconcilia avec Rome avant de mourir, ceux qu’il avait ordonnés ou sacrés restèrent obstinément séparés du Saint-Siège, accusé par eux de "trahison" du christianisme, tout comme celui qui leur avait imposé les mains, désormais réputé "apostat" ... parce que "rallié à Rome" (ce qu'il était pourtant déjà lorsqu'ils s'étaient adressés à lui pour être ordonnés ou sacrés).

À peine quelques années après son excommunication, Clemente Domínguez y Gómez se proclama "pape" sous le nom de Grégoire XVII : c’était en date du 6 août 1978, le jour de la mort du pape Paul VI. Dans l’entretemps, il avait toutefois déjà ordonné et sacré des centaines de gens en vue de constituer, sous son obédience, une hiérarchie parallèle à celle de l’Église catholique, d’abord en Espagne et ensuite dans le reste du monde. Les autorités civiles considèrent d’ailleurs l’organisation d’El Palmar de Troya comme une secte qui revendique la liberté religieuse pour établir une hiérarchie parallèle à celle de l’Église institutionnelle en prenant l’Espagne comme base d’expansion missionnaire.

Il y eut en effet la création formelle, juridiquement actée, de ladite « Église chrétienne palmarienne des Carmélites de la Sainte-Face » (Iglesia Cristiana Palmariana de los Carmelitas de la Santa Faz), appelée aussi « Église catholique palmarienne », une Église schismatique sédévacantiste du catholicisme romain, avec des structures hiérarchiques complètes, copiées sur Rome. Les Carmélites en question, qui s’occupent aussi des évêques et des abbés de la "Cour pontificale", sont les anciennes "voyantes" d’El Palmar de Troya, ainsi que d’autres filles, recrutées par la suite dans les milieux apparitionnistes en raison de leur grande crédulité, et tenues soigneusement à l'abri des journalistes, ainsi que de leur propre famille.

Depuis lors, une lignée "pontificale" schismatique s’est constituée : Grégoire VII (1978-2005), Pierre II (2005-2011), Grégoire VIII (2011-2016) et Pierre III (2016- . . . .). Le règne de ces "antipapes" est marqué par des scandales financiers et sexuels, dont les médias ont fini par faire état. Ces informations sulfureuses figurent même dans des encyclopédies mises en ligne ... et ne furent jamais démenties.

Sur tous ces "antipapes" d’El Palmar de Troya ou d’ailleurs (car il y en a malheureusement encore sous d’autres cieux), on lira avec profit l’article de mon confrère Jean-François Mayer, Docteur en Histoire, spécialisé quant à lui en histoire des religions, et enseignant toujours, notamment aux Universités de Lyon et de Fribourg.

La pastorale développée par le mouvement d'El Palmar de Troya consiste principalement à charger les membres de son clergé parallèle d'appâter les gens avec Fátima et Garabandal. De fréquents pèlerinages sont organisés depuis de nombreux pays. Si les abbés de la secte ne sont pas disponibles comme accompagnateurs, ils font appel à des confrères gagnés à leur cause, non seulement parmi les dissidents ou parmi les dissidents des dissidents, mais encore parmi les membres du clergé des diocèses de l'Église catholique romaine. Beaucoup se sont même faits "ré-ordonner" (il y a des exemples) avec les rites traditionnels par l'un des nombreux évêques d'El Palmar de Troya, qui sont réputés "faire ça mieux" (sic), tandis que les évêques catholiques ordinaires auraient "perdu la main" (sic).
 
Mine de rien, les abbés (diocésains et dissidents) devenus auxiliaires de la pastorale d'El Palmar de Troya se placent et placent les gens, embarqués dans leurs autocars ou leurs avions, sous la coupe d'un "antipape" avec son clergé parallèle, à qui ils procurent de surcroît le bénéfice d'honoraires. Ce n'est que le début de la mainmise sur les gens (et surtout sur leur portefeuille) par la secte en question. On demande même aux gens de réserver (et de payer bien sûr à l'avance) leur place dans un autocar qui partirait, avec toute une flottille d'autocars, en direction de Garabandal afin d'y assister au "Grand Miracle" annoncé après "l'Avertissement" (encore à venir). Il y a des gens qui attendent ainsi depuis des dizaines d'années. Comme il s'agit en général de personnes âgées, elles décèdent l'une après l'autre, mais leur famille (s'il leur en reste une) ne récupère pas l'argent (environ 1000 €) versé en pure perte (sauf pour la secte bien entendu). C'est une arnaque particulièrement odieuse et cynique, organisée sur grande échelle, mais elle passe inaperçue dans certains milieux "de la tradition" à cause de l'espèce d'aveuglement, fruit pourri de l'exaltation et de l'hystérie religieuse, que procure l'apparitionnisme.
 
On requiert également une aide technique, liturgique et surtout financière pour l'établissement de lieux de culte "dans la nature" (hors de tout contrôle ecclésiastique régulier, si ce n'est par des membres de ce clergé parallèle qui ne s'identifie jamais comme tel, mais se fait passer pour "normal", ce qui constitue une fourberie particulièrement hypocrite). Pour être plus sûrement acceptés dans certains milieux, c'est la liturgie "extra" que les intéressés célèbrent. Pourtant, leurs "antipapes" successifs en ont modifié le rite, l'abrégeant de façon à pouvoir dire une Messe en vingt minutes à peine, une pratique expéditive que le curé de Cucugnan décrit par Alphonse Daudet n'aurait assurément pas désavouée.
 
Les membres de cette secte peuvent néanmoins être découverts, quoique par une recherche longue et fastidieuse, notamment sur l'Internet, mais découverts tout de même. C'est ainsi qu'après en avoir démasqué quelques-uns, Mgr Daniel Dolan s'est vu moralement contraint d'adresser des reproches publics à son confrère Mgr Andrés Morello, ayant tous deux naguère fait partie de la Fraternité Saint-Pie-X avant d'en devenir des dissidents. Ledit confrère avait accepté qu'un abbé, ordonné par un évêque d'El Palmar de Troya, fasse du ministère dans les chapelles qui se réclament "de la tradition". On voit sans peine jusqu'où ça peut aller... En clair : on est devant une infiltration opérée sur la pointe des pieds par le clergé parallèle de cette secte apparitionniste, qui prétend pouvoir justifier son existence par d'imaginaires "demandes de la sainte Vierge" (sic).
 
         Le mouvement de Medjugorje

Dans le paragraphe précédent, j’évoquais la secte d’El Palmar de Troya. On m’a demandé s’il existait une réaction du Saint-Siège à ce phénomène sociologique. La réponse est affirmative. En voici la référence (lien à consulter). Depuis lors, il y a eu des développements en sens divers, même hors de l’Espagne. Je vous communique donc aussi le lien vers des études sérieuses, établissant que le fondateur d’El Palmar de Troya (un “antipape” formel, agissant censément sur “ordre” de la sainte Vierge) est également à l’origine des pseudo-apparitions de Medjugorje (dans l’ancienne Yougoslavie) à partir de 1981.

De plus, il est établi que les prétendus “voyants” et “voyantes” ont effrontément plagié les poses extatiques et les messages de Garabandal, dont ils avaient eu connaissance et qu’ils ont tout bonnement repris à leur compte. Il y a donc une dépendance matérielle et formelle de Medjugorje par rapport à Garabandal. Pour attirer le monde des curieux et des gens maladifs, tout en surpassant l'intérêt pour les autres "apparitions", il est maintenant question de dix (10) "secrets" (sic) censément confiés par Notre-Dame.

Lors d’un voyage à Rome en 1988, j’avais eu un entretien avec le Père Charles Zanic, dominicain qui faisait partie des pénitenciers apostoliques en la basilique Sainte-Marie-Majeure pour y entendre les confessions pendant la période des vacances (le reste de l’année, il résidait au Canada). Ce religieux connaissait bien l’affaire de Medjugorje, où les prétendus “voyants” et “voyantes” étaient manipulés par quelques ecclésiastiques ambitieux ou corrompus (argent et sexe). Il connaissait bien l’affaire parce que Mgr Pavao Zanic, évêque de Mostar (ville en Bosnie-Herzégovine), était son cousin.

Des personnes exaltées parlaient de “miracles”, de “guérisons” et de “conversions”, mais tout cela fut soigneusement examiné et, en ce qui concerne les “miracles” et les “guérisons” mis en vedette, contrôlé par les médecins du “Bureau des constatations” à Lourdes (spécialistes dans ce domaine, où un grand discernement est requis). Un seul cas fut provisoirement retenu, mais  avec la mention “opinion plus que réservée” (s’agissant de sclérose multiplex). Quant aux “conversions”, elles s’accompagnaient de terrorisme intellectuel et de hargne fanatique (avec des menaces) s’abattant sur la personne de l’évêque. Mgr Pavao Zanic a néanmoins courageusement rédigé son rapport pour le Saint-Siège, rapport qui a été publié en 1990 (j’en possède une traduction française). Il a comme titre “La vérité au sujet de Medjugorje” et comporte 12 pages. Tout repose sur des entretiens enregistrés et des documents écrits. L’évêque a fait honnêtement son travail d’investigation, conformément aux Normes procédurales du Saint-Siège.

Les “voyantes” et les “voyants” ont été surpris à de nombreuses reprises en flagrant délit de mensonge, malgré le serment que l’évêque leur avait fait prêter, la main sur l’évangile. Ensuite la Conférence épiscopale de l’ancienne Yougoslavie a longuement étudié le dossier (avec ses nombreuses annexes) et a également conclu « non constat de supernaturalitate » (il n’est pas établi qu’il y ait du surnaturel) dans son décret du 10 avril 1991.

Cependant, l’hystérie religieuse et les illusions apparitionnistes sont difficilement guérissables, parce que les personnes qui en souffrent s’accrochent à leur intime conviction, alimentée par la soif tout aussi intime de pouvoir établir des contacts surnaturels. Comme le disait un vieux prédicateur au cours d’une retraite : « L’apparitionisme est le dernier refuge de la sensualité. On veut sentir la proximité quasiment palpable du "Ciel". Alors on se fait un devoir strict d’y croire, on s’obstine farouchement dans ce sentiment et on insulte le prochain. Mais on oublie que Dieu ne plaisante pas avec la fausseté. Les punitions suivront, ici-bas ou dans l’Au-delà. »

Bravant stupidement la colère divine, certains “fans” de Medjugorje ont cru devoir insister auprès du Saint-Siège, encore tant d’années après le jugement ecclésiastique. Alors, en date du 21 octobre 2013, Mgr Carlo Maria Vigano, Nonce apostolique aux U.S.A. (établi à Washington D.C.), reprenant la décision de la Congrégation pour la Doctrine de Foi (cardinal Müller), faisait savoir à Mgr Ronny Jenkins, secrétaire de la Conférence épiscopale des États-Unis, qu’il faut s’en tenir au décret des évêques yougoslaves de 1991 et que les fidèles sont invités à s’abstenir d’aller en pèlerinage là-bas (je possède une copie de cette lettre de 2013).

Mais les “fans” ne désarment pas et vont jusqu’à relancer le pape au cours d’un voyage en avion par l’intermédiaire d’un journaliste. Ils avaient fait la même chose jadis, pour essayer d’arracher à l’évêque de Mostar une « approbation inconditionnelle » (sic) en fermant les yeux sur le contenu accablant du Dossier de Medjugorje (ignoré du grand public, tout comme celui de Garabandal). À l’époque, le "lobbying" se faisait par l’intermédiaire d’un prêtre. Celui-ci demanda à Mgr Pavao Zanic pourquoi il ne reconnaissait pas la véracité de ces apparitions. Voici la réponse de l’évêque où il évoque le principal instigateur ecclésiastique de l’affaire. Cela se trouve dans son rapport publié en 1990 :

« Je lui dis que j'ai au moins 20 raisons pour ne pas y croire, dont une seule est nécessaire pour ceux qui sont sobres et bien instruits dans la foi, afin d’arriver à la conclusion que les apparitions ne sont pas du surnaturel. Il me demanda de bien vouloir lui donner au moins une raison. Alors je lui parlai du cas de l'ex-prêtre franciscain Ivica Vego. À cause de sa désobéissance et par un ordre de notre Saint-Père le Pape, il fût jeté hors de l'Ordre religieux franciscain (OFM) par son Général, dispensé de ses vœux et déclaré suspens "a divinis". Il n'obéit pas à cet ordre et il continua de célébrer la Messe, de distribuer les sacrements et de passer du temps avec sa maîtresse. Il est déplaisant d'écrire à ce sujet, mais cela est nécessaire pour voir de qui la prétendue "Notre-Dame" parle. Comme il ressort du journal de Vicka, une des "voyantes", ainsi que des déclarations des "voyants", ladite "apparition" mentionna 13 fois qu'il est innocent et que l'évêque a tort. Quand sa maîtresse, Sœur Leopolda, une religieuse, tomba enceinte, les deux quittèrent Medjugorje et la vie religieuse, et commencèrent à vivre ensemble pas loin de Medjugorje où leur enfant naquit. Maintenant, ils ont déjà deux enfants. »

Il est clair que la vraie Notre-Dame n'aurait pas dit que l'évêque a tort, ni présenté le prêtre défroqué comme un innocent.

Ensuite Mgr Pavao Zanic évoque le comportement du théologien René Laurentin, un abbé français médiatisé :

« Le théologien marial René Laurentin se comporte de la même manière. Il vint me visiter aux environs de la Noël 1983, et je lui offris un dîner. Il me demanda pourquoi je ne crois pas aux apparitions. Je lui dis que, d'après le journal de Vicka et les paroles des autres "voyants", cette "Dame" [la Gospa, c’est-à-dire la Madonne] a parlé contre l'évêque. Laurentin répondit rapidement : « Ne publiez pas ça, parce qu'il y a beaucoup de pèlerins et de convertis là-bas. » J'étais scandalisé par cette parole de ce mariologue bien connu ! Malheureusement, cela est resté la position de Laurentin : cacher la vérité et prendre la défense de faussetés. Il a écrit à peu près dix livres sur le sujet de Medjugorje et dans presque tous, la vérité et l'évêque Zanic sont sous le feu d'attaques. Il sait bien ce que les gens aiment entendre. Voilà pourquoi il était relativement facile pour lui de trouver ceux qui le croiraient. « A veritate quidem auditum avertent, ad fabulas autem convertentur » (2 Tm IV, 4 : Ils se détourneront d'écouter la vérité et se tourneront vers des fables). Les "voyants" et défenseurs de Medjugorje, menés par Laurentin, ont vu depuis le début que le croyant moderne, surtout dans un pays communiste, croit très rapidement tout ce qui est "miraculeux", les apparentes guérisons miraculeuses et les prétendus messages de Notre-Dame. »

Il convient de savoir aussi que Medjugorje s’inscrit dans le contexte plus large du bras de fer qui oppose depuis un siècle la province franciscaine d’Herzégovine et les évêques locaux avec pour enjeu les revenus financiers. Il n'est donc pas étonnant que l'on trouve autour des "voyantes" et des "voyants" de bien curieux disciples de saint François d'Assise qui se remarquent certes par leur habit, mais guère par l'esprit de pauvreté, ni par d'autres vertus. Les revenus engrangés par le tourisme religieux et les publications au sujet des "apparitions" ont singulièrement enrichi les franciscains qui ont colonisé les lieux et favorisé l'esprit du monde. En plus du défroqué Ivica Vego qui vit maritalement, il y a son confère Tomislav Vlasic, "directeur spirituel" des prétendus visionnaires, lui aussi renvoyé de l'état clérical pour son comportement déviant. Les "voyants" et les "voyantes" se sont également enrichis depuis 1981, au point même que les habitants de Medjugorje désignent le tracé du lieu des "apparitions" comme « l'avenue des milliardaires ». Les intéressés et leur famille exploitent en effet plusieurs hôtels et agences de voyage, tellement les dons des "pèlerins" crédules ont afflué. À ce point de vue aussi, on peut remarquer une "continuation de Garabandal".

Parlant de la "Gospa" (la Madonne des "apparitions" de Medjugorje), le pape François a déclaré : « Ce n'est pas la Mère de Jésus. »

Il a précisé : « La Madonne n'est pas un chef de bureau de poste qui enverrait des messages tous les jours. »

         Le mouvement du "groupe de l'amour..."
 
D'autres pays ne sont pas en reste ! C'est ainsi qu'en Italie, le "Ciel" a même mis récemment les bouchées doubles, si l'on peut dire. À l'exception du Saint-Esprit (sans doute occupé ailleurs, en tout cas pour le moment), Dieu le Père y tient régulièrement des "conférences", ainsi que le Sacré-Coeur et bien sûr Notre-Dame, de même que Saint Michel Archange, tout comme à Garabandal. Mais de plus, on y fait également état d'apparitions de Lucie dos Santos (de Fátima), canonisée par le "Ciel". Bien entendu, Francisco et Jacinta y sont aussi. C'est du moins ce que l'on vous prie de croire.
 
Les "messages célestes" sont diffusés à un rythme quasi hebdomadaire. Sur place, pour en convaincre les "gogos", le "Ciel" va jusqu'à utiliser un projecteur de textes (lettres lumineuses sur fond noir) et des voix diffusées par haut-parleur. Les gens voulaient du merveilleux, du tangible, des manifestations "en direct depuis le Ciel" ?  En voilà.
 
Pour la "bonne cause" on feint d'oublier que la voix entendue est celle de personnes bien concrètes, avec un bon accent italien, qui tiennent le rôle des "personnages célestes". Le comité qui organise tout ça possède même un site (bien terrestre) sur l'Internet, où ces messages sont reproduits. Il s'agit du "groupe de l'amour de la sainte Trinité" (sic).
 
Cela explique sans doute pourquoi il est si souvent question d'amour-amour et de bisou-bisou dans les "messages célestes". Cela mis à part, quand on analyse attentivement la teneur de ceux-ci, c'est -- une fois de plus, comme par hasard -- des emprunts au "Mirabilis Liber" du XVIème siècle que l'on y relève. Une nouveauté cependant : Notre-Dame dit "shalom" dans sa langue maternelle. Et... le site vous accueille avec de la "pop music", probablement dans l'espoir d'attirer des jeunes en quête de "happening".
 
Il semblerait que plus l'arnaque est grosse, plus elle parvient à cornaquer les corniauds.
 
Désolé pour eux :  le catéchisme indûment "allongé" de ces gens n'est pas le mien !
 
Ces gens-là ridiculisent la teneur de la religion catholique et la rendent aussi odieuse que grotesque.
 
En outre, la simple application des règles élémentaires du discernement des esprits devrait faire conclure à des supercheries que l'on essaie de faire gober aux "gogos".
 
Le plus important, du point de vue ecclésial, c'est toutefois le caractère assez militant de ce groupe, qui organise aussi quantité de pèlerinages, notamment à Garabandal et à Fátima, où de la publicité est distribuée pour ce tout nouveau lieu censément sacral, avec des "apparitions" de quasiment tout le "Ciel" et cela, tous les jours de l'année, ce qui permet aux "gogos" de réserver un hôtel à moindre coût dans la saison basse.
 
Comme par hasard, c'est un lieu également infiltré par la secte d'El Palmar de Troya. Les gens voulaient du merveilleux, du tangible, des manifestations "en direct depuis le Ciel" ? En voilà. Les gens voulaient en plus se rassurer avec l'image d'un pape que l'on promène en sede gestatoria et qui porte une tiare à triple couronne ? Vous l'avez en prime. Pour la "bonne cause" on oublie évidemment qu'il s'agit d'un "antipape". Tout ce à quoi les apparitionnistes aspirent, c'est à la satisfaction égoïste de leur sensibilité qui recherche du surnaturel "palpable" et l'apaisement de leurs craintes religieuses. Ils ont ainsi tout ce qu'ils veulent. Ils sont rassurés. C'est conforme aux "demandes de Notre-Dame", disent-ils, mais sans même connaître les pièces du dossier, ils veulent imposer l'obligation d'y croire.
 
Voici l'apparence de l'actuel "antipape", chef suprême de l'arnaque religieuse d'El Palmar de Troya :
 
Pierre III d'El Palmar de Troya
 
Les malades du merveilleux se profilent par ailleurs bien souvent aussi comme des gens qui perdent la tête quand un abbé en soutane, un évêque ou un pape leur adresse la parole, mais qui approchent sans la moindre émotion et avec nonchalance une Hostie consacrée, qu'ils ne se gênent pas de manipuler et puis de mastiquer comme un vulgaire chewing-gum ! S'ils avaient autant de respect et d'amour pour Jésus que pour leurs idées fixes pseudo-religieuses agrémentées des recettes de leur tiroir-caisse, le monde chrétien changerait en bien, car la véritable dévotion eucharistique en état de grâce ne manquerait pas de faire rapidement fondre les aberrations -- apparitionnistes ou autres -- dans leur esprit. Les supercheries n'étant pas des moyens de salut, ce qui manque en définitive à tous ces gens, c'est de faire une bonne retraite afin de se convertir sérieusement à Dieu, au lieu d'être au fond centrés sur eux-mêmes avec leur recherche fébrile de "contacts en direct avec le Ciel" et de sensations fortes, pseudo-mystiques, contraires à la véritable spiritualité.
 
 
o magnum mysterium
 
Malheureusement, les malades du merveilleux se comptent aussi parmi les ecclésiastiques, indépendamment de leur convoitise éventuelle d'une exploitation financière des phénomènes d'apparitions. Pour vous donner une idée adéquate de la déliquescence de la formation sacerdotale postconciliaire, mais pas seulement de celle-là, voici par exemple un membre du clergé (il s'agit de l'abbé François Brune, né en... 1931) qui croit aux "extra-terrestres", pense que les faits de Fátima seraient peut-être d'origine "extra-terrestre" et... finit par se demander s'il n'est pas lui-même un "extra-terrestre" ! Cela vaut vraiment la peine d'ouvrir cette vidéo encore disponible sur YouTube (prenez aussi la peine de la télécharger : ça vaut son pesant d'or). --- Elle est de nature à vous ouvrir les yeux sur ce que les abbés-professeurs enseignent (ou négligent de réfuter) déjà depuis un bon bout de temps dans les séminaires !  On voit le résultat...
 
Ce sont là des dérives sectaires qui s'avèrent des pathologies du "croire" se glissant dans des communautés nominalement catholiques.
 
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« On reconnaîtra la sincérité de votre amour
de la beauté, du bien et de la vérité
à la détermination de votre haine
de la laideur, du mal et de l’erreur.
»

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(revu et complété le 4 juin 2017)