Alfred Denoyelle,
Docteur en Histoire

Décence ?

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Pour mémoire : l'auteur de cet article
a été promu Docteur en Histoire avec distinction
après des études gréco-latines complètes et la maîtrise obtenue
avec grande distinction à la Faculté de Philosophie et Lettres
de la "Katholieke Universiteit Leuven"
 
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La décence : le respect des convenances, de la bienséance, de ce qui convient en société. Voilà ce que l’on peut trouver dans les dictionnaires. Est réputé « décent » ce qui est correct, bienséant, pudique, convenable. Les humanistes de la Renaissance soulignaient que la décence est le propre de l’être humain cultivé, à savoir celui qui maîtrise ses passions, qui affine ses sentiments, qui meuble son esprit, qui se reconnaît créature raisonnable, mais dépendante du Rédempteur pour son salut, qui sait vivre en société en ayant des égards pour autrui, qui développe ses talents et qui se dévoue pour le prochain, se distinguant ainsi du barbare inculte, de l’égocentrique, cet indécent par excellence…

On évoque quelquefois (certains : assez souvent) la décence de la tenue vestimentaire, par opposition au débraillé et surtout à l’indécence morale. Bien que les femmes n’aient pas l’exclusivité du manque de modestie, elles sont parfois (trop) visées par certains prédicateurs comme si elles étaient les spécialistes de l’indécence par leur (manque de) vêtements pour se couvrir. La nature humaine est blessée, fait-on remarquer, et la faiblesse qui en résulte est cause de chutes morales si les moyens pour les éviter sont négligés (notamment la fuite des occasions, et parmi celles-ci le regard prolongé sur l’anatomie féminine trop découverte).

Dans cette optique, l’abbé Noël Barbara évoquait dans sa « Catéchèse catholique du mariage » (1963, IIème partie, n°842-III, à la page 642) l’Instruction de la Congrégation du concile (1930) ayant rappelé « au chapitre VI » les règles édictées par la Congrégation des religieux dans sa lettre du 23 août 1928, qui aurait - d’après l’abbé en question - donné les « précisions » suivantes :

« On ne peut considérer comme étant décent un vêtement dont le décolletage dépasse la largeur de deux doigts au-dessous de la naissance du cou ; un vêtement dont les manches ne descendent pas au moins jusqu’aux coudes, et qui descend à peine au-dessous des genoux. Indécents sont également les habits d’étoffes transparentes et les bas de couleur chair qui donnent l’illusion que les jambes ne sont pas couvertes. » (sic)

Cependant, pour ceux qui l’ont bien connu, il est tout à fait indiscutable que, dans la pratique de tous les jours, l’abbé Noël Barbara majorait indûment les « précisions » auxquelles il disait se référer, tout comme le font encore un certain nombre d’autres (ecclésiastiques ou laïcs) qui lui emboîtent le pas en prônant des vêtements féminins du type « burka » ou du moins un voile de type musulman.

C’est évidemment exagéré par rapport au texte cité en référence. En effet, la naissance du cou, ce n’est pas le menton, puisque c’est aux clavicules. De même, se couvrir  « au moins jusqu’aux coudes », ce n’est pas synonyme d’« au moins jusqu'aux poignets ». Pareillement, « au-dessous des genoux », cela ne signifie pas forcément la même chose que « sur les talons ». Dès lors, un vêtement avec un léger décolleté et couvrant les genoux jusqu’à mi-distance des pieds est réputé décent par le seul document du Saint-Siège qui fait autorité en la matière (en supposant qu’un tel document existe vraiment, comme l’affirme l’abbé Noël Barbara dans son livre).

--- Mais avant d’en venir à l’examen de ce point capital, remarquons que ce prêtre s’arrogeait néanmoins le droit de majorer la teneur exacte de son texte de référence en y substituant en fait son "autorité", nettement plus radicale !  Ceux qui l’ont connu le savent pertinemment bien.  Or, pour un Chrétien catholique, il s’agit d’accepter les directives du Saint-Siège avec leur teneur exacte : s’il n’est donc pas permis de minimiser la portée de directives, il n’est pas davantage permis d’exagérer la portée de directives.

Quand on prend la peine d’examiner ce texte, qui est présenté comme contenant un ensemble de règles très précises concernant la tenue vestimentaire féminine (jusqu’au centimètre près), on peut sans aucun doute remarquer qu’il donne effectivement lieu à l’herméneutique incontournable démontrant l’exagération du révérend en question (et d’un certain nombre d’autres qui estiment devoir lui emboîter le pas), mais on est dans ce cas préalablement parti de la supposition que ce texte existe réellement comme document « urbi et orbi » du Saint-Siège en matière de moeurs.

Mais est-ce bien le cas ?

Tous ceux – ecclésiastiques ou laïcs – qui ont voulu illustrer la nécessité morale de la vertu de modestie et de vêtements décents pour les femmes chrétiennes par un texte « magistériel » de référence, ont invariablement copié ce texte… sans vérifier préalablement s’il existait réellement dans les archives du Vatican un acte quelconque d’une Congrégation romaine ayant censément donné ces « précisions » valables « urbi et orbi ».

Pourtant, déjà rien que sa provenance alléguée aurait dû susciter quelques questions pertinentes quant à son authenticité. En effet, si le pape veut s’adresser à tout l’univers chrétien, il le fait par une lettre encyclique ou par un autre document qui concerne l’ensemble des catholiques, comme une Instructon d’une Congrégation romaine ayant mandat du pape. Par contre, chaque dicastère romain a aussi des destinataires spécifiques. Ainsi, les actes de la Congrégation pour les religieux ont comme destinataires ou du moins comme « public cible »… les religieux (et les religieuses).

La date du 23 août 1928 est épinglée comme date de parution de cet acte de la Congrégation pour les religieux. --- Or, en consultant bien attentivement les Acta Apostolicae Sedis (année 1928, volume 20), on ne trouve aucune trace du texte allégué. En prenant alors la peine de feuilleter plus loin dans les archives du Saint-Siège, on trouve certes une Instruction, émanée de la Congrégation du concile (s’occupant à l’époque de la discipline du clergé et du peuple chrétien) : cette brève Instruction, datée du 12 janvier 1930, signée par le cardinal Donato Sbaretti et publiée dans les Acta Apostolicae Sedis (année 1930, volume 22, pages 26-28), était un document relatif aux moeurs et adressé aux évêques du monde entier. Mais les « précisions » que l’abbé Noël Barbara reproduisait comme texte qui aurait figuré au « chapitre VI » de ce document du Saint-Siège n’y sont absolument pas mentionnées !

Cette instruction rappelait simplement le devoir de vigilance quant au maintien de la vertu de décence chrétienne dans la tenue vestimentaire des fidèles (notamment à l’intérieur des églises) et, en ce qui concerne plus particulièrement les religieuses, elle se référait pour mémoire en son § 6 à une lettre de la Congrégation pour les religieux en date du 23 août 1928, spécifiant qu’elles ne pouvaient pas admettre dans leurs écoles des jeunes filles qui seraient vêtues de façon indécente (mais sans aucunement fournir les prétendues « précisions » dont le prêtre en question faisait état dans son livre).

Toutefois, si ladite lettre du 23 août 1928, émanée de la Congrégation pour les religieux, ne se trouve effectivement reproduite nulle part dans les Acta Apostolicae Sedis, en revanche elle est mentionnée dans le Commentarium pro Religiosis (1928, volume 9, pages 414-415). Il s’agissait en effet d’une simple Circulaire, adressée aux évêques d’Italie par Camillo Laurenti, cardinal-préfet de la Congrégation pour les religieux, et contresignée par son secrétaire, Vincent La Puma (qui lui succédera quelques années plus tard). Elle exhorte de veiller à ce que les religieuses qui gèrent des pensionnats ou d’autres établissements scolaires pour jeunes filles n’admettent pas de tenues indécentes.

Cependant, dans ce document, il n’y a pas davantage de détails : il n’y est nulle part question du cou, des coudes ou des genoux, ni de la qualité particulière des bas, ni d’un nombre précis de centimètres ou de doigts à partir de tels ou tels endroits de l’anatomie, conçus comme des frontières au-delà desquelles la silhouette féminine avec des zones de peau découverte devrait complètement disparaître… et de préférence se soustraire à tout regard en étant enveloppée dans un voile de type musulman, voire dans un textile opaque du type « burka », une tenue vestimentaire qui était familière pour labbé Noël Barbara, originaire dAfrique du Nord.

Alors, une question inéluctable se pose : s’il ne l’a pas purement et simplement inventé pour le présenter comme faisant partie d’un document du Saint-Siège, où donc le prêtre en question est-il allé dénicher ce texte comportant lesdites « précisions » ?

Une revue américaine (« Marylike Crusader » de novembre/décembre 1963) croyait savoir qu’une partie des mots du texte français allégué (précisément dès le mois d’août 1963, soit seulement quelques mois auparavant, par la « Catéchèse catholique du mariage » de l’abbé Noël Barbara), se retrouverait dans une règle d’uniformité, préconisée en langue italienne aux religieuses, à l’attention de leurs pensionnaires, par le cardinal-vicaire de Rome du temps de Pie XI (texte que cette revue traduisait comme suit en anglais) : « In order that uniformity of understanding prevail in all institutions of religious women, we recall that a dress cannot be called decent which is cut deeper than two fingers breadth under the pit of the throat, which does not cover the arms at least to the elbows, and scarcely reaches a bit beyond the knees. Furthermore, dresses of transparent material are improper. »

Cette revue américaine a cru sur parole cet abbé français en reprenant tout bonnement à son compte ce qu’il affirmait dans son bouquin en langue française. Cependant, remarquez, les "bas couleur chair" du texte publié par l’abbé Noël Barbara ne sont pas repris. On se demande alors quel peut bien être le texte originel !

Mais la source primaire de ce message (texte latin officiel publié par le Saint-Siège) n’était (et n’est) mentionnée nulle part, ni comme telle, ni par une référence vérifiable.

Ce n’est pas la première fois que ce constat est fait. Un ami me signalait que l’on avait autrefois alloué une prime importante à qui parmi les catholiques serait en mesure de fournir la référence de cette source éminente, censément publiée et comportant ladite « règle d’uniformité » (avec ses détails centimétrés) qui aurait été préconisée par une instance du Saint-Siège comme norme à mettre en oeuvre « urbi et orbi ». Or, depuis 1963 personne n’a été en mesure de trouver l’original de ce texte qui aurait fourni lesdites « précisions » et aurait été imposé « urbi et orbi » par le Saint-Siège !

L’on comprendra que, dans ces conditions, alléguer ce texte « fantôme » de l’abbé Noël Barbara avec ses détails centimétrés, soit comme règle dite d’uniformité non seulement pour les jeunes filles des pensionnats de religieuses, mais également (en plus !) pour les femmes adultes du monde entier, soit comme faisant censément partie intégrante de la circulaire envoyée en date du 23 août 1928 aux évêques d’Italie par la Congrégation pour les religieux, soit comme faisant l’objet précis et circonstancié de l’Instruction publiée par la Congrégation du concile à l’attention de tous les évêques en date du 12 janvier 1930, c’est s’adonner à une odieuse entreprise de faussaire en histoire, visant à répandre un enseignement doctrinalement majoré et dès lors non fondé, puisque les documents cités ne comportent pas ces détails, mais s’avèrent avoir été abusivement cités hors contexte, manipulés, amplifiés et dogmatisés par des laïcs et des ecclésiastiques qui ne vérifient jamais rien.

Ainsi, ce que prétend l’abbé Noël Barbara dans sa « Catéchèse catholique du mariage » (1963, IIème partie, n°842-III, à la page 642) au sujet de l’Instruction de la Congrégation du concile (1930) ayant rappelé « au chapitre VI » les règles édictées par la Congrégation des religieux dans sa lettre du 23 août 1928. Elle aurait - d’après lui - comporté le texte « cité » avec ses détails centimétrés, mais en réalité il le lui attribuait effrontément, car ce texte ne s’y trouve aucunement !

Voici en effet le texte véritable du « chapitre VI » (en fait, le paragraphe VI, l’Instruction dont il est question étant assez courte) : «VI. Religiosae, iuxta litteras die xxiii mensis Augusti, anno MDCCCCXXVIII, datas a Sacra Congregatione de Religiosis, in sua collegia, scholas, oratoria, recreatoria puellas ne admittant, admissas ne tolerent, quae christianum vestiendi morem non servent : ipsae vero in alumnis educandis peculiare adhibeant studium, ut in earum animo sancti pudoris et verecundiae christianae amor altas radices agat.» (traduction : VI. Que les religieuses, suivant la lettre du 23 août de l’an 1928, émanée de la Sacrée Congrégation pour les religieux, n’admettent pas dans leurs collèges, écoles, oratoires, plaines de jeux, et une fois admises ne tolèrent pas celles qui n’observent pas la coutume chrétienne de se vêtir : qu’elles-mêmes prennent toutefois un soin particulier à ce qu’en éduquant les élèves, l’amour de la sainte pudeur et de la modestie chrétienne s’enracine profondément dans leur esprit.)

Il est indécent pour un Chrétien catholique, et à plus forte raison pour un ecclésiastique,
d’attribuer à des documents une autre teneur que celle dont ils sont réellement porteurs.

La licence des mœurs de notre temps ne justifie pas des pratiques de faussaire,
car on ne peut jamais faire le mal pour qu’il en résulte censément le bien.

De plus, il se trouvera de toute façon toujours des gens assez intelligents pour s’apercevoir de la supercherie :
il suffit d
aller vérifier le contenu exact (dans le texte latin officiel) des sources alléguées.

Tout ce qui en résulte alors, c’est une profonde déconsidération pour ceux qui sont revêtus du sacerdoce et
qui devraient toujours donner l’exemple de l’honnêteté et des autres vertus, comme l’exige expressément l’Église
(Code de droit canonique [1917], canons 124 et 129 ; [1983], canons 276 et 279).

Enfin, rappelons que les faussaires de documents du Saint-Siège, ainsi que ceux qui les présentent faussement,
sont concernés par les sanctions pénales de l’Église, allant jusqu’à l’excommunication qui est encourue par le fait même
(Code de droit canonique [1917], canons 2360/2362 ; [1983], canon 1391).

Il serait donc illogique (et illusoire) de présenter les faussaires impénitents et ceux qui font sciemment usage de faux
comme des gens qui seront accueillis au Paradis par des légions d’archanges pour y être cordialement félicités !

La sainte Église veut garder en son sein des gens équilibrés et honnêtes,
non des faussaires, ni des obsédés agités par la hantise et la fièvre de la chair
au point d’aligner la doctrine catholique (amputée ou majorée) sur leurs états d’âme.

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Annexes

Dans les annexes qui suivent, il y a le texte intégral des documents du Saint-Siège qui ont été évoqués dans cet article.

Le premier document reproduit est l’Instruction du 12 janvier 1930 de la Congrégation du concile (en langue latine), publiée dans les Acta Apostolicae Sedis (année 1930, volume 22, pages 26-28). --- Le passage qui démontre l’opération de l’abbé faussaire (puisque les « précisions centimétrées » qu’il attribuait formellement à la teneur de ce document ne s’y trouvent absolument pas), est surligné en couleur rouge dans le corps du texte :

Acta Apostolicae Sedis, 1930 (volumen 22) pp.26-28 :

SACRA CONGREGATIO CONCILII

INSTRUCTIO AD ORDINARIOS DIOECESANOS : DE INHONESTO FEMINARUM VESTIENDI MORE

Vi supremi apostolatus, quo in universa Ecclesia divinitus fungitur, Ssmus Dominus Noster Pius Papa XI verbis et scriptis nunquam destitit illud S. Pauli (I ad Tim., II, 9,10) inculcare, videlicet : « mulieres in habitu ornato cum verecundia et sobrietate ornantes se, et... quod decet mulieres, promittentes pietatem per opera bona ».

Ac saepenumero, occasione data, idem Summus Pontifex improbavit acerrimeque damnavit inhonestum vestiendi morem in catholicarum quoque mulierum ac puellarum usum hodie passim inductum, qui non modo femineum decus atque ornamentum graviter offendit, sed nedum in temporalem earumdem feminarum perniciem verum etiam, quod peius est, in sempiternam, itemque in aliorum ruinam miserrime vertit.

Nihil igitur mirum, si Episcopi ceterique locorum Ordinarii, sicut decet ministros Christi, in sua quisque dioecesi pravae huiusmodi licentiae ac procacitati modis omnibus unaque voce obstiterunt, derisiones nonnumquam ac ludibria ob hanc causam sibi a malevolis illata aequo fortique animo tolerantes.

Itaque hoc Sacrum Consilium cleri populique disciplinae provehendae cum eiusmodi Sacrorum Antistitum vigilantiam et actionem merita probatione ac laude prosequatur, tum eosdem vehementer hortatur ut consilia atque incepta opportune inita insistant et alacrius pro viribus urgeant, quoadusque hic pestíferas morbus ex honesta hominum consortione penitus extirpetur.

Quod ut facilius ac tutius ad effectum deducatur, haec Sacra Congregatio, de mandato Sanctissimi Domini, ea quae sequuntur ad rem statuere decrevit :

I. Parochi praesertim et concionatores, data occasione, secundum illud Apostoli Pauli (II ad Tim., IV, 2) instent, arguant, obsecrent, increpent ut feminae vestes gestent, quae verecundiam sapiant quaeque sint ornamentum et praesidium virtutis ; moneantque parentes ne filiae indecoras vestes gestare sinant.

II. Parentes, memores gravissimae obligationis qua tenentur prolis educationem in primis religiosam et moralem curandi, peculiarem adhibeant diligentiam, ut puellae a primis annis in doctrina christiana solide instituantur atque in earum animo ipsi, verbis et exemplo, amorem virtutum modestiae et castitatis impense foveant ; familiam vero, Sacrae Familiae exempla imitati, ita constituere atque gubernare satagant, ut singuli verecundiae amandae atque servandae inter domesticos parietes habeant causam et invitamentum.

III. Parentes iidem filias a publicis exercitationibus et concursibus gymmcis arceant ; si vero eisdem filiae interesse cogantur, curent ut vestes adhibeant quae honestatem plene praeseferant ; inhonestas vero vestes illas gestare nunquam sinant.

IV. Collegiorum moderatrices et scholarum magistrae modestiae amore puellarum animos ita imbuere enitantur, ut eaedem ad honeste vestiendum efficaciter inducantur.

V. Eaedem moderatrices ac magistrae puellas, ne ipsarum quidem matribus exceptis, quae vestes minus honestas gestent, in collegia et scholas ne admittant, admissasque, nisi resipiscant, dimittant.

VI. Religiosae, iuxta litteras die xxiii mensis Augusti, anno MDCCCCXXVIII, datas a Sacra Congregatione de Religiosis, in sua collegia, scholas, oratoria, recreatoria puellas ne admittant, admissas ne tolerent, quae christianum vestiendi morem non servent : ipsae vero in alumnis educandis peculiare adhibeant studium, ut in earum animo sancti pudoris et verecundiae christianae amor altas radices agat.

VII. Piae instituantur et foveantur feminarum Associationes, quae consilio, exemplo et opere finem sibi praestituant cohibendi abusus in vestibus gestandis christianae modestiae haud congruentibus et promovendi morum puritatem ac vestiendi honestatem.

VIII. In pias Associationes feminarum ne illae admittantur, quae inhonestas vestes induant ; admissae vero, si quid postea hac in re peccent et monitae non resipiscant, expellantur.

IX. Puellae et mulieres, quae inhonestas vestes induunt, a Sancta Communione et a munere matrinae in sacramentis Baptismi et Confirmationis arceantur, atque, si casus ferat, ab ipso ecclesiae ingressu prohibeantur.

X. Cum incidunt per annum festa, quae modestiae christianae inculcandam peculiarem exhibeant opportunitatem, praesertim vero festa B. M. Virginis, parochi et sacerdotes piarum Unionum et Catholicarum Consociationum moderatores feminas ad christianum vestiendi morem, opportuno sermone revocare atque excitare ne praetermittant. In festo autem Beatae Mariae Virginis sine labe conceptae peculiares preces in omnibus cathedralibus et paroecialibus ecclesiis quovis anno peragantur, habitis, ubi fieri potest, opportunis cohortationibus in sollemni ad populum concione.

XI. Consilium dioecesanum a vigilantia, de quo in declaratione Sancti Officii die xxii mensis Martii, a. MDCCCCXVIII data, semel saltem in anno de aptioribus modis ac rationibus ad feminarum modestiae efficaciter consulendum ex professo agat.

XII. Quo vero haec salutaris actio efficaciter et tutior succedat, Episcopi aliique locorum Ordinarii, tertio quoque anno, una simul cum relatione de religiosa, institutione, de qua in Litteris Orbem catholicum die xxix mensis Iunii, anno MDCCCCXX in Motu proprio datis, etiam de rerum conditione ac statu circa feminarum vestiendi morem deque operibus ad normam huius Instructionis praestitis, hanc Sacram Congregationem certiorem reddant.

Datum Romae, ex aedibus Sacrae Congregationis Concilii, die xii mensis Ianuarii in festo Sacrae Familiae, anno MDCCCCXXX.

Donato Card. SBARETTI, Episc. Sabinen, et Mandelen., Praefectus.

L. + S.  Iulius, Ep. Lampsacen., Secretarius.

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Le second document reproduit est la lettre circulaire du 23 août 1928 de la Congrégation des religieux, publiée en langue italienne dans le Commentarium pro religiosis (1928, volume 9, pages 414-415), mais ultérieurement traduite en langue anglaise par le révérend John Rubba O.P. (ce qui la rendait plus universellement compréhensible). --- Là également, l’opération de l’abbé faussaire est évidente (puisque les « précisions centimétrées » qu’il attribuait formellement à la teneur de ce document ne s’y trouvent pas davantage ) :

Letter of the Congregation for Religious
To The Ordinaries of Italy : regarding the crusade against immodest fashions, especially in schools directed by women Religious.
Circular

Most Illustrious and Reverend Sir, well known to you are the grave words of condemnation which the Holy Father spoke, on several occasions, with apostolic authority, against the immodest fashion of women’s dress which prevails today to the detriment of good breeding.

Suffice it to recall the very grave words, charged with grief and admonition, with which in the discourse of August 15th current, in the consistorial chamber, promulgating the decree on the heroic virtues of Venerable Paola Frassinetti, His Holiness denounced once again the danger which, by its seductive fascination, threatens so many unwary souls, who profess to belong to the flock of Jesus Christ and to His Holy Church.

It is painful to point out in this regard that the deplorable custom tends to insinuate itself among young girls who frequent, as extern pupils, some of the schools directed by Sisters and Sunday-school classes which are held in female religious institutions.

In order to confront a danger which, by spreading, becomes ever more grave, this Sacred Congregation, by order of the Holy Father, calls upon the Ordinaries of Italy so that they may communicate to the superiors of the houses of female religious in their respective dioceses the following injunctions of this Sacred Congregation, confirmed by His Holiness in audience this day :

a) In all schools, academies, recreation centers, Sunday schools, and laboratories directed by female religious, not to be admitted from now on are those girls who do not observe in their attire the rules of modesty and Christian decency.

b) To this end, the superiors themselves will be obliged to exercise a close supervision and exclude peremptorily from the schools and projects of their institutions those pupils who do not conform to these prescriptions.

c) They must not be influenced in this by any human respect, either for material considerations or by reason of the social prestige and of the families of their pupils, even though the student body should diminish in number.

d) Furthermore, the Sisters, in fulfillment of their educational pursuits, must endeavor to inculcate sweetly and strongly in their pupils the love and relish for holy modesty, the sign and guardian of purity and delicate adornment of womankind.

Your Reverence will be vigilant that these injunctions be exactly observed and that there be perfect conformity of conduct among all the institutes of female religious in the diocese.

You will severely call to task whoever should fail in this, and should any abuse be prolonged, you will notify this Sacred Congregation.

With deepest esteem, I remain,

Devotedly yours,

Camillo Cardinal LAURENTI, Prefect

Sacred Congregation for Religious

Vincent La Puma, Secretary

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En complément
 
Sur l’ouvrage intitulé « Catéchèse catholique du mariage » publié par l’abbé Noël Barbara et comportant ce traficotage de documents du magistère de l’Église catholique, l’on consultera également avec profit, pour sa propre édification et la mise en garde charitable du prochain, notre article ayant mis en évidence d'autres infidélités doctrinales, graves assez pour y consacrer un article avec les références nécessaires.
 
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Résumé et réfutation d’une contestation

                   L’abbé Noël Barbara évoquait dans sa « Catéchèse catholique du mariage » (1963, IIème partie, n°842-III, à la page 642) l’Instruction de la Congrégation du concile (1930) ayant rappelé « au chapitre VI » les règles édictées par la Congrégation des religieux dans sa lettre du 23 août 1928, qui aurait - d’après l’abbé en question - donné des précisions au centimètre près, concernant l’habillement féminin. Dans mon article (ci-dessus) j’ai reproduit in fine le texte originel LATIN de cette Instruction du 12 janvier 1930, que l’on trouvera dans les « Acta Apostolicae Sedis » 1930 (volume 22), pages 26-28, sous la signature du cardinal-préfet Donato Sbaretti. Si l’on comprend la langue latine, on comprendra également que des précisions au centimètre près ne s’y trouvent pas évoqués.

                   En fait, il s’agit au § 6 du rappel de la Circulaire adressée en 1928 aux évêques italiens au sujet de la croisade contre l’immodestie, en l’occurrence dans les établissements dirigés par les religieuses s’occupant de pensionnats pour jeunes filles. Le texte originel (en italien), paru dans le « Commentarium pro religiosis » (1928, volume 9, pages 414-415) sous la signature du cardinal-préfet Camillo Laurenti, fut traduit par le Père dominicain John Rubba (en anglais). Des précisions données au centimètre près ne s’y trouvent pas davantage évoqués.

                  Ce sont pourtant à ces deux documents-là (et à aucun autre) que l’abbé Noël Barbara se référait comme à des sources primaires normatives pour rendre moralement obligatoires les « centimètres » censément imposés par le Saint-Siège. Lorsqu’on se prévaut de textes dont la teneur obvie s’avère n’être pas celle que l’on prétend, on fait œuvre de faussaire.

                   L’intéressé savait ce qu’il faisait. En effet, d’une part, il avait bien raison de s’en référer à des sources primaires normatives, émanant en l’occurrence de deux Congrégations romaines, à savoir celle du concile [1930] et celles des religieux [1928]. D’autre part cependant, il a eu incontestablement tort de ne pas citer la teneur exacte de ces deux documents, mais de les présenter tout au contraire comme ayant donné des directives urbi et orbi avec des précisions au centimètre près, quant à la tenue vestimentaire féminine.

                   Pour qu’un document « de Rome » puisse concerner l’ensemble des fidèles, il faut en effet qu’il émane soit directement du pape, soit indirectement par les Congrégations romaines présidées par un cardinal-préfet qui rend des comptes au souverain pontife. Mais c’est commettre un crime de faux, canoniquement punissable, que de changer leur teneur, ce qui peut revêtir trois formes (canon 1391) : (1) celui qui fabrique un faux document ecclésiastique public, ou qui modifie, détruit, cache un document authentique, ou qui utilise un document faux ou modifié ; (2) celui qui dans une affaire ecclésiastique use d’un autre document faux ou modifié ; (3) celui qui affirme quelque chose de faux dans un document ecclésiastique public. L’abbé Noël Barbara a manifestement présenté faussement ces deux documents du Saint-Siège, modifiant leur teneur exacte, puis diffusant sa modification comme vérité universelle par sa « Catéchèse catholique du mariage ». Les conséquences s’en font encore sentir aujourd’hui, surtout dans les milieux se réclamant « de la tradition » qui ne répugnent pas à faire parfois de la « surenchère » et à en faire une arme de guerre contre autrui.

                   En matière doctrinale, plus qu’en toute autre, il faut soigneusement éviter les présentations erronées, car elles égarent les fidèles. Les documents du Saint-Siège qui concernent les fidèles doivent leur être présentés (et transmis) tels quels, sans retranchements ni ajouts. On relève également quelques cas (pas seulement sur l’internet) d’ecclésiastiques qui se sont référés (sans la moindre vérification) à des sources primaires normatives, certes mentionnées comme telles dans leur version en langue vernaculaire, mais toutefois inexistantes, qu’on semble donc leur avoir présentées ou qu’ils ont imprudemment regardées comme  réelles.

                   Ainsi, on peut citer la Lettre pastorale du 6 décembre 1959, de la plume du cardinal Rufino J. Santos, archevêque de Manille aux Philippines, évoquant ledit texte « centimétré » en cause comme « la position de l’Église concernant la modestie dans l’habillement » (the Church’s stand concerning modesty in dress). La raison qu’il donne pour justifier son propos est que l’auteur de ce texte en serait le pape Pie XI lui-même dans un Acte du 24 septembre 1928 (sic). Chacun peut constater dans les Acta Apostolicae Sedis de cette année (et des années suivantes aussi) que pareil Acte n’existe tout simplement pas.

                   Il y a donc un problème sérieux avec tous ces blogs, livres ou bulletins qui se copient l’un l’autre pour essayer d’établir l’authenticité de cet « Acte pontifical » du 24 septembre 1928. Ils en citent certes la date et en attribuent la paternité à Pie XI, mais c’est tout, c’est-à-dire rien, car il faut être en mesure d’en fournir  le texte latin (seul authentique) et l’indication précise de la parution de ce document dans un organe officiel de publication des décrets du Saint-Siège. Sinon, ce n’est pas une Instruction pour l’ensemble des fidèles, ou alors, comme c’est le cas ici, c’est un Acte pontifical inexistant, à l’usage des « gogos » (gens crédules).

                   Cela n’a pas échappé aux théologiens. Ainsi au Père John D. Lynch S.J. (1922-2012) qui, dans ses « Notes on moral theology » (in : Theological studies, vol. 21, issue 2, Milwaukee, 1960, pp.183-198), y consacre un bref chapitre intitulé « Modesty in dress » (pp.185-187). Il fait remarquer qu’en prétendant mesurer la vertu de modestie chez le prochain avec ces critères « mathématiques » absurdes, les partisans du genre se voient donc contraints à expliquer pourquoi la dernière frontière de la vertu se trouverait à autant de « inches » depuis un certain point. Évoquant ceux qui préconisaient ces détails “centimétrés”, le Père John Lynch écrivait dans l’original anglais : « We could not set up a plaster statue, draw two sets of lines on it, and say: ‘At this line begins venial sin; at that line begins mortal sin.’  Presumably this is not what is intended when specific measurements are proposed as practical norms of an ideal in modesty. But some of the formulae in which these criteria have been expressed are objectively open to that interpretation… The proponent of the mathematical standard can easily find himself in the awkward position of appearing to measure modesty in absurd mathematical absolutes, and of being forced to explain the why of a thesis… namely, that precisely so many inches from a given point lies the last frontier of virtue. » Il fait judicieusement observer que ces précisions détaillées ne se trouvent ni dans l’Instruction du 12 janvier 1930, ni dans la Circulaire du 23 août 1928.

                    Il a fini par découvrir la publication où ces précisions « centimétrées » furent données pour la première fois aux USA, à savoir en 1957. Cette publication semble donc avoir influencé en 1959 la rédaction de la Lettre pastorale du cardinal des Philippines précité. Il s’agit du bulletin américain « Divine Love » (1, septembre-octobre 1957, page 17), préconisant des « Marylike standards for modesty in dress », autrement dit des habits semblables à ceux de Notre-Dame (Marylike = like Mary).

                    On pourrait donc voir apparaître à tous les coins de rue et un peu partout des « Vierges » de Lourdes (ou de Fátima) avec voile et longue cape tombant à terre. Est-il obligatoire, pour les femmes, d’être ainsi vêtues ? Dans cette publication, ces précisions « centimétrées » sont attribuées au cardinal Donato Sbaretti qui les aurait imposées dans son Instruction aux évêques du 12 janvier 1930, ce qui est absolument faux, fait justement remarquer le Père John D. Lynch S.J. (l’original latin de ce texte de 1930 a été reproduit ci-dessus)

                  Quant au cardinal des Philippines, tout en croyant que le pape Pie XI en personne en avait fait une obligation universelle, il en épinglait comme date le 24 septembre 1928, mais les Acta Apostolicae Sedis n’ont publié aucun « Acte pontifical » de ce genre. Vous pouvez vérifier : voici le lien !  Si d’aventure vous croyez faire une découverte se rapportant au sujet, n’oubliez pas d’indiquer l’année, le volume et la page.

                   Normalement, la « Documentation catholique » (en abrégé « DC ») traduit en français tous les documents émanés du Saint-Siège et il en donne la référence aussi, de sorte que l’on puisse vérifier la fiabilité de sa traduction. Un révérend anonyme a cru indispensable de se moquer gentiment de mes diplômes, dont il avait trouvé la mention ici, sur mon site internet. Il affirme qu’il ne doute pas de mon intelligence, mais bien de mes capacités à faire des recherches, car lui, il a trouvé : il exhibe la « DC » n°491 du 26 octobre 1929 (col.655-656) où la référence au document censé être émané du Saint-Siège n’est pas fournie, contrairement aux habitudes de la « DC ». On y reproduit simplement une traduction déclarée « empruntée au Bulletin ecclésiastique de Strasbourg » du 15 août 1929.

                   On nous explique qu’il s’agit d’une lettre écrite par le cardinal-vicaire de Rome aux religieuses supérieures de pensionnats pour jeunes filles de la ville de Rome le 24 septembre 1928, soit donc un an auparavant. À la fin de cette lettre, on lit : « Afin que dans toutes les institutions dirigées par les religieuses on observe les mêmes règles dans l’application de ces ordonnances, nous rappelons que l’on ne peut considérer comme étant décent un vêtement dont le décolletage dépasse la largeur de deux doigts au-dessous de la naissance du cou ; un vêtement dont les manches ne descendent pas au moins jusqu’aux coudes et qui descend à peine au-dessous des genoux. Indécents sont également les habits d’étoffes transparentes et les bas couleur de chair, qui donnent l’illusion que les jambes ne sont pas couvertes. »

C’est signé : Basilio, cardinal-vicaire. Il s’agit du cardinal Basilio Pompilj (en fonction de 1913 à 1931).

Ce document suscite normalement (chez qui réfléchit sérieusement) les remarques et questions suivantes :

1)      Pourquoi la « DC » n’a-t-elle pas, comme d’habitude, fourni la référence au texte originel romain ?

2)      Si elle disposait du texte originel, pourquoi avoir fourni tout à coup une traduction qui n’est pas la sienne ?

3)      Si elle ne disposait pas du texte originel, elle s’est donc basée sur un bulletin ecclésiastique auquel elle a fait aveuglément confiance, mais ainsi on ne peut se porter vraiment garant d’une traduction, ni donc l’approuver.

4)      La postérité, c’est-à-dire chacun de nous, qui a seulement cette traduction à sa disposition, ne peut avoir connaissance du texte originel en consultant la « DC » puisqu’aucune référence n’y est faite pour orienter les recherches dans les publications du Saint-Siège et permettre sa découverte.

5)      Le religieux anonyme, qui déclare douter de mes capacités à faire des recherches, a-t-il déjà trouvé lui-même ce texte originel romain ? Une traduction par des tiers n’a pas la même valeur et elle est peut-être différente. On l’a bien vu avec certaines traductions de l’Écriture sainte, du Missel et des documents promulgués par le second concile oecuménique du Vatican. Même des documents plus récents, émanant du Saint-Siège, sont uniquement consultés par certains dans une traduction non approuvée et ils ne s’aperçoivent donc pas qu’ils s’en prennent à une chimère ou se basent sur un texte vernaculaire qui s’écarte de l’original. Cela permet évidemment à des journalistes de réaliser un "scoop" et de faire des caricatures odieuses, comme par exemple celle présentant l’encyclique Laudato Si' (24 mai 2015) comme « Le pape François a fait une encyclique écolo.  Si vous voulez entrer au Royaume des Cieux, triez vos déchets et mangez 5 fruits et légumes par jour. » (sic)  Ces gens-là n’ont jamais lu le texte latin originel, ou alors ils sont incapables de comprendre la langue latine. Encore pire serait évidemment d’avoir lu et bien compris, mais de vouloir dénigrer le pape.

6)      Pourquoi l’abbé Noël Barbara, qui aurait eu intérêt à citer, afin de donner une base magistérielle à ses vues, cette traduction française présumée, publiée dans un bulletin ecclésiastique à Strasbourg,  s’est-il cru obligé d’en imputer plutôt (erronément) la teneur aux documents du 23 août 1928 (cardinal Laurenti) et du 12 janvier 1930 (cardinal Sbaretti) ? --- En fait, qu’il ait eu connaissance ou non de la traduction publiée par la « DC », l’intéressé savait pertinemment bien que seul un document adressé à tous les évêques a l’autorité nécessaire pour donner des directives valant « urbi et orbi », tandis qu’une lettre d’un cardinal-vicaire à une religieuse (ou à plusieurs) n’est pas adressée d’office à toute la chrétienté (en effet, seuls les cardinaux-préfets des Congrégations romaines s’adressent à tous, avec mandat du pape).

7)      La lettre signée « Basilio » (c’est-à-dire le cardinal Basilio Pompilj) se présente comme adressée à la « très révérende Sœur », comme s’il s’agissait d’une seule personne, à laquelle on rappelle que les mêmes règles doivent être observées dans toutes les institutions dirigées par les religieuses, ou alors il s’agit d’une adresse libellée avec un « singulier collectif ».

8)      La teneur de cette lettre vise en tout cas clairement l’habillement des jeunes filles des pensionnats. Du reste, quand les instances du Saint-Siège ont des directives à donner pour l’ensemble de l’Église, elles ne s’adressent pas à une religieuse (ni à plusieurs), mais aux évêques du monde entier (avec mandat du pape). Il s’agit donc bien en la conjecture d’une lettre adressée par le cardinal-vicaire de Rome au monde des religieuses romaines et pas au monde entier.

9)      La Circulaire de 1928 (cardinal Laurenti) s’adresse aux évêques d’Italie. Par contre, l’Instruction de 1930 (cardinal Sbaretti) est adressée à tous les évêques et concerne tout le monde. Ces documents ne comportent cependant pas d’instructions « centimétrées ». En le leur imputant, l’abbé Noël Barbara a fait œuvre de faussaire et cela sème la division. Il faut s’en tenir aux textes officiels et originaux du Saint-Siège, sans changer quoi que ce soit à leur teneur.   

Au demeurant, le Saint-Siège montre dans la pratique quelle tenue
est considérée comme décente pour entrer dans un lieu de culte :

                     

Comme on peut le constater, ce n’est pas la tenue
requise dans les pensionnats de religieuses !

10)   J’en avais reproduit le texte intégral dans mon article. Malgré cela, on croit expédient de m’insulter copieusement sur la plateforme « Gloria-TV » en me jugeant « menteur », « imposteur », « calomniateur », « ce monsieur Denoyelle, baudruche bouffie qui se gargarise de diplômes belges plus rutilants les uns que les autres, et surtout petit calomniateur et imposteur » (sic), etc… Lorsque je réponds que je ne suis pas un imposteur, mes diplômes étant bien réels, on me rétorque assez vulgairement « on s’en tamponne de vos diplômes » (sic). Mais ensuite, on ne s’en fiche pourtant pas, car tantôt on les réclame, tantôt on me colle l’étiquette provocante et méprisante « docteur en histoires belges » (sic). Ces gens-là s’affirment "catholiques et français" comme s’ils avaient obtenu un certificat de la légion d’honneur dans leur pays, mais leur comportement n’est pas conforme à leurs prétentions. Il en dit long sur les fréquentations de ce "forum" et donne une indication de leur "élévation" morale. Pourtant, les intéressés devraient savoir que l’on ne prouve rien par des agressions verbales, ni par des sarcasmes. Ce n’est d’ailleurs pas une contribution valable sur un "forum" d’internet qui se respecte. Des gens pareils, quand ils se sentent incapables de produire des arguments référencés, en l’occurrence le texte latin officiel dune source primaire censément normative, ils passent aussitôt de l’objet (du message posté) au sujet (qui l’a posté) : faute de pouvoir le réfuter intellectuellement, ils s’appliquent à le dénigrer personnellement. Puis ils font comme si leurs propos n’avaient pas encore été démontrés faux, mais comme ils n’ont pas l’amour de la vérité, ils produisent un remodelage des arguments avancés par le prochain dans le but manifeste de tourner celui-ci en dérision. Ce ne sont pas des gens sérieux, mais ils souhaitent qu’on les prenne au sérieux. Faute d’être en mesure de faire preuve de qualifications appropriées, ils encombrent un "forum" avec leur arrogance pédante accompagnée de crachats sur autrui. C’est donc ça, l’éducation que ces "catholiques et français" dispensent à leur progéniture ? --- C’est plutôt pitoyable ! --- Mais dans leur esprit, c’est peut-être ça, la courtoisie française ?

*

[début d’une partenthèse contextuelle]

Du reste, il n’est pas évident du tout que la recherche de la vérité anime ces personnes sur « Gloria-TV » qui écrivent « les gars, il s’agit d’accorder nos violons » (sic) et qui précisent explicitement qu’il s’agit pour eux de « scotcher un Docteur au mur » (sic). C’est manifestement une espèce de « sport » pour ces gens-là. Il ne semble pas que ce soient des interlocuteurs valables. Les intéressés se partagent d’ailleurs cette basse besogne de dénigrement. Ils ont vainement essayé de faire planer un doute tantôt sur la réalité de mes diplômes, tantôt même sur l’existence de l’université où j’ai étudié. Râlant de ne pouvoir nier l’évidence vérifiable, ils ont néanmoins voulu apparaître comme ayant eu le dessus. Alors l’un d’entre eux a déclaré du haut de sa grandeur que toutes les universités « sans la moindre exception » (sic) ne valent rien, censément pour cause de « fraude » (sic) et de « corruption » (sic). Sa conclusion paralogique : mes diplômes ne valent « donc » rien (sic) !  Il a inventé des prémisses non prouvées pour étayer une conclusion écrite d’avance.

Ce sont des anonymes qui occupent leur oisiveté à manifester leurs humeurs et qui feraient bien de s’instruire convenablement au lieu de se dresser sur leurs ergots pour vomir des insultes et émettre des jugements à l’emporte-pièce en érigeant leurs connaissances en critères de vérité. D’ailleurs, la recherche de la vérité, ce n’est pas chercher à gauche et à droite comment présenter une pensée comme peut-être vraisemblable, ni essayer de justifier les écrits d’une personne par un amendement hypothétique contredit par des faits concrets. L’apologie est au service de la Foi, non des personnes qui sont censées la professer.

Comme d’habitude, j’ai consulté dès qu’il s’agit de religion ou de morale. Tous les ecclésiastiques pressentis (d’orientation diverse) me donnent entièrement raison pour mes deux articles (celui-ci et l’autre dont le lien d’internet est reproduit plus haut) et ils m’ont conseillé de ne pas perdre de temps avec « Gloria-TV » car ils sont unanimement d’avis qu’on s’amuse à m’entraîner dans un jeu de « ping-pong » destiné à relativiser l’objet en cause en le tournant « en eau de boudin » (c’est l’expression de l’un d’eux). Ils estiment tous que mes contradicteurs se donnent en spectacle comme un cirque de cuistres (°dictionnaire : « personnes qui font un étalage intempestif dun savoir souvent mal assimilé, qui tranche avec leur assurance excessive »).

Ceci dit, il est toujours intéressant de recueillir l’avis de prêtres. En l’occurrence, j’ai appris par la même occasion que, d’après leurs renseignements, ce "forum" est colonisé notamment par des abbés dissidents, camouflés sous divers pseudonymes « pour faire nombre » et même artificiellement délocalisés « pour faire universel ». Voulant justifier leur autocéphalie prolongée aux yeux des gens peu instruits ou mal informés, ils s’appliquent à salir le plus possible le pape, volontiers qualifié « hérétique » et « imposteur », comme le faisait également l’abbé Noël Barbara.

Ces abbés majusculaires, qui s’inventent des diplômes (dont attestations écrites), sont considérés par leurs adeptes comme pourvus d’une « autorité divine » (sic), mais pour le recteur du séminaire où ils ont étudié, il s’agit en fait de « ratés » (sic) qui sont imbus de leur personne et s’avèrent auto-référencés, ce qui a d’ailleurs amené plus d’un à s’installer à son compte pour faire la roue comme le paon dans son coin. Un mauvais exemple d’orgueil invétéré, d’égocentrisme et d’arrogance pédante que leurs adeptes croient devoir imiter pour s’assurer (bien sûr dans leur imagination) le Paradis à la fin de leurs jours.

Enfin, pour terminer cette parenthèse, je signale une observation judicieuse faite par un des prêtres consultés : si la lettre attribuée au cardinal-vicaire s’adressant à une religieuse (ou à chaque supérieure de pensionnat) en date du 24 septembre 1928 avait été considérée comme normative pour l’ensemble de la chrétienté, alors l’Instruction du 12 janvier 1930 y aurait renvoyé, plutôt que de se rapporter à la Circulaire du 23 août 1928 qui ne comporte pas ces précisions détaillées.

[fin d’une partenthèse contextuelle]

*

En se focalisant sur une traduction, sans être en mesure d’établir formellement sa conformité à l’original, on n’est pas plus avancé. C’est la nature du document qui importe. Il est donc indispensable de disposer de la référence à l’original et d’en vérifier sérieusement la portée. Le religieux anonyme termine son articulet en demandant à ses lecteurs « Si quelqu’un connaît M. Denoyelle, peut-il avoir la charité de lui communiquer ce document ? » (en fait, une traduction non vérifiée et sans référence à l’original) Or, il ne s’agissait pas de savoir à quels documents j’ai pu avoir accès ou non. Mais bien quel document officiel du Saint-Siège obligerait en conscience toutes les femmes à se vêtir comme Notre-Dame (Marylike) telle que représentée sur les images pieuses, censées reproduire exactement la façon de se vêtir en Palestine il y a environ deux millénaires. En relisant ce qui précède, vous réaliserez ce qu’il en est de mes capacités, dont le religieux anonyme affirmait douter, mais il a douté prématurément et impulsivement. Il aurait pu s’en abstenir en considération du fait que l’on ne dégote pas un Doctorat dans une pochette-surprise. Jespère que son doute est levé à présent, mais il aurait pu m’écrire au lieu de semer publiquement et inutilement le doute sur mes capacités (mon adresse "email" se trouve sur mon site internet).

Le document de la « DC » brandi par le religieux anonyme, même en traduction française et sans disposer du texte originel, concerne explicitement les jeunes filles des pensionnats. Avec sa capacité d’effectuer des recherches de documents, il aurait pu brandir aussi la traduction partielle en anglais, soit en version 1957, soit en version 1963. Ou encore, la lettre du cardinal des Philippines de 1959. Mais aucune de ces traductions, avec des références fausses de surcroît (voir ce qui précède en entier), ne produit le texte officiel latin (éventuellement italien) qui, émanant du cardinal-vicaire de Rome et adressé aux religieuses, doit être consulté pour vérifier les traductions, mais même s’il s’avérait réel et non traficoté par un ajout, ce n’est de toute façon pas un document « urbi et orbi ». That’s the point.

L’historien se réfère aux sources primaires factuelles et documentées pour l’histoire profane. C’est pareil pour l’histoire religieuse, mais là il y a également (en raison du Magistère de l’Église) des sources primaires normatives à prendre en considération. Les traductions, vraies ou fausses, ne sont pas des sources primaires.

En outre, même si son propre nom n’apparaît pas sur toutes les pages de son ouvrage, l’abbé Noël Barbara en assumait la responsabilité morale comme auteur ayant fait des choix de citations qui expriment ses convictions. Son livre transposait incontestablement les dispositions impératives d’un document pour les pensionnats de religieuses, qu’il ne citait dailleurs même pas, à l’ensemble de la chrétienté, comme s’il s’agissait d’un document « urbi et orbi », notamment par sa présentation qui falsifiait la teneur obvie de l’Instruction publiée par le Saint-Siège en 1930 (le texte en a été fourni ci-dessus).

Cet ecclésiastique était un gyrovague affranchi de tout évêque. ll vivait notoirement de sa revue et d’expédients, même du saccage de la chapelle d’un confère, l’abbé Gustave Delmasure, qu’il a entièrement dévalisé et dont on a le témoignage manuscrit. Cela aboutit dailleurs à un procès en France. Le contexte de vie d’un auteur (et notamment sa vie morale publique) doit être pris en considération pour comprendre son "sans-gêne" pareil avec des documents. Son état de vie ne peut justifier un abbé quoi qu’il fasse. Sans cette évaluation globale, on serait tenté d’excuser un prêtre, mais son insouciance du Code de droit canonique était patente et presque voluptueuse. L’historien doit être objectif. Conformément aux directives du pape Léon XIII (Acta Sanctae Sedis, vol. XXXII (1899-1900), pp. 193-213) :  

« L’historien de l’Eglise sera d’autant plus fort pour faire ressortir son origine divine, supérieure à tout concept d’ordre purement terrestre et naturel, qu’il aura été plus loyal à ne rien dissimuler des épreuves que les fautes de ses enfants, et parfois même de ses ministres, ont fait subir à cette Épouse du Christ dans le cours des siècles. (...) Parce que l’Église, qui continue parmi les hommes la vie du Verbe incarné, se compose d’un élément divin et d’un élément humain, ce dernier doit être exposé pour les élèves avec une grande probité. Comme il est dit au livre de Job : "Dieu n’a pas besoin de nos mensonges" (Jb 13, 77). »

Remarque finale : l’abbé Noël Barbara s’était vu refuser le « nihil obstat » et l’« imprimatur » du Saint-Siège en 1963 pour sa « Catéchèse catholique du mariage ». Voici en fait pourquoi. Dix-huit ans après, pour la seconde édition de son livre, il en donnait une explication complotiste faite sur mesure pour son audience sédévacantiste.

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