Alfred Denoyelle,
Docteur en Histoire
 
Libère : pas de chute ?
 
[critique à propos du niveau d'incompétence de certains]
 
*
 
Pour mémoire : l'auteur de cet article
a été promu Docteur en Histoire avec distinction
après des études gréco-latines complètes et la licence obtenue
avec grande distinction à la Faculté de Philosophie et Lettres
de la "Katholieke Universiteit Leuven"
 
*
 
La question est redevenue d'actualité, semble-t-il. En effet, selon l'un ou l'autre auteur contemporain, à vrai dire davantage copieur qu'auteur, le pape Libère (352-366) n'aurait jamais cautionné l'hérésie, ni même excommunié saint Athanase ! --- Or, pour peu que l'on veuille bien élever son âme à l'amour sincère de la vérité, on acceptera d'examiner soigneusement, de préférence une bonne fois pour toutes, sans passion ni préjugés, si ces affirmations sont fondées ou non.
 
Il y a bien longtemps, j'avais déjà, en vue de faciliter au prochain une approche honnête de la réalité historique, déblayé le terrain des préventions ambiantes touchant cette question en montrant que certains avaient traité le sujet dans l'optique d'une "thèse" préétablie, notamment celle de l'infaillibilité pontificale qu'ils prenaient pour une impeccabilité tout à fait imaginaire, leur faisant rejeter d'avance comme "impensable" une caution du pontife romain à quelque hérésie que ce soit. C'était confondre également sa personne et son magistère, alors que le Concile du Vatican (I) avait pourtant bien précisé que sa définition ne portait pas sur une infaillibilité qui serait liée à la personne du pape (de infallibilitate papae) mais sur celle qui est liée à son magistère (de Romani Pontificis infallibili magisterio). --- La nuance est de taille et d'ordre dogmatique !
 
Un bulletin d'ecclésiastiques dissidents de la dissidence d'Écône ("Sodalitium" N°17, octobre 1988, pp.19-21) évoquait à l'appui de sa "thèse" concernant le pape Libère « le jugement unanime des auteurs » (sic), mais c'était une bien pauvre unanimité (du reste aucunement établie) que de se référer seulement à quelques moralistes et théologiens, qui ne sont précisément pas des historiens, à savoir Tanquerey, Zubizzareta et Salaverri, dont les opinions ne font certainement pas toutes corps avec la doctrine catholique dogmatiquement définie, mais des lecteurs ignorants ont évidemment pu être induits à le penser. Ce bulletin "Sodalitium" rapportait, en effet, à propos de l'historicité du fait de la chute de Libère, la "sentence" suivante du théologien Salaverri : « Factum historice probabilius est fabulosum, vel saltem de eo minime certo constat » (sic).
 
--- Un théologien qui sortait de son domaine pour se mêler d'histoire, afin de la "plier" à ses idées ! Cette affirmation passait facilement pour une "sentence" de l'Église dans le contexte de l'article en question, qui soutenait en effet deux alinéas auparavant, avec une confusion abusivement entretenue entre l'enseignement catholique et les propos d'un théologien incompétent en matière historique :  « L'Église semble approuver l'hypothèse du faux, ce qui innocenterait tout à fait Libère, si l'on se reporte aux écrits du pape Athanase I » (sic).
 
Faisons remarquer pour commencer qu'il n'existe aucun pape "Athanase I". Les dates du pontificat, indiquées entre parenthèses à côté de ce nom fantaisiste, révèlent qu'il était fait allusion au pape Anastase I. La hâte dont les gens à "thèse" font preuve en voulant se mettre en vedette et triompher dans l'opinion publique leur joue des tours quant à l'exactitude de leurs références autant qu'au fondement de leur "thèse". C'était le cas ici, non seulement pour le nom du pape cité, mais encore pour ses prétendus « écrits » auxquels le bulletin en question conviait à se reporter. Il s'agissait d'une tromperie, puisque les lecteurs (pour la plupart ignorants de l'histoire réelle) allaient s'imaginer que ce pontife romain aurait publié des volumes entiers ou en tout cas plusieurs documents « innocentant tout à fait Libère » (sic) à propos de sa caution à l'hérésie et de l'excommunication de saint Athanase, patriarche d'Alexandrie.
 
En fait, en guise de nombreux « écrits », il n'y a qu'une seule lettre : adressée par le pape Anastase I (399-402) à Venerius, évêque de Milan, elle n'a même pas pour objet l'innocence de Libère, mais le regain de l'origénisme déjà condamné. Faisant un parallèle avec le phénomène de l'arianisme, jadis condamné lors du concile oecuménique de Nicée (en 325) et s'étant rallumé par la suite jusqu'à embraser tout l'univers connu d'alors, le pontife romain allégué mentionnait, en passant, ceux qui avaient été envoyés en exil à l'époque, à savoir « Libère, évêque de l'Église romaine, Eusèbe de Verceil, Hilaire des Gaules, sans parler des autres, que l'on aurait pu amener par choix à être crucifiés plutôt que de blasphémer le Christ Dieu, ce que proposait l'hérésie arienne, ou de dire que le Fils de Dieu, le Christ Dieu, serait une créature du Seigneur. »
 
--- Du pape Libère et des autres, cette lettre d'Anastase I affirmait donc seulement qu'ils avaient été envoyés en exil et que leur état d'esprit était tel, qu'ils auraient préféré la mort au blasphème que comportait l'hérésie arienne. Cependant, cette lettre ne dit absolument pas s'ils ont tous persévéré dans cet état d'esprit durant leur exil, ni pourquoi il s'en est trouvé un seul parmi eux, à savoir précisément le pape Libère, qui ait pu revenir d'exil... avec la permission de l'empereur arianisant Constance II (337-361) qui, après avoir administré d'abord la partie orientale de l'Empire romain, en était devenu le seul maître depuis 353. L'exil du pape Libère (qui dura de 355 à 358) ne prit du reste fin que moyennant une signature (en 357) qui était compromettante pour l'orthodoxie religieuse.
 
D'ailleurs, quant à la nature de ladite formule de Sirmium signée par Libère (confirmée par le contenu de ses quatre lettres encycliques adressées aux évêques orientaux hérétiques, avec lesquels il se déclarait en parfaite communion, tandis que saint Athanase était explicitement réputé hors de l'Église), voici ce qu'en pensait un contemporain des faits, à savoir saint Hilaire de Poitiers : « Perfidiam quam dicit Liberius catholicam, hi sunt qui subscripserunt » (la perfidie que Libère dit catholique, voici ceux qui l'ont souscrite) [et il mentionne les signataires, des évêques hérétiques ariens et semi-ariens].
 
Or, ayant écrit à la rédaction de cette publication pour faire remarquer à l'auteur de l'article qu'il avait commis une erreur, un de ses confrères m'écrivit « Dites, Monsieur, vous n'avez pas honte d'être ainsi insultant avec un abbé ?... » (sic). Apparemment, on n'y acceptait aucune observation (pourtant fondée), puisque celle-ci passait d'office pour une "insulte" ! Quels gants isolants faut-il donc mettre pour s'adresser à certains ecclésiastiques sans recevoir aussitôt une décharge électrique ? --- Ensuite deux laïcs, particulièrement fanatisés contre moi, m'abreuvèrent d'insultes (bien réelles, celles-là). --- Un troisième laïc, certes poli, mais plutôt venimeux, prétendit avec une condescendance particulièrement méprisante (mise par écrit) que je ne pouvais sans doute pas comprendre la langue latine du pape "Athanase I" (sic) et, voulant me faire la leçon, il souligna la phrase « innocentant tout à fait Libère » (sic) sur la photocopie d'une page de l'article en question -- comme si c'était une phrase de ce pape, dont il n'a manifestement pas plus vérifié le texte originel que le nom (inexistant) -- puis il ajouta avec morgue « Entre catholiques, on s'entraide, c'est normal. » (sic)
 
Avec pareille mentalité, on se meut dans un monde mental coupé de la réalité du passé (le cas échéant, du présent). De cette façon, on n'atteint pas la vérité des faits établis. Au contraire : avec un discours "historique" élaboré artificiellement à partir d'une "thèse" théologique, on verse finalement dans la schizophrénie (état d'esprit coupé du réel).

On arrive au même constat avec le baratin scandaleux de ces ecclésiastiques au sujet de leurs confrères non alignés sur d'autres points de leur "thèse". En fait, il ne s'agit pas d'une thèse académique, mais d'un ensemble de prises de position auquel ils ont donné ce titre grandiloquent et globalement abusif, probablement pour épater la galerie en se distinguant de façon publicitaire. Ainsi, à les en croire, en citant au Canon de la Messe un évêque ou un pape libéral et indigne, hostile ou trop peu favorable à la Tradition catholique, le prêtre célébrant adopterait une attitude "hérético-schismatique" (la mention faite étant équipollée à embrasser par la même occasion les erreurs dénoncées). Quant aux assisants (fidèles ou autres), ils en deviendraient complices par le fait même, encourant ainsi une excommunication automatique pour s'être souillés la conscience dans le déroulement de la liturgie et avoir surtout, à l'instar du prêtre célébrant, souillé « l'oblation pure » (la Messe).
 
Ici également, on est amené à constater de l'arrogance pédante chez des ecclésiastiques, en l'occurrence non seulement en matière historique, mais encore en matière théologique et même proprement dogmatique, puisque selon l'enseignement constant de l'Église catholique, la sainte Messe est le renouvellement (non-sanglant, mais sacramentel) du Sacrifice du Calvaire « et cette oblation pure est assurément celle qui ne peut être souillée par aucune indignité ou malice de ceux qui offrent » ainsi que l'a précisé le concile oecuménique de Trente (concilium Tridentinum, sessio XXII, 17. septembri 1562, Enchir. Denz.-Sch. N°1742 (939), Doctrina de sacrosancto Missae sacrificio, cap. 1 : « Et haec quidem illa munda oblatio est quae nulla indignitate aut malitia offerentium inquinari potest »).
 
--- Au lieu de faire la leçon aux autres avec un air inspiré, ces prêtres renifleurs d'hérésie feraient bien de balayer devant leur porte !
 
Quant à l'accusation de s'être souillé la conscience, ils assimilent indûment les célébrants mis en question à des hérétiques et à des schismatiques formels, ce qui n'est possible qu'en cas de faits publics avérés ou constatés par l'autorité ecclésiastique compétente, mais jamais en fonction d'une interprétation privée qui s'arroge un pouvoir judiciaire et implique même, en la conjecture, un procès d'intention et une présomption de culpabilité (faute grave incontestable, commise en pleine connaissance de cause et avec entier consentement). Cette évaluation sommaire les amène à identifier abusivement les participants à une Messe "una cum" à ceux qui prennent part au culte d'une autre religion, en dehors des cas de présence passive aux noces et aux funérailles (cf. Codex Iuris Canonici [1917], can. 1258, §§ 1 & 2).
 
Cet amalgame, qui procède soit de l'ignorance crasse, soit de la mauvaise foi d'une ignorance supine, leur permet d'envisager seulement, parmi toutes celles possibles, une seule peine qui soit censément adéquate pour ce "délit" imaginaire, à savoir l'excommunication (cf. Codex Iuris Canonici [1917], can. 2257, § 1) et celle-ci se voit, à son tour, ramenée à une seule de ses espèces, à savoir l'excommunication automatique ou par le fait même, dite excommunication « latae sententiae » (cf. Codex Iuris Canonici [1917], can. 2217, § 1-2° & § 2).
 
Admettons un instant, par pure hypothèse de raisonnement, que le prêtre commet une faute au Canon de la Messe en y citant quelqu'un qu'il ne faudrait pas y mentionner. Cela n'impliquerait certainement pas une faute de la part des assistants, comme l'écrit saint Augustin : « Quiconque offre n’importe où le sacrifice avec un cœur ou avec des actes tels, qu’il mérite d’être sanctionné, cause sa perte à lui-même, non à ces bons qui reçoivent de lui les sacrements, eux qui selon le prophète Ézéchiel regrettent et déplorent les péchés qui se commettent en leur milieu (Ezech. IX, 4), bien qu’ils ne se séparent point de là corporellement. En effet, à chacun Dieu rétribue selon son cœur. » (Saint Augustin, Père et Docteur de l’Église, Contra epistolam Parmeniani, Lib. II, cap. V, § 10 : « Quilibet ubilibet offert sacrificium tali corde vel factis, haec ut audire mereatur, perniciem sibi infert, non illis bonis qui accipiunt ab eo sacramenta eadem, qui secundum prophetam Ezechielem gemunt et moerent peccata quae fiunt in medio eorum (Ezech. IX, 4), quamvis non se inde corporaliter separent. Unicuique enim Deus tribuit secundum cor suum. »)
 
Plus loin dans le même ouvrage, saint Augustin y revient encore : « Les sacrifices des impies nuiront donc à ceux-là même qui offrent de manière impie. Car le sacrifice, unique et le même à cause du nom du Seigneur qui y est invoqué, est toujours saint et devient aussi tel pour celui qui se sera approché afin de l’accueillir avec un cœur à l’avenant. En effet, celui qui mange et boit indignement, mange et boit un jugement pour lui-même (1 Cor. XVIII, 29). On ne dit pas « pour les autres », mais « pour lui-même ». Donc, celui qui mange et boit dignement, mange et boit la grâce pour lui-même. » (Saint Augustin, Père et Docteur de l’Église, Contra epistolam Parmeniani, Lib. II, cap. VI, § 11 : « Sacrificia ergo impiorum eis ipsis oberunt qui offerunt impie. Nam unum atque idem sacrificium propter nomen Domini quod ibi invocatur, et semper sanctum est, et tale cuique fit, quali corde ad accipiendum accesserit. Qui enim manducat et bibit indigne, judicium sibi manducat et bibit (1 Cor. XVIII, 29). Non ait « aliis », sed « sibi ». Qui ergo manducat digne et bibit, gratiam sibi manducat et bibit. »)
 
Un autre point qui suscite du scandale chez les intellectuels avertis du monde entier, c'est le crime de faux commis par ces abbés et par d'autres, qui citent de façon sélective un document historique, à savoir la bulle Cum ex apostolatus officio du pape Paul IV (15 février 1559). Ce pontife romain avait enseigné que n'importe quel ecclésiastique, prélat, évêque, cardinal ou même pape, qui se serait avéré schismatique ou hérétique avant son élection rendrait celle-ci, par le fait même, invalide, et qu'il ne faudrait donc pas reconnaître son autorité, celle-ci n'ayant de réalité, dans le Christanisme, qu'en fonction de la doctrine de foi qui est normative. Le pape Paul IV enseignait aussi qu'un ecclésiastique, prélat, évêque, cardinal ou même pape, une fois légitimement élu et parfaitement orthodoxe au moment de son élection, garde néanmoins sa liberté et peut donc par la suite éventuellement aussi dévier de la foi ou apporter sa caution au péché et à l'erreur (soit même au schisme et à l'hérésie).
 
Les faussaires en question font certes pompeusement référence à ce document, mais tout en omettant significativement la fin de son § 6, en tout cas dans sa traduction : « liceatque omnibus et singulis sic promotis et assumptis, si a fide antea non deviassent nec haeretici fuissent, neque schisma incurrissent aut excitassent vel commisissent » (= et cela vaut pour tous et chacun de ceux ainsi promus et élevés, même si auparavant ils n'avaient pas dévié de la foi ni été hérétiques, ni encouru ou excité ou commis un schisme). --- L'omission de cette fin du § 6 de la bulle Cum ex apostolatus officio du pape Paul IV (15 février 1559) n'est pas une distraction de la part des intéressés, mais relève d'une volonté bien arrêtée de faire coller ainsi une bulle pontificale avec un aspect de leur "thèse" : en effet, selon eux et en raison de leur mauvaise compréhension du dogme de l'infaillibilité du magistère pontifical, qu'ils confondent avec le comportement censément "infaillible" de la personne investie du pontificat, à partir du moment où il a consenti à son élection, aucun pape n'aurait jamais pu cautionner le péché ou l'erreur dans le passé, mais comme il leur semble que c'est bien le cas aujourd'hui, ils en concluent qu'aucun pape n'a pu être légitimement élu depuis le concile Vatican II ou même bien avant cela, suivant les nombreuses hérésies formelles qu'ils croient découvrir çà et là.
 
Rappelons que les faussaires de documents ecclésiastiques, en l'occurrence pontificaux, sont frappés d'excommunication ou d'une autre juste peine en fonction de la gravité du délit (Code de droit canonique [1917], can. 2360 ; [1983], can. 1391).
 
Apparemment, ces abbés supposés "de bonne foi" (?) sont tout aussi ignorants du droit canonique, de la théologie et de la patristique que de l'histoire !
 
Mais dans quel séminaire ont-ils donc "étudié" ?
 
Après avoir lu ce que je viens d'écrire, un de ces ecclésiastiques (ou un laïc fanatisé parmi leurs suiveurs) va peut-être réagir encore en rétorquant avec humeur, au lieu de fournir la réfutation dont il est radicalement incapable et qui est d'ailleurs impossible à fournir : « Dites, Monsieur, vous n'avez pas honte d'être ainsi insultant avec un abbé ?... » (sic).
 
--- En la conjecture et en d'autres occasions où ils se dressent sur leurs ergots, ils passent de l'objet au sujet afin d'éluder le problème. Pour eux et leurs semblables, tout tourne en effet autour de leur personne, devant laquelle il faudrait rester bouche bée d'admiration, comme devant un paon qui déploie sa queue en éventail. Ils n'acceptent aucune proposition de correction pour leurs erreurs avérées.
 
Pourtant, le pape saint Pie X enseignait : « Le premier devoir de la charité n'est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelque sincères qu'elles soient, ni dans l'indifférence théorique ou pratique pour l'erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale, non moins que pour leur bien-être matériel. » (Lettre apostolique du 25 août 1910, au § 24).
 
Si l'on veut prendre ce devoir au sérieux, il n'est pas rare que l'on se fasse mal voir. Du reste, il n'est pas fréquent qu'un ecclésiastique reconnaisse ses fautes, sauf de façon liturgique comme tout le monde. Pourtant, il y a des exceptions. Ainsi, le dominicain Michel Louis Guérard des Lauriers qui s'était fait sacrer évêque. Il avait précédemment élaboré toute une théorie comportant, outre les erreurs mentionnées ci-dessus concernant l'oblatio munda, une distinction materialiter/formaliter arrachée à la compréhension scolastique de ces termes pour en faire une désignation portant sur la personne des papes et l'actualité de leur juridiction.
 
Quelques mois avant sa mort (survenue le 27 février 1988), ayant reçu de ma part (aux bons soins d'un ami suisse) une étude fouillée démontrant ses aberrations [en fait, un "mémo" comportant les références à des publications à consulter qui étaient - quant à elles - fouillées, comme l'opuscule De Ente et Essentia de saint Thomas d'Aquin et l'ouvrage Matière et forme de Mgr Albert Forges], l'intéressé reconnut expressément à ce correspondant :
« Cher Monsieur,
J'ai trouvé, en arrivant ici, votre envoi et votre lettre. MERCI.
Je conserve donc, au moins provisoirement (vous me direz), l'étude de A. Denoyelle.
En ce qui me concerne personnellement, je souscris à toutes ses conclusions. Son étude est excellente !
Maintenant, je crois que ma thèse contient des erreurs théologiques énormes.
En fervente union, au service de la Vérité et dans la prière.
M. L. G. des Lauriers, O.P.  »
Il est mort sans avoir eu (ou pris) le temps de se rétracter publiquement (et, si d'aventure il l'a fait, on n'en sait rien).
 
Voici le texte originel scanné.
 
Néanmoins, les adeptes de sa "thèse" n'en tiennent pas compte, car celui qui "ose" faire des remarques est réputé "insultant" tantôt pour leur gourou, tantôt pour leur "dignité" sacerdotale, dans laquelle ils se drapent mélodramatiquement. Ensuite, terriblement vexés d'avoir été contrés dans leurs idées aberrantes, ils organisent leur petite vengeance par la conspiration du silence ou en frappant à l'occasion leur "contradicteur" par de l'ostracisme, ameutant même volontiers contre lui des gens ignorants, confidentiellement informés de son "impolitesse" à saveur nettement "hérético-schismatique" (sic). Dans le meilleur des cas, ceux-ci s'interposent avec muflerie dans la conversation privée que vous avez avec autrui, ils redressent le menton en vous toisant avec un air qui fait penser à un superbe chameau dédaigneux et puis, se faisant volontiers provocateurs, ils vous tournent ostensiblement le dos en public afin de vous marquer leur mépris. --- Ce n'est pas un argument philosophique ou théologique !
 
Sous ce rapport, ils font donc exactement ce que faisaient jadis (et font encore) les modernistes, dénoncés et condamnés par le pape saint Pie X, qui faisait notamment observer à leur sujet dans son encyclique "Pascendi Dominici gregis" (8 septembre 1907) : « Les modernistes assaillent avec une extrême malveillance et jalousie (summa malevolentia et livore) les catholiques qui luttent vigoureusement pour l'Église. Il n'y a aucune sorte d'injures dont ils ne les offensent, mais l'accusation d'ignorance et d'entêtement est la préférée. S'ils redoutent l'érudition et la vigueur d'esprit de ceux qui les réfutent, ils chercheront à les réduire à l'impuissance en organisant la conspiration du silence. Cette façon d'agir avec des catholiques est d'autant plus blâmable que, dans le même temps, sans fin ni mesure, ils exaltent avec des louanges incessantes tous ceux qui se mettent de leur bord. » (§ 60)
 
La mentalité de ces "traditionalistes" est la même.
 
--- Oui, au lieu de vouloir faire la leçon aux autres, ils feraient décidément bien de balayer devant leur porte !
 
Voici un extrait de l'ouvrage de Mgr Albert Forges, qui devrait normalement mettre fin à l'arrogance pédante de gens incompétents :