Les batailles célèbres de l'histoire
 
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La bataille de Verdun - 21 février à l'automne 1916
 
Le concept de la bataille d'usure
 
Au début de l'année 1916, la Grande Guerre était dans l'impasse.  Les belligérants puisaient dans leurs réserves et leurs finances étaient au plus mal.  L'idée générale était que la guerre serait gagnée, ou perdue, sur le front de l'Ouest.  Falkenhayn, le commandant suprême allemand et successeur de Moltke, était persuadé que si la France tombait, la Russie s'effondrerait également, l'Angleterre resterait isolée et les nations mineures ne constitueraient plus un danger.
Afin de porter à la France un coup mortel, Falkenhayn décida d'attaquer Verdun, forteresse majeure de l'Est de la France et ville historique d'importance pour les Français.  Falkenhayn calcula, à juste titre, que les Français s'acharneraient à défendre la ville et prévoyait de les réduire en poudre sous les coups de son artillerie lourde.  Plus de 1.200 canons de tous types furent disposés sur un front d'à peine 13 kilomètres.  L'armée française ne pouvait déployer que 270 pièces d'artillerie sans grandes réserves de munitions.  Même si le moral des Français ne s'effondrait pas, le général allemand espérait provoquer l'affolement dans le camp allié et, peut être, provoquer une attaque désastreusement prématurée des Anglais sur la Somme ou ailleurs.
Contrairement au terrain plat des Flandres, Verdun était entouré de crêtes formant d'excellentes positions défensives.  Autour de la ville étaient contruits trois cercles de forteresses souterraines armées d'une imposante artillerie.  Les forts étaient situés à environ 10 ou 15 kilomètres de Verdun et étaient réunis par un réseau de tranchées.  A la veille de l'offensive allemande, l'armement des forts avait été très réduit et les effectifs français n'étaient que de faible importance.
Par un heureux hasard pour les Français, l'offensive allemande, prévue pour le 12 février, fut retardée de neuf jours en raison du mauvais temps.  Si les Allemands avaient pu lancer leur offensive à la date prévue, ils auraient bénéficé d'une très forte supériorité numérique, au lieu de quoi, les Français, conscients de l'imminence d'une offensive, eurent le temps de se renforcer partiellement.
 
L'assaut allemand
 
L'attaque allemande débuta le 21 février 1916 par le plus grand bombardement jamais vu jusqu'alors dans l'histoire.  Audible à plus de 150 kilomètres, le bombardement désintégra les tranchées françaises nullement préparées et dans lesquelles de nombreux soldats furent enterrés vivants. 
L'attaque se déclencha uniquement sur la rive droite de la Meuse car Falkenhayn ne voulut pas engager, au début, d'effectifs trop importants.  Le déluge s'arrêta vers 16h45 et les fantassins allemands s'avancèrent en petites unités sur un front de 3,5 kilomètres entre le bois de Haumont et Herbevois.  Ils étaient dotés d'une arme nouvelle et terrifiante, le lance-flammes.  La première ligne française fut détruite et, les 22 et 23 février, le bombardement se poursuivit mais les Français combattirent pied à pied. A partir du 24, les défenses françaises commençèrent à faiblir et, le 25, l'important fort de Douaumont, laissé sans garnison à la suite d'une négligence fut enlevé par une patrouille allemande.L'opinion publique française accusa le coup tandis qu'en Allemagne les cloches saluèrent ce grand succès.
 

Façade de fort de Douaumont

Douaumont vue rapprochée

 

Douaumont coupole de tir d'artillerie principale

Tourelle de mitrailleuse sur le toit du fort de Douaumont

 
A ce moment décisif, le général Henri-Philippe Pétain prit le commandement à Verdun et entreprit de remonter le moral des troupes.  Sur la route de Bar-le-Duc, surnommée "la Voie Sacrée", les camions amenèrent un flot incessant de matériel à Verdun ainsi que 190.000 hommes de renforts.
Le 28 février, son assaut marquant le pas, Falkenhayn décida d'étendre la bataille à la rive gauche de la Meuse.  Dès la première semaine de mars, une gigantesque bataille s'engagea pour la possession des hauteurs.  Les combats les plus durs se déroulèrent tout le printemps autour d'une crête au nom approprié de Mort-Homme.  Lorsque les Allemands l'emportèrent finalement,  ils se retrouvèrent face à de nouvelles positions françaises installées sur la Côte 304...  En mai, les Allemands s'étaient assurés de nombreux objectifs sur la rive gauche de la Meuse mais à un prix tel que Falkenhayn se demanda s'il ne devait pas mettre un terme à son offensive.  Il réalisa toutefois que l'honneur de l'Allemagne ne le permettait pas.  Le plan des Allemands se retournait à présent contre eux car le symbolisme jouait dans les deux sens : si la défense de Verdun était une question de prestige pour la France, le succès de l'offensive était également crucial pour le moral des Allemands.
Le paysage autour de Verdun était devenu surréaliste.  Les cratères créés par l'artillerie avaient constitué un paysage lunaire où des débris de corps, déchiquetés par l'artillerie, étaient visibles partout.  L'odeur du charnier était omniprésente...
 

Sol laminé à l'emplacement de l'ancien village de Fleury

Fleury, bornes marquant les anciennes rues et constructions

 

Fleury, le lavoir

Même emplacement aujourd'hui

 
Les Français avaient eu l'avantage d'une rotation de leurs troupes au front, tactique que les Allemands n'adoptèrent jamais.  Le 26 mai, Joffre demanda aux Anglais d'avancer la date de leur offensive prévue sur la Somme afin d'alléger la pression sur le front de Verdun.  Du 15 août, l'attaque anglaise fut avancée au 1er juillet.
Le 7 juin, après une semaine d'héroïque résistance, les Allemands prirent le fort de Vaux , bastion nord-est des Français.  Le fort ne se rendit que lorsque ses 600 défenseurs eurent passé deux jours sans eau.  Noyés dans la putréfaction, leur soif les avait réduit à boire leur propre urine.
 
 

Façade du fort de Vaux

Votre serviteur devant le fort de Vaux

 

Verdun, carte de la progression allemande

 
Au moment où tombait le fort de Vaux, les Russes déclenchèrent l'offensive Broussilov à l'Est, obligeant Falkenhayn à envoyer des troupes au secours des Autrichiens.
Les 20 et 21 juin, les Allemands effectuèrent un dernier effort en utilisant des obus au gaz phosgène.  Après une nouvelle avancée, les troupes allemandes se retrouvèrent, à nouveau, devant d'autres positions françaises qui, bien que proches du point de rupture, résistèrent avec héroïsme.
Le 24 juin, les préparations d'artillerie débutèrent sur la Somme et, le 1er juillet, l'attaque des fantassins fut lancée.  Le 11 juillet, les Allemands renonçèrent à de nouvelles offensives dans le secteur de Verdun.  Le carnage ne prit pas fin pour autant car les Français lançèrent des contre-offensives afin de reprendre le terrain perdu.  A l'automne, les Français avaient repris Vaux et Douaumont et les adversaires se retrouvèrent sur les mêmes positions qu'au début de 1916.
Du côté français, les pertes furent de 377.000 hommes contre 337.000 du côté allemand.  Ce fut la seule bataille de cette guerre où les défenseurs subirent plus de pertes que les attaquants.  Verdun porta un coup certain au moral des Français qui allaient connaître plusieurs mutineries l'année suivante.  L'Allemagne avait, quant à elle, payé un prix énorme pour un gain nul. 
 

Symbole du carnage, l'ossuaire de Douaumont

 
Témoignages
 
 
Addendum de Zachary Fois
 
 
Témoignages tirés de l’ouvrage de Jaques Péricard « Verdun 1916 », commentaires de Zachary Fois

 
Durant la nuit du 3 au 4 avril 1916, le 129ème RI monte en ligne sur les pentes du fort de Douaumont et au Bois Morchée. Le caporal A. Delachartre témoigne :
« Défense absolue, sous peine de sanctions, de s’arrêter pour porter secours à un camarade blessé : il faut d’abord arrêter l’ennemi. »
 
D’après A.M. :
« Tout au long de la route, des blessés nous appellent, mais le devoir est d’aller au combat. Nous passons près de deux chevaux qui ont les pattes de derrière brisées ; ils sont dressés sur leurs pattes de devant et hennissent d’une voix aux intonations humaines comme pour réclamer du secours. »
 
Frédéric Germain, caporal au 146ème R.A.C.
« Nous avons soigné pendant une journée de pauvres fantassins du 418ème qui avaient séjourné entre les lignes pendant trois même quatre jours. Les clous de leurs souliers étaient rouillés, leur pansement, très bien fait, était dur comme la pierre. Le major leur demandait à tous : « Qui a fait ton pansement ?» et avec une voix très faible, ils répondaient : « C’est un Boche ». »
 
Le 11 Juillet 1916, sur pentes du fond de la Horgue. Le 217ème RI reçoit une dure attaque allemande. Le PC Montagne est capturé avec ses occupants. A 19 heures, 2 compagnies (qui seront elle-même capturées dans la soirée vue leur trop grande avance) contre-attaquent et reprennent le PC Montagne, libèrent  leurs camarades capturés et s’emparent de 80 soldats Allemands. Le Dr Léon Baros, aide major au 217ème R.I témoigne :
«  Des prisonniers boches défilent dans la nuit ; quelques-uns, blessés, sont pansés par nous au passage. Ils ont faim, ils ont soif, leurs traits sont tirés et leurs vêtement boueux en lambeaux. Ils réclament à boire et à manger. Et nos poilus qui viennent de subir tant de mal par eux, leur offrent du pain, du chocolat, de l’eau et oublient toute rancœur, dans un grand élan de générosité.
Les blessés boches que nous pansons pleurent et nous offrent tout ce qu’ils possèdent : leurs couteaux de poche, des cigares, des boîtes d’allumettes. »
 
Ch. Chautain est soldat au 95ème RI, régiment qui après une montée en ligne de 52 km en 36 heures qui plus est le ventre vide, est décimé (7 attaques en 48 heures) au village de Douaumont raconte :
« Je suis blessé au pied, à la main droite, au bras gauche, au cou et à l’épaule. Les brancardiers arrivent, ils m’installent sur le brancard et c’est le moment des adieux.
Je suis bien triste ; j’ai envie de pleurer. Et pourtant, c’est l’arrière qui m’attend avec toutes ses douceurs ; un bon lit aux draps bien blancs, des repas chauds et copieux ; plus d’obus; plus de balles ; plus de boue, de pluie, de vent, de poux.
Oui tout cela est beau ! Mais les camarades qui restent là, que je quitte et que, probablement je ne reverrais jamais ! C’est cela qui me préoccupe et me fait mal au cœur.
Adieu tous ! Adjudant Guérineau, Sergent Bailly, Bussière, Malicheau, Berny, Givaudeau, Bauthenet, Croix… les brancardiers m’emportent ; bonne chance à tous !...
La séparation est cruelle ; il faut avoir vécu la vie des tranchée, avoir souffert comme nous, s’être trouvé à chaque instant en face de la mort pour comprendre ce « camarade » et sentir l’amitié qui nous unissait tous. »
 
Sur la côte 304, le 20 mai 1916, le lieutenant Louis Botti du 1er Zouaves écrit :
« Prouvez, les deux joues traversées d’une même balle, m’adresse un bonjour pâteux :
Qu’as-tu ?
Une balle dans la bouche…
Eh bien ! Pars au poste de secours !
Non, non, mon lieutenant, je reste, ce n’est rien !
Le sergent pionnier saignait, lui aussi, de deux trous dans le front : ce n’était rien non plus, à ce qu’il  me déclara… »
 
Au Mort-Homme, le caporal Robert Perreau, du 203ème RI :
« Une source au sommet du Mort-Homme est à portée des Allemands dont la position surplombe légèrement la nôtre. Habilement endiguée par l’ennemi et dirigée vers nos lignes, l’eau a envahi bientôt notre tranchée. Grossi par les pluies, le fleuve s’insinue entre nos remparts de terre et mine nos parapets qui s’effondrent. La tranchée n’est plus maintenant qu’une mare de boue d’où monte une odeur intolérable.
On se réfugie sur les rares banquettes qui tiennent encore. Les caisses de grenades constituent des perchoirs sur lesquels on s’agrippe et où l’on cherche à grouper les couvertures, les musettes, les grenades et les armes.
Toute tête qui dépasse le parapet est une cible pour les guetteurs d’en face.  Il faut rester accroupi sur son socle pour ne pas s’enfoncer dans la boue jusqu’au ventre ou rester enlisé.
Au bout de quelques heures, cette position cause une souffrance atroce.
Il est impossible de communiquer entre nous pendant le jour. Tout objet qui échappe des mains est irrémédiablement perdu dans la boue liquide. Le moral est plus bas que je ne l’ai jamais vu devant de telles misères physiques.  La pluie tombe sans arrêt et traverse nos vêtements. Le froid nous pénètre, les poux nous sucent le sang ; tout le corps est brisé.
La pluie et la boue décomposent les cadavres d’où s’exhale une odeur écoeurante. Nous ne mangeons plus  Je vois des hommes de quarante ans pleurer comme des enfants. Certains voudraient mourir.
Les grenades, les cartouches, les fusées sont noyées. La boue à pénétré dans le canon et les mécanisme des fusils, les rendant hors d’usage. Nous serions incapables de résister à une attaque allemande.  Seule la nuit nous permet de quitter une position que nous avons dû garder pendant douze heures.
 
Du 20 au 25 juin 1916, le 405ème défend le Bois de Vaux Chapitre et le Bois Nawé. Du 21 au 23 juin le régiment subit 5 attaques sous un bombardement quasi continuel. Lors de la relève le soldat G. Branchien raconte :
« La relève. Il étais temps. Dans ce régiment d’élite où, il y a quinze jours, on trouvait dix volontaires pour un, le cran commençait à manquer. En sortant des casernes de Bevaux*, nous croisons un régiment qui monte en ligne. Ses hommes nous regardent avec des yeux effrayés, ils nous demandent :
Quelle compagnie du 405ème êtes vous ?
Nous sommes le régiment ! »
*Les casernes de Bevaux sont situées dans les faubourgs de Verdun.
 
Le lieutenant Guéneau de la 20ème compagnie du 2ème Génie raconte :
« La relève, la relève ! Oh ! Comme il fait bon vivre ! Les fantassins que nous croisons et qui quittent leurs tranchées sont affreux à voir avec leur carapace de boue. Comme la gloire est fangeuse !
L’un d’eux, d’un faux bond, s’étale, chargé, dans un fossé plein de boue gluante où il disparaît presque ; il se relève, riant, gesticulant, pas plus sale qu’avant d’ailleurs. Il s’en fout, c’est la relève ! »
 
Un anonyme, à propos du poste de secours d’Esnes :
« De grandes plaques rouges marquent les places où les brancards ont été posés avant d’être descendus dans les caves. Le long des murs, les brancards montés sont en permanence, prêts à servir. Les toiles sont noires de sang, coagulé et les hommes qui rôdent dans la cour, affamés, les yeux fous, la barbe longue, ont un air de condamnés à mort. A gauche, sous le hangar, c’est pire encore. Des blessés sont morts en route ou pendant qu’on faisait leur  pansement. Alors, on les a mis de côté pour passer aux suivants… Et ils sont là, dans cette sorte de grange, pêle-mêle, éventrés, déchiquetés, horribles, dans des faces au rictus effrayant, dans des positions étranges et raidies, des gestes figés de colère ou de douleur, des expressions de désespoir qui font mal. Voici une toile de tente qui contient les restes d’un capitaine. Il y a là trois côtes et la moitié de la figure, le tout enveloppé dans une capote. Un paquet semblable est à côté, ficelé avec une étiquette dessus. L’entassement de ces morts, terreux, sanglants, horrifiés, donne le cauchemar. Pour comble, pendants les nuits, les rats viennent leur manger la face et leur manger les yeux et ce sont des figures squelettiques qui vous regardent avec leurs orbites vides.
 Jamais je n’ai rien vu de si atroce. Les enterrer ?... Ils sont trop, on n’a pas le temps, et puis, c’est trop dangereux, et il faut vivre au milieu d’eux, manger au milieu d’eux, dormir auprès d’eux. »