|
Témoignages
Addendum de Zachary
Fois
Témoignages tirés de l’ouvrage de Jaques Péricard
« Verdun 1916 », commentaires de Zachary Fois
Durant la nuit du 3 au 4 avril 1916, le 129ème RI monte en
ligne sur les pentes du fort de Douaumont et au Bois Morchée. Le caporal A.
Delachartre témoigne : « Défense absolue,
sous peine de sanctions, de s’arrêter pour porter secours à un camarade
blessé : il faut d’abord arrêter l’ennemi. »
D’après A.M. : « Tout au
long de la route, des blessés nous appellent, mais le devoir est d’aller au
combat. Nous passons près de deux chevaux qui ont les pattes de derrière
brisées ; ils sont dressés sur leurs pattes de devant et hennissent d’une
voix aux intonations humaines comme pour réclamer du
secours. »
Frédéric Germain, caporal au 146ème R.A.C. « Nous avons soigné pendant une journée de pauvres fantassins
du 418ème qui avaient séjourné entre les lignes pendant trois même quatre jours.
Les clous de leurs souliers étaient rouillés, leur pansement, très bien fait,
était dur comme la pierre. Le major leur demandait à tous : « Qui a
fait ton pansement ?» et avec une voix très faible, ils répondaient :
« C’est un Boche ». »
Le 11 Juillet 1916, sur pentes du fond de la Horgue. Le 217ème
RI reçoit une dure attaque allemande. Le PC Montagne est capturé avec ses
occupants. A 19 heures, 2 compagnies (qui seront elle-même capturées dans la
soirée vue leur trop grande avance) contre-attaquent et reprennent le PC
Montagne, libèrent leurs camarades capturés et s’emparent de 80 soldats
Allemands. Le Dr Léon Baros, aide major au 217ème R.I
témoigne : « Des prisonniers boches
défilent dans la nuit ; quelques-uns, blessés, sont pansés par nous au
passage. Ils ont faim, ils ont soif, leurs traits sont tirés et leurs vêtement
boueux en lambeaux. Ils réclament à boire et à manger. Et nos poilus qui
viennent de subir tant de mal par eux, leur offrent du pain, du chocolat, de
l’eau et oublient toute rancœur, dans un grand élan de générosité. Les
blessés boches que nous pansons pleurent et nous offrent tout ce qu’ils
possèdent : leurs couteaux de poche, des cigares, des boîtes
d’allumettes. »
Ch. Chautain est soldat au 95ème RI, régiment qui après une
montée en ligne de 52 km en 36 heures qui plus est le ventre vide, est décimé (7
attaques en 48 heures) au village de Douaumont raconte : « Je suis blessé au pied, à la main droite, au bras gauche,
au cou et à l’épaule. Les brancardiers arrivent, ils m’installent sur le
brancard et c’est le moment des adieux. Je suis bien triste ; j’ai envie
de pleurer. Et pourtant, c’est l’arrière qui m’attend avec toutes ses
douceurs ; un bon lit aux draps bien blancs, des repas chauds et
copieux ; plus d’obus; plus de balles ; plus de boue, de pluie,
de vent, de poux. Oui tout cela est beau ! Mais les camarades qui
restent là, que je quitte et que, probablement je ne reverrais jamais !
C’est cela qui me préoccupe et me fait mal au cœur. Adieu tous !
Adjudant Guérineau, Sergent Bailly, Bussière, Malicheau, Berny, Givaudeau,
Bauthenet, Croix… les brancardiers m’emportent ; bonne chance à
tous !... La séparation est cruelle ; il faut avoir vécu la vie des
tranchée, avoir souffert comme nous, s’être trouvé à chaque instant en face de
la mort pour comprendre ce « camarade » et sentir l’amitié qui nous
unissait tous. »
Sur la côte 304, le 20 mai 1916, le lieutenant Louis Botti du
1er Zouaves écrit : « Prouvez, les deux
joues traversées d’une même balle, m’adresse un bonjour
pâteux : Qu’as-tu ? Une balle dans la bouche… Eh bien !
Pars au poste de secours ! Non, non, mon lieutenant, je reste, ce n’est
rien ! Le sergent pionnier saignait, lui aussi, de deux trous dans le
front : ce n’était rien non plus, à ce qu’il me
déclara… »
Au Mort-Homme, le caporal Robert Perreau, du 203ème RI
: « Une source au sommet du Mort-Homme est à
portée des Allemands dont la position surplombe légèrement la nôtre. Habilement
endiguée par l’ennemi et dirigée vers nos lignes, l’eau a envahi bientôt
notre tranchée. Grossi par les pluies, le fleuve s’insinue entre nos remparts de
terre et mine nos parapets qui s’effondrent. La tranchée n’est plus maintenant
qu’une mare de boue d’où monte une odeur intolérable. On se réfugie sur les
rares banquettes qui tiennent encore. Les caisses de grenades constituent des
perchoirs sur lesquels on s’agrippe et où l’on cherche à grouper les
couvertures, les musettes, les grenades et les armes. Toute tête qui dépasse
le parapet est une cible pour les guetteurs d’en face. Il faut rester
accroupi sur son socle pour ne pas s’enfoncer dans la boue jusqu’au ventre ou
rester enlisé. Au bout de quelques heures, cette position cause une
souffrance atroce. Il est impossible de communiquer entre nous pendant le
jour. Tout objet qui échappe des mains est irrémédiablement perdu dans la boue
liquide. Le moral est plus bas que je ne l’ai jamais vu devant de telles misères
physiques. La pluie tombe sans arrêt et traverse nos vêtements. Le froid
nous pénètre, les poux nous sucent le sang ; tout le corps est brisé. La
pluie et la boue décomposent les cadavres d’où s’exhale une odeur écoeurante.
Nous ne mangeons plus Je vois des hommes de quarante ans pleurer comme des
enfants. Certains voudraient mourir. Les grenades, les cartouches, les
fusées sont noyées. La boue à pénétré dans le canon et les mécanisme des fusils,
les rendant hors d’usage. Nous serions incapables de résister à une attaque
allemande. Seule la nuit nous permet de quitter une position que nous
avons dû garder pendant douze heures.
Du 20 au 25 juin 1916,
le 405ème défend le Bois de Vaux Chapitre et le Bois Nawé. Du 21 au 23 juin le
régiment subit 5 attaques sous un bombardement quasi continuel. Lors de la
relève le soldat G. Branchien raconte : « La relève. Il
étais temps. Dans ce régiment d’élite où, il y a quinze jours, on trouvait dix
volontaires pour un, le cran commençait à manquer. En sortant des casernes de
Bevaux*, nous croisons un régiment qui monte en ligne. Ses hommes nous regardent
avec des yeux effrayés, ils nous demandent : Quelle compagnie du 405ème
êtes vous ? Nous sommes le régiment ! » *Les casernes de Bevaux sont situées dans les faubourgs de
Verdun.
Le lieutenant Guéneau
de la 20ème compagnie du 2ème Génie raconte : « La
relève, la relève ! Oh ! Comme il fait bon vivre ! Les fantassins
que nous croisons et qui quittent leurs tranchées sont affreux à voir avec leur
carapace de boue. Comme la gloire est fangeuse ! L’un d’eux, d’un faux
bond, s’étale, chargé, dans un fossé plein de boue gluante où il disparaît
presque ; il se relève, riant, gesticulant, pas plus sale qu’avant
d’ailleurs. Il s’en fout, c’est la relève ! »
Un anonyme, à propos du poste de secours
d’Esnes : « De grandes plaques rouges
marquent les places où les brancards ont été posés avant d’être descendus dans
les caves. Le long des murs, les brancards montés sont en permanence, prêts à
servir. Les toiles sont noires de sang, coagulé et les hommes qui rôdent dans la
cour, affamés, les yeux fous, la barbe longue, ont un air de condamnés à mort. A
gauche, sous le hangar, c’est pire encore. Des blessés sont morts en route ou
pendant qu’on faisait leur pansement. Alors, on les a mis de côté pour
passer aux suivants… Et ils sont là, dans cette sorte de grange, pêle-mêle,
éventrés, déchiquetés, horribles, dans des faces au rictus effrayant, dans des
positions étranges et raidies, des gestes figés de colère ou de douleur, des
expressions de désespoir qui font mal. Voici une toile de tente qui contient les
restes d’un capitaine. Il y a là trois côtes et la moitié de la figure, le tout
enveloppé dans une capote. Un paquet semblable est à côté, ficelé avec une
étiquette dessus. L’entassement de ces morts, terreux, sanglants, horrifiés,
donne le cauchemar. Pour comble, pendants les nuits, les rats viennent leur
manger la face et leur manger les yeux et ce sont des figures squelettiques qui
vous regardent avec leurs orbites vides. Jamais je n’ai rien vu de si
atroce. Les enterrer ?... Ils sont trop, on n’a pas le temps, et puis,
c’est trop dangereux, et il faut vivre au milieu d’eux, manger au milieu d’eux,
dormir auprès d’eux. »
| |