Les batailles célèbres de l'histoire
 
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Le siège de Namur
24 mai au 30 juin 1692
 

Vue générale de la citadelle de Namur, au confluent de la Sambre et de la Meuse

 
La guerre de siège
 
 
Au XVIIème siècle, les opérations militaires firent la part belle aux sièges.
Contrairement aux batailles rangées, coûteuses et incertaines, les sièges constituaient des opérations limitées, réalisables en une seule saison.  De fait, un siège durait rarement plus de trois mois, la place ayant généralement été prise, ou secourue, dans ce délai.  Souvent aussi, la garnison cédait la place mais évitait la capitivité; elle sortait avec les honneurs pour aller rejoindre son armée principale.
Il est aussi important de souligner que l'assiégé obligeait l'assaillant à engager des forces très supérieures en nombre (parfois de l'ordre de 10 contre 1), ce qui pouvait avoir de lourdes conséquences sur d'autres fronts, surtout dans le cas d'une guerre de coalition.
 
Ainsi, lors de la guerre de la Ligue d'Augsbourg (résultat de l'opposition entre les Bourbons et les Habsbourgs pour le contrôle de l'Espagne) qui opposa de 1688 à 1697, d'une part la France, le Danemark et l'Empire ottoman, et d'autre part l'Angleterre, l'empereur d'Allemagne, l’Espagne, les Provinces-Unies, la Savoie et la Suède, les sièges furent plus nombreux que les batailles rangées.
 
Dès 1690, la France de Louis XIV prit progressivement l'avantage dans les Pays-Bas espagnols (actuelle Belgique) malgré l'engagement de renforts importants de la part des Espagnols et des Anglais.
Après la chute de Mons et de Charleroi, Namur, place forte située au confluent de la Sambre et de la Meuse, devint l'objectif majeur des Français.
 
Guillaume d'Orange, responsable de la défense des Pays-Bas espagnols, renforça les défenses déjà existantes de la citadelle en faisant édifier par l'ingénieur Coehorn le fort d'Orange, à l'extrémité ouest de la place forte.
D'apparence redoutable et pourvue d'une forte garnison, la place était toutefois affaiblie par un commandement disparate.  Ainsi, le prince de Barbençon, commandant de la place de Namur, n'avait pas autorité sur une partie des troupes se trouvant dans l'enceinte de la ville.
 
Importante en apparence, la garnison manquait également de cohésion.  Les 8.500 défenseurs comptaient ainsi dans leurs rangs des Hollandais, des Brandebourgeois, des Holsteiniens, des Espagnols, des Wallons...
 
Ce fut justement vers cette place mal préparée que Louis XIV marcha dès le 23 mai 1692.
 
 
 
La prise de la ville
 
 
Le 24 mai, les Français apparurent devant Namur et entreprirent de l'encercler par le Nord.
Ce mouvement s'avéra de fait inutile car le gros des forces de Guillaume d'Orange était beaucoup plus loin au nord.  Orange savait la flotte française dans la Manche, prête à lancer un éventuel débarquement.  Cette menace fut balayée à la suite de la défaite navale française de La Hougue, le 29 mai 1692, mais, pour Orange, il était dès lors trop tard que pour pouvoir espérer secourir Namur.
 
Profitant du cours de la Meuse, les Français purent déplacer aisément troupes et pièces d'artillerie.
Le 26 mai, Namur se retrouva totalement cernée par des Français qui s'installèrent entre deux lignes de tranchées : la contrevallation qui faisait face à la place assiégée, et la circonvallation qui était destinée à retenir une éventuelle armée de secours (Ce dispositif fut employé très efficacement par Jules César à Alésia).
 
Vauban choisit la porte Saint-Nicolas comme lieu d'attaque.  Ce secteur, qui bordait la Meuse et se trouvait éloigné des canons du fort d'Orange, constituait un des points faibles de la place.
Les Français installèrent une puissante artillerie sur les hauteurs voisines et entreprirent des travaux d'approche en creusant des tranchées en zigzag à partir de leurs propres bastions.  Rapidement, les ouvrages avancés de la place forte furent capturés.
 
Le 4 juin 1692, l'artillerie française ouvrit le feu contre le secteur nord-est de la ville.
L'infanterie de Louis XIV s'empara du fossé, forçant la garnison à abandonner la muraille médiévale, partiellement effondrée.
Le 5 juin au matin, afin d'éviter des destructions inutiles, la ville capitula.  Une trêve fut accordée à la garnison afin qu'elle puisse rejoindre la citadelle.
 
 
 
A l'assaut de la citadelle
 
 
Louis XIV ordonna de poursuivre l'offensive contre le fort d'Orange, à partir du confluent de la Sambre et de la Meuse.
Un premier assaut, mal préparé, fut aisément repoussé mais les Français s'approchèrent irrésistiblement du fort le 8 juin.
Entre le 10 et le 12 juin, les canons français tirèrent sans interruption contre la place.
Le 13 juin, à 11 heures, les assaillants s'emparèrent des ouvrages avancés et approchèrent leur artillerie de l'ouvrage principal, y créant de larges brèches.  Bientôt, le fort d'Orange fut encerclé et isolé du reste de la citadelle.
Au soir du 21, l'assaut général fut déclenché mais rapidement les défenseurs décidèrent de se rendre.  Le fort d'Orange tomba ainsi sans que ses positions les plus puissantes n'aient été véritablement défendues. 
La garnison quitta la place le 23 et prit la route de la Flandre.
 

Namur,le fort d'Orange

 
Les derniers défenseurs, au nombre de 3.500, tenaient toujours l'ouvrage de Terra Nova.
Dès le 26 juin, Vauban ordonna de pilonner le bastion.
Retardé par de fortes pluies, l'assaut fut déclenché le 28 à midi.  Les Français s'emparèrent du fossé, creusèrent plusieurs brèches et chassèrent les défenseurs à coups de grenades rudimentaires.  Exténués et assoiffés, de nombreux défenseurs se rendirent malgré les exhortations du prince de Barbençon.
 
Dans la soirée du 29, des grenadiers français pénétrèrent au coeur de l'ouvrage par une brèche mal défendue.
Une partie des défenseurs menaçèrent Barbençon de mutinerie pour le contraindre à la reddition.  En conséquence, le 30 juin à 6h00, la place se rendit.
 

L'ouvrage de Terra Nova surplombant la ville de Namur

 
Réputée imprenable, la place forte de Namur tomba ainsi aux mains de Louis XIV en un peu plus d'un mois.
Tout aussi aisément, et à la grande fureur du Roi Soleil, la place sera reprise par les coalisés en 1695.
Ces prises et reprises n'hâteront pour autant pas la fin de la guerre.