Les batailles célèbres de l'histoire
 
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La bataille de la Monongahela River
9 juillet 1755
 
 
Extension de la guerre de Sept Ans au continent américain
 
 
La bataille du fleuve Monongahela, aussi connue sous le nom de Défaite de Braddock ou d'Expédition Braddock, découla d'une tentative de conquête britannique de la position française connue sous le nom de Fort Duquesne (actuelle Pittsburgh, USA).
Cette bataille se déroula dans le cadre de la guerre de Sept Ans, déclenchée l'année précédente et qui se poursuivra jusqu'en 1763.
 
Commandant en chef des forces britanniques en Amérique du Nord, le général Braddock décida de prendre l'offensive contre le Fort Duquesne à l'aide d'une colonne forte de 2.100 soldats.
Braddock disposa ainsi de deux régiments d'infanterie de ligne (1.350 soldats) et d'environ 750 hommes de provenance diverse, essentiellement des miliciens.
Il put également compter sur plusieurs pièces d'artillerie.
En apparence, l'armée de Braddock consitutait une force redoutable susceptible de venir aisément à bout du Fort Duquesne.
Ne doutant pas de la victoire, Braddock comptait, après la chute de Duquesne, enlever plusieurs autres forts français et ce jusqu'au Fort Niagara.
Pour le seconder, Braddock disposait du futur président US George Washington, qui devint son aide de camp, et du lieutenant John Fraser, qui connaissait particulièrement bien le théâtre d'opérations.
 
Les tentatives effectuées par Braddock pour recruter les Indiens locaux s'avérèrent infructueuses, ils ne furent que 8 indigènes à se présenter.
Une partie des Indiens demeurèrent neutres, comme les Delaware du chef Shingas, alors que les autres prirent plutôt le parti des Français mais en agissant avec une grande prudence.
Assistant à l'affrontement de deux grandes puissances coloniales, les Indiens ne pouvaient se permettre de s'engager dans le camp perdant.
 
 
 
La bataille
 
 
Les Britanniques quittèrent Fort Cumberland (Maryland) le 29 mai 1755 et empruntèrent une difficile piste longue d'environ 175 kilomètres sur laquelle durent s'écouler troupes, artillerie, matériel et vivres.
Braddock reçut une aide importante de la part de Benjamin Franklin, futur grand personnage américain, qui lui fournit les vivres et de nombreux chariots
 
Les troupes progressèrent lentement, tant du fait de la nature boisée du terrain que du manque d'animaux de trait. 
Par ailleurs, Braddock s'acharna à construire une route, dont les vestiges restent visibles aujourd'hui, et qui, dans son esprit, permettrait au ravitaillement de parvenir plus aisément à Fort Duquesne, une fois celui-ci capturé.
Dans de telles conditions, l'avance ne dépassa pas 3 kilomètres par jour...
Afin d'accélérer l'allure, Braddock créa une "colonne volante", forte de 1.300 hommes et placée sous son commandement direct, et un train de ravitaillement, fort de 800 soldats et dirigé par le colonel Dunbar.
Quelques Français et Indiens harcelèrent les Britanniques durant leur progression mais exclusivement au cours d'embuscades mineures.
 
Dans le même temps, la garnison de Fort Duquesne se prépara à l'affrontement.
Cette dernière était forte de 250 Réguliers ou miliciens canadiens mais comptait sur l'appui de 640 Indiens répartis aux abords du fort.  Ces Indiens appartenaient à des tribus très variées mais fidèles de longue date aux Français.
 
Les officiers français, renseignés sur la composition de l'armée britannique par leurs éclaireurs indiens, constatèrent que leur position ne pourrait soutenir les coups de l'artillerie de Braddock.  Aussi, décidèrent-ils de frapper les premiers en tentant une embuscade au niveau de la Monongahela. 
Les Indiens se montrèrent hésitants à attaquer une force britannique si considérable mais le commandant français, Liénard de Beaujeu, adopta leurs peintures de guerre et parvint à les convaincre.
 
Le 8 juillet 1755, Braddock s'approcha de Fort Duquesne.
Les Indiens lui envoyèrent une délégation qui demanda un retrait britannique.  En échange, les Indiens promettaient d'intervenir auprès des Français afin de parvenir à une évacuation pacifique de leurs troupes de Fort Duquesne.
Washington et Fraser se montrèrent séduits mais Braddock refusa toute négociation.
 
Le 9 juillet 1755, les troupes de Braddock franchirent la Monongahela sans opposition, non loin de son embrachement avec le Turtle Creek, à 12 kilomètres à peine de Fort Duquesne.
L'avant-garde britannique, forte de 300 grenadiers et coloniaux dirigés par le lieutenant-colonel Gage, heurta une groupe de Français et d'Indiens qui, à découvert, rendirent impossible toute tentative d'embuscade.
Le commandant français, Beaujeu, fut tué par la première salve anglaise.  Une centaine de Français prirent la fuite vers Fort Duquesne et des groupes d'Indiens renonçèrent à l'affrontement après avoir entendu les tirs des deux canons avancés britanniques.
 
Mais, dans l'ensemble, le gros des troupes françaises et les Indiens se rallièrent sous l'autorité du successeur de Beaujeu, Dumas.
 
Bien que disposant de 2.100 soldats, Braddock ne put en engager que 1.400 (en gros sa "colonne volante").
Du côté franco-indien, les effectifs qui participèrent à l'affrontement ne furent jamais clairement établis, les chiffres fluctuant entre 300 et 900 combattants.
 
Après un échange de plusieurs salves, l'avant-garde de Gage se replia le long de la piste étroite et bloqua la progression du gros des forces de Braddock qui avaient pressé le pas lors des premiers tirs.
Le désordre gagna les rangs britanniques lorsque les Indiens progressèrent sur leurs flancs, à travers bois.
Soumis aux tirs indiens provenant des couverts, les Britanniques durent également affronter les réguliers français qui progressèrent sur la piste et repoussèrent les forces de Braddock.
Braddock ordonna à ses troupes de prendre les formations classiques dans l'espace confiné de la piste, offrant ainsi de splendides cibles aux ennemis dissimulés.
L'artillerie britannique fut mise en oeuvre mais uniquement dans l'espace de la piste, ce qui la rendit pour le moins inefficace.
Seuls les miliciens accompagnant les Britanniques adoptèrent le style de combat indien, en pénétrant dans les bois en ordre dispersé.  Malheureusement, en proie à la confusion, les Anglais tirèrent contre leurs propres miliciens, les prenant pour des ennemis. 
 
Après environ deux heures d'affrontement, Braddock fut tué, ce qui accentua la débandade des Britanniques.
George Washington parvint à maintenir un semblant de cohésion à l'arrière-garde.
Les survivants des forces anglaises et des troupes coloniales américaines refluèrent en hâte par le chemin qu'ils avaient empruntés à l'aller.
 
Ayant engagé quelques 1.300 hommes, Braddock en perdit près de 900, dont 456 tués et 422 blessés.
Spécialement visés du fait de leurs uniformes chamarés, les officiers britanniques, engagés au nombre de 86, déplorèrent 63 pertes, dont 26 tués et 37 blessés.
Sur les 50 femmes accompagnant les Britanniques comme cantinières, 4 survécurent. 
Ce fut l'une des pires défaites de l'histoire militaire britannique.
 
Les Français predirent 8 tués et 4 blessés; leurs alliés indiens 15 tués et 12 blessés. 
 
Le colonel britannique Dunbar, en charge de la colonne de ravitaillement, prit le commandement des survivants et ordonna la destruction de son artillerie, de ses 150 chariots et de l'approvisionnement, avant d'ordonner la retraite générale même si, à ce stade, ses forces, défaites et démoralisées, demeuraient encore supérieures en nombre à celles de l'adversaire.
 
De son côté, Dumas, estima la défaite britannique conséquente et il se refusa à engager une poursuite hasardeuse.
 
 
 
Bilan
 
 
La défaite de Braddock provoqua une retraite des Britanniques jusqu'à Philadelphie.
Toutefois, les affrontements demeurèrent courants dans la région.  Les Indiens qui étaient restés neutres s'en trouvèrent progressivement en position intenable.  De leurs côté, les colons anglophones, privés de la protection des militaires, organisèrent des milices propres afin d'assurer leur défense.
La situation dans la région demeura donc incertaine jusqu'à l'évacuation définitive de Fort Duquesne par les Français, en 1758, à l'approche d'une nouvelle colonne britannique. 
 
Washington, qui se distingua lors de la bataille par son calme et sa bravoure, devint un véritable héros local.
 
Depuis les faits, de nombreux historiens n'ont cessé de débattre sur les raisons de la défaite de Braddock, pourtant à la tête d'une armée professionnelle, supérieure en nombre et équipée d'artillerie.
Il semble toutefois établi que la stratégie, très classique et européenne, du général anglais n'était pas adaptée au terrain.  En s'acharnant à placer ses soldats en formations compactes, à découvert, pour tirer par salves, il fit le jeu de ses adversaires, quant à eux adeptes d'une tactique "indienne" prônant l'ordre dispersé, la recherche des couverts et le tir individuel.
 
Aujourd'hui, le Braddock's Field n'est plus visible du fait de l'extension de la périphérie de Pittsburg.  La région est couverte par l'actuelle ville de... Braddock (!) et le site principal de la bataille est occupé par une usine métallurgique.