Les batailles célèbres de l'histoire
 
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La bataille de Lugdunum
19 février 197
 
 
Rivalités dans le cadre de la succession impériale
 
 
En choisissant pour successeur son fils Commode, le brillant empereur romain Marc-Aurèle porta un rude coup à l'empire.
Commode (180-192) se révéla pire que Caligula, Néron et Domitien par sa tyrannie mégalomaniaque.  Il négligea totalement le gouvernement, passant ses jours en débauches et en combats dans l'arène, car se prenant pour Hercule.
 
Commode fut assassiné le 31 décembre 192.
Son successeur, Pertinax, ne régna que trois mois avant de connaître un sort similaire.
L'empereur suivant, Didius Julianus, acheta l'armée pour s'installer sur le trône inpérial.  Il n'y resta que quelques semaines avant d'être capturé et exécuté par Septime Sévère (193-211), un général qui avait abandonné son poste sur le Danube pour marcher sur Rome après avoir été sacré empereur par ses troupes.
 
Eliminant rapidement un autre prétendant en Orient, Pescennius Niger, Septime Sévère se heurta à un autre candidat au trône, en Occident cette fois, Clodius Albinus.
Ce dernier n'était pas un inconnu pour Septime Sévère qui, avant d'aller à Rome, avait fait alliance avec Clodius Albinus, commandant des légions de Bretagne, et lui avait promis le titre de César.  Mais, après avoir éliminé Didius et Pescennius Niger, Sévère attribua à son fils le titre de César.  Cette nomination entraîna la rupture avec Albinus qui fut déclaré ennemi public par le Sénat.
 
De son côté, également proclamé empereur par ses troupes,  Clodius Albinus marcha sur la Gaule avec des effectifs sujets à caution, mais probablement de l'ordre de trois légions complètées de troupes auxiliaires.
Parvenu à Lugdunum (Lyon), il installa son quartier général dans cette ville, incorporant la garnison urbaine et y étant rejoint par Lucius Novius Rufus, le gouverneur de Tarraconaise et par la VIIe légion Gemina.
 
L’année 196 fut marquée par des escarmouches dans différents secteurs.  Albinus prit l'offensive en Germanie et y vainquit les troupes dirigées par Virius Lupus mais échoua à les convaincre à changer de camp.
Albinus envisagea ensuite d'envahir l'Italie, mais Sévère para sa manoeuvre en renforçant les garnisons protégeant les cols alpins.
Durant l'hiver 196-197, Sévère marcha vers la Gaule à la tête d'effectifs indéterminés mais vraisemblablement équivalents à ceux de son adversaire.  Les deux armées s'affrontèrent à Tinurtium (Tournus, Bourgogne), où Sévère bien que vainqueur ne put obtenir de victoire décisive.
 
 
 
La bataille
 
 
Vaincue, l'armée d'Albinus fit retraite vers Lugdunum, poursuivie par celle de Sévère.
 
La bataille décisive fut livrée le 19 février 197 et s'avéra longtemps incertaine. 
 
L’aile gauche d’Albinus plia sous le choc des troupes de Sévère et se replia vers son camp.
Mais, en contrepartie, l'aile adroite d'Albinus fit mine de se replier et attira les sévériens dans un secteur piégé de tranchées dissimulées où ces derniers furent massacrés.  Sévère intervint avec ses troupes d'élite mais fut jeté à bas de cheval, atteint par un projectile de fronde.  Selon les chroniqueurs d'époque, se relevant, il déchira son manteau impérial, tira son épée et se jetant parmi les fuyards parvint à les arrêter et à les ramener au combat. 
Plus vraisemblablement, l’armée d’Albinus étant en train de l'emporter dans le secteur commandé par Septime Sévère, il abandonna son manteau impérial pour n’être pas reconnu.
 
Le cours de la bataille fut finalement renversé par l’intervention de la cavalerie de Sévère qui contre-attaqua de flanc les troupes d’Albinus.
Ces dernières, se croyant déjà victorieuses, avaient abandonné leur ordre de bataille et furent mises en déroute après une brève résistance.  Les troupes de Sévère les massacrèrent dans le cul-de-sac que constitue le confluent de la Saône et du Rhône.
 
Le bilan de la bataille de Lyon reste inconnu.  Les auteurs d'époque citèrent de lourdes pertes de part et d’autre; Tertullien, écrivain contemporain des faits, se fit l’écho du massacre, en datant un de ses écrits du temps où « le Rhône n’avait pas eu le temps de laver ses rives ensanglantées ».
Le sort d'Albinus fut lui même sujet à caution.  Selon différents auteurs de l'époque, il fut tué sur le champ de bataille, se suicida, fut décapité après sa capture, massacré par ses propres troupes, piétiné par le chaval de Sévère qui l’aurait ensuite fait déchiqueter par des chiens...  Tous les auteurs, toutefois, s’accordèrent sur le fait que la tête d’Albinus fut envoyée à Rome et exposée en guise d'avertissement.
 
La ville de Lugdunum fut quant à elle livrée au pillage par les vainqueurs et incendiée.
 
A une époque récente, les archéologues, sur base des vestiges découverts, situèrent la bataille dans le voisinage de la place Sathonay, au pied de la colline de la Croix-Rousse et en bordure de la Saône.
 

L'arc élevé à Rome en l'honneur des victoires de Septime Sévère

 
La victoire de Lugdunum consacra Septime Sévère comme empereur. La répression frappa la Gaule et Rome où les sénateurs ayant soutenus Albinus furent trahis par les lettres saisies dans les archives du vaincu.
 
La XIIIe cohorte urbaine, affectée à la garnison de Lugdunum et dispersée au cours de la bataille livrée aux côtés d'Albinus ne fut jamais reconstituée.  Sévère remplaça cette garnison par des détachements prélevées sur le Rhin, récompensant la fidélité des troupes locales par des affectations de tout repos.
Surtout, à la suite de cette révolte, les forces romaines en Bretagne (Angleterre) furent affaiblies.  Des soulèvements et les incursions barbares des Pictes (Ecossais) provoquèrent le retrait des romains du Mur d'Antonin vers le Mur d'Hadrien plus au sud.  Ce fut justement en réprimant un soulèvement briton que Sévère fut tué à proximité de la ville actuelle d'York le 4 février 211.