Les batailles célèbres de l'histoire
 
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La bataille de la Falaise Rouge
Hiver 208
 
 
La Chine des Trois Royaumes
 
 
Au début du troisième siècle, la dynastie des Han, régnant sur la Chine depuis 4 siècles, était en pleine période de troubles.  En place depuis 189, l'empereur Xian perdit toute autorité et abandonna le contrôle de vastes régions au profit de multiples seigneurs de guerre.  Parmi ces derniers, Cao Cao imposa son autorité, dès 207, sur tout le nord de la Chine.  Il ne manqua pas non plus d'assurer sa frontière nord en menant campagne contre les nomades Wuhuan durant l'hiver 207.
Fort de ses succès, Cao Cao fut nommé, en 208, chancelier impérial Han, devenant ainsi le personnage le plus puissant de Chine après l'empereur (au pouvoir désormais très théorique).  A l'automne 208, Cao Cao lança ses forces vers le sud afin de réunifier l'empire Han à son profit.  Un obstacle se dressa alors sur la route du brillant général, le fleuve Yangtze, clé de l'invasion des territoires méridionaux.  Cao Cao décida de porter son premier coup contre la base navale de Jiangling, arsenal dont la possession lui assurerait le contrôle des eaux.
 
Deux seigneurs de guerre rivaux contrôlaient les rives du Yangtze, Liu Biao à l'ouest et Sun Quan à l'est.
Un troisième seigneur, Liu Bei, avait trouvé refuge chez Liu Biao, ayant fui le nord après l'échec d'un complot contre Cao Cao.
Les premières manoeuvres de Cao Cao furent couronnées de succès, ses adversaires se montrant pour le moins divisés.
Liu Biao décéda quelques semaines plus tard et son jeune fils, Liu Cong, capitula rapidement.  Cao Cao s'empara ainsi d'une flotte majeure et de la base navale de Jiangling.
 
Liu Bei prit la fuite vers le sud, accompagné des débris des forces vaincues.  Ces dernières furent rejointes et écrasées lors de la bataille de Changban (près de l'actuelle ville de Dangyang en Hubei).  Cependant, Liu Bei parvint encore une fois à fuir et rejoignit Xiakou, où il rencontra l'émissaire de Sun Quan.  Dans le même temps, il envoya Zhuge Liang, son principal conseiller, à Chaisang pour négocier la formation d'une alliance contre Cao Cao avec l'état de Wu.
 
De son côté, Cao Cao envoya à Sun Quan une lettre dans laquelle il se vantait d'être à la tête d'une force de 800.000 hommes et exigeait une capitulation immédiate.  De nombreux conseillers de Sun Quan prônèrent la reddition mais ce dernier fut sensible aux arguments de Liu Bei et du commandant en chef de Wu, Zhou Yu.  Sun Quan accepta dès lors l'alliance contre les armées du nord.
 
Même si Cao Cao affirma disposer de 800.000 hommes, ses effectifs réels semblèrent se chiffrer à environ 220.000 hommes, dont 70.000 soldats fraîchement incorporés et de valeur incertaine.
L'alliance du sud engagea environ 50.000 combattants.
 
 
 
La bataille
 
 
Les forces alliées de Sun et Liu naviguèrent jusqu'à la Falaise Rouge, dont la localisation est aujourd'hui controversée, et y heurtèrent l'avant-garde de cavaliers de Cao Cao.  Au cours de l'escarmouche qui suivit, les forces de Cao Cao, minées par les maladies et épuisées par les marches forcées effectuées depuis le début de la campagne, furent contraintes au repli. 
Cao Cao retraita au nord du Yangtze tandis que les alliés se positionnèrent sur la rive sud.
 
Le deuxième acte, nettement plus décisif, se joua sur les flots.
Afin de réduire le mal de mer ressenti par ses hommes, Cao Cao fit amarrer ensemble ses navires, de la proue à la poupe.
Y voyant une occasion de victoire, les alliés transmirent à Cao Cao une lettre feignant la capitulation et convertirent plusieurs vaisseaux en navires incendiaires en les remplissant de roseaux secs et d'huile.
Cao Cao ne se méfia pas lorsqu'approcha la flottille de capitulation.  Rapidement, les marins enflammèrent les navires incendiaires avant de fuir grâce à des embarcations légères.  Les navires en feu, portés par le vent du sud, se jetèrent contre la flotte de Cao Cao et l'incendièrent.  Un grand nombre d'hommes et de chevaux périrent brûlés vifs ou noyés.
Les flammes provenant des bateaux de Cao Cao faisant rougir la falaise, on appela Chi bi (« falaise rouge »), le lieu de la victoire.
 
Après la bataille navale, estimant la situation sans espoir, Cao Cao ordonna la retraite et détruisit le reste de sa flotte.
Son armée battit en retraite sur la route de Huarong , au travers des marais situés au nord du Lac Dongting.  Les fortes pluies rendirent la route si traitresse que de nombreux soldats se noyèrent dans la boue.
Les alliés, dirigés par Liu Bei, entamèrent la poursuite de l'armée vaincue et ce jusqu'à Nan.  Les forces restantes de Cao Cao en furent décimées.
La contre-attaque alliée faillit annihiler Cao Cao et ses forces mais la traversée du Yangtze sema le chaos parmi les poursuivants.  Par ailleurs, la vaillance de l'arrière-garde de Cao Cao empêcha un tel dénouement. 
 
 
 
Les conséquences
 
 
Les frontières du territoire sous le contrôle de Cao Cao reculèrent d'environ 160 kilomètres. 
Cao Cao n'eut plus jamais d'occasion de détruire ses rivaux du sud.  La bataille de la Falaise rouge confirma la séparation du sud et du nord de la Chine à hauteur de la vallée du fleuve Jaune. 
 
La bataille de la Falaise rouge est un exemple majeur de victoire en dépit d'un rapport de force disproportionné.   20 à 50.000 hommes environ s'imposèrent contre une armée estimée entre 150 et 250.000 hommes.
Une combinaison d'erreurs de la part de Cao Cao aboutit à la victoire des Alliés.  Ainsi, ces derniers observèrent que les soldats de Cao Cao étaient composés essentiellement de soldats de cavalerie et d'infanterie, et que peu avaient une expérience dans la guerre navale.  Malgré le talent stratégique dont avait fait preuve Cao Cao lors des batailles terrestres précédentes, dans ce cas, il estima que la supériorité numérique suffirait simplement pour s'imposer face à la marine alliée.  La première erreur tactique de Cao Cao fut la conversion massive de son armée d'infanterie et de cavalerie dans un corps de marine et ce avec seulement quelques jours d'exercices avant la bataille.  Le manque de préparation et des erreurs grossières commises par Cao Cao au cours de cette campagne furent sans doute la conséquence de la mort récente de son stratège et conseiller Guo Jia.  Cao Cao lui-même estima :  "Si Guo Jia avait été avec nous, je n'aurais jamais eu de tels problèmes".
 
Quelques années plus tard, le royaume du Shu ne disposa plus de dirigeant valable.  Le royaume du Wu ne trouva aucun successeur convenable à Sun Quan.  Les successeurs de Cao Cao qui régnaient sur le royaume Wei furent destitués par les Sima, d'anciens militaires au service de Cao Cao..
L’armée de Wei (Nord) s'empara du royaume Shu  aux environs de l'an 265.  La période des Trois Royaumes prit fin cette même année avec la fondation de la dynastie Jin par Sima Yan.
Les Wu furent conquis en 280.