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La bataille des
Dunes
14 juin 1658
Les suites de la
Fronde
Durant la minorité du jeune Louis XIV, entre
1648 et 1653, deux révoltes éclatèrent contre le gouvernement du Premier
ministre Mazarin et de la régente Anne d'Autriche.
La première, soutenue par le parlement parisien, visait à
limiter le pouvoir du détesté Mazarin et elle reçut un large appui
populaire.
Dans le même temps se déroulait la guerre de Trente Ans.
Le conflit, dont les affrontements majeurs se passaient en Allemagne, opposait
puissances catholiques et protestantes.
Par intérêt purement politique, la France s'y engagea aux côtés
des protestants.
Le conflit prit fin en 1648, ce qui permit à l'armée française,
dirigée par le prince de Condé, de reprendre en main la situation à Paris.
Peu après cependant, Mazarin et Anne d'Autriche firent arrêter
Condé, déclenchant une seconde Fronde, celle des princes. Ce second
soulèvement fut maté mais Condé, libéré, se mit au service de l'Espagne, alors
en guerre avec la France depuis 1635.
Rapidement, il devint évident qu'un affrontement majeur était
inévitable entre les deux nations.
L'inconnue résida dans l'attitude de l'Anglais Olivier
Cromwell. Vainqueur des guerres civiles anglaises (1642-1651), ce dernier
disposait alors de la New Model Army, peu nombreuse mais considérée comme la
meilleure d'Europe.
Courtisé par la France et l'Espagne, Cromwell choisit la
première pour de multiples raisons. Parmi celles-ci, citons la haine de la
majorité des Anglais à l'égard de l'Espagne depuis l'époque de l'Invincible Armada et la perspective d'obtenir de
grandes richesses en pillant le Nouveau Monde ibérique.
En 1654, Cromwell envoya des troupes occuper Saint-Domingue,
dans les Antilles. Formée à la hâte et frappée par les
maladies, l'expédition anglaise fut un échec même si elle permit la conquête de
la Jamaïque.
En riposte, l'Espagne offrit son soutien à l'opposant de
Cromwell, Charles Stuart, futur roi d'Angleterre.
Cromwell conclut dès lors, en mars 1657, une alliance offensive
et défensive avec la France et promit l'engagement de 6.000 fantassins anglais
en Flandre, possession espagnole, ainsi que l'envoi d'une flotte devant les
côtes flamandes.
Il fut décidé qu'une armée franco-anglaise assiègerait
Dunkerque, Mardijk et Gravelines, les deux premières devant
revenir aux Anglais après leur chute.
Mardijk tomba effectivement mais Turenne, commandant de la force
franco-anglaise, préfèra reporter le siège de Dunkerque à 1658, Cromwell ayant
prévu de lui envoyer 1.000 soldats supplémentaires.
La
bataille
Le siège de Dunkerque débuta le 27 mai
1658.
En réaction, don Juan José d'Autriche, commandant l'armée
espagnole de Flandre cantonnée à Bruxelles, se mit en mouvement pour porter
secours à la ville. Condé lui conseilla d'enmener son artillerie, les
pièces étant difficiles à manoeuvrer rapidement en terrain boueux, mais le
commandant espagnol ne tint pas compte du conseil, commettant là une première
erreur.
Les deux armées présentaient une structure de commandement très
différente.
Dans le camp français, Turenne était un stratège de grande
valeur.
Du côté espagnol en revanche, don Juan José était peu
compétent. La situation fut aggravée par l'aspect hétéroclite du
commandement ibérique : aux côtés de Juan José, on trouvait Condé, le
marquis de Caracena et le frère de Charles Stuart, Jacques duc d'York...
Les deux armées alignèrent des effectifs apparemment similaires,
soit environ 14.000 hommes.
Turenne aligna 8.000 fantassins, 6.000 cavaliers et 10
canons.
Don Juan José n'aligna aucune pièce d'artillerie, seulement
6.000 fantassins et 8.000 cavaliers. Même si la cavalerie était à l'époque
l'arme décisive, son avantage fut annulé par le terrain de Dunkerque car les
dunes constituèrent des obstacles fatiguants pour les chevaux montés d'un
cavalier en armure.
Le 14 juin 1658, Turenne prit position sur les plages de
Dunkerque, à 5 kilomètres à l'est de la ville assiégée.
Jacques d'York et Condé intervinrent auprès de Juan José afin de
réclamer une attaque immédiate mais l'Espagnol tergiversa. Lorsqu'il se
décida enfin à mettre ses troupes en ordre de bataille, les Espagnols,
méticuleux mais lents, agirent avec confusion.
Don Juan José plaça son armée entre la plage et le canal de
Furnes à Bruges, plaçant toute son infanterie en avant. A la droite du
dispositif espagnol, une haute dune fut garnie de quatre régiments d'infanterie
d'élite. Sur la gauche du dispositif, on trouvait 2.000 fantassins anglais
royalistes de Charles Stuart et, plus loin encore, les bataillons allemands et
wallons de Caracena. La cavalerie fut placée en arrière. Condé reçut
le commandement de la cavalerie du flanc gauche mais ce dernier dut se
positionner sur un terrain tellement étroit, en bordure du canal, qu'il dut se
former sur 6 rangs.
Turenne forma une première ligne de 11 escadrons de cavalerie et
de 11 bataillons d'infanterie (dont 4 anglais), l'infanterie occupant le centre
et la cavalerie les deux ailes. Une seconde ligne, quoique moins fournie,
fut établie à l'identique. A sa droite, Turenne, disposa 5 canons afin de
contrer les charges de la cavalerie ennemie. Les autres pièces furent
placées sur l'aile gauche, en appui des Anglais.
Commandant incompétent, Juan José ne tint pas compte de la marée
descendante qui, bientôt, ouvrit largement son flanc droit.
En positionnant ses meilleures troupes sur la dune située à sa
droite, il ne tint pas davantage compte de la présence de trois frégates
anglaises, détachées du siège de Dunkerque, qui ne manquèrent pas de prendre
sous leurs feux l'ensemble du flanc droit espagnol.
Turenne déclencha l'attaque vers huit heures.
L'infanterie anglaise de Cromwell, dirigée par Morgan et
Lockhart, attaqua la dune fortifiée. Beaucoup d'assaillants tombèrent sous
le feu des mousquetaires espagnols mais les piquiers anglais poursuivirent leur
progression. Les Espagnols de don Gaspar Boniface finirent par prendre la
fuite.
Sentant poindre le désastre, le duc d'York chargea l'infanterie
de Cromwell mais il fut contraint au repli.
Soutenu par le tir des frégates anglaises, Turenne engagea la
cavalerie française de son flanc gauche le long de la plage laissée à découvert
par la marée et prit les Espagnols de flanc.
Prise de panique, l'aile droite de Juan José craqua.
Au centre, l'infanterie française repoussa progressivement les
contingents adverses également pris à partie par l'artillerie de Turenne.
Sur la gauche espagnole, Condé chargea trois fois, espérant
éviter la déroute complète mais ses succès ne furent que provisoires et ses
cavaliers furent finalement repoussés par les tirs français.
Sans illusion, Condé accepta la défaite, lui qui, avant même le
déclenchement des affrontements, avait déclaré "Dans une demi-heure, vous
allez nous voir perdre une bataille".
Avec les restes de sa cavalerie, il couvrit la retraite
espagnole vers l'Est.
Isolés, les 300 Anglais royalistes du Régiment de la Garde du
Roi résistèrent seuls, ne finissant par se rendre qu'après avoir constaté que le
reste de l'armée avait fui et sous la condition expresse de ne pas être livrés
aux cromwelliens.
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