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Victoire dans les
Balkans
26 janvier 1915 au 30 septembre
1918
L'expédition de
Salonique
Les origines de l'expédition de Salonique
sont multiples.
Durant l'hiver 1914-1915, certains dirigeants alliés estimèrent
que le front occidental pourrait être soulagé par une progression en Europe
centrale en direction du Danube. En France, l'un des principaux tenants de
cette thèse était le général Franchet d'Espérey.
Le 26 janvier 1915, le Premier ministre grec, Venizelos, avait
proposé d'engager son pays aux côtés de l'Entente.
Dans le même temps, Lloyd George prôna une démonstration de
force au niveau du port grec de Salonique afin de gagner l'appui des Etats
balkaniques.
Rapidement toutefois, les événements de
Gallipoli retinrent l'attention et firent passer Salonique au second
plan.
Après l'échec des débarquements aux Dardanelles, Paris persista
dans son idée d'un débarquement à Salonique. Le 11 septembre 1915, les
Britanniques acceptèrent d'appuyer l'opération en y engageant une
division.
Les choses toutefois se gâtèrent rapidement en raison
d'interprétations différentes des engagements pris en 1829, lors de
l'indépendance de la Grèce. Britanniques, français et Russes soutinrent,
qu'en vertu de l'accord de 1829 les désignant protecteurs du nouvel Etat, ils
avaient le droit d'envoyer des troupes en Grèce. Le roi de Grèce, Constantin,
nia cette possibilité.
Quoi qu'il en soit, les Alliés commirent de sérieuses violations
de la souveraineté grecque. Durant cette période, le Premier ministre
Venizelos fit preuve d'opportunisme, voyant dans le conflit l'occasion pour la
Grèce de s'emparer de territoires aux dépens de la Turquie.
Le 3 octobre 1915, une division anglaise et une division
française arrivèrent à Salonique venant des Dardanelles. Venizelos avait
secrètement approuvé le débarquement même si le gouvernement grec se jugea
obligé d'émettre une protestation contre cette atteinte à sa neutralité.
Dans le courant du mois d'octobre, les Alliés décidèrent de
l'envoi prochain de 5 nouvelles divisions à Salonique mais une crise survint
entre le roi Constantin, germanophile, et Venizelos qui démissionna de son poste
de Premier ministre.
En fin de compte, l'attitude changeante des Grecs, l'entrée en
guerre de la Bulgarie aux côtés des Centraux et de mauvaises conditions
climatiques incitèrent les Alliés à reporter l'envoi de renforts.
Les Britanniques envisagèrent l'abandon de Salonique mais,
fidèles à leur engagement envers la France, ils suivirent à contrecoeur l'avis
de Paris.
Ainsi naquit la grande base de Salonique que les Centraux
désignèrent rapidement comme un camp d'internement construit par les Alliés à
leur propre usage.
Les Bulgares envisagèrent de pénétrer en Grèce et de
rejeter les Alliés à la mer mais Berlin s'y opposa, craignant qu'une telle
action n'amène la Grèce à entrer en guerre aux côtés des Alliés.
Au début de 1916, la base de Salonique fut pratiquement oubliée
par les belligérants. En avril, les Alliés avançèrent lentement jusqu'à la
frontière grecque; l'armée grecque ne s'opposa pas à ces mouvements. En
mai toutefois, forts de l'accord secret d'Athènes, les Bulgares, appuyés par des
contingents allemands, pénétrèrent en Grèce et s'emparèrent de quelques
forts.
Les Alliés exigèrent de la Grèce la constitution d'un nouveau
gouvernement et la démobilisation de ses forces armées. Si la première
demande fut ignorée, la seconde fut acceptée par les Grecs, quoique à
contrecoeur.
La situation n'évolua guère durant les mois suivants si ce n'est
que la pseudo-neutralité du roi Constantin se fit de plus en plus influente : au
début de 1917, il autorisa le mouillage de mines dans l'isthme de Corinthe afin
de gêner les mouvements des vaisseaux alliés.
Le 19 avril 1917, les Alliés décidèrent d'une intervention
musclée.
1.000 Russes, une division française et 500 Britanniques
débarquèrent au Pirée et dans l'isthme de Corinthe, le 11 juin.
Le même jour, un ultimatum fut remis à la Grèce, exigeant
l'abdication du roi, sous la menace d'un bombardement naval d'Athènes.
Constantin céda et abdiqua en faveur de son fils avant de prendre le chemin de
l'exil.
Le 25 juin, rappelé par le nouveau roi Alexandre, Venizelos
retrouva le gouvernement. Le 30 juin 1917, la Grèce déclara la guerre à
l'Allemagne, jetant 200.000 soldats aux côtés de l'Entente.
Les opérations en
Macédoine
Au début de 1917, les opérations dans les
Balkans continuèrent à piétiner.
En proie aux maladies, le corps expéditionnaire de Salonique
perdit 130.000 hommes.
Du côté allié, les divergences se firent plus grandes.
Les Italiens n'envisagèrent de participer à l'opération que pour s'emparer de
l'Albanie. Désintéressés par les Balkans, les Britanniques n'entreprirent
rien, préférant envoyer leurs effectifs vers le Moyen-Orient. La France
fut donc le véritable moteur des opérations.
Peu diplomate et détesté par tous, le général français Sarrail,
responsable de l'ensemble du secteur, fut destitué et remplacé par Guillaumat,
un militaire courtois et humain qui se préoccupa du moral et du bien-être des
troupes, faisant construire des cantonnements salubres, construire des routes et
des ports, assécher les mares afin de lutter contre le paludisme.
Jusqu'en juin 1918, le général Guillaumat reçut l'ordre de se
maintenir sur la défensive. Il s'appliqua donc surtout à consolider
son front et à élever le moral de ses troupes.
L'arrivée de 6 divisions grecques de renfort permit à Guillaumat
d'envisager une offensive mais le général fut alors rappelé en France. Au
moins, laissa-t'il à son successeur, Franchet d'Esperey, une situation saine et
des perspectives prometteuses.
Arrivé à Salonique le 19 juin 1918, Franchet d'Esperey décida
d'une offensive destinée à abattre la Bulgarie.
Le plan fut adressé à Clemenceau le 6 juillet et le feu vert
reçu le 10, après d'âpres discussions avec les Britanniques.
Les Alliés bénéficièrent pour l'occasion de la supériorité
numérique : 667.000 soldats (210.000 Français, 157.000 Grecs, 138.000
Britanniques, 119.000 Serbes, 43.000 Italiens) contre 450.000 soldats bulgares
au moral déficient. Par ailleurs, 200 avions alliés étaient disponibles
contre 80 du côté bulgare.
Déclenchée le 14 septembre 1918, l'offensive bénéficia d'une
préparation d'artillerie de 650 pièces, une première sur ce théâtre
d'opération.
Deux divisions françaises et une serbe montèrent à
l'assaut. Les Bulgares résistèrent avec acharnement mais, après 16 heures
de lutte, ils perdirent les verrous du Sokol, du Dobropoljé, du Kravitz et du
Vetreni. La prise du mont Koziak accentua les difficultés des
défenseurs.
Des renforts (6 divisions françaises, 3 divisions grecques, 1
division italienne) intervinrent dans la bataille le 18 septembre, enfonçant le
front bulgare sur 25 kilomètres. Profitant de la rupture du front, 4
divisions britanniques et 6 divisions grecques prirent Doïran. Lancés en
pointe, les Serbes empêchèrent les Bulgares de se reformer sur la Cerna; le 21
septembre, les Serbes atteignirent le Vardar.
Le 23, Franchet d'Esperey lança une brigade de cavalerie vers
Uskub. Le raid de 700 km réussit totalement : Prilep tomba le 23 et Uskub
le 29. Confrontés à de multiples assauts, les Bulgares se retrouvèrent
rapidement dépourvus de réserves et incapables de réagir.
Le 28 septembre, la Bulgarie demanda l'armistice. Ce
dernier fut signé à Salonique le lendemain.
Le 3 octobre le tsar Ferdinand de Bulgarie abdiqua en faveur de
son fils Boris.
Afin d'arrêter le déferlement allié, Berlin s'efforça de
reconstituer un front au nord du Danube à l'aide de 4 divisions allemandes, de 3
divisions autrichiennes et de débris d'unités rameutées d'autres fronts.
Mais la rapidité de l'avancée alliée empêcha la constitution de
ce front. Le 12 octobre 1918, Français et Grecs prirent
Mitrovitza. Le 16 octobre, les Français entrèrent à Sofia, puis à
Novi-Bazar le 18. Six jours plus tôt, les Serbes avaient atteint Nish et
coupé la voie ferrée Vienne-Constantinople.
La victoire alliée dans les Balkans était dès lors
complète. La Turquie, coupée de ses alliés occidentaux, était condamnée à
court terme et la Turquie d'Europe directement menacée d'invasion.
De même, l'Autriche était désormais menacée d'invasion par la
vallée du Danube...
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