Les batailles célèbres de l'histoire
 
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L'offensive de l'Aisne
27 mai - 12 juin 1918
 
 
Vers une troisième offensive allemande
 
 
En mai 1918, son attaque dans les Flandres n'ayant pas été couronnée de succès, Ludendorff décida de retirer une partie de ses effectifs des secteurs d'Amiens et des ports de la Manche pour les masser dans la région de Montdidier - Noyon.
Dans le même temps, Foch, cédant aux pressions anglaises, envoya des renforts dans les secteurs précédemment menacés, ne tenant pas compte des avis de Pétain relatifs à l'extrême fatigue des troupes françaises et aux effectifs réduits gardant certaines parties du front.
 
Du côté allemand, le front courant de l'Oise à Reims, tenu par les 1ère et 7ème armées, fut fortement renforcé.  42 divisions furent réunies sur un front de 75 kilomètres.
Face au Chemin des Dames, en particulier, ce furent 30 divisions qui furent alignées sur 45 kilomètres, soit 5 soldats allemands par mètre.
Les Allemands disposèrent également de deux batteries de 77 par 100 mètres de front et, pour l'ensemble du secteur, de 180 pièces lourdes.
 
Du côté allié, on comptait 8 divisions françaises et 3 divisions britanniques de première ligne.  En arrière se trouvaient également 5 divisions françaises.
Beaucoup de formations étaient en état précaire, ayant subi de lourdes pertes lors d'engagements précédents, et avaient été placées dans ce secteur "calme" afin d'être reconstituées.
Au total donc, 16 divisions alliées, dont 4 pouvant être considérées comme fraîches, pour faire face à 42 divisions allemandes comprenant des troupes d'élite (Corps alpin, 4 divisions de la Garde, division Brandebourg,...)
 
La première ligne de défense alliée comprenait 4 lignes de tranchées.
Six kilomètres en arrière, se trouvait une position défensive intermédiaire constituée d'une ligne de tranchées parallèle au Chemin des Dames.
Au sud de l'Aisne, enfin, se trouvait une ultime position défensive censée arrêter toute attaque surprise qui aurait percé les premières lignes.
Valablement constituées, les défenses françaises n'en étaient pas moins trop faiblement gardées.  L'essentiel des troupes était massé sur la première position défensive, la position centrale n'étant gardée que par de petites garnisons et quelques mitrailleuses.
Pire encore, la première ligne était défendue de manière irrégulière par des sections entourées de barbelés et se flanquant à des distances souvent importantes.  Dans de telles circonstances, il était flagrant que la prise d'un seul point d'appui causerait une brèche suffisamment large que pour ne pouvoir être comblée.
 
Les signes avant-coureurs d'une forte offensive allemande apparurent début mai.
De nombreuses troupes du Reich furent ramenées de Russie et l'essentiel de l'artillerie allemande, de même que des pièces autrichiennes, furent envoyées vers le secteur de l'Aisne.
Pour maintenir le secret au maximum, les Allemands transportèrent 6 divisions par voie ferrée, 20 autres gagnant le front à l'occasion de marches nocturnes.  Pendant le jour, personne ne circula.
Les itinéraires furent conçus de manière telle que deux régiments d'unités différentes ne purent jamais se croiser; chaque unité resta dans l'ignorance des mouvements d'ensemble.
 
Le 26 mai, le dispositif fut en place face au Chemin des Dames.  10 divisions firent face à la 1ère division française, 6 face à la seconde et 5 face à la troisième. 
 
 
 
L'attaque
 
 
Mis au courant par des déserteurs allemands, le 26 mai à midi, d'une offensive contre le Chemin des Dames pour le lendemain, les Français entreprirent, dans la soirée du 26, de bombarder les positions ennemies grâce à l'artillerie.
 
Le 27 mai, à une heure du matin, l'artillerie allemande déclencha un feu ravageur sur l'ensemble du secteur.  De même, les artilleurs du Reich firent usage d'obus à l'ypérite.
Une partie des défenseurs français de la première ligne furent tués.
A 3h30, les survivants  virent poindre l'infanterie allemande appuyées par des lance-flammes et des mitrailleuses.
La marée assaillante submergea de nombreuses positions.  Progressant derrière un feu roulant, les Allemands s'engouffrèrent dans les espaces existants entre les points d'appui français. 
Vers 8h00 du matin, deux des trois divisions françaises ayant subi le choc initial étaient littéralement détruites.
 
Quatre bataillons défendant les positions de l'Aisne furent envoyés vers le Nord pour soutenir les divisions en difficultés.  Pris dans le mouvement de retraite des unités détruites,  ils échappèrent à tout contrôle et furent repoussés en désordre.  Il ne resta dès lors plus, pour la garde de la seconde position et des ponts de l'Aisne, que 4 bataillons.
 
Vers 10h00, la seconde position fut enlevée tout comme le Chemin des Dames.
Vers 11h00, 12 divisions allemandes attaquèrent la ligne britannique bordant l'Aisne, de Chavonne à Reims, et obtinrent de larges succès.
Vers midi, l'Aisne fut franchie par les Allemands et la dernière ligne de défense submergée.   
Sur un front large de 30 kilomètres, les Allemands creusèrent ainsi une poche de 20 kilomètres.
 
 Le 28, à 1H00, les Allemands franchirent la Vesle.  Débordés, les défenseurs de Fismes se replièrent une heure plus tard.
A midi, toute la ligne de la Vesle fut perdue et les Allemands progressèrent lentement au sud de la rivière.  Grâce à une résistance désespérée, les Français limitèrent ce jour-là la progression adverse à 6 kilomètres.
Foch, selon son habitude, resta d'un calme à toute épreuve et prit des dispositions pour envoyer, aussi rapidement que possible, des réserves dans le secteur menacé. 
 
Au matin du 29, les Allemands abordèrent Soissons et les faubourgs de Reims.  Ils atteignirent également la forêt de Villers Cotterets.
Au soir, les assaillants enlevèrent Soissons et progressèrent vers le Sud, prenant Fère en Tardenois, franchissant l'Ourcq et parvenant à 5 kilomètres de la Marne.
 
Le 30 mai, deux nouvelles divisions allemandes vinrent renforcer les forces progressant vers la Marne au prix de pertes sérieuses.
Sur les flancs, ils ne purent prendre Reims, ni Verneueil, ni Ville en Tardenois.
 
Le 31 mai, Ludendorff s'employa justement à remporter des succès sur ses ailes afin d'élargir l'étroite poche de la Marne.
L'Empereur décida de lancer 6 nouvelles divisions dans la bataille, sans guère de succès toutefois.
 
Le 1er juin, un ordre laconique fut lu aux troupes : « Sur le désir de Sa Majesté l'Empereur et de Son Excellence le maréchal Hindenburg, l'offensive sera continuée... »
Les Allemands, toutefois, renonçèrent à agir sur la Marne.  Selon de nouvelles directives, la rivière servirait de couverture contre une contre-offensive alliée venant du Sud; par contre, on agirait sur les ailes, à l'ouest, contre Compiègne et Villers Cotterets, afin d'y encercler les forces françaises ou de les contraindre à la retraite...
 

Secteur du Chemin des Dames, lieu de la percée allemande du 27 mai 1918

 
Assaut vers Compiègne
 
 
Les combats se poursuivirent avec acharnement le 1er juin.
Malgré l'engagement d'une division américaine et de troupes coloniales, les Alliés durent abandonner Château Thierry à la tombée de la nuit.  Ils parvinrent néanmoins à détruire les ponts avant de décrocher.
Un bataillon allemand ayant réussi à franchir la Marne grâce à un bac fut rejeté sur la rive opposée par une contre-attaque américaine effectuée à la baïonnette.
A l'Est, en dépit d'attaques menées avec des chars, des lance-flammes et des gazs asphyxiants, les Allemands furent contenus devant Reims.
 
Le 2 juin, se croyant en mesure de marcher sur Paris, les Allemands redoublèrent d'efforts mais furent généralement repoussés.  En de rares endroits, ils effectuèrent de menus progrès mais ceux-ci se payèrent par des pertes effroyables.
 
Le 3 juin, le Reich lança trois divisions fraîches dans une nouvelle offensive, soutenue par 4 autres divisions déjà éprouvées, entre l'Aisne et l'Ourcq.
Vers 3H00 du matin, les lignes françaises furent soumises à un puissant bombardement d'artillerie.
A 4H00, l'infanterie germanique se rua en masse, submergeant les premières lignes dans le secteur de Troesnes.  A la suite de violents corps-à-corps, les Allemands furent toutefois contenus en soirée.  En dépit d'une forte supériorité numérique et malgré l'engagement de l'aviation et des obus au gaz, les assaillants n'obtinrent que des gains minimes, une fois encore au prix de pertes énormes.
 
Le Reich ne renonça pas.  Au nord de la forêt de Villers Cotterets, il massa 18 divisions, dont  6 fraîches, sous le commandement du général von Hutier. Par ailleurs, les Allemands renforçèrent fortement leur artillerie dans le secteur.
Avisé des préparatifs allemands, Pétain décida d'inaugurer une nouvelle tactique.  Les premières lignes françaises ayant été, lors des engagements précédents, laminées par l'artillerie adverse et par l'assaut massif de l'infanterie, il décida, pour garder la première ligne, de n'utiliser qu'un minimum de forces, massant les troupes sur une deuxième position.
 
Le 9 juin à minuit, sur un front de 40 kilomètres s'étendant de Montdidier à Noyon, l'artillerie allemande déclencha le barrage coutumier.
A 4H30, les fantassins du Reich partirent à l'attaque avec Compiègne pour objectif.
A midi, à la suite de 14 charges infructueuses, les Allemands n'avaient connu que des succès réduits, s'écrasant sur la seconde ligne française et étant mis en pièces devant Rubescout et le Frétoy.
Au centre toutefois, ayant massé 6 divisions sur un front de 8 kilomètres, Hutier parvint à percer la seconde ligne, créant une poche de 9 kilomètres et capturant le plateau de Lataule, observatoire idéal.
 
Le 10 juin, les Allemands lancèrent de nouvelles attaques, approfondissant la poche mais ne parvenant pas à l'élargir. 
En soirée toutefois, exposée, la 10ème armée française recula derrière le Matz et l'Oise.
 
Dans la nuit de 10 au 11 juin, les généraux français Fayolle et Mangin constituèrent une réserve de 5 divisions et de 4 groupes blindés en vue d'une puissante contre-attaque.
 
Le 11 juin, Hutier lança de nouvelles attaques, tentant d'emporter la décision.
A droite, il attaqua Méry et Courcelles, à gauche Ribécourt...  Au centre, il chargea en direction de Matz et de Compiègne.
Vers 11H00, s'acharnant à percer, les Allemands furent attaqués de flanc, sur un front de 11 kilomètres, entre l'Aronde et le village de Rubescourt.  Engageant, sans préparation d'artillerie, fantassins, blindés et avions, les Alliés tombèrent sur deux divisions ennemies et les mirent en déroute. 
Désemparé, Hutier dut engager deux autres divisions pour empêcher la panique et la rupture de son front.
 
Le 12 juin, le Reich fit encore de timides tentatives en direction du Matz et de Ribécourt.  Victime de contre-attaques alliées, Hutier perdit de nombreux canons et un millier de prisonniers.
Vers 15H45, à l'issue d'une violente préparation d'artillerie, von Boehm attaqua au sud de l'Aisne, vers Villers-Cotterets.  Ses progrès furent lents et coûteux en raison de la résistance française. 
 
Le 13 juin à 9H00, les Allemands attaquèrent à nouveau après un barrage d'artillerie.  Ils ne progressèrent que d'une centaine de mètres et subirent de lourdes pertes.
L'offensive contre Compiègne fut dès lors annulée... 
 
 
L'épuisement allemand
 
 
Résolu à cacher l'importance de son échec, le Haut-Commandement allemand fit savoir :
« Au sud ouest de Noyon, les Français ont de nouveau déclenché de fortes contre-attaques de part et d'autre de la grande route de Roye à Estrées-Saint-Denis. Cet assaut s'est également effondré avec de très lourdes pertes : plus de 60 chars d'assaut gisent détruits sur le champ de bataille. Le nombre des prisonniers a été porté à plus de 15000. D'après les constatations faites jusqu'ici, le nombre des canons dépasse 150.
Au cours de notre défense contre les contre-attaques ennemies, quelques-uns de nos canons, qui avaient été mis en position jusque dans les lignes avancées d'infanterie, sont tombés aux mains de l'adversaire... »
 
En réalité, les Allemands avaient échoué à atteindre Compiègne, leur principal objectif.
Ils avaient engagé 38 divisions et toutes les divisions fraîches reçues en renfort, épuisant leurs réserves mais aussi, du fait du creusement de la poche, étendant leur front de 53 kilomètres.
A l'exemple des offensives d'Amiens et d'Ypres, l'attaque du Chemin des Dames prolongée par celle de Compiègne avait repoussé les Français de 50 kilomètres, sur un front large de 80, mais, malgré les pertes terribles, elle n'avait pu mettre un terme aux hostilités.
 
De fait, le plus gros succès allemand fut d'avoir coupé la voie ferrée Paris-Nancy à hauteur de Château-Thierry. 
 
Du côté allié, 170.000 soldats U.S. de renfort furent reçus en juin, ils seront 140.000 de plus en juillet...
 
Du côté allemand, le moral s'effondra.  Si les désertions demeurèrent rares, les maladies se multiplièrent.  Le 20 juin 1918, le commandement de la 14ème division allemande fit savoir : 
« Les officiers se sont fait porter malades en si grand nombre ces jours derniers qu'il est impossible d'attendre que les soldats, qui vivent dans les mêmes conditions qu'eux, ne suivent pas leur exemple. »
 
A Berlin, le ministre von Kuhlmann, prôna de mettre un terme au conflit.
L'Allemagne, pour reconstituer ses divisions détruites, ne put plus compter que sur la classe 1920, sur des prisonniers rentrés de Russie et souvent contaminés par les idées bolchéviques, sur blessés sommairement rétablis, et sur des effectifs retirés de services secondaires (automobiles, télégraphie, bureaux...) ou provenant du Landsturm.
On ramena de l'Est des canons, en fort mauvais état, qui furent confiés à des artilleurs ayant généralement deux mois de service et qui s'avérèrent incapables de les utiliser.
 
Le peuple allemand protesta contre le coût de la vie, les restrictions, les réquisitions diverses...
Le grand État-Major et le gouvernement allemands s'obstinèrent toutefois à ne pas voir ces symptômes évidents de lassitude...