Les batailles célèbres de l'histoire
 
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La bataille de la Lys
9 au 29 avril 1918
 
 
Nouvelle offensive dans les Flandres
 
 
Au lendemain de l'offensive de l'Empereur, la période s'étendant du 31 mars au 9 avril 1918 fut marquée par une période de calme sur le front Ouest.
Les Allemands se virent contraints de réorganiser leurs troupes.
Du côté allié, du fait de l'arrivée lente mais continue de renforts, Foch envisagea une contre-offensive sur la Somme afin de dégager les voies de communication allant de Paris à Amiens.  Les Alliés furent cependant pris de vitesse par les Allemands.
 
Du côté germanique, Ludendorff disposait de plusieurs avantages dont les moindres n'étaient pas une écrasante supériorité de moyens et une position centrale.
Ne pouvant atteindre ni Paris ni Amiens, il se fixa un nouvel objectif : Calais.
 
L'assaut allemand
 
 
A l'aube du 9 avril 1918, l'artillerie allemande ouvrit le feu le long d'un front s'étendant de la Lys au canal de la Bassée.
A la faveur du brouillard et précédées par des nappes de gaz, 9 divisions allemandes attaquèrent sur un front de 15 kilomètres, rééditant ainsi l'attaque du 31 mars précédent.
 
Dans ce secteur, les Alliés s'étaient surtout appuyés sur la nature marécageuse du sol pour établir leurs défenses.  En fait de troupes ne s'y trouvaient que deux divisions portugaises mal équipées et deux divisions britanniques (la 4e et la 55e) très éprouvées sur la Somme.
Dès le premier assaut, les Portugais furent bousculés.  Neuve-Chapelle tomba rapidement, de même que plusieurs villages et hameaux.
Au sud d'Armentières, le passage de la Lys fut forcé.
Le 10 avril, les Allemands franchirent en force la Lys.  Au soir, le nouveau front s'étendait au delà de Messines et le saillant d'Ypres était sérieusement menacé.
Malgré les appels à l'aide des généraux anglais, Foch continua à préparer son offensive sur la Somme.  Selon lui, cette offensive était  le meilleur moyen d'enrayer l'assaut allemand vers Calais.
 
Le 11 avril, les adversaires se livrèrent de terribles combats sur tout le front d'Ypres à La Bassée.  Malgré la bravoure des Anglais, les Allemands progressèrent en plusieurs points.  La dernière parcelle de territoire belge, demeurée inviolée jusque-là, fut gravement menacée.
Dans le secteur de Messines, des assauts rageurs se poursuivirent.
Sentant la résistance faiblir, Ludendorff lança toute ses divisions disponibles dans la bataille.
De son côté, Foch se décida tardivement et sous la pression des événements à envoyer du secours aux Anglais.
 
Le 12 avril, les Allemands, éprouvés par les combats de la veille, furent contenus devant Bailleul.  Deux divisions françaises se portèrent au secours des Britanniques.  Ces derniers reçurent également l'appui des réserves belges.
 
Le 13 avril, les Allemands tentèrent de percer en direction de Bailleul et menacèrent la ligne des monts dont le point dominant, le mont Kemmel, assurait un avantage considérable à celui des deux adversaires qui l'occupait.
Bien que contraints à la retraite, les Anglais ne cédèrent que chèrement le terrain.  Si la lutte se stabilisa devant Bailleul, la progression allemande sur le reste du front suffit à mettre les défenseurs d'Ypres en danger.  Hazebrouck fut prise sous le feu de l'artillerie allemande.
Une rectification du front s'imposa rapidement et le front anglais recula versYpres pour venir se fixer sur les positions de Gheluwelt, Paschendaele, Langemarck. 
Pour les Alliés, deux objectifs majeurs apparurent rapidement : conserver la ligne des monts et protéger la région minière française proche dont la conservation était cruciale pour la continuation de la guerre.
 
 

Le secteur du mont Kemmel

 
La bataille se poursuit
 
 
Le 14 avril, la bataille se poursuivit tout aussi vigoureusement.
Aux assauts allemands, les Anglais répondirent avec leur tenacité habituelle, ne perdant que peu de terrain.
Haig toutefois, voyant fondre ses réserves, envisagea l'abandon de l'entièreté du saillant d'Ypres.
Foch, commandant en chef allié, s'opposa à ce repli et se dit persuadé que l'offensive sur la Lys n'était qu'une puissante diversion, prélude à une offensive massive contre un autre point du front.
 
Le 15 avril, les Allemands prirent Bailleul.  Les Britanniques réclamèrent alors le soutien immédiat de quatre divisions françaises.
 
Le 16 avril, de Wytschaete à Merville, sur un front de 15 kilomètres, l'offensive allemande se poursuivit.  Plusieurs localités, dont Wytschaete, furent perdues, reprises et reperdues par des Britanniques qui ne reculèrent qu'en cas d'absolue nécessité.
Foch estima que l'ennemi s'était enfoncé dans une poche d'une vingtaine de kilomètres de largeur, dominé de partout par les positions britanniques situées en hauteur comme, par exemple, sur le mont Kemmel.  Situées sur un terrain plat, les armées allemandes ne purent guère bouger sans être aussitôt repérées par les observateurs alliés.  Pour le commandant en chef allié, il devint rapidement évident que l'offensive serait contenue en ce point.
 
Le 17 avril, l'ennemi attaqua le mont Kemmel et fut repoussé avec de lourdes pertes.
 
Le 18 avril, Ludendorff ne put enregistrer pour tout succès que le dernier recul volontaire de la ligne britannique, qui s'installa de Gheluwelt à Langemark, à l'est du saillant d'Ypres.
Un assaut allemand, tenté avec deux divisions, échoua malgré des sacrifices énormes
Dans les heures qui suivirent, la bataille perdit en intensité, les assaillants étant épuisés.
 
 
 
Le mont Kemmel
 
 
L'offensive allemande reprit le 25 avril à la jonction des armées britannique et belge.
A cette date, Foch avait toutefois transféré 4 divisions françaises de renfort dans le secteur.
Ces renforts peinèrent cependant à contenir l'attaque furieuse de 9 divisions allemandes qui se ruèrent le 25 avril, à 7 heures du matin, contre le front Wytschaete-Dranoutre avec comme objectif principal le mont Kemmel.
Dès le matin, le mont Kemmel fut entouré et enseveli sous un déluge d'obus toxiques.  Dans la soirée, ayant perdu 5400 hommes, les Alliés abandonnèrent la position.
 
Le 26 avril, maître du mont Kemmel, Arnim infléchit son attaque du nord vers l'ouest, progressant au prix de pertes terribles.
Le Corps alpin bavarois qui, au début de l'attaque, mettait en ligne 140 soldats par compagnie, n'en aligna bientôt plus que 70 ou 80. 
 
Le 27 avril, Locre tomba mais les contre-attaques alliées bloquèrent les Allemands dans leur conquête
 
Le 28 avril, les troupes du Kaiser tentèrent un nouvel assaut dans le secteur de Locre avec comme objectif le mont Rouge.  Les assaillants furent arrêtés, repoussés et même chassés du Scherpenberg qu'ils avaient réussi à gravir.
 
Le 29 avril, un dernier assaut échoua piteusement.
Les Allemands, épuisés, renonçèrent à prendre Ypres.
Cette attaque, menée par 10.000 hommes, fut un échec sanglant pour les Allemands malgré la conquête de la localité de Locre.  Une contre-attaque française repoussa les assaillants qui, démoralisés, ne tentèrent plus de nouvel assaut.
 
L'offensive sur la Lys était terminée.
 
 
 
Bilan
 
 
Si 160 divisions allemandes furent engagées après le 21 mars 1918, elles furent tellement éprouvées qu'il fallut appeler  la moitié de la classe 1919 et une partie de la classe 1920 pour combler les vides.
 
De même, la plus grande partie des réserves françaises furent engagées.
Pour parer à toute nouvelle offensive, depuis Compiègne jusqu'à l'Alsace, Foch ne disposa plus dorénavant que de 20 divisions françaises et de 3 divisions britanniques, ces dernières étant rapidement retirées du front car trop éprouvées et ne pouvant plus être considérées comme opérationnelles avant longtemps.
En contrepartie, le général U.S. Pershing plaça en première ligne 3 divisions américaines.
 
Néanmoins, dès le 1 mai, les Allemands, recevant sans cesse des renforts de Russie, reconstituèrent leurs forces, disposant rapidement d'une réserve de 62 divisions.
 

Secteur du mont Kemmel

Allemands dans les ruines d'Armentières