Les batailles célèbres de l'histoire
 
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La bataille de l'Empereur
21 mars - 4 avril 1918
 
 
L'offensive de la paix
 
 
Dès l'hiver 1917, le général Erich Ludendorff, chef de la stratégie allemande, envisagea de forcer la décision sur le front Ouest avant l'intervention massive des forces des Etats-Unis, entrés en guerre aux côtés des alliés en avril 1917.
 
Développée dans cette optique, l'opération Michel visait à rompre le front franco-anglais dans un secteur compris entre Dixmude et La Fère.
L'effort principal serait porté entre Arras et l'Oise avec Amiens comme objectif final.
La concentration des forces d'assaut s'effectua dès le 15 mars 1918 et ce dans le plus grand secret.
L'assaut général devant marquer la reprise de la guerre de mouvement fut fixé au 21 mars.
 
Ce jour-là, à 4H40, plus de 6.000 pièces d'artillerie ouvrirent le feu sur un front de 70 km.  La préparation d'artillerie fit largement appel à des fumigènes et à des gazs toxiques.
A 9H40, les troupes d'assaut, pourvues de mitrailleuses et de lance-flammes, montèrent à l'attaque des tranchées ennemies.
Deux armées allemandes attaquèrent de part et d'autre du saillant de Cambrai.  Une troisième, la 18ème armée, attaqua dans le secteur de Saint-Quentin.
Ainsi, sur un front de 65 km, les Allemands déployèrent 67 divisions d'infanterie, soit 750.000 soldats, face aux 22 divisions britanniques.
 
Au soir du 21 mars, l'armée britannique du général Byng avait bien résisté aux assauts allemands dans le secteur de Cambrai. Toutefois, l'armée du général Gough s'effondra littéralement face à 21 divisions allemandes qui franchirent le canal Crozat et progressèrent vers la Somme.
 
 
 
Rupture du front allié
 
 
Trois divisions françaises, présentes dans le secteur de l'Oise, vinrent soutenir les Britanniques.  Celà n'empêcha pas les Allemands de prendre Péronne le 23 mars.
 
Pour ralentir la progression ennemie, Philippe Pétain ordonna à l'aviation française de bombarder les positions et les convois allemands.
Le 24 mars, les Allemands s'emparèrent de Bapaume et de Combles.  Surtout, une brèche se créa entre la 3ème armée française et la droite britannique du général Gough.  Large de 20 km, entre Noyon et Montdidier, elle permit une progression rapide des Allemands.
 
Pétain, considérant les Anglais au bord de la capitulation, ordonna de protéger prioritairement Paris.
Pour sa part, le commandant en chef anglais, le maréchal Haig, décida de protéger les ports de la Manche, unique source d'approvisionnement britannique, et réclama le secours de 20 divisions françaises.
La poursuite de ces intérêts divergeants fit le jeu des Allemands.
 
 
La conférence de Doullens
 
 
Après le 24 mars, la progression journalière allemande atteignit une moyenne de 9 kilomètres.
Foch travailla à maintenir la liaison entre les armées alliées et à reprendre l'offensive.  En outre, il estima qu'Amiens devait être défendue à tout prix.  Une fois la ville tombée, ou tenue sous le feu de l'artillerie allemande, il serait impossible d'envoyer des renforts aux Britanniques.
 
Le 26 mars, alors que Roye et Albert tombaient, les Alliés réalisèrent enfin le commandement unique lors de la conférence de Doullens qui réunit Poincaré, Clémenceau, Wilson et Haig.  Foch fut nommé généralissime des forcées alliées et chargé de coordonner les armées franco-britanniques sur le front Ouest.
 
Immédiatement, Foch ordonna l'envoi de renforts français, à savoir 10 divisions et 4 régiments d'artillerie lourde.
Londres envoya 75.000 soldats d'Angleterre.
L'arrivée progressive de renforts alliés figea le front dans le secteur nord et l'effort allemand se poursuivit sur un front plus réduit entre Montdidier et la route Amiens - Péronne.
 
 
 
Echec final
 
 
Progressivement, l'offensive allemande se ralentit.
Le 27 mars, surgissant de Roye, ils menaçèrent Amiens par l'est et par le sud.
Le lendemain, les Allemands progressèrent encore mais ils subirent des contre-attaques dans le secteur de Montdidier.
Les 30 et 31 mars, redoublant d'efforts, les Allemands poussèrent vers Moreuil, leur 2ème armée espérant faire sa jonction avec leur 18ème armée qui progressait à partir de Montdidier.
 
Le 1er avril, les Allemands marquèrent le pas.
Le 3, ils repartirent à l'offensive entre la Somme et Montdidier.  La 4ème armée britannique, dirigée par le général Rawlinson, fut repoussée vers Villers-Bretonneux mais, dès le lendemain, des contre-attaques alliées rétablirent la situation...
Ce jour-là, Ludendorff renonça à poursuivre vers Amiens.
 
Les Allemands furent finalement arrêtés entre Arras et l'Oise.
Ils venaient d'enregistrer la progression la plus importante depuis 1914 et avaient infligé aux Alliés des pertes importantes (165.000 Britanniques et 77.000 Français) mais leur armée avait perdu 250.000 hommes (les unités d'élite étant particulièrement atteintes) et le resultat stratégique, la rupture du front franco-britannique par la prise d'Amiens, n'avait pas été atteint...
 
Le Haut-Commandement allemand avait échoué en n'adaptant pas ses objectifs aux moyens dont il disposait.
Surtout, si les Allemands avaient attaqué en direction d'Abbeville plutôt que d'Amiens, une telle progression les aurait conduits jusqu'aux plages du Pas-de-Calais.  L'armée belge et deux armées britanniques auraient été isolées et contraintes à la capitulation.  Le reste des forces britanniques aurait été contraint de se replier vers les ports de Normandie et la France se serait retrouvée isolée face à la masse allemande.  Le résultat stratégique eut ainsi été atteint à moindres frais...