Les batailles célèbres de l'histoire
 
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La bataille de Cambrai
20 au 30 novembre 1917

 
 
Sortir de l'impasse grâce aux chars
 
 
En novembre 1917, la boue et le froid  avaient figé les opérations dans le secteur d'Ypres.
Dans les mois précédents, plusieurs semaines d'assauts suicidaires avaient permis aux Alliés de s'emparer, au prix de pertes énormes, de la petite crête de Passendale.
Ce succès, aussi limité que coûteux, n'avait ni permis de capturer les bases navales allemandes de la côte belge ni permis de raviver le moral des combattants et des opinions publiques.
 
Les réseaux de barbelés et les nids de mitrailleuses constituaient de redoutables obstacles pour les fantassins.  Les détruire grâce à l'artillerie supposait, en contrepartie, de laisser intactes davantage de batteries ennemies.
La solution au problème sembla reposer sur un emploi massif de chars.
 
Le secteur de Cambrai offrait à ce titre plusieurs avantages :
- le sol y était ferme,
- les forces allemandes y étaient peu nombreuses, le secteur étant considéré comme "calme"...
 
Toutefois, pour envisager un assaut à Cambrai, il importait de sauvegarder l'effet de surprise.  De ce fait, il fallut renoncer aux classiques bombardements préliminaires.
 
Le but de l'attaque était moins de gagner du terrain que de détruire les forces adverses.  Il importait également d'emporter la ligne Hindenburg, position fortifiée composée de trois réseaux de tranchées, en moins de 24 heures.
 
Les Britanniques préparèrent l'assaut dans le plus grand secret et de fausses rumeurs furent répandues au sein des troupes d'assaut.
La concentration des forces commença deux semaines avant la date fixée pour l'offensive.  Dès le 7 novembre, des pièces d'artillerie furent mises en place et camouflées; dans le même temps, de l'infanterie fut amenée à pied d'oeuvre par train ou par camion.  36 trains amenèrent les chars à proximité du front.  Les blindés gagnèrent les points de rassemblement de nuit, ne dépassant pas la vitesse de 6 Km/h pour éviter d'alerter les Allemands.
Par chance pour les Britanniques, le temps fut des plus brumeux à partir du 10 novembre, ce qui écarta du secteur les avions de reconnaissance allemands.
 
A l'aube du 20 novembre 1917, cinq divisions britanniques, soutenues par 374 blindés et 1.000 canons, s'élançèrent à l'assaut d'un secteur tenu par deux divisions allemandes appuyées par 150 canons.
 

Char britannique MkIV

 
L'assaut
 
 
La surprise fut totale pour les Allemands.
 
275 avions de chasse britanniques attaquèrent les terrains d'aviation allemands.
 
Les fantassins britanniques s'élançèrent derrière les chars et s'engouffrèrent dans les brèches ouvertes au sein des réseaux de barbelés.
Dans le même temps, les Britanniques lançèrent des attaques au gaz, au nord et au sud de l'axe d'assaut, pour maintenir les Allemands dans l'incertitude...
 
L'assaut fut déclenché juste au sud de Cambrai, dans un secteur de collines basses bordé par deux canaux, le canal du Nord et le canal de l'Escaut, et où apparaissait le bois de Bourlon, objectif prioritaire des assaillants.
Le plan prévoyait la destruction des défenses allemandes entre les deux canaux, la prise de Cambrai et du bois de Bourlon, puis une percée en direction de Valenciennes.
 
 
La brume matinale dissimula aux Allemands les premiers mouvements britanniques.
Les chars se mirent en mouvement à 6H10.  10 minutes plus tard, ils abordèrent le no man's land tandis que les artilleurs britanniques déclenchaient un tir de barrage réglé à 200 mètres en avant des blindés.
 
Les défenses allemandes furent bousculées, sauf dans le secteur de Flesquières.
En une dizaine d'heures, les Britanniques progressèrent de huit kilomètres à l'intérieur des défenses adverses, une distance identique à celle gagnée sur la Somme et à Ypres après des mois de combats et au prix de centaines de milliers de victimes.
 
L'avancée fut extraordinaire et les cloches sonnèrent en Grande-Bretagne pour saluer l'événement.
Le 27 novembre, les chars abordèrent une ligne de défense allemande inachevée et donc facile à enlever.  Au delà, c'était la pleine campagne...
Hélàs, en l'absence de réserves, les Britanniques furent contraints de ramener vers l'arrière les blindés endommagés et les équipages épuisés.  La cavalerie, très vulnérable aux mitrailleuses, s'avéra totalement inefficace.  Pis encore, les Britanniques occupaient alors un saillant très exposé dans le secteur des villages de Bourlon et de La Fontaine.
 
Le 30 novembre, le commandant allemand du secteur, le général Georg von der Marwitz, contre-attaqua.  Les Britanniques soutinrent le premier choc mais furent rapidement contraints à la retraite.
Durant la seule journée du 20 novembre, les Britanniques avaient brisé le front allemand sur une longueur de 10 kilomètres, avaient capturé 200.000 Allemands et 200 canons...  Dix jours plus tard, ils subirent des pertes comparables et cédèrent l'essentiel du terrain gagné.
Par manque de réserves, la grande percée obtenue par les blindés n'avait pu être exploitée.
 
 
 
Enseignements
 
 
La courte bataille de Cambrai se termina sur une grande déception pour les Britanniques.
L'assaut initial réussit parfaitement mais le haut-commandement sous-estima grandement l'importance de la coopération entre blindés et infanterie et commit l'erreur d'engager toutes ses forces dans le premier assaut, sans garder la moindre réserve, ce qui, à terme, se révéla désastreux.
 
L'apparition des blindés prit les Allemands au dépourvu.  Ceux-ci ne jugèrent cependant pas utile de mettre au point une arme antichar spécifique.  Ce fut essentiellement l'artillerie qui reçut pour mission de combattre les blindés.  Dans les derniers mois de la guerre, les Allemands introduisirent un fusil antichar à canon long et à balles perforantes mais sa diffusion resta très faible.
La lutte contre les chars incomba donc grandement aux simples fantassins dont la méthode de défense préférée fut l'attaque au lance-flammes, qui pouvait aveugler le conducteur si le feu pénétrait par la fente de conduite.  Souvent aussi, les Allemands chargèrent des canons antiaériens sur des camions et pousuivirent les chars en tirant.  Ils fabriquèrent aussi des mines antichars de fortune, au moyen d'obus qu'ils faisaient exploser avec un détonateur électrique commandé à distance...