Les batailles célèbres de l'histoire
 
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La bataille de la Marne - 5 au 9 septembre 1914
 
La longue retraite
 
 
Du 24 août au 5 septembre 1914, les armées alliées battirent en retraite sur le front de l'Ouest.  Durant cette période, les Anglais engagèrent l'ennemi au Cateau et les Français à Guise-Saint-Quentin; toutefois, la pression allemande était telle que les Alliés ne purent à aucun moment stabiliser leur front.
L'entrée en guerre des Russes sur le front de l'Est sauva sans doute les Alliés de la déroute.  Le plan russe prévoyait un recul dans l'immense arrière pays durant la période de mobilisation , fort longue, de leurs réserves humaines pratiquement illimitées.  Toutefois, répondant aux appels à l'aide du gouvernement français, les Russes se hâtèrent d'attaquer en Autriche et en Prusse orientale où ils allaient subir un désastre à Tannenberg .
L'avance des Russes ébranla l'assurance du commandant en chef allemand von Molkte.  Le 25 août, l'Allemagne semblant sur le point de remporter la victoire à l'Ouest, il ordonna, à un moment où l'offensive à l'ouest entrait dans sa phase décisive, le retrait de quatre divisions de l'aile droite allemande pour les transférer sur le front de l'Est.  Ces unités arrivèrent trop tard pour changer le cours des évènements sur le front oriental et leur départ affaiblit considérablement la poussée allemande dans le nord de la France.
Fin août, les armées allemandes avaient avancé si rapidement que leurs lignes de ravitaillement étaient des plus étirées.  Les soldats étaient épuisés et affamés.  Von Moltke, d'un naturel indécis, sentit la victoire lui échapper.  Sur ses arrières, l'armée belge, retranchée dans Anvers, tenait bon et 3.000 Britanniques venaient de débarquer à Ostende.  Dans l'imagination fièvreuse de von Moltke, ces renforts prirent la taille de gigantesques armées menaçant son flanc droit et ses arrières; le généralissime allemand était prêt à s'effondrer nerveusement.
Pour les deux camps, la situation devenait critique.  Dans le camp français, Joffre, toujours calme et optimiste, méditait sa contre-attaque.  Une nouvelle armée, la 6 ème, fut constitué à partir de troupes prélevées sur les fortifications de l'Est et formée dans la région d'Amiens en vue de participer à la défense de Paris, sous le commandement du général Maunoury.
Début septembre, les Allemands ne disposaient plus des forces nécessaires pour contourner Paris par l'Ouest et la conquérir.  Faute de communications adéquates, le commandant de la 1 ère armée allemande, von Kluck, décida de se détourner de Paris pour marcher vers le sud-est en direction de Compiègne et franchit la Marne.  Ce faisant, il commit une erreur fatale car il exposa son flanc et son arrière-garde à la 6 ème armée française stationnée au nord-est de Paris. 
Poussé par Galliéni, gouverneur militaire de Paris, Joffre prit avantage de ce mouvement imprudent.  La 6 ème armée, pourtant exclusivement réservée à la défense de la capitale, fut envoyée contre la droite de Kluck.  Dans le même temps, la British Expeditionnary Force et la 5 ème armée française, stoppant leur retraite, firent volte face pour engager les Allemands. 
Le 5 septembre, la 6 ème armée de Maunoury engagea l'avant-garde de Kluck au nord de Meaux au cours de la "bataille de l'Ourcq".  Le résultat fut indécis car l'avance des Allemands durant la journée fut compensée, à la nuit, par leur retrait des positions exposées.
 

Joseph Joffre (1852-1931), commandant en chef des forces françaises de 1914 à 1916

Helmuth von Moltke (1848-1916), commandant en chef des armées allemandes de 1914 à 1916

Alexander von Kluck (1846-1934) commandant de la 1ère armée allemande sur la Marne

 
La bataille de la Marne
 
 
Le 7 septembre, prenant conscience de la gravité de la situation, von Kluck comprit qu'il n'avait d'autre solution que de retourner son armée vers l'ouest contre les forces de Maunoury.  Sérieusement inquiet, il décida également que ses forces se retireraient derrière le Petit Morin.  Un tel retournement créa une brèche de 50 kilomètres entre sa 1 ère armée et la 2 ème armée de von Bulow.
Un manque de réserves empêcha les Allemands de colmater la brèche ouverte.  Par contre, du côté allié, 20.000 soldats français et britanniques s'engoufrèrent dans la trouée.  L'ingénieux Galliéni transporta rapidement 6.000 hommes sur le champ de bataille après avoir réquisitionné 600 taxis parisiens; cet acte n'eut pas d'influence sur le combat mais frappa l'imagination populaire et démontra les possibilités offertes par les transports motorisés.
Du 6 au 8 septembre, l'avance alliée fut lente mais régulière.  Le 7 le grand Morin fut franchi, puis, le 8, le Petit Morin , portant l'avance alliée à six kilomètres de la Marne seulement.
Le 9 septembre, Bulow, découragé et fatigué, donna l'ordre à sa 2ème armée de battre en retraite jusqu'à l'Aisne.  Le retrait rendait intenable la position de la 1 ère armée allemande qui, le même jour, entama son recul.
Dans l'après-midi, la bataille de la Marne était terminée.  Les forces allemandes effectuèrent une retraite générale sur la ligne Noyon - Verdun, le long de l'Aisne, sur des positions défensives préparées à l'avance.  La retraite fut précipitée par la rumeur de débarquement de 40.000 Anglais et 80.000 Russes sur la côte belge.
Les troupes alliées, épuisées et pratiquement dépourvues de munitions, furent incapables de fournir un effort supplémentaire pour consolider leur avantage.
On prétend que Moltke, livide, dit au Kaiser "Majesté, nous avons perdu la guerre".  Cette déclaration était exacte dans la mesure où l'Allemagne assistait à l'échec de sa stratégie, celle d'une victoire rapide à l'Ouest permettant un transfert massif de forces sur le front de l'Est.
La Marne ne représenta qu'un succès tactique limité pour les Alliés et peu de prisonniers allemands furent pris.  Mais ce succès rendit inéluctable pour l'Allemagne une guerre longue et coûteuse sur deux fronts.
 

 
Les Allemands perdent l'initiative
 
 
Au déclenchement du premier conflit mondial, les Allemands commirent plusieurs erreurs d'estimation dont celles concernant la capacité de l'armée belge à résister et celle de l'armée russe à déclencher une offensive rapide en Prusse orientale.
Parfaitement appliqué, le plan Schlieffen pouvait provoquer la défaite des forces françaises mais la décision de von Moltke d'affaiblir son aile droite et sa perte de sang-froid au moment crucial provoquèrent la défaite.
Si l'Allemagne pouvait encore éviter la défaite finale en obtenant des victoires sur d'autres fronts, la victoire rapide à l'Ouest devenait chimérique.
En envahissant la Belgique, les Allemands provoquèrent l'intervention de la Grande-Bretagne, maîtresse des mers, qui recourut au blocus de l'Allemagne.  La décision de cette dernière de recourir à l'arme sous-marine entraîna les Etats-Unis dans le conflit.
Dès la fin de 1914, il ne resta plus aux Allemands qu'à s'enterrer dans les tranchées pour livrer une guerre d'usure sans espoir face au nombre croissant de pays engagés contre eux.
Les Allemands commirent également l'erreur de ne pas occuper les ports de la Manche, largement à leur portée, lors de leur avance initiale.  Lorsqu'ils cherchèrent, en vain, à les occuper, ce fut aux prix de milliers de morts...