Les batailles célèbres de l'histoire
 
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La bataille de Beersheba
31 octobre - 7 novembre 1917
 
 
Une conception orientaliste de la guerre
 
 
Pendant la première guerre mondiale, les stratèges alliés se divisèrent en deux camps  : les occidentalistes et les orientalistes.
Les premiers se persuadèrent que la victoire finale serait obtenue sur le front Ouest et qu'il fallait employer l'essentiel des moyens militaires en France afin de mettre à bas l'Allemagne.
Les seconds, par contre, doutaient de pouvoir venir à bout de l'Allemagne et préconisait de la défaire en battant ses alliés (l'allié le plus faible semblant être la Turquie).
 
En juin 1917, les Britanniques décidèrent de renforcer leurs effectifs en Egypte afin de pouvoir entreprendre la conquête de la Palestine.
La première moitié de l'année n'avait guère amené de bonnes nouvelles pour les alliés.  Aussi, le premier ministre britannique, Lloyd George, estima-t'il urgent de remporter un succès pour stimuler le moral de sa population.
Par ailleurs, les Britanniques jugèrent prudent de prendre l'offensive en Palestine car l'effondrement russe ne tarderait pas à libérer de nombreux effectifs turcs qui pourraient rapidement être redéployés dans la région.
 
 
 
Les forces en présence
 
 
Les forces qui furent engagées en Palestine à l'automne 1917 furent dissemblables.
 
Les alliés (Britanniques, Indiens, Australiens, Néo-Zélandais et alliés arabes) étaient expérimentés, bien nourris, équipés d'un armement abondant, et commandé par un stratège reconnu, sir Edmund Allenby.
 

Edmund Allenby

 
Deux fois moins nombreux, les Turcs étaient fatigués, mal nourris et piètrement équipés.  Les désertions dans leurs rangs étaient courantes et le commandement turco-allemand était en proie à de vives tensions.
Toutefois, en dépit des privations, le soldat turc restait disposé à se sacrifier et demeurait un adversaire redoutable.
Surtout, les Turcs pouvaient compter sur une puissante ligne de défense, longue d'une quarantaine de kilomètres et s'étendant de Gaza (côté Méditerranée) à Beersheba (côté terre).
Les Turcs savaient qu'Allenby préparait une offensive mais ils venaient de perdre Bagdad, capitale locale et terminus du chemin de fer de Berlin, du fait d'autres opérations britanniques en Mésopotamie.  Ainsi, s'ils renforçaient leurs positions en Palestine, ils devraient renoncer à reprendre Bagdad; à contrario, s'ils attaquaient Bagdad, ils courraient le risque de voir leur ligne de défense palestinienne percée et de perdre la proche ville d'Alep, elle aussi située sur l'axe ferré Berlin-Bagdad, ce qui aurait pour effet de couper les communications ferroviaires et d'isoler de nombreux effectifs turcs en Mésopotamie.
A la mi-octobre, les Turcs envoyèrent l'armée "Yildirim" (éclair) sur la ligne Gaza-Beersheba pour contrer la prochaine offensive britannique.
Erronément, les Turcs estimèrent qu'Allenby porterait son effort contre Gaza, plus proche de la côte, qui offrait aux Britanniques la possibilité d'un soutien naval et éliminait le problème de l'alimentation en eau.  Or Gaza venait de résister, en mars et en avril, à deux assauts britanniques...
Le centre turc semblait tout aussi inexpugnable.  En revanche, la gauche, dans le secteur de Beersheba, était plus faiblement défendue; de même, le terrain de Beersheba s'annonçait très favorable à l'utilisation de la cavalerie, une arme où les Britanniques bénéficiaient d'une supériorité totale.
 
 
 
Le plan
 
 
Allenby arrêta son plan de bataille le 22 octobre 1917.
47.000 fantassins et 214 pièces d'artillerie attaqueraient Beersheba par le sud.  Dans le même temps, 11.000 cavaliers et 28 canons attaqueraient la ville par l'est.  Les assauts coordonnés seraient menés le 31 octobre.
 
Le 27 octobre, 218 pièces d'artillerie bombarderaient le secteur de Gaza afin de leurrer les Turcs sur l'endroit véritable où se déclencherait l'offensive.  Parmi divers stratagèmes utilisés, un officier britannique se fit poursuivre par les Turcs et "perdit" un sac à dos contenant de faux plans d'attaque de Gaza...
 
Allenby ordonna la prise de Beersheba en une journée afin d'interdire aux Turcs toute possibilité de se remettre de l'effet de surprise.
A la veille de la bataille, le centre du front britannique était faiblement garni; 36.000 soldats et 218 canons faisaient face au secteur-leurre de Gaza tandis que 58.000 autres et 242 pièces d'artillerie s'apprêtaient à conquérir Beersheba.
Les troupes turques du secteur semblaient avoisiner les 46.500 hommes et 300 canons.
 
Grosse localité approvisionnée en eau et desservie par le chemin de fer, Beersheba était entourée d'une seule ligne défensive.
 
Les troupes britanniques chargées de l'assaut de la ville devraient également couper la route Beersheba-Hebron-Jerusalem pour empêcher l'arrivée d'éventuels renforts ennemis.
En prévision de son assaut de flanc, Allenby déplaça de nombreuses troupes en toute discrètion, utilisant des lits asséchés d'oueds ou privilégiant les mouvements nocturnes.  L'opération fut facilitée par la nette supériorité aérienne des Britanniques.
 
 
L'assaut
 
 
A l'aube du 31 octobre 1917, 40.000 Britanniques montèrent à l'assaut de Beersheba, défendue par 5.000 Turcs, 16 pièces d'artillerie et 10 mitrailleuses.
 
Les défenses extérieures de la ville tombèrent instantanément.
Sur le secteur est, le corps monté du désert buta sur la colline de Tell es-Saba, à six kilomètres à l'est de Beersheba.  Solidement défendue, la colline ne fut prise que vers 15H00.
Au sud, 3 régiments de cavalerie légère australienne (1.600 hommes) percèrent les défenses turques et pénétrèrent dans la ville à la tombée de la nuit (18H00).
Allenby s'était emparé de Beersheba, de son système de distribution d'eau, de 1.200 prisonniers turcs et de 14 canons.
 
 
 
L'exploitation de la victoire
 
 
Maître de Beersheba, Allenby envisagea la destruction de toute l'aile gauche turque.  Accordant un répis à ses hommes, il ordonna une attaque à l'autre extrêmité de la ligne de défense ottomane, dans le secteur de Gaza, dans la nuit du 1er au 2 novembre.  Les Britanniques y prirent 550 prisonniers, 3 canons et 30 mitrailleuses mais perdirent 2.500 tués, blessés et disparus (ce qui tend à prouver le désastre qu'aurait subi Allenby en choisissant Gaza comme objectif principal).
 
Allenby reprit l'offensive dans le secteur de Beersheba le 6 novembre.  Le 10, le front turc fut percé.
Ne pouvant s'éloigner de son approvisionnement en eau, le général britannique repoussa néanmoins les renforts ottomans envoyés dans le secteur.
 
En proie à une double attaque, privés de sources d'approvisionnement en eau, les Turcs se résolurent à la retraite.
Le 7 novembre, les Britanniques pénétrèrent dans la ville abandonnée de Gaza qui avait résisté à tous les assauts huit mois durant.
La poursuite des Turcs en retraite se déroula sur 80 kilomètres, rapportant à Allenby la ville de Jaffa, 10.000 prisonniers ottomans et plus de 100 canons.
Allenby parvint à séparer les restes de deux armées turques d'une trentaine de kilomètres et de s'emparer de Naplouse.  La chute de cette ville amena l'abandon de Jérusalem par les Ottomans.  La cité tomba le 9 décembre 1917, ce qui provoqua un grand retentissement dans le monde mais ne mit nullement un terme au conflit au Proche-Orient.
Il n'empêche que les Britanniques étaient désormais en position de force pour conquérir la Mésopotamie et le reste de la Palestine avec sa ville majeure, Damas.
 
 
 
Les raisons du succès
 
 
La grande victoire britannique en Palestine, exclusivement due au général Allenby, fut causée par quatre facteurs cruciaux :
- une soigneuse préparation de l'assaut contre Beersheba,
- l'utilisation fructueuse d'artifices visant à tromper l'ennemi sur les intentions réelles des Britanniques,
- la résolution du problème d'approvisionnement en eau dans le désert,
- l'habileté tactique et stratégique d'Allenby qui assura une prise aussi rapide que décisive de Beersheba.