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Guerre aérienne
1914-1918
L'avion
inutile
Apparu peu de temps avant la
première guerre mondiale, l'avion n'attira pas l'attention des hauts
commandements militaires européens. Les propos du général Foch "voler
est un sport magnifique, mais pour l'armée les avions ne servent à rien"
traduisaient relativement bien l'état d'esprit général de l'époque.
En 1911 pourtant, lors de la guerre italo-turque en
Tripolitaine, un avion italien effectua un lâcher de grenades sur des unités au
sol. Les dégâts occasionnés furent réduits mais l'impact psychologique sur
l'ennemi s'avéra considérable.
Lors du déclechement du conflit, l'avion fut cantonné dans un
rôle de reconnaissance qui s'avéra vite décisif.
En août 1914, ce fut grâce à des avions de reconnaissance que
sir John French put être averti, avant la bataille de Mons, des dangers
d'encerclement pesant sur son corps expéditionnaire.
Ce furent également ces appareils qui, le 3 septembre, permirent
aux Alliés de constater l'infléchissement de la marche des armées allemandes
avant la bataille de la Marne.
En Afrique orientale, l'avion joua un rôle majeur sur un terrain
où la poussière soulevée par les troupes en mouvement était aisée à
repérer.
Peu de pays, hormis l'Allemagne, devinèrent l'importance à venir
de l'arme aérienne.
La Grande-Bretagne constitua, en 1911, un embryon d'aviation
militaire : l'Air Battallion of the Royal Engineers. Ce dernier fut suivi,
l'année suivante, par le Royal Flying Corps.
La France, à la pointe de la technologie aérienne au début du
siècle, sembla renoncer à constituer une puissante force aérienne et privilégia
l'armée de terre.
En Belgique, en Autriche et en Turquie, les progrès aériens
furent quasi inexistants.
En Russie, des biplans quadrimoteurs du constructeur Sikorsky
n'étaient pas dénués de qualités mais étaient réduits à l'inefficacité par un
manque de pièces de rechange.
Les deux camps entrèrent donc en guerre avec un nombre
d'appareils des plus réduits :
- l'Allemagne engagea environ 200 avions soutenus par plusieurs
Zeppelin,
- la Grande-Bretagne engagea environ 90 appareils répartis entre
l'armée de terre et la Navy,
- la France possédait 136 avions.
La reconnaissance
aérienne
Bien qu'utilisés avec parcimonie, les avions
connurent de rapides progrès techniques.
La radio s'imposa par rapport à l'échange de signaux lumineux de
diverses couleurs en matière de communications air-sol.
Dès septembre 1914, les pilotes prirent les premières
photographies de reconnaissance aérienne. On passa rapidement du stade de
la photo isolée à la cartographie aérienne, avec l'assemblage de milliers de
photos du front Ouest, regulièrement remises à jour. Par la suite, des
appareils photographiques à déclenchement régulier de l'obturateur furent
utilisés.
L'aviation fut également utilisée pour le réglage des tirs
d'artillerie.
En matière de reconnaissance aérienne, les ballons captifs
("saucisses") furent également très utilisés. Mais désarmés et ancrés au
sol, ils ne permettaient qu'un angle de vue limité et restaient très vulnérables
aux attaques des chasseurs.
Les
chasseurs
Dans les premiers mois de la guerre, l'arme
d'un pilote prenant le risque de s'engager en combat aérien était généralement
le fusil ou le pistolet. Certains imaginatifs se dotèrent d'une brique ou
d'une grosse pierre avec l'idée de percuter l'appareil adverse d'un jet bien
ajusté...
En mai 1915, les Allemands s'assurèrent une supériorité aérienne
absolue grâce à l'emploi de la mitrailleuse synchronisé. Jusqu'à ce
moment, les pilotes n'avaient pu ouvrir le feu dans l'axe sous peine de détruire
leur propre hélice.
Du côté français, un Morane-Saulnier fut équipé d'un déflecteur
qui déviait les balles frappant l'hélice ce qui entraîna un énorme gaspillage de
munitions.
Le constructeur néerlandais Fokker, créateur de deux avions
allemands parmi les plus valables, le Fokker et l'Albatros, mit au point un
synchronisteur qui interrompait le tir chaque fois qu'une pale passait
devant le canon. Le tir ne paraissait pas perturber par ce système.
Les Alliés réagirent en adoptant aussi la mitrailleuse
synchronisée et en mettant au point un système d'escorte des appareils
d'observation par des chasseurs. En 1916, Français et Britanniques
reprirent l'avantage.
La domination alliée fut interrompue par l'arrivée dans les
cieux de nouveaux appareils allemands, organisés en escadrilles commandées par
un "as" et déplacées d'un secteur à l'autre du front.
Bien qu'étant surpassé en nombre dans une proportion de trois
contre un, les Allemands reprirent l'initative.
Les duels entre pilotes avaient cédé la place aux vols en
formation de 50 appareils ou plus.
Les avions furent ainsi engagés progressivement contre
l'infanterie et l'artillerie, ainsi que contre les routes, ponts, voies ferrées
et dépôts de matériel. Aucun camp ne chercha pourtant jamais à mettre au
point un bombardement systématique de l'adversaire.
Les Allemands tentèrent de démoraliser les Britanniques en
lançant des raids aériens contre Londres et d'autres villes britanniques.
Bien qu'étant à portée de la Sarre et de la Ruhr, les Alliés ne saisirent pas
l'occasion de copier la stratégie.
Le 1er avril 1918, les Britanniques créèrent la Royal Air Force
et lui octroyèrent un commandement indépendant de l'armée de terre et de la
marine.
Lors de la grande offensive allemande de mars 1918, tous les
appareils alliés disponibles furent lançées contre les assaillants ce qui
s'avéra bien vite payant.
A l'automne 1917, les Alliés lançèrent des bombardements
nocturnes et diurnes contre les usines et pistes d'aviation allemandes. 665
tonnes de bombes furent ainsi larguées entre octobre 1917 et novembre 1918.
Les dégâts furent très limités mais la production allemande déclina et le moral
de la population s'effondra.
Une telle conception de la guerre - battre l'ennemi en
détruisant ses centres industriels - devait être employée avec beaucoup plus
d'atrocités dans les guerres suivantes.
Les
aviateurs
Les pilotes militaires furent vite soumis à
un rituel bien établi.
En été, le réveil se faisait à 2H45. Après un petit
déjeuner léger, pour éviter les vomissements, les pilotes enfilaient chemise
réglementaire, sous-vêtements en soie ou en laine, gilet en tissus cellulaire,
chemise de soie, un vêtement de vol, des gants, des bottes fourrées, des
lunettes, un écharppe de soie et un casque à oreillettes. Cet équipement
était nécessaire pour affronter, dans des cockpits ouverts, le froid pénétrant
des hautes altitudes.
Dans le ciel, le premier danger était l'artillerie adverses dont
les shrapneles pouvaient aisément abattre les appareils de l'époue. En
1918, 750 pilotes britanniques furent ainsi abattus.
Il n'y avait pas deux appareils dotés de performances
identiques. Chaque pilote possédait son appareil dont il réglait les
commandes.
En avril 1917, l'espérance de vie des pilotes alliés etait de
17 heures 30 minutes.
Certains, plus habiles ou chanceux survécurent et accumulèrent
les victoires.
Parmi les as de l'époque figuraient le Britannique Albert Ball,
qui abattit 43 avions avant d'être lui même abattu à l'âge de 20 ans, le
Canadien William Bishop, avec 72 victoires, l'Américain Eddie Rickenbacker, avec
26 succès, et le Français Georges Guynemer qui remporta 54 victoires.
Le plus célèbre pilote allemand fut Manfred von Richthofen, avec
80 victoires, suivi de près par Oswald Boelcke et par Maw Immelmann qui abattit
le premier avion britannique (non armé).
L'arme du
futur
A la fin de la première guerre mondiale,
l'aviation militaire s'était totalement métamorphosée.
La Royal Air Force devint la plus grande force aérienne du monde
avec 22.170 appareils et un personnel de 291.750 personnes.
Durant l'entre-deux guerres, l'aéronautique civile prit l'avantage
sur l'aéronautique militaire.
Mais, à partir de 1933, en Allemagne, Goering mit sur pied une
Luftwaffe qui serait bientôt maîtresse de cieux. En 1940, des dirigeants
nazis crurent même, à tord, que leur maîtrise de l'air pourrait, seule, les
conduire à la victoire.
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