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La bataille de
Passendale
31 juillet - 6 novembre
1917
Volonté de forcer le
succès à l'Ouest
Durant l'été 1917, la situation militaire de
l'Entente était des plus défavorables.
Le déclenchement par l'Allemagne d'une guerre sous-marine à
outrance avait provoqué une hécatombe parmi les navires alliés.
Sur terre, l'Italie chancelait face à l'Autriche et la Russie
s'effondrait et se préparait à signer une paix séparée.
Le plus grand espoir des Alliés résidait dans l'arrivée
prochaine de troupes U.S. En avril 1917, les Etats-Unis d'Amérique étaient
en effet entrés en guerre contre les Puissances centrales en riposte à la
destruction de navires de pays neutres par les sous-marins allemands.
Il était toutefois évident que l'arrivée massive de forces
américaines ne se ferait pas avant plusieurs mois.
Les succès remportés en mer par les sous-marins allemands
pesèrent loud dans la conception du plan de la nouvelle offensive alliée dans
les Flandres.
A peine distante de 30 kilomètres du front, la base navale de
Bruges (et Zeebrugge), utilisée par les sous-marins allemands, devint un
objectif majeur. Un assaut dans les Flandres fut décidé afin de priver la
marine allemande de ces points d'appui.
Par ailleurs, un assaut lancé dans les Flandres avant l'hiver
permettrait au maréchal sir Douglas Haig de chasser les Allemands des positions
dominantes de Westroosbeke et de Broodseinde.
Un optimisme peu
partagé
Haig décida d'un assaut dans le saillant
d'Ypres qui, en cas de succès, permettrait de repousser les Allemands vers la
mer du Nord et de capturer une bonne part de leurs effectifs.
De nombreux généraux français et britanniques mirent en doute la
possible réalisation des objectifs. Pétain parla de "l'échec
certain", tandis que Foch qualifia l'aventure d'"inutile et
invraisemblable". Haig toutefois s'entêta. La portée limitée
d'une capture des bases navales d'Ostende et Zeebrugge (les sous-marins ennemis
opérant aussi de bases navales situées en Allemagne) ne le perturba guère.
En juin, les Allemands apprirent aisément le projet d'offensive
britannique dans les Flandres, les politiques de Londres se livrant à un débat
quasi public sur le projet.
Or, les terres inondées par les Belges en 1914 à l'embouchure de
l'Yser offraient à la droite allemande une forte position défensive.
De même, le moral de l'armée française avait été ébranlé par
les mutineries du printemps 1917, consécutives à l'échec du Chemin des Dames.
Par ailleurs, la destruction des canaux qui drainaient, les
années précédentes, le secteur avait tranformé la région en un cloaque boueux
qui poserait les plus grands problèmes...
Malgré ces difficultés, Haig conserva un optimise à toute
épreuve et se convainquit de pouvoir mettre un terme à la guerre avec les seules
forces britanniques. L'argument majeur qu'il présentait n'était autre
que le succès, limité mais bien réel, de la bataille de Messines déclenchée en juin 1917. Peu combattifs,
les politiques finirent par donner leur aval à la troisième bataille d'Ypres, qui
passera à la postérité sous le nom de bataille de Passendale
Début de
l'offensive
L'offensive fut lançée le 31 juillet 1917,
sur un front de 30 kilomètres s'étendant de Warneton à Dixmude.
La préparation d'artillerie fut la plus intense jamais vue
jusqu'alors. Deux semaines durant, 3.100 pièces tirèrent 4,5 millions
d'obus contre les positions allemandes. Toutefois, l'essentiel des
projectiles ne firent que s'enfoncer dans une terre gorgée d'eau qui limita
grandement leurs dégâts.
Ce fut sur ce terrain boueux, parsemé de cratères inondés, que
les fantassins britanniques furent envoyés.
Vu la nature du terrain, les Allemands avaient, depuis
longtemps, renoncé aux lignes de tranchées au profit de fortins en béton truffés
de mitrailleuses.
L'objectif majeur fut confié à la Vème armée du général sir
Hubert Cough. A sa droite, se trouvait le IIème armée anglaise de Plummer
et, à sa gauche, la 1ère armée française du général Antoine.
En face, on trouvait la 4ème armée allemande du prince Rupprecht
de Bavière et du général von Arnim, déjà engagée le mois précédent à
Messines.
Le 31 juillet à 3H50, douze divisions partirent à l'assaut des
lignes allemandes. Sur le flanc gauche, les Alliés avançèrent de trois
kilomètres et capturèrent les crêtes de Bixschoote, Saint-Julien et
Pilckem. A droite toutefois, l'offensive s'enraya au sud-est d'Ypres, dans
le secteur de la route Ypres - Menin.
Le facteur
pluie
Peu après le début de l'offensive, de fortes
pluies firent leur apparition provoquant l'enfoncement jusqu'ux cuisses des
fantassins dans la boue. A cause des ces intempéries, deux semaines furent
perdues avant que l'attaque ne puisse être relancée. Cough exprima ses
doutes mais Haig persista.
Exprimant la situation dans un rapport, Haig estima : "Les
terrains, défoncés par les obus et gorgés d'eau, sont couverts d'une infinité de
mares fangeuses. Les cours d'eau, obstrués et en crue, ont transformé les
champs en long marécages impossibles à traverser, sauf à suivre un petit nombre
de sentiers bien précis que l'artillerie ennemie prend pour cible. Sortir
des sentiers, c'est risquer la noyade. Un temps précieux a été perdu, les
troupes d'en face ont eu le temps de se réorganiser après notre premier succès,
et l'ennemi a pu saisir l'occasion pour faire monter en ligne des
renforts".
Portant Haig s'obstina.
Un nouvel assaut massif fut lançé le 16 août sur la ligne
Gheluvelt - Langemarck. Comme précédement, l'aile gauche progressa
quelque peu au-delà du ruisseau Steenbeck et du village de Langemarck, réduit à un tas
de décombres. Sur la droite, l'avance anglaise fut enrayée sans qu'eut
lieu la moindre progression.
Le moral des Britanniques chancella...
Extension des
combats
Désireux de soulager les troupes ayant participé aux
premiers combats, Haig étendit le front dévolu à la IIème armée et y inclu la
route de Menin et le plateau de Gheluvelt, situé à l'est d'Ypres.
Le commandant de la seconde armée, le général Plumer, qui
s'était déjà distingué à Messines par son bon sens et sa grande organisation
décida d'une prise du plateau en quatre étapes bien définies visant des
objectifs limités et bénéficiant d'un large soutien de l'artillerie.
Plumer lança son premier assaut le 20 septembre 1917 à
5H40. Quatre divisions, dont deux australiennes, attaquèrent sur un front
large de 4,5 kilomètres, entre Klein Zillebeke et Westhoek, avec l'appui de
1.300 pièces d'artillerie. En moins d'une heure, les Britanniques
s'emparèrent de nombreux objectifs. A midi, les assaillants s'étaient
approchés à 800 mètres de Gheluvelt et avaient capturé None Bosschen, Black
Watch Corner, Veldhoek ainsi que la moitié du bois "du Polygone". Plus au
nord, la 5ème armée s'était approchée de Zonnebeke et avait capturé une partie
de la voie ferrée Ypres-Roulers. Les contre-attaques ayant été repoussées,
820 mètres furent gagnés sur l'ennemi tandis que dans le secteur de Langemarck
la progression fut de 1.600 mètres. L'extrémité sud de la crête de
Passendale, sur laquelle reposaient les défenses allemandes, avait été conquise
mais le côté nord resta sous contrôle des Centraux.
La seconde phase offensive débuta le 26 septembre.
Profitant d'une journée ensoleillée, les Australiens conquirent le reste du bois
dit "du Polygone". Une fois de plus, les contre-attaques allemandes
échouèrent.
L'offensive du 4 octobre
1917
Une troisième attaque fut lançée la 4
octobre sur un front de 13 kilomètres, impliquant 12 divisions.
Dans un premier temps, l'effet de surprise permit la conquête de
plusieurs crêtes entre Gheluvelt et Broodseinde.
L'avance prélimaire ayant provoqué un saillant au nord d'Ypres,
Haig ordonna un nouvel assaut le 9 octobre afin d'avancer son aile gauche et de
redresser sa première ligne. L'attaque se déroulerait face à Passendale,
sur un front de 15 kilomètres, et impliquerait 4 brigades britanniques qui
seraient opposées à une division allemande fraîchement déployée dans le
secteur.
Durant les journées de 7 et 8 octobre, des pluis torrentielles
s'étaient abattues sur la région et avaient transformé le secteur d'attaque en
cloaque.
Dans la nuit du 8 au 9 octobre, les assaillants durent
progresser dans la boue jusqu'aux points de rassemblement distants de 4
kilomètres. De nombreuses troupes prirent du retard et le front présenta
de nombreux vides lors du lancement de l'attaque, à 5h20.
Sur la gauche, une brigade réussit à franchir le Ravebeek en
crue avant d'être prise pour cible par des mitrailleuses allemandes dissimulées
sur des hauteurs ou dans des trous d'obus.
Les assaillants se heurtèrent à des lignes de barbelés, parfois
profondes de 40 mètres et restées parfaitement intactes les obus tirés pour les
détruire s'étant enfoncés dans la boue sans exploser.
Les pigeons voyageurs lâchés vers l'arrière pour signaler le
fait furent trop effrayés par le crépitement des armes que pour s'éloigner de
leurs cages.
Plus au sud, une autre brigade peina à franchir la Ravebeek dont
la crue avait formé des marécages larges d'une trentaine de mètres dans lesquels
les assailants durent progresser avec de l'eau jusqu'à la ceinture.
Au centre, la troisième brigade progressa quelque peu avant
d'être prise sous le feu des mitrailleuses.
A l'extrême droite enfin, la quatrième brigade progressa plus
aisément, le long de la voie ferrée Roulers-Ypres, et, malgré les mitrailleuses
ennemies, parvint à s'approcher à 700 mètres de Passendale.
Toutefois, privée de soutien sur ses flancs, cette brigade fut
contrainte de se replier.
A la tombée de la nuit, l'ensemble des troupes d'assaut furent
avisées d'une retraite générale jusqu' à une ligne situé à 500 mètres à peine en
avant du point de départ initial de l'offensive.
En cette journée du 9 octobre, 6.000 Britanniques
périrent.
Le compte-rendu allemand qualifia les pertes des leurs de
"chiffre énorme" et ajouta "les souffrances endurées étaient sans
commune mesure avec l'avantage acquis au bout d'une journée de
combat".
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