Les batailles célèbres de l'histoire
 
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La guerre en Afrique
1914 - 1918
 
 
L'extension du conflit aux colonies
 
 
La première guerre mondiale, essentiellement européenne, ne tarda cependant pas à s'étendre aux colonies allemandes disséminées dans le monde.
 
Dans le Pacifique, les Australiens et Néo-Zélandais s'emparèrent aisément de l'archipel Bismarck (Nouvelle-Guinée Papouasie) tandis que les Japonais, alliés à l'Entente, firent main basse sur plusieurs îles du Pacifique et quelques comptoirs chinois, dont le port de Lia-Dong.
 
L'essentiel de l'action se concentra cependant sur l'Afrique où les quatre colonies allemandes - le Togo, le Cameroun, le Sud-Ouest africain (Namibie) et l'Afrique orientale allemande (Tanzanie actuelle) - étaient frontalières de colonies de membres de l'Entente, soit la Grande-Bretagne, la France, la Belgique ou le Portugal.
 
La plus belle des colonies allemandes était l'Afrique orientale, frontalière de l'Afrique orientale britannique (actuel Kenya) dans le secteur du Kilimandjaro.
Très étendu, ce territoire avait bénéficié de grands travaux d'infrastructure dont les moindres n'étaient pas les constructions de multiples voies ferrées et du port de Dar es-Salaam.
Un tel territoire ne pouvait qu'attirer la convoitise des Alliés et, surtout, de la Grande-Bretagne qui pouvait intervenir de par le monde grâce à sa domination maritime.
 
Le contrôle des colonies fut loin d'engager des effectifs importants mais les profits espérés étaient énormes.
La plupart du temps, les troupes coloniales furent recrutées sur place et s'illustrèrent dans les combats de brousse ou les opérations de guerilla mais, par contre, se montrèrent inaptes à des opérations conventionnelles et peu sensibles aux contraintes de la logistique et des déplacements d'immenses convois de ravitailement.
 

Paysage de Tanzanie...

ex Afrique Orientale Allemande...

 
Des conquêtes aisées
 
 
Bordé sur trois côtés par des possessions britanniques ou françaises et défendu par moins de 4.000 hommes, dont 250 Allemands, le Togo fut attaqué dès l'ouverture du conflit.
En date du 27 août 1914, la colonie offrit sa reddition.
 
Le Cameroun offrit une résistance plus sérieuse.
Il était prévu que la colonie soit attaquée par les Français, à partir du Congo, et par les Britanniques, à partir du Nigéria.  Toutefois, les difficultés du terrain, des conditions météo défavorables et un état de préparation peu avancé des forces alliées permirent aux Allemands de résister à l'offensive et, même, de faire quelques incursions au Nigéria britannique.
La marine britannique captura toutefois les ports du Cameroun et les Allemands furent finalement contraints de refluer vers l'intérieur des terres en perdant, progressivement, leurs stations radio.
En février 1916, le Cameroun se rendit.
 
Au Sud-Ouest africain, les Allemands abandonnèrent leurs comptoirs côtiers de Swakopmund et Lüderitz et se replièrent vers leur capitale, Windhoek, située au centre de la colonie.
Ils tentèrent dès lors de lancer des raids en Afrique du Sud mais, peu nombreux, eurent rapidement le dessous et durent capituler après la chute de Windhoek, le 12 mai 1915.
 
 
 
Le problème de l'Afrique orientale allemande
 
 
Restait l'Afrique orientale allemande dont la frontière nord longeait la vitale voie de chemin de fer de l'Ouganda, seule voie de ravitaillement britannique entre ce pays et le port de Mombassa au Kenya.
 
Il fut estimé que les forces allemandes (en comptant les indigènes, les Allemands et des réservistes) avoisinaient les 10.000 hommes, bien équipés et disposant d'une appréciable quantité de mitrailleuses.
 
En Ouganda et au Kenya actuel, les Britanniques ne disposaient que de 2.500 indigènes et 1.500 combattants européens.
Sur mer cependant, les Britanniques disposaient d'une domination totale.  Ainsi, le 13 août 1914, la Navy bombarda Dar es-Salaam et un commando effectua un débarquement qui aboutit à la destruction d'une station radio.
Sur le lac Nyasa (actuel lac Malawi), un navire allemand fut capturé.
 
La Navy subit toutefois un échec lors d'un débarquement à Tanga en novembre 1914. 
Les Britanniques avaient en effet prévu d'entamer la conquête de la colonie par la prise de ce port, puis par la remontée progressive de la voie ferrée d'Usumbara.
Deux divisions indiennes, 8.000 hommes mal équipés et peu formés aux combats, quittèrent Bombay le 16 octobre 1914.  Les navires atteignirent Tanga le 2 novembre mais aucun débarquement ne fut tenté avant le lendemain, ce qui laissa aux Allemands le temps nécessaire pour réagir.
Lorsque les premières unités britanniques débarquèrent, le 3 novembre, sur la plage A, elles furent clouées sur place par des tirs de mitrailleuses.
Le gros des troupes britanniques parvint toutefois à débarquer sur les plages B et C, situées un peu plus au nord.
Craignant d'avoir à faire à trop forte partie, le commandant allemand de la colonie, le colonel Paul von Lettow-Vorbeck, faillit donner l'ordre d'évacuer la ville.  Il n'en fit finalement rien, ayant pu juger de l'importance réelle des forces alliées au cours d'une reconnaissance à bicyclette effectuée au matin du 4 novembre.
Ce même matin les Britanniques attaquèrent la ville de Tanga en force mais furent refoulés par les tirs de mitrailleuses.  Un régiment indien prit la fuite dans la plus grande panique.  Comble de malheur pour les Britanniques, certains de leurs soldats furent mis en fuite par des essaims de féroces abeilles africaines...
Durant la nuit du 4 au 5 novembre, les Allemands refoulèrent les envahisseurs jusqu'à la péninsule de Ras Kasone et les Britanniques décidèrent d'un rembarquement. 
Le 6 novembre 1914 à 15H20, l'opération britannique prit fin même si une multitude de blessés et un demi-million de cartouches avaient du être laissé à terre.
 

Carte des opérations de Tanga

Paul von Lettow-Vorbeck

 
Une longue campagne
 
 
Comme prévu par les Britanniques, les Allemands effectuèrent bien des raids, entre août et octobre 1914, contre le chemin de fer de l'Ouganda.  Les effets de ces raids restèrent insignifiants et, progressivement, les Britanniques reçurent des renforts.
 
Le 25 février 1915, les Britanniques firent le blocus de la côte, plaçant les troupes allemandes en situation d'assiégés.
Coupée de l'extérieur, la Schutztruppe se borna à conserver le contrôle de ses positions, forte de deux avantages cruciaux : un bon armement et l'existance de bonnes lignes de communication avec l'intérieur du pays.
 

Carte générale de l'Afrique Orientale Allemande

 
Au début de l'année 1916, le commandement allié de la zone fut confié au général de corps d'armée sud-africain Jan Smuts.
 
En cette année 1916, les effectifs de la Schutztruppe, la troupe coloniale allemande, étaient de 2.000 soldats allemands et de 8.000 soldats indigènes, les Askari.
De son côté, Smuts disposait de 27.000 combattants - britanniques, sud-africains, indiens et indigènes - 71 canons et 123 mitrailleuses.
Smuts envisagea une double invasion.  Il attaquerait en force à partir du Nord tandis que des troupes britanniques et belges attaqueraient de l'Est, à partir des secteurs des lacs Victoria, Kivu, Tanganiyka et Nyasa.
Smuts avait toutefois un problème de taille : pour forcer la frontière nord, il lui fallait faire sauter un verrou large de 30 kilomètres, coincé entre le Kilimandjaro et les monts Pare, où les Allemands s'étaient retranchés et où von Lettow disposait de l'avantage de la voie ferrée d'Usumbara (auj. Bujumbura) qui lui permettait, si nécessaire, de déplacer rapidement ses forces.
Les soldats de Smuts durent franchir un grand territoire désertique, dépouvu de point d'eau, avant d'aborder une zone de savane parsemée de lits de rivières asséchées.
Entre les massifs montagneux coulaient deux rivières, la Lumi, qui, selon un axe nord-sud, se jettait dans le lac Jipe, et la Ruvu, issue du lac et qui se transformait en marécage au pied des monts Pare.  Les positions tenues en hauteur par von-Lettow semblaient donc des plus imprenables.
 
Smuts envisagea une action de flanc et ordonna à sa 1ère division de traverser 65 kilomètres de brousse et de s'emparer de Boma Ngombe avant de contourner le massif par le sud et de fondre sur les arrières allemands dans le secteur de Kahe.
Dans le même temps, la 2ème division britannique lançerait un assaut frontal pour s'emparer des hauteurs de Chala et Taveta, ainsi que de celle de Salaita.
 
Les assauts furent lançés les 5 et 8 mars 1916.  Menacé d'encerclement, von-Lettow dut battre en retraite vers le lac Jipe et, par des combats d'arrière-garde, parvint à franchir la Ruvu et à se mettre à l'abri.
 

Carte des opérations autour des monts Pare

Le champ de bataille au pied du Kilimandjaro

 
Smuts décida de garder ses positions le long de la Ruvu, entre les deux massifs montagneux, durant la saison des pluies.
Dans le même temps, il envoya son subordonné, van Deventer, à la tête d'une nouvelle troupe forte de 1.200 cavaliers et 7.000 fantassins et artilleurs en direction du Sud afin de menacer Konoa Irangi et la voie ferrée centrale.
 
Van Deventer quitta Arusha le 3 avril 1916.  Le 13, il s'empara de Lolkisale et Ufiome.  Toutefois les fortes pluies transformèrent le sol en bourbier et ralentirent la progression alliée.  Comble de malheur, des ponts furent emportés par les cours d'eau en crue et des centaines de chevaux et mules furent perdues du fait de la maladie du sommeil causée par la mouche tsé-tsé qui pullule dans la région.
Malgré ces difficultés, van Deventer s'empara de la localité stratégique de Kondoa Irangi, le 19 avril.  Le 7 mai, von Lettow contre-attaqua mais fut repoussé.
 
A la fin du mois de mai 1916, les forces de Smuts, réparties en trois colonnes, progressèrent vers le Sud en suivant respectivement la rivière Pangani, la voie de chemin de fer d'Usumbara et les monts Pare.
Au même moment, 2.000 soldats britanniques, soutenus par des Belges, franchirent la frontière de l'Ouest dans le secteur du lac Victoria.
 
Confronté à cette double attaque, Lettow perdit Handeni, le 19 juin, et fut forcé d'abandonner les monts Usumbara.  Le 7 juillet 1916, les Alliés prirent le port de Tanga.  Bagamoyo tomba, puis Dar es-Salaam qui fut conquise le 4 septembre 1916.
 
Le 24 juin 1916, la force de van Deventer reprit l'offensive vers le sud-ouest.  Saranda tomba le 14 juillet, puis Kilimantinde, le 12 août.  Ce même mois, les Alliés coupèrent la voie ferrée centrale dont ils prirent le contrôle sur 160 kilomètres.
 
Von Lettow dut se replier vers les monts Nguru , une zone de 80 kilomètres sur 30, parsémée de rochers, de marécages et de forêts, lieu de refuge idéal d'une force sur la défensive.
 
Le 8 août, les Britanniques s'emparèrent de Morogoro mais Lettow parvint à échapper à l'encerclement et se replia le long de la rivière Mgeta. 
Smuts était confiant.  Les Allemands avaient perdu leurs positions stratégiques et avaient été refoulés dans le sud-est du pays, au sein de zones marécageuses infestées de paludisme.
 
En mai 1917, la Schutztruppe se scinda en deux.  A la tête de 5.000 hommes, Lettow se dirigea vers la vallée de Matandu.  L'autre groupe, fort de 3.000 hommes sous les ordres du capitaine Tafel, se replia sur Mahenge, distante de 250 kilomètres.  Rapidement isolé, Tafel fut contraint de se rendre le 28 novembre 1917.
Pour sa part, bien décidé à éviter la capture, Lettow livra bataille, cinq jours durant, dans les marécages de Mahiwa contre une force britannique théoriquement écrasante et n'en remporta pas moins la victoire, perdant 96 hommes contre 3.000 pour ses adversaires.  Il franchit ensuite le Rovuma et envahit l'Afrique orientale portugaise (actuel Mozambique) où il poursuivit la lutte à la tête d'une force désormais constituée à 98% de Noirs qui vouèrent à leur chef, qui s'adressait à eux dans leur propre dialecte, une admiration sans borne.
 
Reposée, sa troupe envahit la Rhodésie britannique et s'empara, le 13 novembre 1918, deux jours après la fin du conflit, de la ville majeure de Kasama.
Informé tardivement de la fin du conflit, Lettow fit sa reddition à Abercorn, en Zambie, le 23 novembre 1918.
 
 
 
Un héros oublié
 
 
Lors de sa reddition, Lettow apprit, de ses adversaires, que le Kaiser lui avait décerné, en 1916, l'ordre "Pour le Mérite", la plus haute distinction de l'armée allemande.
Bien qu'ayant perdu 90% de ses effectifs initiaux, il avait, avec 10.000 hommes, infligé 60.000 pertes à ses adversaires et retenus 130.000 soldats alliés durant plus de trois ans, dans des opérations qui avaient coûté 70 millions de livres sterling.
 
Revenu en héros en Allemagne, Lettow fut promu général en janvier 1919.
Il perdit son poste en participant à une tentative de coup d'Etat en 1920.
Reconverti dans la politique, il siégea en tant que Nationaliste.  Non raciste, et pour cause, il s'éloigna des Nazis après 1930.  Plus ou moins contraint d'accepter un poste de général dans la Wehrmacht en 1938, il ne prit part à aucune opération en raison de son grand âge.
Sans ressources après 1945, il devint jardinier.  La République Fédérale Allemande ayant omis de lui prévoir une pension, ce fut son ancien adversaire, Smuts, qui lança une souscription privée en Afrique du Sud afin de lui en fournir une.
Lettow mourut en 1964, à l'âge de 94 ans.  Quelques-uns de ses anciens Askaris firent le déplacement pour assister à ses funérailles.
Après sa mort, et sans doute à cause du battage médiatique effectué à l'occasion, la R.F.A. prit la décision d'octroyer une pension à ses anciens combattants africains de 1914-1918, près de 50 ans après la fin de la guerre...
 
 
 
L'influence de la guerre en Afrique
 
 
En 1919, la Société Des Nations octroya un mandat relatif aux anciennes colonies allemandes aux puissances victorieuses.
La Grande-Bretagne reçut le mandat pour l'Afrique orientale allemande, rebaptisée Tanganyika.  Le Togo et la Cameroun furent divisés entre Français et Britanniques.
Le Sud-Ouest Africain tomba dans le giron de l'Afrique du Sud.
 
Les Allemands furent définitivement chassés d'Afrique, ce qui profita aux Nazis qui exploitèrent le ressentiment et ne cessèrent de réclamer le retour des anciennes possessions.