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Smuts décida de garder ses positions le
long de la Ruvu, entre les deux massifs montagneux, durant la saison des
pluies.
Dans le même temps, il envoya son subordonné, van Deventer, à la
tête d'une nouvelle troupe forte de 1.200 cavaliers et 7.000 fantassins et
artilleurs en direction du Sud afin de menacer Konoa Irangi et la voie ferrée
centrale.
Van Deventer quitta Arusha le 3 avril 1916. Le 13, il s'empara de
Lolkisale et Ufiome. Toutefois les fortes pluies transformèrent le
sol en bourbier et ralentirent la progression alliée. Comble de
malheur, des ponts furent emportés par les cours d'eau en crue et des centaines de
chevaux et mules furent perdues du fait de la maladie du sommeil causée par
la mouche tsé-tsé qui pullule dans la région.
Malgré ces difficultés, van Deventer s'empara de la localité
stratégique de Kondoa Irangi, le 19 avril. Le 7 mai, von Lettow
contre-attaqua mais fut repoussé.
A la fin du mois de mai 1916, les forces de Smuts, réparties en
trois colonnes, progressèrent vers le Sud en suivant respectivement la rivière
Pangani, la voie de chemin de fer d'Usumbara et les monts Pare.
Au même moment, 2.000 soldats britanniques, soutenus par des
Belges, franchirent la frontière de l'Ouest dans le secteur du lac
Victoria.
Confronté à cette double attaque, Lettow perdit Handeni, le 19
juin, et fut forcé d'abandonner les monts Usumbara. Le 7 juillet 1916,
les Alliés prirent le port de Tanga. Bagamoyo tomba, puis Dar es-Salaam
qui fut conquise le 4 septembre 1916.
Le 24 juin 1916, la force de van Deventer reprit l'offensive vers
le sud-ouest. Saranda tomba le 14 juillet, puis Kilimantinde, le 12
août. Ce même mois, les Alliés coupèrent la voie ferrée centrale dont ils
prirent le contrôle sur 160 kilomètres.
Von Lettow dut se replier vers les monts Nguru , une zone de 80
kilomètres sur 30, parsémée de rochers, de marécages et de forêts, lieu de
refuge idéal d'une force sur la défensive.
Le 8 août, les Britanniques s'emparèrent de Morogoro mais Lettow
parvint à échapper à l'encerclement et se replia le long de la rivière
Mgeta.
Smuts était confiant. Les Allemands avaient perdu leurs
positions stratégiques et avaient été refoulés dans le sud-est du pays, au sein
de zones marécageuses infestées de paludisme.
En mai 1917, la Schutztruppe se scinda en deux. A la tête
de 5.000 hommes, Lettow se dirigea vers la vallée de Matandu. L'autre
groupe, fort de 3.000 hommes sous les ordres du capitaine Tafel, se replia sur
Mahenge, distante de 250 kilomètres. Rapidement isolé, Tafel fut contraint
de se rendre le 28 novembre 1917.
Pour sa part, bien décidé à éviter la capture, Lettow livra
bataille, cinq jours durant, dans les marécages de Mahiwa contre une force
britannique théoriquement écrasante et n'en remporta pas moins la victoire,
perdant 96 hommes contre 3.000 pour ses adversaires. Il franchit ensuite
le Rovuma et envahit l'Afrique orientale portugaise (actuel Mozambique) où il
poursuivit la lutte à la tête d'une force désormais constituée à 98% de Noirs
qui vouèrent à leur chef, qui s'adressait à eux dans leur propre dialecte, une
admiration sans borne.
Reposée, sa troupe envahit la Rhodésie britannique et s'empara,
le 13 novembre 1918, deux jours après la fin du conflit, de la ville majeure de
Kasama.
Informé tardivement de la fin du conflit, Lettow fit sa
reddition à Abercorn, en Zambie, le 23 novembre 1918.
Un héros
oublié
Lors de sa reddition, Lettow apprit, de ses
adversaires, que le Kaiser lui avait décerné, en 1916, l'ordre "Pour le Mérite",
la plus haute distinction de l'armée allemande.
Bien qu'ayant perdu 90% de ses effectifs initiaux, il avait,
avec 10.000 hommes, infligé 60.000 pertes à ses adversaires et retenus 130.000
soldats alliés durant plus de trois ans, dans des opérations qui avaient coûté
70 millions de livres sterling.
Revenu en héros en Allemagne, Lettow fut promu général en
janvier 1919.
Il perdit son poste en participant à une tentative de coup
d'Etat en 1920.
Reconverti dans la politique, il siégea en tant
que Nationaliste. Non raciste, et pour cause, il s'éloigna des Nazis
après 1930. Plus ou moins contraint d'accepter un poste de général dans la
Wehrmacht en 1938, il ne prit part à aucune opération en raison de son grand
âge.
Sans ressources après 1945, il devint jardinier. La
République Fédérale Allemande ayant omis de lui prévoir une pension, ce fut son
ancien adversaire, Smuts, qui lança une souscription privée en Afrique du Sud
afin de lui en fournir une.
Lettow mourut en 1964, à l'âge de 94 ans. Quelques-uns de
ses anciens Askaris firent le déplacement pour assister à ses funérailles.
Après sa mort, et sans doute à cause du battage médiatique
effectué à l'occasion, la R.F.A. prit la décision d'octroyer une pension à ses
anciens combattants africains de 1914-1918, près de 50 ans après la fin de la
guerre...
L'influence de la guerre
en Afrique
En 1919, la Société Des Nations octroya un
mandat relatif aux anciennes colonies allemandes aux puissances
victorieuses.
La Grande-Bretagne reçut le mandat pour l'Afrique orientale
allemande, rebaptisée Tanganyika. Le Togo et la Cameroun furent divisés
entre Français et Britanniques.
Le Sud-Ouest Africain tomba dans le giron de l'Afrique du
Sud.
Les Allemands furent définitivement chassés d'Afrique, ce qui
profita aux Nazis qui exploitèrent le ressentiment et ne cessèrent de réclamer
le retour des anciennes possessions.
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