Les batailles célèbres de l'histoire
 
Attention, le site déménage
Nouvelle adresse : ici
 
 
 
Le Chemin des Dames
16 avril - 15 mai 1917
 
 
Une année peu prometteuse
 
 
Au début de l'année 1917, le cours de la guerre ne semblait guère favorable aux Alliés. 
Même si l'Allemagne avait subi des pertes sévères, ses armées occupaient nombre de territoires étrangers. 
La Roumanie avait été vaincue et la jonction des Empires centraux avec leur allié turc avait été assurée.  Pour sa part, la Russie s'effondrait sous les coups des révolutionnaires et signait une paix séparée...
 
Parmi les rares bonnes nouvelles arrivées dans le camp allié, il fallait citer l'entrée en guerre à leurs côtés, le 2 avril 1917, des Etats-Unis d'Amérique.  Toutefois, l'aide américaine allait encore mettre du temps à se faire sentir.
L'effort de guerre à l'Ouest reposait donc sur 2.600.000 soldats français et coloniaux, 1.200.000 Britanniques, et 100.000 Belges.  Les Alliés bénéficiaient ainsi de la supériorité numérique, engageant 3.900.000 soldats contre 2.500.000 Allemands.  A cette date toutefois, la supériorité numérique de l'assaillant ne pesait plus lourd face à la puissance de feu des défenseurs.
 
 
 
Le plan de Nivelle
 
En dépit des circonstances, les Alliés n'avaient pas perdu espoir de réussir la percée recherchée depuis près de trois ans.
 
En décembre 1916, le général Robert Nivelle remplaça Joffre au commandement des armées du Nord et du Nord-Est.  Nivelle s'était distingué quelques mois plus tôt, dans le secteur de Verdun , en favorisant l'emploi de barrages d'artillerie roulants qui permettaient à l'infanterie de progresser à l'abri des tirs de canons.
 
Au début de 1917, Nivelle proposa d'appliquer cette tactique à une plus large échelle en attaquant dans le secteur dit du Chemin des Dames.

Robert Nivelle

 
Le Chemin des Dames
 
 
Le Chemin des Dames s'étend sur une trentaine de kilomètres sur une ligne de crêtes entre Laon et Soissons, dans l'Aisne.
Petit chemin champêtre, il fut empierré à la fin  du XVIIIe siècle pour en faciliter l'usage par les filles de Louis XV, Adélaïde et Victoire.  En l'honneur des élégantes, il qui prit le nom de Chemin des Dames.
 
 
 
 
Mauvais augure
 
 
Le 15 février, les Allemands s’emparèrent du plan d’attaque générale sur le corps d'un officier tué. Les Anglais souhaitèrent abandonner le projet, mais Nivelle ne renonça pas.

Anticipant l'attaque des Alliés, le général allemand Ludendorff décida de replier ses troupes à l'abri d'un réseau de tranchées, la ligne Hindenburg, et renforça le secteur de 13 divisions supplémentaires.  Le terrain abandonné fut fortement piégé et les points d'eau empoisonnés.
 
La situation s'en trouva fortement modifiée mais Nivelle ne changea rien à son plan, restant persuadé d'une percée aisée.  Jamais il ne sembla se rendre compte de la présence de 43 divisions allemandes, à peine moins que le nombre de divisions alliées, et de l'absence de tout avantage pour les assaillants.
Ne manquant pas de prédire une attaque fracassante, Nivelle déclara : « l’artillerie pulvérisera les défenses allemandes, les troupes françaises franchiront la colline et prendront leur petit déjeuner le lendemain à Laon ».
 
 
L'assaut
 
 
L'offensive Nivelle, également connue sous le nom de "seconde bataille de l'Aisne", débuta le 9 avril 1917 par une attaque de diversion britannique dans le secteur d'Arras.  Cette diversion connut un succès certain car les Allemands furent contraints à une retraite de 10 kilomètres après plusieurs jours de lutte.
 
L'assaut principal sur le Chemin des Dames fut lancé à l'aube du 16 avril, après une forte préparation d'artillerie.
Tirailleurs sénégalais en tête, 20 divisions françaises se heurtèrent aux solides positions tenues par la septième armée allemande.  Soumis à des tirs d'armes automatiques, les assaillants tombèrent par millers d'autant plus qu'ils tentèrent de chasser l'ennemi de positions dominantes (plateau de Californie, caverne du Dragon,...).  Sur le plateau, chaque ferme avait été transformée en forteresse, chaque bosquet et chaque casemate de première ligne regorgeaient de mitrailleuses.  Tel fut  le rempart que les Français durent franchir.
Nivelle tenta de soutenir son infanterie en lançant dans la bataille de peu performants chars Schneider, affligés d'un réservoir à l'avant, qui furent aisément mis hors de combat par les défenseurs.
 
Au soir du 16 avril, l'avance n'était que de 500 mètres.  Cette progression insignifiante avait coûté 30.000 hommes aux Français.
 
Nivelles s'obstina.  Au 30 avril, il avait perdu 147.000 soldats contre 21.000 pour les Allemands.  Consolation insignifiante, les Français s'étaient emparés du village de Craonne, réduit à un tas de ruines, le 19 avril.
 
Les soldats se sentirent victimes d’une scandaleuse boucherie dont le seul but avait été de satisfaire l’appétit de gloire d’un général qui les avait sacrifiés.  Finalement, devant l'étendue du massacre et la chute du moral des unités françaises, Nivelle fut destitué, le 15 mai, et remplacé par Philippe Pétain.
 
L'offensive du Chemin des Dames fut une défaite gravissime pour les Français.
Annoncée comme La bataille décisive, elle se solda par un massacre et un échec total.  Au final, la France y perdit plus de 180.000 hommes (jusqu'à 280.000 selon certaines sources).  Sur un front de 30 kilomètres de large, cela représente 6 hommes perdus par mètre de front....
Pertes effroyables... pour un résultat nul...
 

Vues du secteur du Chemin des Dames

 

Plateau de Californie vu des positions allemandes vers les positions françaises

 
Les mutineries de 1917
 
 
L'échec sanglant de Nivelle sur le Chemin des Dames, additionné aux conditions de vie effroyables sur le front, aboutirent à de multiples mutineries dans les rangs français.  Le remplacement de Nivelle par Pétain n'y changea rien. 
Les mutineries ne cessèrent de se développer durant tout l'été 1917, au point de toucher près des 2/3 des régiments français.  Ces mutineries se manifestèrent essentiellement par des refus collectifs des assauts. Les soldats acceptèrent de conserver les positions, mais refusèrent de participer à de nouvelles attaques vouées à l'échec.
 
Philippe Pétain parvint finalement à calmer ces rébellions en adoptant une stratégie moins offensive, et en améliorant le sort des soldats (surtout en matière de permissions).
 
Les mutineries ne restèrent toutefois pas impunies.  Environ 3.500 condamnations furent prononcées par les conseils de guerre.  Il y eut ainsi 1381 condamnations aux travaux forcés ou à de longues peines de prison et 554 condamnations à mort dont une cinquantaine furent effectives .
 

Exécution d'un mutin dans le secteur de Verdun