|
L'offensive
Broussilov
Juin - août
1916
Le redressement
russe
En 1915, l'Allemagne avait remporté de
considérables succès sur le front Est. L'armée russe, très ébranlée, avait
été contrainte d'abandonner de larges parts de son territoire et ne semblait
guère en état de mener une offensive majeure. Les Allemands et les
Autrichiens profitèrent de la situation pour transférer d'importants effectifs
sur les fronts français et italien.
Profitant de cette accalmie, la Russie opéra un redressement
inattendu. Ses usines produisirent une quantité inespérée d'armes (jusqu'à
100.000 fusils par mois) et le pays reçu un équipement important provenant des
nations alliées.
Durant l'hiver 1915, les plans coordonnés alliés n'avaient prévu
qu'un effort modeste de la part de la Russie, en raison des importantes pertes
subies jusque là.
L'offensive allemande de Verdun , conjuguée à des efforts
autrichiens sur le front italien, contraignirent les Alliés à réviser leurs
plans. Les Franco-Italiens implorèrent les Russes de prendre
l'offensive afin de soulager la pression ennemie à l'Ouest. Cette demande
survint alors que les préparatifs russes n'étaient pas terminés. Comme les
fois précédentes pourtant, les Russes acceptèrent sans hésitation.
La première tentative des armées du tsar se produisit
sur le front balte, aux abords du lac Narocz, en mars-avril 1916.
Ne bénéficiant d'aucune couverture aérienne et d'une artillerie insuffisante, dépourvus de toute
protection contre les gaz, les Russes y perdirent plus de 100.000 combattants
contre 15.000 à 20.000 Allemands.
Le plan de
Broussilov
Devant l'insistance des Alliés, une nouvelle
offensive russe fut envisagée dans le secteur sud du front, face à l'adversaire
autrichien. L'offensive fut confiée à un général combattif et optimiste :
Alexis Broussilov.
Son commandement s'édendait sur quatre armées disposées entre
Kovel, au nord, et Tchernovtsy, sur la frontière roumaine, au sud.
Face aux Russes se dressaient quatre armées austro-hongroises
d'une grande diversité ethnique, avec des recrues d'origine allemande,
hongroise, polonaise et italienne. Considérés comme peu favorables à la
cause de l'empire des Habsbourg, les effectifs tchèques, slovènes et ruthènes ne
furent engagés qu'en petit nombre.
Comme Broussilov ne pouvait compter sur une supériorité
numérique - 38 divisions contre 37, bien loin du rapport de force de 3 contre 1
souhaitable pour toute offensive, il misa sur son seul atout : la
surprise. Il décida de lancer ses quatre armées sur un front large au lieu
de les regrouper comme le prescrivait la doctrine militaire de l'époque.
De même, Broussilov renonça à la classique et longue préparation d'artillerie
qui détruisait les défenses adverses mais prévenait aussi l'adversaire de l'axe
principal de l'offensive.
En face, les Autrichiens avaient élaboré un impressionant
dispositif défensif constitué de 5 lignes de tranchées profondes épaulées par
des défenses en bois et en béton comparables à celles du front de
l'Ouest.
Ainsi protégés, les Autrichiens avaient aménagé des
boulangeries, conserveries, fabriques de saucisses, ateliers de fumage de
viande... Ils s'étaient également mis à cultiver des légumes et céréales
dont la récolte allait profiter aux Russes.
L'offensive
L'offensive Broussilov débuta le 4 juin 1916
après un court bombardement d'artillerie.
Sur un front de 320 kilomètres, les Russes prirent d'assaut les
lignes autrichiennes dont les défenseurs prirent la fuite en désordre ou se
rendirent par milliers. Dès le premier jour, les Russes firent 13.000
prisonniers. Les faiblesses internes de l'armée austro-hongroise
apparurent au grand jour lorsque les Tchèques se rendirent en masse aux Russes,
les saluant comme des frères slaves et des libérateurs.
Le 6 juin, les pertes autrichiennes s'élevaient à 900 officiers,
40.000 hommes, 77 pièces d'artillerie et 134 mitrailleuses. Les Russes
progressèrent d'une quinzaine de kilomètres sur un front large de 50
kilomètres. A la date du 9, Broussilov avait fait plus de 70.000
prisonniers et avait remporté le plus large succès russe de cette guerre.
La progression russe gagna en vitesse et, en un mois, les
soldats du tsar avançèrent d'une centaine de kilomètres sur toute la largeur du
front concerné. Les Autrichiens y perdirent encore 350.000 prisonniers,
400 canons et 1.300 mitrailleuses.
Sérieusement inquiets, les Autrichiens réclamèrent l'aide des
Allemands. Ces derniers, bénéficiant de meilleures communications,
envoyèrent progressivement des renforts au sud.
|