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La bataille de
Shiroyama
24 septembre
1877
Un monde en
évolution
Au début des années 1870, le Japon, qui
vivait en autarcie depuis des siècles, s'ouvrit à l'étranger. Depuis 1868,
l'empereur Meiji, porté au pouvoir par les samouraïs, régnait sur le pays.
Une fois au pouvoir, ce dernier, reniant le passé, s'entoura de conseillers
européens et américains. Sous leur influence, la population locale
s'intéressa progressivement aux nouveautés.
Plus d'un millier de châteaux furent détruits sur ordre
impérial. Les grands seigneurs, dépossédés de leurs terres, se virent
incapables de subvenir aux besoins de plus d'un million de samouraïs. Ils
fut conseillé à ces derniers de se reconvertir dans d'autres activités.
Le ministre de la Guerre, Saigo Takamori, défendit en
vain leur cause auprès de l'empereur.
Une expédition guerrière à l'étranger aurait grandement
satisfait les samouraïs Saigo Takamori tenta d'influencer l'empereur
en vue d'une intervention militaire en Corée. L'empereur Meiji refusa sur
l'avis de ses conseillers étrangers qui considéraient que le Japon n'était
pas assez fort. En 1873, une armée de 3.000 hommes dirigée par
le frère de Saigo Takamori, Tsugumichi, avait honteusement échoué lors d'une
tentative d'invasion de Formose.
Guère écouté, Saigo Takamori quitta le gouvernement et se
réfugia dans la grande île de Kyushu. Saigo se consacra à la
direction de l'une des dernières écoles du Japon, qui enseignait les traditions
à de jeunes fils de samouraïs. Secrètement, Saigo espèra former
une nouvelle génération de guerriers capables de résister à l'influence
européenne.
Les premières
révoltes
La première révolte éclata en 1874 dans le
nord de l'île de Kyushu à l'instigation de l'ancien ministre de la Justice, Etô
Shimpei. Les 2.000 samouraïs révoltés furent rapidement mis au pas par
l'armée régulière. Les survivants furent exécutés et la tête d'Etô Shimpei
fut exhibée en public.
Deux événements majeurs survinrent en
1876 :
-
l'interdiction du port du sabre pour les samouraïs. Le
sabre fut dorénavant réservé aux seuls officiers de l'armée
régulière.
-
la suppression des pensions versées aux samouraïs par le
gouvernement. En 1876, ces pensions représentaient le tiers des dépenses
de l'Etat et celui-ci décida, fort logiquement, qu'il serait dorénavant plus
profitable d'investir dans l'industrie naissante que d'entretenir un symbole
d'un passé révolu.
En juillet 1876, 200 samouraïs, armés de leurs seuls
katanas, s'élançèrent à l'assaut du château de Kumamoto. Malgré leurs
armes modernes, les soldats impériaux plièrent sous l'attaque et durent
abandonner la cour du fort. Les pertes grimpèrent de part et d'autre et,
finalement, les rebelles durent reculer. Refusant le déshonneur de la
captivité, ils se suicidèrent selon le rite traditionnel du
seppuku. Ce fut la première fois que de simples
conscrits s'imposèrent face aux samouraïs.
En octobre, 400 samouraïs, dirigés par l'ancien ministre de la
Guerre Maebara Issei, furent battus devant le château de Hagi. Les assaillants
furent fauchés par les armes à feu avant même d'avoir atteint les
remparts.
L'insurrection de
1877
Devant la menace d'une révolte générale, le gouvernement
décida de transférer l'important arsenal de Kagoshima vers Osaka. Le 30
janvier 1877, un navire entra dans la baie avec pour mission d'embarquer les armes
et les munitions de l'arsenal. Les samouraïs ayant été mis au courant
de l'opération bloquèrent le passage aux soldats impériaux qui battirent
prudement en retraite. Contraint de choisir entre la fidélité à
son souverain ou l'honneur des samouraïs, Saigo opta pour le parti des
insurgés. Rapidement considéré comme le chef des révoltés, il décida
de marcher sur Tokyo et rallia de nombreux samouraïs.
La révolte s'étendant à l'ensemble de la province, Saigo décida
de remporter une victoire militaire qui lui permettrait ensuite de négocier avec
le gouvernement.
Le 22 février1877, 15 000 samouraïs se présentèrent devant le
château de Kumamoto. Disposant de rares fusils et manquant de munitions,
ils assiégèrent une garnison équipée de fusils britanniques Enfield et de
carabines américaines Starr. Au bout de 50 jours de siège, les troupes de
Saigo renonçèrent et se replièrent.
Les troupes impériales débarquèrent en masse dès la fin février
et les combats véritables se livrèrent à partir du 8 mars.
A cette date, les troupes rebelles comptaient environ
40.000 hommes dépourvus de tout équipement moderne. Les troupes impériales
comptaient un peu plus de 70.000 hommes avec équipements modernes
et artillerie, sans compter les forces navales.
Le 8, puis le 14 et le 25 mars se déroulèrent de très durs
combats autour de Tawarasaka.
La situation sembla défavorable aux rebelles jusqu'au 26 mars,
puis la situation s’inversa et les samouraïs contraignirent les impériaux au
recul. Pour une raison demeurée inconnue, alors qu’ils étaient en
situation favorable, les insurgés retraitèrent le 27 mars . L’armée impériale
contre-attaqua et obtint la victoire finale.
Peu à peu, les principaux dirigeants de l’armée rebelle
tombèrent au combat. Les troupes, progressivement, perdirent de leur
cohésion.
Le 15 avril, les troupes impériales dégagèrent la forteresse de
Kumamoto. Des émissaires furent envoyés vers Saigo Takamori mais
les tractations diplomatiques échouèrent car les conditions de
reddition semblaient inacceptables à celui-ci.
Dès le mois de juin, les rebelles optèrent pour les combats
de guérilla. Les régions montagneuses fournirent de nombreuses caches aux
insurgés tandis que les maladies affaiblirent les troupes impériales qui, à
cette date, comptaient plus de deux milles morts et quatre milles blessés
et malades.
Mais la supériorité des impériaux était trop flagrante
et ceux-ci continuèrent à gagner du terrain malgré de belles résistances des
samouraïs. Des insurgés se rendirent tandis que des renforts impériaux
arrivèrent en masse pour compenser les pertes.
En septembre, bien qu'à bout de ressources, Saigo parvint
à surprendre les troupes impériales du général Miyoshi à Yokogawa dans
la province d’Osumi. Les impériaux furent furieusement chargés puis totalement
anéantis. Saigo Takamori marcha alors sur Kagoshima qu’il prit sans
résistance.
Le gouvernement, pris de panique, décida d'en finir et
expédia des renforts. Les navires impériaux bloquèrent le port de la ville
tandis que de très nombreuses troupes commençèrent à l'encercler. Pour échapper
à l'anéantissement, Saigo Takamori dut se résoudre à quitter la ville et à
se réfugier sur une position plus favorable, la colline de Shiroyama. Il
atteignit Shiroyama avec 400 hommes seulement. L'armée impériale, pour sa
part, venait de perdre 7 000 nouveaux combattants.
La bataille de Shiroyama
A l'aube du 24 septembre 1877,
les 30 000 soldats du prince Arisugawa et de l’amiral Kawamura Sumiyoshi
encerclèrent les rebelles au pied de la montagne Shiroyama.
La troupe impériale japonaise, vêtue à la
française, se rangea en ordre de bataille devant les mitrailleuses et
les batteries de canons venues d'Angleterre. De l'autre côté de la plaine,
les samouraïs, pour la plupart armés d'arcs et de sabres, n'étaient plus que 300
et étaient conscients de l'échec de leur cause et de leur fin désormais
inéluctable.
La bataille commença par un barrage d'artillerie qui causa
d'énormes pertes dans les rangs des samouraïs. Dans une tentative
désespérée, les hommes de Saigo se lançèrent à l'assaut des rangs impériaux et
causèrent, un instant, une certaine panique mais, laminés par les tirs des
fusils, mitrailleuses et pièces d'artillerie, ils tombèrent pour la plupart
rapidement.
Saigo Takamori lui-même fut touché à l'artère fémorale
par une balle. Ne voulant pas être pris, il demanda à l'un de ses lieutenants de
l'assister dans le seppuku. Il fut enterré après le
suicide rituel. Ecrasés, les insurgés se rendirent en petit nombre mais
l'essentiel et tous les meneurs, se suicidèrent pour ne pas survivre à leur
chef.
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