Les batailles célèbres de l'histoire
 
Pierre Charles Jean Baptiste Sylvestre de Villeneuve (1763-1806)
 
Biographie
 
 
Né en Provence, à Valensole, le 31 décembre 1763, Villeneuve intégra la marine royale en 1778, à l'âge de 15 ans.
 
Nommé enseigne en 1781, il participa aux batailles navales livrées par la flotte française lors de la guerre d'indépendance des Etats-Unis d'Amérique.
 
Lieutenant de vaisseau en 1786, capitaine en 1793, Villeneuve fut destitué cette même année par le régime révolutionnaire qui se méfiait de ce noble.
 
Réintégré en mai 1795, il fut promu contre-amiral en septembre 1796.
 
Participant, comme adjoint de l'amiral Brueys, à la bataille navalle d'Aboukir, il négligea de se porter au secours de son supérieur attaqué par la flotte de Nelson et prit la fuite vers Naples, avec deux vaisseaux et deux frégates, afin, se justifiera-t'il par la suite, "de conserver un potentiel à la marine française ".
 
Accusé de fuite sans combat devant l'ennemi, Villeneuve resta toutefois un personnage incontournable de la marine française et fut nommé vice-amiral en mai 1804.
 
En 1805, Villeneuve fut chargé d'attirer les forces de Nelson vers les Antilles, de revenir très rapidement en Europe afin d'effectuer sa jonction avec les forces espagnoles, puis d'appuyer le débarquement en Angleterre des troupes françaises cantonnées à Boulogne.  Constatant, au bout de cinq mois de mer, l’inexpérience des équipages et la vétusté de nombreux bateaux il demanda, en vain, à être remplacé.
 
Désapprouvant le plan, Villeneuve obéit et attira effectivement les Anglais vers les Antilles avant de rejoindre l'Europe.
Son état d'esprit d'alors apparu dans l'un des ses courriers : "Cette expédition était une erreur dès le départ mais les marins de Paris et d'ailleurs qui se sont mêlés de celà sont vraiment aveugles, blamâbles et stupides.  Notre flotte et les Espagnols ne sont pas capables d'effectuer des manoeuvres et ne sont même pas capables de prendre la mer séparément.  Les officiers et les marins manquent d'expérience; mon propre capitaine n'a pas d'expérience de la guerre et, par conséquent, notre flotte va à l'échec.  Je n'ai jamais été aussi malheureux que je le suis depuis que nous sommes partis.  Je ne souhaite pas cacher mon opinion que nous n'avons aucune chance de gagner".
 
Le 22 juillet 1805, Villeneuve remporta une victoire mineure contre les rares navires anglais de l'amiral Calder au large d'El Ferreol.
Soucieux de mettre sa flotte à l'abri, il négligea de rejoindre Brest, où l'attendait la flotte de débarquement de l'amiral Ganteaume, et trouva refuge dans le port espagnol de Cadix, le 18 août 1805. 
 
Abreuvé d'injures par Napoléon, ayant appris qu'un autre amiral était en route de Paris pour le relever de son commandement, Villeneuve, décida, en octobre, de sortir de Cadix et d'affronter l'ennemi, non sans penser que : "l'ennemi ne se limitera pas aux tactiques de formation usuelles de batailles rangées en lignes parallèles aux nôtres.  Au contraire, il tentera d'entamer notre garde à l'arrière et la traversera dans le but de nous encercler, emportant au loin ceux de notre flotte qu'il aura isolé."
 
Le 21 octobre 1805, assez mal secondé, adoptant un dispositif de bataille des plus mauvais, Villeneuve connut la déroute à Trafalgar, perdant 4.000 marins et 17 vaisseaux.  Au cours de la bataille, les vaisseaux franco-espagnols se placèrent en ligne de bataille, " technique surannée " selon Villeneuve, mais ses équipages n’en connaissaient pas d’autres.  Mal dirigée, la flotte se retrouva dispersée et la bataille s’engagea dans les conditions les plus défavorables.  Les Anglais réussissent aisément à briser la ligne.  Villeneuve ordonna que "tout bateau sans adversaire attaque le navire anglais le plus proche de lui ".   Plus d’une dizaine de vaisseaux franco-espagnols n'exécutèrent pas ses ordres.  Au centre, le "Victory" de l’amiral anglais Nelson se rapprocha du "Bucentaure" de Villeneuve.  Le "Redoutable" s’interposa et l'un de ses marins parvint à blesser mortellement l’amiral Nelson.  L’issue de la bataille était pourtant jouée…  Son navire gravement endommagé, Villeneuve renonça et se rendit.  A l'issue du désastre, il commenta : "Etant donné le genre d'attaques que nous subissions, il était inévitable qu'une série de batailles s'ensuivent et qui, en fin de compte, furent exécutée avec la plus grande audace par les Anglais.  Quant à moi, je suis parfaitement conscient de l'ampleur de mes malheurs et de l'entière responsabilité que je dois porter pour un si grand désastre.  Mon seul désir est de, bientôt, venir me prosterner devant sa Majesté, soit pour expliquer mes actions, soit pour servir de bouc émissaire.  Pas pour l'honneur de notre drapeau qui, ai-je besoin de le préciser, est resté intact, mais pour apaiser les esprits de ceux qui ont péri suite à mon éventuelle imprudence ou parce que j'ai négligé l'une de mes tâches.  Les officiers et les équipages des bateaux de sa Majesté ne pouvaient faire preuve de plus de courage et de dévotion envers leur pays et l'Empereur, mais le temps n'est pas encore venu où la France peut célébrer ses victoires navales avec celles de l'armée du continent.  Tant de bravoure et de dévotion méritaient un meilleur sort".
 
Libéré sur parole par les Anglais en avril 1806, Villeneuve revint en France et, sur le chemin de Paris,  logea dans une auberge de Rennes, sise à l'Hôtel de la Patrie, 21 rue des Foulons.  Le 22 avril 1806, officiellement, il s'y "suicida" de six coups de poignards dans le coeur.  L'enquête confirma le suicide même si de nombreux éléments amenèrent à penser au meutre.  Il faut avouer que pour la police de Fouché, il s'agissait là d'une chose aisée.
 
Villeneuve fut enterré au cimetière de Rennes mais l'emplacement de sa tombe est aujourd'hui perdu.  Peu de temps avant sa mort, il fit parvenir un ultime courrier à son épouse : ".  Dieu m'est témoin que je n'ai jamais recherché les honneurs.   Ma tendre amie, je n’étais pas né pour un pareil sort.  J’y ai été entraîné en dépit de moi-même.  Ah! Je n'étais pas né pour un pareil sort !  Je ne l'ai pas cherché, j'y ai été entraîné malgré moi.  Adieu, adieu." 
Triste fin.  Triste combat.
 
 
 
Que penser de Villeneuve ?
 
 
Qualités : Très grand sens de l'honneur, lucide, obéissant, d'une grande moralité,...
 
Défauts : Peu qualifié pour un commandement majeur, manquant d'audace, indécis, anxieux voire dépressif, ayant tendance à paniquer.  Sa pleine consciente de la médiocrité de ses effectifs l'amenèrent au plus profond scepticisme et à l'abattement.
 
Fidélité à l'Empereur : Villeneuve fut l'incarnation même des officiers de l'Ancien Régime.  Très scrupuleux  à l'égard des instructions reçues...
 
Appréciation générale :  Le symbole même de l'officier supérieur de la marine française décapitée de la période post-révolutionnaire.  Très capable à un niveau subalterne, Villeneuve, à l'instar d'autres amiraux, parvint à un poste supérieur à la suite des purges et immigrations précédentes et y révéla ses limites.  La marine impériale française s'avérait alors bien fragile ; la plupart de ses officiers avaient été guillotinés ou avaient émigré à l’étranger sous la Terreur.  En 1791, il ne restait ainsi que 5 amiraux sur les 42, 40 capitaines de vaisseau sur les 170 et 356 lieutenants sur les 630 initiaux.  L'amiral Villeneuve, victime de circonstances,  a, en ce qui me concerne,  toute mon estime...
 
                          Stratégie : 4/10
                          Tactique : 3.5 /10
                          Charisme : 2/10
                          Note générale : 6,5/20
 

La rue Pont-aux-Foulons, ex-rue des Foulons à Rennes, où s'acheva le parcours de l'amiral Villeneuve