Les batailles célèbres de l'histoire
 
La bataille de Culloden
16 avril 1746
 
 
Tentative de restauration
 
 
En Grande-Bretagne, la "Glorieuse Révolution" de 1688 avait contraint le dernier roi Stuart, Jacques II, à prendre le chemin de l'exil et à abandonner le trône à sa fille, Marie, et à son gendre, Guillaume d'Orange, tous deux protestants.
 
En Ecosse, la plupart des Highlanders souhaitaient le rétablissement des Stuart tandis que le reste du pays, de tendance presbytérienne, soutenait une monarchie protestante.
L'opposition écossaise à l'égard de l'Angleterre fut renforcée lors  du vote, en 1701, de la loi d'Etablissement qui confirma la prédominance protestante sur le trône.  Pis, en 1707, le traité d'Union confirma la réunion de l'Ecosse à l'Angleterre et la création de la Grande-Bretagne, dotée d'un seul drapeau et d'un seul parlement.
 
Malgré la tentative de restauration avortée de Jacques Edouard Stuart, en 1715, nombreux étaient les Ecossais à espérer le rétablissement d'une monarchie catholique.
 
 
 
Le débarquement de Charles Edouard Stuart
 
 
A l'instar de ses ancêtres, Charles Edouard Stuart avait l'intention de récupérer le trône au profit de son père, Jacques Edouard, réfugié en Italie.
Assuré de l'aide de Louis XV et de nombreux clans écossais, dont les Cameron et les MacDonald, le prétendant envisagea rapidement un débarquement en Ecosse.
 
Sans combat, il s'empara de la capitale écossaise, Edimbourg, et, une semaine plus tard, vint à bout d'une force anglaise à Prestonpans, à quelques lieues à l'Est de la capitale.
Bien que ne disposant que de 5.000 hommes, Charles Edouard envisagea de marcher sur Londres et franchit la frontière anglaise en décembre 1745 malgré les exhortations de ses généraux, inquiets  de l'absence des renforts promis par le roi de France.
Malgré la désertion d'un  millier d'hommes, Charles Edouard s'empara de Carlisle, Preston, Manchester et Derby.  Parvenu dans cette ville, il avait accompli la moitié du chemin devant le mener à Londres mais à peine 200 Anglais s'étaient ralliés à lui et aucun débarquement français n'avait été confirmé.  Ayant appris que 3.000 soldats anglais marchaient contre ses forces, le prétendant résolut de se replier vers l'Ecosse où il reçut, enfin, le soutien, plus que symbolique, de trois faibles régiments envoyés par Louis XV.  Contre toute attente, Charles Edouard Stuart fut victorieux d'une armée anglaise à Falkirk (lieu d'une célèbre bataille livrée par la grande figure écossaiseWilliam Wallace au moyen-âge).
 
Toujours soumis à des problèmes de désertions et informé de l'arrivée d'une nouvelle armée anglaise dirigée par le duc de Cumberland, troisième fils du roi légitime Georges II de Hanovre, Charles Edouard décida de se replier vers les Highlands où il espérait pouvoir recruter 10.000 combattants.
 
En février 1746, alors que l'armée des Stuart, dite jacobite, se positionnait dans la région d'Inverness, l'armée anglaise de Cumberland s'empara d'Aberdeen, à 160 kilomètres au sud.  Le 14 avril, les Anglais occupèrent Nairn, à 25 kilomètres seulement d'Inverness.
Charles Edouard Stuart décida d'abandonner cette ville et prit position dans la plaine de Culloden, à dix kilomètres à l'est de la cité, à la consternation du général jacobite Lord George Murray.  En effet, balayée par les vents, la plaine de Culloden favorisait grandement l'artillerie et la cavalerie anglaise plutôt que les Highlanders, habitués à un terrain plus montagneux.
 

La marche de Charles Edouard Stuart d'Edimbourg à Culloden

 
Les marches du 15 avril
 
 
Le 15 avril 1746, Charles Edouard Stuart prit une étrange décision.  Estimant les forces anglaises à 18.000 hommes (elles n'en comptaient en fait que 9.000), il forma une troupe de 4.000 soldats qui furent envoyés vers les positions de Cumberland en vue d'une attaque nocturne.
 
Mal organisée, cette offensive n'eut d'autre résultat que d'épuiser les troupes jacobites.  Les hommes de Charles Edouard s'égarèrent dans la nuit et ne parvinrent jamais à se regrouper ou à localiser les forces adverses. 
 
A l'aube du 16, les jacobites refluèrent vers Culloden où 2.000 d'entre eux, affamés, quittèrent les rangs en quête de nourriture (la veille, un biscuit avait été distribué par homme !).  Ceux qui restèrent à leur poste, épuisés, s'endormirent pour la plupart...
 
 
 
La bataille
 
 
Le 16 avril vers 5h00, informé de la piteuse tentative jacobite, Cumberland décida d'engager la bataille avec ses 9.000 soldats.
 
Dans le camp des Stuart, la panique s'installa.  On réveilla les hommes et on tenta de retrouver les égarés.  Dans la précipitation, le clan MacDonald fut placé à gauche du dispositif de bataille alors que son rang exigeait qu'il fut placé à la position d'honneur, à droite...
 
Sur les 8.000 jacobites, seuls 5.000 purent être rameutés.  ces derniers s'alignèrent en deux rangs, sur un front de 650 mètres, leurs flancs protégés par des murs de cloture de terres cultivées.
 
La bataille débuta par un échange d'artillerie.  Les jacobites disposaient de 12 canons mais aucun n'était servi par un artilleur professionnel.  Formée sur trois rangs, l'armée royaliste anglaise disposait, pour sa part, de 10 pièces d'artillerie qui, utilisées avec compétence, causèrent un carnage parmi les rangs ennemis.
 
Soumis à ces tirs, Charles Edouard Stuart donna l'ordre d'assaut à ses troupes qui durent avancer "en aveugle", le vent ayant poussé la dense fumée des pièces en direction de leurs positions.
 
Malgré les tirs de l'infanterie anglaise, qui causèrent de lourdes pertes aux clans MacIntosh, Stewart et Cameron, les Ecossais, au nombre de 500, réussirent à mettre en déroute deux régiments anglais mais furent stoppés par la seconde ligne de Cumberland.
Lord Murray tenta un second assaut, toujours sans visibilité, sur le flanc droit des Stuart mais les Ecossais se heurtèrent à des vétérans anglais d'autres campagnes et subirent des pertes désastreuses.
 
Les troupes anglaises démolirent ensuite les murs de cloture des terres cultivées et fondirent sur les jacobites par l'arrière.  Rapidement, la droite et le centre jacobite, contre-attaqués par la cavalerie de Cumberland, refluèrent en désordre.  A gauche, le clan MacDonald, offensé d'avoir été placé à cette position, refusa de participer au combat.
 
Lord Murray n'eut d'autre choix que d'ordonner la retraite.  Les faibles troupes françaises, placées en arrière, ne participèrent guère aux événements.  L'armée de Charles Edouard Stuart venait d'être écrasée.
 

Clef de la victoire : les Anglais se ménagent un passage au travers des murs de cloture des champs

 
Dénouement
 
 
A l'issue de sa défaite, le prétendant Stuart se cacha durant six mois avant de pouvoir trouver refuge en France.  Bien que n'étant pas dénué de qualités et âgé de seulement 25 ans, il ne put faire face à son échec et commença à s'adonner à la boisson avant de sombrer dans la plus complète déchéance physique et morale.
Lord Murray, dont les conseils avisés n'avaient pas été écoutés, prit également le chemin de l'exil.  Jusqu'à sa mort, en 1760, il sollicita moultes audiences auprès du prince Charles mais ce dernier, persuadé de trahison, ne daigna jamais le recevoir.
 
Du côté anglais, les pertes se chiffrèrent à 309 morts et blessés.  Du côté jacobite, les pertes s'élèverent au delà des 3.000 hommes, soit près de la moitié de l'effectif.  Les blessés furent achevés et de nombreux prisonniers exécutés.  Plus de 1.000 combattants écossais furent vendus comme esclaves aux planteurs de coton américains.
La cavalerie anglaise massacra même les femmes et les enfants trouvés dans le voisinage du champ de bataille.
 
Culloden, dernière bataille livrée sur le sol anglais, mit un terme définitif aux ambitions Stuart de restauration.  Elle mit également un terme à la puissance des Highlanders, rendus célèbres par leur lourde épée. Jusqu'au début du XVIII ème siècle, les mousquets n'étaient pas pourvus de baïonnette et la tactique des Highlanders consistait à charger les rangs ennemis à l'arme blanche après que ceux-ci aient tiré leur salve et soient réduits à l'impuissance du fait des longs temps de rechargement (les crosses ne pouvaient guère contre les épées des Highlanders).  En 1746 toutefois, le mousquet se rechargeait plus vite et la baïonnette lui fut adjointe.  Les Anglais, qui redoutaient la charge des Highlanders et brisaient les rangs sans attendre, purent adopter une autre tactique : le soldat anglais devait se déplacer vers la droite et frapper l'ennemi d'un coup de baïonnette au flanc droit au moment où ce dernier se découvrait en armant son geste et en brandissait son épée.  La puissance des Highlanders en fut révolue...
L'Ecosse eut à subir une sévère répression qui éradiqua pratiquement ses traditions et elle rejoignit l'Irlande au rang des nations occupées par l'Angleterre.  Le bétail fut confisqué, de nombreuses habitations rasées...  Les chefs de clans furent privés de pouvoir.  La langue gaélique fut interdite, tout comme la cornemuse et le port du kilt...  Toute désobeissance était sanctionnée de mort.  La présence anglaise fut renforcée afin d'empêcher tout mouvement de révolte... 
Malgré ces brimades, le peuple écossais conserva un fort sentiment d'autonomie.
 
Quelques photos
 

Champ de bataille de Culloden

Old Leanach Cottage, infirmerie des troupes anglaises

 

Autre vue du même bâtiment

Une des stèles commémoratives