Les batailles célèbres de l'histoire
 
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La bataille de la Somme
1er juillet - 19 novembre 1916
 
 
Soulager Verdun
 
 
Au début de 1916, la Grande Guerre était entrée dans une impasse totale.  Dans le camp allié, le général français Joffre et le général britannique Haig, nouvellement placé à la tête des troupes de sa Majesté, se concertèrent afin de mener une offensive commune en Picardie, dans la région de la Somme. 
Il était prévu que cette attaque de grande envergure serait déclenchée en même temps que des offensives russes et italiennes et les dirigeants alliés espéraient que les puissances centrales, ainsi confrontées à des pressions multiples et coordonnées, plieraient sous l'effort.
 
Le plan allié s'effondra toutefois lors du déclenchement, en février 1916, de l'offensive allemande contre Verdun.  Les Français y résistèrent avec acharnement mais, au bout de plusieurs mois d'attaques allemandes, les lignes de défense donnèrent des signes alarmants de faiblesse.
 
Les autorités françaises sollicitèrent leurs alliés britanniques en vue d'une offensive précipitée dans le secteur de la Somme.  Prévue pour le 15 août, l'attaque générale, dont le but premier était devenu de soulager la pression sur le secteur de Verdun, fut avançée au 1er juillet.  Les Français ayant besoin de l'ensemble de leurs forces, leur participation prévue pour l'assaut sur la Somme (40 divisions) fut réduite à sa plus simple expression (5 divisions). 
 
Ce furent donc les Britanniques, disposant de 13 divisions, qui eurent à supporter l'essentiel de l'offensive.  Les Britanniques disposaient de l'avantage d'avoir reçu de nombreuses troupes de renfort et les utilisèrent afin de constituer une IVème armée dont le commandement fut confié au général Rawlinson.  Cette nouvelle force, impressionnante sur papier mais totalement novice, prit immédiatement position dans le secteur de la Somme.
 
Le plan hautement inspiré de Haig s'avéra des plus classiques : après une forte préparation d'artillerie, des assauts massifs seraient menés par l'infanterie et les brêches creusées dans les lignes allemandes seraient exploitées par les assauts de trois divisions de cavalerie qui chargeraient au sabre et à la lance...
 
 
 
Le lieu de l'offensive
 
 
Il fut décidé que l'offensive porterait sur un front de près de trente kilomètres entre Gommecourt, au Nord, et Montauban, au Sud.  Le front déterminé traversait plusieurs villages dont les noms allaient entrer dans l'histoire de façon sanglante : Beaumont-Hamel, Thiepval, La Boisselle, Fricourt, Mametz....  Ce front était également partagé en deux secteurs par le cours de la Somme et il fut décidé que les Britanniques de la IVème armée se chargeraient de l'assaut au nord du fleuve tandis que les Français de la VIème armée attaqueraient au sud.
 
Du côté allemant, la Ière armée du prince Rupprecht de Bavière défendait le secteur.  Les défenseurs bénéficiaient d'importants avantages dont les moindres n'étaient pas le relief plat du terrain, qui privait les assaillants de tout abri, ou le sol crayeux de la Somme, qui avait permis aux Allemands de creuser, durant deux ans, d'importants ouvrages de tranchées et divers abris atteignant parfois les douze mètres de profondeur.
 
Ce fut sur ce terrain que les soldats britanniques, chargés de 30 kilos de matériel, furent lancés avec comme instructions d'avancer d'un "pas régulier" et en rangs serrés...
 

Carte de la progression dans le secteur de la Somme

 
La préparation d'artillerie
 
 
L'assaut terrestre étant prévu pour le 29 juin 1916, un intense bombardement d'artillerie débuta le 25 juin et visa les premières lignes allemandes ainsi que les secteurs arrières afin de gêner une montée en ligne de renforts.
Le lendemain, des pluies orageuses firent leur apparition et tombèrent sans discontinuer deux jours durant, détrempant totalement le terrain.  Afin d'éviter des assauts sur un terrain aussi boueux qu'impraticable, les dirigeants alliés prirent la décision de reporter la date de l'assaut au 1er juillet ce qui permettrait au sol de sécher.  Afin de pouvoir tirer trois jours de plus, les pièces d'artillerie durent réduire leur cadence de tir ce qui eut pour effet de permettre aux Allemands de déterminer avec certitude le lieu de l'assaut allié mais aussi, dans une certaine mesure, de reconstituer leurs positions endommagées par les premiers impacts.  Les troupes du Kaiser profitèrent également de l'atténuation des bombardements afin de placer des nids de mitrailleuses, désormais bien protégés, dans les cratères créés.
 
Pour couronner leur bombardement final, les Alliés creusèrent dix tunnels sous les positions allemandes et les remplirent d'explosifs.  Au matin du jour fixé pour l'assaut, le 1er juillet entre 7h20 et 7h28, suite à l'explosion de ces charges, des défenses allemandes se désintégrèrent dans de grands jaillissements de flammes et de terre.  A 7h30, bien visibles sous le soleil matinal, 66.000 Britanniques sortirent de leurs tranchées et débutèrent l'assaut...  Rawlinson espérait attaquer à l'aube mais les Français avaient souhaité attendre de façon à pouvoir aisément observer les destructions occasionnées par les bombardements
 
 
 
Le premier jour de l'offensive
 
 
Dès les premières minutes, il devint évident que la plupart des défenseurs avaient survécu au déluge d'obus.  S'extirpant de leurs abris, les Allemands mirent leurs mitrailleuses en batterie et ouvrirent le feu sur les assaillants distants de moins d'un kilomètre.  Certains soldats furent tués juste en sortant de leurs tranchées et beaucoup d'autres n'atteignirent pas leurs propres lignes de barbelés.  Pourtant, imperturbables, les Britanniques continuèrent à avancer, au pas de 100 mètres à la minute, en formation serrée et par vagues distantes d'une minute.  Ce type de déploiement fit le bonheur des défenseurs dont chaque mitrailleuse était pratiquement assurée de détruire un bataillon entier.
 
Pour simplifier, on peut dire que l'offensive de la Somme devait se dérouler de deux façons distinctes.  Le champ de bataille était partagé en deux par la route reliant la ville d'Albert à celle de Bapaume.  A gauche de cette route, six divisions britanniques avaient pour tâche de s'emparer des deux premières lignes allemandes, entre les villages de Thiepval et la Boisselle.  A droite de l'axe routier, entre la Boisselle et Montauban-en-Pircadie, cinq divisions britanniques soutenues par les forces de la VIème armée française devaient s'emparer de la première ligne de défense allemande car la seconde, plus éloignée, était jugée trop difficile à atteindre lors de l'assaut initial. 
Une attaque de soutien devait également avoir lieu plus au Sud, sur l'autre rive de la Somme.
 
Hormis dans le secteur situé au sud de la route Albert-Bapaume, la première heure de combat s'avéra catastrophique.
A droite, les forces françaises entamèrent une progression régulière en direction de Montauban.  La raison majeure de ces succès résidait dans le fait que les Allemands avaient réduit leur dispositif défensif dans ce secteur, estimant les Français incapables de lancer une offensive vu leurs pertes subies dans le secteur de Verdun.
Au centre, dans le secteur de la Boisselle, les combats étaient sanglants mais l'avancée alliée semblait contenue.
Au Nord, dans les secteurs de Beaumont-Hamel et Gommecourt, les progrès étaient lents et excessivement coûteux.
Au cours de cette heures, les Britanniques estimèrent avoir perdu 30.000 hommes, soit la moitié de l'effectif initialement engagé.
 
Pugnace, Rawlinson puisa dans ses renforts au point de disposer, vers midi, de 100.000 hommes engagés.
A cette heure, sur l'aile droite, les Français et les Britanniques avaient pris Montauban.  Au Nord, des Irlandais avaient percé une partie de la ligne allemande dans le secteur de Thiepval mais, dans l'ensemble, l'assaut marquait le pas et les Allemands étaient même parvenus à monter plusieurs contre-attaques et à reprendre certaines tranchées perdues dans les premières heures.
 
En début d'après-midi, dans le secteur nord, les Britanniques persévérèrent mais subirent des pertes catastrophiques, surtout dans les secteurs de Gommecourt et Fricourt.  A Thiepval, les Ulstériens, privés de renforts et de munitions, durent abandonner les positions conquises. Une tentative de prise de contrôle de la Boisselle échoua aux limites du village et les assauts contre Gommecourt et Beaumont-Hamel furent repoussés dans le sang.
Au Sud toutefois, les Français poursuivirent leur avance, isolèrent Fricourt (que les Allemands tinrent jusqu'au lendemain) et s'emparèrent de Mametz avant de percer la seconde ligne allemande.  Devant eux, il n'y avait plus aucun obstacle et les Français tentèrent de convaincre leurs alliés de se lancer dans l'espace ainsi ouvert.  Dans une absurdité bien typique de la première guerre mondiale, les Britanniques refusèrent de bouger car leurs ordres n'impliquaient que la prise de Montauban !  Désespérés, les généraux français s'adressèrent directement à Rawlinson qui ne céda pas : aucune progression n'était prévue au delà de Montauban avant le déclenchement d'une seconde phase de l'offensive...  Dans l'après-midi, la cavalerie prévue pour exploiter une éventuelle percée fut renvoyée vers l'arrière.
 
A la tombée de la nuit, les combats cessèrent.  Les Britanniques comptaient près 57.470 soldats tués, blessés ou prisonniers.  Sur 129 bataillons (environ 800 hommes par bataillon) engagés,  32 perdirent plus de 500 soldats et le plus durement atteint déplora 710 victimes...
Les Allemands, qui avaient résisté à l'assaut de 18 divisions alliées en ne disposant que de 6 divisions, déploraient des pertes relativement légères et étaient restés maîtres de pratiquement toutes leurs tranchées. 
 

Tranchée allemande dans le secteur de Beaumont-Hamel

Cratère de l'explosion d'une mine souterraine, secteur de La Boisselle

 

Cimetière allié de Thiepval. Plusieurs dizaines de milliers de corps ne furent jamais retrouvés.

La crête de Thiepval vue des positions allemandes. Les Alliés tentèrent de la gravir...

 
La poursuite du carnage
 
 
Malgré le carnage du premier jour, la bataille de la Somme se pousuivit mais sans, plus jamais, atteindre l'intensité du premier jour.
 
Le 20 juillet 1916, les Britanniques et les Français lançèrent une attaque majeure au cours de laquelle quelques centaines
de mètres furent conquis au prix de milliers de morts.
 
La bataille reprit le 25 septembre, puis le 13 novembre, date à laquelle les Britanniques parvinrent enfin à s'emparer de Beaumont-Hamel.
A cette même époque, Douglas Haig décida d'employer sa nouvelle arme : le char d'assaut.  Plus de 50 chars furent envoyés dans le secteur de la Somme et lançèrent leur première attaque le 15 septembre.  La plupart tombèrent en panne avant d'atteindre le lieu des combats et, sur les 31 parvenus jusqu'aux lignes allemandes, seuls 9 purent mener la bien leur mission, les autres ayant été détruits ou, le plus souvent, s'étant retournés dans l'un des nombreux cratères d'obus.
Les soldats alliés progressant dans le sillage des monstres métalliques purent s'emparer de quelques tranchées car de nombreux Allemands, pris de panique à la vue de ces engins, prirent la fuite.  Mais, au final, les progrès minimes réalisés ce jour là ne compensèrent pas la révélation de l'existence d'une nouvelle arme.
 
La bataille de la Somme prit fin avec l'arrivée des pluies d'automne, le 19 novembre 1916.  A cette date, les Britanniques n'étaient guère allés au-delà des hauteurs conquises durant le premier jour de l'offensive, soit une avance maximale de 8 kilomètres.  600.000 Britanniques et Français avaient perdu la vie.  Les Allemands, relativement épargnés le premier jour, subirent également de lourdes pertes, de l'ordre de 440.000 hommes, principalement lors de leurs contre-attaques.  Les pertes allemandes furent si lourdes, qu'après la bataille, toutes les classes d'âge comprises entre 17 et 60 ans furent appelées.
 
Même si l'offensive sur la Somme avait permit de soulager le secteur de Verdun, l'échec était flagrant.  Joffre fut relevé de son commandement .
L'année 1916 , celle des offensives aussi inutiles que sanglantes, s'achevait sur une impasse totale...  Dans toures les armées, les soldats perdirent confiance vis-à-vis de leurs responsables militaires ou politiques et ne trouvèrent plus de justifications à la guerre.  L'idéalisme, qui avait poussé des milliers de volontaires vers les bureaux de recrutement, était bien mort et l'Europe, dans toutes les couches de sa population, sombra dans le plus profond désespoir.
 
 
 
La conscription britannique
 
 
Seule nation à ne pas utiliser la conscription, la Grande-Bretagne avait lançé dans le conflit une petite armée de métier qui fut anéantie dans les quatre premiers mois de la guerre. 
En 1915, les Britanniques durent faire appel à des volontaires qui se présentèrent par milliers.
 
Il était toutefois évident que cela ne suffisait pas et la première conscription britannique fut mise en place, même si y échappaient les hommes mariés et ceux dont le travail était jugé indispensable dans l'industrie ou l'agriculture. 
 
Les pertes devenant de plus en plus lourdes, le Parlement britannique adopta, le 6 janvier 1916, un projet de loi visant à modifier les règles de la conscription.  En mai, celle-ci fut élargie aux hommes mariés et des mesures furent prises, comme chez les autres belligérants, afin de remplacer les hommes par un maximum de femmes dans le secteur professionnel.  La condition féminine allait s'en trouver changée.