 GAYS ET LESBIENNES SOCIALISTES
Pourquoi un groupe communautaire au sein du parti de l'Internationale?
par Michel DUPONCELLEEn 1992, je suis devenu le premier député (régional) à avoir affirmé son homosexualité et à avoir mêlé
son identité à son combat politique.
Immédiatement, je fus amené à discuter du sens de cette démarche avec d'autres militant(e)s gay(e)s, eux aussi,
engagés à des degrés divers dans la politique et je pense en premier lieu à Luc Legrand, plusieurs fois candidat aux élections
législatives en tant que gay. En 1995, nous nous sommes donc lancés dans une campagne gaye socialiste commune qui ne démérita pas.
Notre démarche ne s'inscrit pas dans un souci personnel de glaner des voix éparses car, certainement, ce serait une méthode contreproductive;
elle ne s'appuie pas non plus sur l'idée que nous pourrions défendre mieux que quiconque les droits de notre communauté- que du contraire, nous n'avons cessé
l'un et l'autre de rallier à notre cause des personnalités qui n'appartiennent pas à notre communauté et nous convenons tous les deux que la défense de
nos droits par Roger Lallemand, en son temps, fut certainement inégalable- mais alors pourquoi des élus gays?
D'abord par équité et par démocratie, le parlement étant la représentation de toute la population, il doit contenir en son sein une
représentation de chacune des composantes de cette population, c'est-à-dire contenir l'expression des différentes minorités qui cohabitent au sein de la société, afin
que la sensibilité, le mode de vie, la philosophie de chacun de ces groupes humains puissent s'exprimer au parlement. On ne vas pas évidemment parler de quota, ce serait absurde,
mais il important que notre façon de voir les choses, que notre sensibilité soit présente dans les hémicycles.
Ensuite par besoin identitaire, aujourd'hui encore, il est difficile de vivre son homosexualité, surtout de grandir et de se construire avec cette différence, le jeune gay, la jeune
lesbienne ont des difficultés à comprendre ce qu'ils sont en train de ressentir, ils ont peu d'images valorisantes capables de leur apporter des modèles à reproduire.
Comme la petite fille qui n'apprenait à l'école qu'un vocabulaire valorisant masculin (médecin, député, directeur) opposé à un vocabulaire féminin de second rang (servante, maîtresse d'école, infirmière),
était naturellement poussée vers ces derniers; le jeune homosexuel est confronté à un monde fait par des hétérosexuels pour les hétérosexuels avec quelques niches réservées à sa minorité: il sera coiffeur,
steward ou danseur de cabaret (la folle); elle sera chef du personnel dans une administration, éleveuse de chèvres dans le Cantal ou tenancière de boîte, tout au plus, peuvent-ils rêver de devenir, l'un et l'autre,
des marginaux à la mode.
Il est dès lors important de leur offrir d'autres images identitaires plus fortes, en tout cas plus diversifiées. Dans ce schéma, il convient que des femmes et des hommes publics -médecins, instituteurs, artistes, hommes
politiques- affichent une identité gaye affirmée, bien vécue.
De la même manière qu'il était important que des femmes accèdent aux plus hautes fonctions de l'Etat, de la société civile ou des arts, il est important que les gays et les lesbiennes qui souvent
y ont déjà accédé mais dans l'ombre, révèlent leur appartenance à notre minorité.
Au moment où le parti socialiste réaffirmait son attachement à la lutte contre toutes les formes de discrimination, il nous a paru important de réaffirmer notre présence au sein de la famille socialiste afin de montrer qu'au-delà des mots,
le premier représentant de la gauche dans ce pays était aussi capable de poser des actes.
Venant de différentes sections (toutes bruxelloises pour l'instant) et jouant différents rôles sous l'étiquette socialiste, une vingtaine de gays et de lesbiennes se sont mis au travail, ils ont ainsi retravaillé la proposition
que Serge Moureaux allait déposer concernant le contrat de vie commune qui devait apporter une reconnaissance à nos couples, ils et elles ont rédigé une proposition d'ordonnance qui vise à aligner le taux des droits de succession des couples
non mariés sur celui des couples mariés, cette proposition a été déposée au Conseil régional bruxellois par Françoise Dupuis, Anne-Sylvie Mouzon, Mahfoud Romdhani et Willy Decourty.
Enfin, il se sont réunis le 9 mais 1998 pour faire l'analyse du texte proposé aux socialistes dans le cadre du congrès d'actualisation et pour rédiger une lettre destinée au Président de la fédération bruxelloise, Philippe Moureaux, et au Président
Philippe Busquin.
Cette lettre contenait deux messages: d'une part, la reconnaissance de "Gays et Lesbiennes Socialistes" (G.L.S.) en tant que section du parti; d'autre part, les amendements que nous avions rédigés ensemble au texte en discussion. La plupart d'entre nous et nos
amis mis au courant de notre initiative restions sceptiques: qu'allait-il advenir de cette lettre?
La réponse allait être donnée en trois temps:
Premier temps: Philippe Moureaux reçoit notre message lors du congrès de la fédération bruxelloise du 12 mai et m'autorise à présenter notre demande et nos revendications à la tribune du Congrès fédéral.
Accueil chaleureux et positif des militants bruxellois qui soutiendront, au niveau national, certaines de nos revendications.
Deuxième temps: Philippe Busquin qui a reçu notre lettre le 13 mai, l'inscrit officiellement à l'ordre du jour de la commission des
résolutions, chargée de préparer le texte fédérateur qui sera soumis au Congrès national du parti, le 16 mai. La Commission analyse longuement notre texte pour pouvoir dans quelle mesure elle y donnera suite.
Troisième temps: les membres de "Gays et Lesbiennes Socialistes" pésents au Congrès du 16 mai découvrent le texte où ils peuvent lire: d'abord, des paragraphes largement inspirés de leurs réflexions mais surtout, des
phrases entières de leur texte d'amendement.
Leur surprise sera à son comble lorsque Philippe Moureaux les soulignera dans son intervention.
...
Cette réponse, si importante qu'elle puisse être, n'est cependant pas une fin en soi mais le début d'un combat interne qui doit réaffirmer notre différence et amener à la réalisation
de nos revendications... nous sommes de plus en plus nombreux à y travailler.
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